dimanche 11 octobre 2015

Ce qui reste (Marc 10,17-31)

Marc 10
17 Comme il se mettait en route, quelqu'un vint en courant et se jeta à genoux devant lui; il lui demandait: «Bon Maître, que dois-je faire pour recevoir la vie éternelle en partage?»
18 Jésus lui dit: «Pourquoi m'appelles-tu bon? Nul n'est bon que Dieu seul.
19 Tu connais les commandements: Tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas d'adultère, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de faux témoignage, tu ne feras de tort à personne, honore ton père et ta mère.»
20 L'homme lui dit: «Maître, tout cela, je l'ai observé dès ma jeunesse.»
21 Jésus le regarda et se prit à l'aimer; il lui dit: «Une seule chose te manque; va, ce que tu as, vends-le, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel; puis viens, suis-moi.»

22 Mais à cette parole, il s'assombrit et il s'en alla tout triste, car il avait de grands biens.

23 Regardant autour de lui, Jésus dit à ses disciples: «Qu'il sera difficile à ceux qui ont les richesses d'entrer dans le Royaume de Dieu!»
24 Les disciples étaient déconcertés par ces paroles. Mais Jésus leur répète: «Mes enfants, qu'il est difficile d'entrer dans le Royaume de Dieu!
25 Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu.»
26 Ils étaient de plus en plus impressionnés; ils se disaient entre eux: «Alors qui peut être sauvé?»
27 Fixant sur eux son regard, Jésus dit: «Aux hommes, c'est impossible, mais pas à Dieu, car tout est possible à Dieu.»

28 Pierre se mit à lui dire: «Eh bien! nous, nous avons tout laissé pour te suivre.»
29 Jésus lui dit: «En vérité, je vous le déclare, personne n'aura laissé maison, frères, soeurs, mère, père, enfants ou champs à cause de moi et à cause de l'Évangile,
30 sans recevoir au centuple maintenant, en ce temps-ci, maisons, frères, soeurs, mères, enfants et champs, avec bien des poursuites, et dans le monde à venir la vie éternelle.

31 Beaucoup de premiers seront derniers et les derniers seront premiers.»

Dialogue des Carmélites 
Opéra de Francis Poulenc ; livret d'après Georges Bernanos
(extrait)
(La Prieure et Blanche se parlent de part et d’autre de la double grille. Madame de Croissy, la Prieure, est une vieille femme, visiblement malade. Au lever du rideau, elle essaie maladroitement de rapprocher son fauteuil de la grille.)
LA PRIEURE
N’allez pas croire que ce fauteuil soit un privilège de ma charge, comme le tabouret des duchesses ! Hélas ! par charité pour mes chères filles qui en prennent si grand soin, je voudrais m’y sentir à mon aise. Mais il n’est pas facile de retrouver d’anciennes habitudes depuis trop longtemps perdues, et je vois bien que ce qui devrait être un agrément ne sera jamais plus pour moi qu’une humiliante nécessité.
BLANCHE
Il doit être doux, ma Mère, de se sentir si avancée dans la voie du détachement qu’on ne saurait plus retourner en arrière.
LA PRIEURE
Ma pauvre enfant, l’habitude finit par détacher de tout. Mais à quoi bon, pour une religieuse, être détachée de tout, si elle n’est pas détachée de soi-même, c’est-à-dire de son propre détachement ?

Prédication : 
         Pierre a tout quitté, et l’homme riche n’a rien quitté. De ce point de vue, ils semblent tout à fait différents l’un de l’autre. Pourtant, il y a quelque chose qui fait que l’un et l’autre sont extraordinairement ressemblants. Nous allons nous mettre en quête de cette chose.

Nous nous intéressons au 21ème verset. Jésus dévisagea l’homme qui était venu pour l’interroger, et l’aima ; il lui dit « Une seule chose te manque… » Sans doute avons-nous toujours lu que quelque chose manquait à cet homme ; presque tous les traducteurs le comprennent ainsi. Manquer, cela signifie qu’il y a quelque chose en moins, un vide, et une autre chose qu’on ajouterait viendrait combler ce vide. Et nous savons ce qu’il conviendrait que cet homme ajoute à sa vie.
            Si cet homme, dont la liste des bonnes actions est déjà considérablement longue, ajoutait à cette liste le fait de tout vendre, de tout donner aux pauvres, et de suivre Jésus, il atteindrait dès ici-bas cette forme de béatitude à laquelle il n’aspire pourtant que pour l’au-delà. Cet homme deviendrait alors le modèle parfait du disciple de Jésus Christ, un modèle qu’il nous faudrait suivre, qu’il nous faut suivre, pour notre bonheur, présent, et à venir.

            C’est assez tentant, n’est-ce pas, de le prendre ainsi. Mais cela pose deux problèmes.
Le premier, c’est que ce modèle de pauvreté volontaire n’est pas celui que nous avons suivi. Nous ne sommes pas devenus pauvres, pèlerins et vagabonds sur la terre à cause de Jésus Christ Fils de Dieu ; nous sommes restés propriétaires de nos maisons, de nos autos, nous touchons nos salaires et nos pensions et nous sommes sédentaires. Pour la vie éternelle, nous sommes déjà fichus…
Le second problème, c’est que les disciples de Jésus, et Pierre, l’ont fait, ils ont tout laissé et que, s’agissant au moins de Pierre, cela produit une sorte de « Nous nous l’avons fait-euh, nananère ! » qui est du plus mauvais aloi. Il laisse à présager un « nous nous l’avons fait » qui servira tôt ou tard de fondement à des exigences considérables, « vous, vous devez le faire, sinon vous ne serez jamais sauvés, ni estimés, ni reconnus… ».
L’homme qui interroge Jésus en a encore trop, c’est bien ce qu’on entend dire, mais rien ne dit que s’il laissait tout il n’en aurait pas encore de trop ; nous voyons bien que Pierre qui a tout laissé, en a manifestement encore beaucoup trop en trop. Pierre et l’homme riche en sont, de ce point de vue, exactement au même point.

            Est-il approprié de parler de manque lorsqu’on en a encore tant en trop ? Peut-on parler de manque, lorsque ceux qui accomplissent toutes les prescriptions, même les plus abrasives, ont encore manifestement quelque chose en trop ? Peut-on parler de manque si chaque bonne action accomplie charge son auteur d’un poids supplémentaire de satisfaction orgueilleuse ? Si l’homme qui interroge Jésus accomplissait ce que Jésus lui commande, vendre, donner, partir, il en aurait certes beaucoup moins, mais il en aurait encore de reste, de ce même reste qui encombre Pierre.

            Que faut-il conclure ? En nous appuyant sur ce qui précède, en nous appuyant aussi sur la langue grecque de l’évangile, nous relisons le 21ème verset, celui par lequel nous avons commencé. 

            Jésus le regarda et se prit à l'aimer; il lui dit : «Après (tout cela) il reste une chose ; va, ce que tu as, vends-le, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel; puis viens, suis-moi.» Il reste une chose. Et nous allons méditer sur ce reste.
Quel est ce reste, qui concerne finalement autant Pierre que l’homme qui interrogeait Jésus ? Quel est ce reste dont la disparition du bagage de cet homme, serait le commencement réel si ce n’est de la vie éternelle du moins d’une certaine félicité (celle que Jésus appelle Royaume de Dieu) ? S’agissant de cet homme, le reste est assez évident, et même colossal : ses biens ! Mais nous avons vu que, même après avoir laissé ses biens, s’agissant de Pierre, il y a encore du reste, un reste sans doute immatériel, puisque Pierre et les autres disciples ont déjà tout laissé, mais un reste tout de même.
Ce qui caractérise ce reste, c’est que Pierre se met en avant ; il se met en avant comme quelqu’un qui a fait quelque chose, commandé par Jésus, quelque chose que les autres, l’homme riche, les riches, auraient dû faire, et n’ont pas fait. Cette chose ? Souvenons-nous de l’appel des disciples… oui, sur un appel de Jésus, ils ont laissé leurs filets, tout ce qu’ils avaient, et l’ont suivi. Mais ce choix, et la manière de vivre qui va avec ce choix, peut-il être mis en avant, par celui qui l’a fait, comme un choix supérieur, voire le seul choix possible ? L’appel à une vie particulière, que Jésus adresse à tel ou tel, peut-il être mis en avant par celui qui l’entend et y répond, comme seul appel possible à la seule vie bénie possible ?
L’appel du Christ est adressé à chacun par le Christ, et il appartient à chacun d’y répondre, ou de ne pas y répondre. S’agissant de Pierre, c’est un appel au détachement, à un détachement radical. Jusqu’où ce détachement doit-il aller ? Lorsque Pierre met en avant son détachement, il rend évident qu’il est détaché de tout, sauf de son détachement. Son détachement est encore ce qu’on pourrait appeler une œuvre, quelque chose dont il se prévaut. Alors nous nous disons au sujet de Pierre : A quoi bon être détaché de tout, si l’on met ainsi en avant son propre détachement ? Oui, en reprenant Bernanos, « à quoi bon, pour un disciple de Jésus Christ, être détaché de tout, s’il n’est pas détaché de soi-même, c’est-à-dire de son propre détachement ? »
Ce qui apparaît clairement, c’est que ce détachement parfait porte, dans le texte que nous méditons, les superbes noms de « trésor dans le ciel »,  et de « vie ». Mais est-il possible aux êtres humains de gagner eux-mêmes ce trésor, d’atteindre ce détachement par leurs propres forces ? Pour Pierre, à l’évidence, ça n’est pas gagné. Pour Jacques et Jean, qui vont, quelques instants plus tard, réclamer à Jésus des places de faveur, ça n’est pas gagné non plus. Tant qu’un disciple de Jésus Christ accomplit quoi que ce soi, au titre de sa foi, en espérant de ce qu’il accomplit une quelconque rétribution personnelle, ça n’est pas gagné. Tant qu’il ne remet pas entièrement et totalement à Dieu le fruit de ses actes, ça n’est pas gagné.
Est-ce jamais gagné ? En a-t-on jamais fini avec ce reste ? Lorsque le crucifié crie son désespoir et son abandon vers le ciel, ça n’est pas gagné. Jésus Christ est un homme et, comme nous le lisons, aux hommes cela est impossible… aux hommes cela est impossible et pourtant cela est possible, car à Dieu cela est possible.

Qu’est-ce donc que ce reste dont nous parlons, qui reste à Pierre et qui semble bien devoir toujours rester ? C’est le contraire de la foi, ce que parfois les textes bibliques appellent la « non-foi », dont nous lisons ici que cela colle si fort à la pâte humaine qu’il est impossible à un être humain de s’en débarrasser par ses propres forces. « Aie pitié de ma non-foi ! », criera à Jésus l’homme dont le fils allait si mal, ce fils que nul n’avait pu soulager.
Nous n’allons pas dire que seule la mort délivrera un être humain de ce reste. L’on ne sait rien de la suite de la vie de l’homme riche. Et presque rien de la suite de la vie de Pierre. Qui un jour a refusé de suivre Jésus Christ choisira peut-être de le suivre demain. Qui a un jour mis en avant sa personne et ses mérites demain peut-être n’en fera plus aucun cas. Le Dieu qui peut tout ne laissera pas sans soutien un cœur qui, dans un élan, un moment, ne fut-ce qu’un instant, de foi, se tournera vers lui. Et il se peut, le Seigneur venant à notre secours, nous prenant en pitié, qu’il nous soit donné, de notre vivant, de nous en remettre totalement à lui.
Que le Seigneur nous fasse cette grâce. Amen


dimanche 4 octobre 2015

Ce qu'il y a dans les coeurs des humains (Marc 10,2-16) lorsqu'ils choisissent opportunément un verset biblique

Marc 10
1 Partant de là, il vient dans le territoire de la Judée et au-delà du Jourdain, et de nouveau les foules se rassemblent auprès de lui et, selon sa coutume, de nouveau il les enseignait.

2 Des Pharisiens s'avancèrent et, pour lui tendre un piège, (pour le tenter), ils lui demandèrent s'il est permis à un homme de renvoyer sa femme.
3 Il leur répondit: «Qu'est-ce que Moïse vous a commandé ?»
4 Ils dirent: «Moïse a permis d'écrire un certificat de répudiation et de renvoyer sa femme.»
5 Jésus leur dit: «C'est à cause de la dureté de votre coeur qu'il a écrit pour vous ce commandement.
6 Mais au commencement du monde, Dieu les fit mâle et femelle;
7 c'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme,
8 et les deux ne feront qu'une seule chair. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair.
9 Que l'homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni.»

10 À la maison, les disciples l'interrogeaient de nouveau sur ce sujet.
11 Il leur dit: «Si quelqu'un renvoie sa femme et en prend une autre, il est adultère à l'égard de la première;
12 et si la femme renvoie son mari et en prend un autre, elle est adultère.»

13 Des gens lui amenaient des enfants pour qu'il les touche, mais les disciples les rabrouèrent.
14 En voyant cela, Jésus s'indigna et leur dit: «Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le Royaume de Dieu est à ceux qui sont comme eux.
15 En vérité, je vous le déclare, qui n'accueille pas le Royaume de Dieu comme un enfant n'y entrera pas.»

16 Et il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains.

La Bible n'est pas une arme, imbéciles !

Prédication :
            Confidence : j’aurais bien laissé ce texte de côté, bien qu’il soit proposé pour notre méditation de ce jour – les raisons de la tentation de le laisser de côté apparaîtront chemin faisant – si deux événements ne s’étaient produits.
            Le premier, c’est que mon proche entourage m’a rappelé que ce texte, même s’il m’est désagréable, est un texte canonique et que s’il arrive sous mes yeux, je ne dois pas me dérober à une confrontation avec lui ; la Parole de Dieu nous est adressée même en s’attachant à des textes qui nous indisposent ; et peut-être surtout en s’attachant à des textes qui nous indisposent. Reste toujours à examiner les motifs de cette indisposition. Premier événement qui s’est produit.
            Voici le second événement : j’ai lu quelques commentaires faits par des théologiens sur le dossier préparatoire du prochain synode des Evêques catholiques romains, synode consacré à la famille (4-25 octobre – Nous prions pour ce synode) et au cours duquel apparaîtra, immanquablement, parmi bien d’autres questions, celle de l’accès à l’eucharistie des divorcés remariés. Au terme de ce synode, seront-ils admis à l’eucharistie ? Il faudrait, pour cela, changer la doctrine, ou la pratique, officiellement. Je ne suis pas catholique romain pour me prononcer sur des problèmes catholiques romains, dont celui-ci, très épineux, qui est de changer la pratique, la discipline, sans toucher aucunement à la doctrine. Dans le cas des divorcés remariés, exclus canoniquement de la communion, il s’agirait de mettre en avant la miséricorde et la compassion de Dieu qui, en Jésus Christ, a donné aux hommes le pouvoir de pardonner les péchés ; on pourrait peut-être donc, donc au titre de ce pardon, accueillir ceux qu’on n’accueillait pas… 
Dans ces commentaires, j’ai trouvé quelque part cette référence directe à la Bible : Dieu a donné aux hommes le pouvoir de pardonner (Matthieu 9,6). Ce pouvoir de pardonner, il l’a donné aux hommes, c’est clair, mais le commentateur ajoute, « c'est-à-dire qu’il l’a donné à l’Eglise ». A la lecture de ces mots, mon sang protestant s’est un instant glacé.
            Pour avoir longtemps travaillé avec des théologiens catholiques d’une certaine importance, j’ai bien fini par comprendre ce qu’ils voulaient dire en tant que théologiens catholiques, lorsqu’ils affirment qu’on n’a pas l’Eglise sans le Christ, et qu’on n’a pas non plus le Christ sans l’Eglise. J’ai bien fini par le comprendre, et par comprendre que cela sans doute nous sépare presque irrémédiablement – il faudra je le pense l’intervention du Tout Puissant pour que cela ne nous sépare plus.
            A-t-on l’Eglise sans le Christ ? Non. Il en est le chef, le principe, l’époux… A-t-on le Christ sans l’Eglise ? La question peut prendre bien des aspects, dont celui-ci : un lecteur particulier peut-il donner une interprétation inspirée d’un texte biblique, qui serait différente de l’interprétation que l’Eglise en donne ? Martin Luther, le 18 avril 1521, à Worms, devant l’empire, et au prix de sa vie, a répondu affirmativement. On peut avoir le Christ sans l’Eglise, mais pas sans un engagement personnel, et pas sans les Ecritures, ni sans l’aide de Dieu. Et c’est ainsi que ceux qui se réclament sérieusement du protestantisme reviennent sans cesse au texte biblique, en demandant l’aide de Dieu, non pour y chercher la justification de leurs propres choix – ces manières de faire n’ont rien à voir ni avec la Réforme, ni même avec la foi chrétienne – mais  pour, dans la foi, tâcher de discerner des chemins de vérité et de responsabilité qui soient dignes de l’Evangile.
Ainsi, lorsque le pouvoir de pardonner les péchés est donné aux hommes, c’est bien aux hommes, c'est-à-dire à chacune, à chacun, qu’il est donné… Comment donc les humains useront-ils du pouvoir de pardonner ? Telle est la question.
            A cause de ces deux événements, il m’a été impossible de me dérober. Le texte est là, il est là ce matin, maintenant, et il faut faire fi des agacements, des colères, des impressions de première lecture, faire fi de ce qu’il a servi à justifier ; il faut s’efforcer de lire ce texte, sérieusement, c'est-à-dire dans la cohérence de l’Evangile : Dieu fait grâce, sans que nous le méritions, et inconditionnellement. Pour celui qui accepte sérieusement cette grâce, la cohérence de l’Evangile est une exigence personnelle ; de la grâce qui m’est faite et que j’accepte, je dois toujours me demander quel usage j’en fais ; car cette grâce ne m’autorise pas à faire peser quoi que ce soit sur autrui ; elle appelle ainsi chacun à s’interroger sur soi-même et, s’il l’accepte, à se corriger.

            Ainsi donc, on vint tendre un piège à Jésus, on vint le tenter. Et n’allons pas tomber dans le piège qui lui était tendu, n’allons pas céder à la tentation, l’immense tentation de justifier les usages, les goûts et les dégoûts, par quelque verset biblique que ce soit. Que ce soit d’ailleurs la question de la répudiation, du divorce, de la rupture des couples qui soit abordée n’a strictement aucune importance. Cela signale seulement que, lorsque Jésus a parlé, et lorsque Marc a écrit, renvoyer, lourder, jeter sa femme à la rue, en s’autorisant d’un texte biblique (et pour les citoyennes romaines, rejeter son mari parce qu’il n’était plus assez influent, ou riche… en s’autorisant du droit romain, verset 15), en étant donc dans son bon droit, était chose banale, chose ordinaire. Oui, répond Jésus, il y a un texte biblique, c’est permis. Mais il n’y a pas un seul texte biblique, comme ça, qui vous autorise et vous dédouane de toute réflexion.
Pourquoi le faites-vous ? La possibilité biblique et juridique de mettre fin à une union n’est pas une permission de le faire selon sa fantaisie. Car la mise en œuvre d’un commandement ne dispense pas de l’observance de tous les autres. Ainsi le livre de la Genèse, que Jésus cite, n’est pas moins inspiré ni canonique que celui du Deutéronome. Ils ne sont pas, ils ne peuvent pas être mis en compétition l’un avec l’autre. Quant à nous autres lecteurs du Nouveau Testament, le « Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni », que Jésus prononce alors, et qui pour certains interdit toute rupture du contrat, n’est pas moins inspiré que Deutéronome 24 qui permet de rompre les contrats, qui n’est pas moins inspiré que Genèse 1 et 2, etc.
C’est pour cela que la réponse de Jésus n’est pas une réponse sur l’interdiction du divorce, ni sur « l’indissolubilité du lien conjugal », comme l’affirment certains. Mais une réponse, ou plutôt une question brûlante sur ce qu’il y a dans le cœur de ceux qui viennent pour le piéger. Dans votre cœur, répond-il en substance, chaque fois que vous choisissez le verset qui vous arrange, quel que soit d’ailleurs ce verset et en particulier lorsque vous renvoyez, vous lourdez des femmes en vous abritant derrière le texte biblique, il y a du mépris, de la suffisance, du mensonge, de l’hypocrisie… Le choix opportun d’un verset biblique est le choix de l’hypocrisie, toujours ! Ceci, ceux qui interrogeaient Jésus, les Pharisiens, ont dû le comprendre instantanément. Fin de la discussion avec les Pharisiens.
Mais apparemment, les disciples de Jésus n’avaient pas saisi. Il faut donc enfoncer le clou. Et, pour enfoncer le clou, il faut traduire le texte pour ce dont il parle. Rompre un contrat est possible, mettre en place un nouveau contrat est possible, bibliquement et juridiquement s’entend, car il y a des commandements qui permettent tout cela. Mais, revenons-y, le respect de ces commandements ne dispense jamais de l’obéissance du cœur aux autres commandements, dont celui qui interdit l’adultère, c’est à dire la prédation dans les relations de couple, la fornication, c'est-à-dire coucher pour asseoir son statut, pour sa propre jouissance, sans aucunement se donner, pour y trouver un profit... En renvoyant ses disciples à cet autre commandement, le septième, Jésus leur adresse une question, encore la même : « Qu’y a-t-il dans votre cœur ? » Non pas seulement lorsque vous prenez femme, mais à chaque fois que la vie vous place en position de domination et de force, et que vous en abusez. Domination ? Ce peut être l’avantage d’être de sexe masculin dans le Proche-Orient ancien. Ce peut être de disposer d’une connaissance pointue des textes bibliques devant l’autorité desquels les petites gens s’inclinent. Ce peut être de disposer d’argent et d’influence… Et tous ces avantages immérités, comment en usez-vous devant des femmes, des enfants, de vieillards, des simples, ceux qui vous sont confiés, ceux qui se donnent à vous… Comment utilisez-vous votre force ? Qu’y a-t-il dans vos cœurs ? Dans vos cœurs, y a-t-il un esprit de domination, de possession, de consommation et de renvoi, ou un esprit d’ouverture, d’accueil et de service ?
Les disciples de Jésus n’ont manifestement pas compris. Ils n’ont pas compris que l’enseignement de Jésus ne rajoute pas des lois à des lois, et n’est pas un changement de domination. Mais accueil, service et bénédiction.
Ils ne l’ont pas, c'est-à-dire pas encore compris. Alors, ne pouvant définitivement plus lourder les femmes, ils s’en prennent aux enfants… Il y a toujours une personne différente qu’on peut haïr, et un plus faible sur qui l’on peut se défouler. Sauf que Jésus les bénit, des petits, ces moins que rien, ramassés dans la rue, sales, sans langage, sans droits et sans espérance...  Ont-ils enfin compris ?
S’il y avait eu des chiens dans le récit de Marc, est-ce qu’après s’être fait tancer par Jésus au sujet des femmes, rabrouer par Jésus au sujet des enfants, les disciples de Jésus auraient jeté des pierres aux chiens qui seraient venus quémander une caresse ? Que faut-il donc pour que les humains comprennent, que faut-il donc qu’il arrive dans leurs vies pour que leurs cœurs soient atteints et transformés ? Trois réponses sont possibles.
Voici la première : le malheur, car il arrive que des cœurs soient transformés par l’expérience du malheur, par l’expérience d’avoir été le petit, celui qui ne peut exister que par l’aide de ses semblables et la grâce de plus puissants que lui. Mais ça ne marche pas à tous les coups et on ne peut souhaiter le malheur de personne. 
Deuxième réponse : pour que des cœurs soient transformés, il faudrait que Dieu se fasse connaître à eux en Christ. Cette réponse laisse l’initiative à Dieu, certes, mais elle laisse la place à toutes sortes de dérobades et de dénis, du genre : il ne s’est pas encore fait connaître à moi.
Voici donc la troisième réponse : Dieu s’est fait connaître déjà en Christ et il appartient à chacune et chacun d’en prendre acte et d’entreprendre d’agir en conséquence. Car prendre acte de ce que Dieu s’est fait connaître déjà en Christ c’est aussi prendre acte de ce qu’on est, soi, tout comme étaient, eux, les disciples de Jésus. Les humains, nous, nous sommes responsables, en un mot, de notre propre conversion, de notre ouverture, de notre engagement… le chemin de toute la vie.
Que Dieu qui nous a fait grâce nous soit en aide. Amen

Je me demande quel genre de fusil d'assaut Jésus recommanderait qu'on achète ?

dimanche 27 septembre 2015

Je connais les noms de quelques uns de ceux qui seront sauvés (Marc 9,38-48)

Marc 9,38-48
38 Jean lui dit: «Maître, nous avons vu quelqu'un qui chassait les démons en ton nom et nous l'en avons empêché parce qu'il ne nous suit pas.»
39 Mais Jésus dit: «Ne l'en empêchez pas, car il n'y a personne qui fasse un miracle en mon nom et puisse, aussitôt après, mal parler de moi.
40 Celui qui n'est pas contre nous est pour nous.
41 Quiconque vous donnera à boire un verre d'eau parce que vous appartenez au Christ, en vérité, je vous le déclare, il ne perdra pas sa récompense.
42 «Quiconque entraîne la chute d'un seul de ces petits qui croient, il vaut mieux pour lui qu'on lui attache au cou une grosse meule, et qu'on le jette à la mer.
43 Si ta main entraîne ta chute, coupe-la; il vaut mieux que tu entres manchot dans la vie que d'aller avec tes deux mains dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint pas.
45 Si ton pied entraîne ta chute, coupe-le; il vaut mieux que tu entres estropié dans la vie que d'être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne.
47 Et si ton oeil entraîne ta chute, arrache-le; il vaut mieux que tu entres borgne dans le Royaume de Dieu que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne,
48 où le ver ne meurt pas et où le feu ne s'éteint pas.
49 Car chacun sera salé au feu.
50 C'est une bonne chose que le sel. Mais si le sel perd son goût, avec quoi le lui rendrez-vous? Ayez du sel en vous-mêmes et soyez en paix les uns avec les autres.»

Prédication : 
            Souvenir personnel, pour commencer cette prédication. Marcel avait été pour Lise un fiancé délicat, un mari doux et prévenant, l’homme de toute sa vie. Ils étaient âgés déjà lorsque je les ai connus, dévoués l’un à l’autre, bons l’un pour l’autre…Ils ont vieilli encore un peu. La vieillesse est parfois chose laide. Marcel est tombé malade et la maladie l’a rendu grossier, puis violent. Devenu impossible à maîtriser, il a fallu l’enfermer. Lise allait le voir, souvent, et revenait, à chaque fois, anéantie. Tout son amour pour Marcel était impuissant. La médecine, qui a des noms pour toutes choses, était elle aussi impuissante. Un jour, Lise m’a posé cette question : « Est-ce un démon qui s’est emparé de lui ? »
            Le premier verset du texte que nous méditons commence ainsi : « Maître, nous avons vu quelqu’un qui chassait les démons en ton nom… » Les démons, c’est le nom donné à  l’impuissance face au naufrage d’une personne, c’est le nom donné au désastre, c’est le nom donné à ceux pour lesquels toutes les personnes réputées compétentes se sont montrées incapables, alors le problème est donc resté ainsi sur les bras des plus proches… qui n’ont plus, pour faire face, que leur courage, et leur foi. Telle est la situation de départ de notre texte, c’est la situation de l’impuissance radicale, de la faiblesse absolue, la situation de « ces petits qui croient ».
Il arrive, parfois, que, dans une telle situation, se présente quelqu’un qui, contre toute attente, apportera un peu de soulagement. « Nous avons vu quelqu’un qui chasse les démons en ton nom… », rapporte Jean, disciple de Jésus.
            Celui qui soulage miraculeusement, c'est-à-dire contre toute attente, d’un mal, d’un souci qui a résisté à tous les spécialistes patentés, celui qui soulage non pas en son nom propre, pas pour sa petite gloire ou pour asseoir sa domination, mais qui au contraire agit au nom de Jésus Christ, gratuitement, sans aucune contrepartie… à celui qui agit ainsi, demande-t-on de quelle chapelle il est ? C’est pourtant ce qu’ont fait les disciples de Jésus. Ils ont empêché quelqu’un d’agir, de faire le bien, parce que ce quelqu’un n’était pas de leur chapelle : « nous l’avons empêché parce qu’il ne nous suit pas. »

Nous appartenons à une tradition chrétienne qui professe qu’il n’y a de salut que par pure grâce. Or, le texte que nous méditons nous conduit à nous interroger sur l’acte des disciples de Jésus, un acte grave, et, semble-t-il, impardonnable. « Maudit soit celui qui met un obstacle sur le chemin d’un de ces petits qui croient. » Nous nous interrogeons donc sur les œuvres. Ce texte biblique est justement là pour que nous interrogions nos propos, et nos pratiques, et que nous les interrogions sérieusement.
            Or, nous avons bien là sous nos yeux un texte revêtu d’autorité, une parole attribuée à Jésus, qui vient proclamer que certains actes seront rétribués positivement et d’une manière inaliénable, et que d’autres actes seront rétribués de la géhenne, c'est-à-dire de l’ultime malédiction… Quels actes ?
            Commençons par ceux qui vaudraient la géhenne. Lisons, tout simplement. Nous avons empêché (un homme) (de chasser les démons en ton nom) parce qu’il ne nous suit pas, rapporte l’un des ses disciples à Jésus. Que reste-t-il au désespéré, à l’impuissant, à celui qui a son malheur et sa misère sur les bras, une fois que des personnes bien-pensantes ont récusé toute possibilité d’un bienfait ? A celui qui n’a que son malheur et sa foi, que reste-t-il si on le prive de sa foi ? Il ne reste qu’un malheur aggravé. Or, il est impardonnable, enseigne Jésus, d’arracher la bouée de quelqu’un qui surnage avec peine (si ta main…). Il est impardonnable de poser sa botte sur le corps de celui qui se débat dans la boue (si ton pied…). Impardonnable aussi de se repaître du spectacle du malheur d’autrui (si ton œil…). Ce genre d’acte, l’acte de ses disciples, qui ont empêché un homme de chasser des démons au nom de Jésus, est condamné par Jésus lui-même, sans appel, et apparemment sans rémission possible pour celui qui les aura commis.
            Mais il y a d’autres actes, pas forcément spectaculaires, des actes minuscules, des actes à la portée de chacune, de chacun, qui peuvent être accomplis même lorsque tous les experts se sont montrés impuissants. Ce sont des actes qui ne guérissent rien mais qui peuvent prendre l’allure de miracles, seulement parce que plus personne ne les attend, et parce que ceux qui les commettent le font sans prétention aucune. « Celui qui vous donnera à boire un verre d’eau parce que vous êtes de Christ… » Et bien, nous affirme Jésus, ce genre d’acte est rétribué, et d’une manière inaliénable ! « … en vérité, (celui qui les aura accomplis) ne perdra jamais sa rétribution. »

            Ne nous demandons surtout pas qui est de Christ et qui n’est pas de Christ. Le Christ n’a jamais fait le tri des malheureux avant de les soulager. Reconnaissons plutôt que, parfois, devant le malheur, nous en avons fait infiniment moins que ce que nous aurions pu et que, parfois aussi, il nous est arrivé de mal parler de ceux qui, se réclamant pourtant du Christ, ne sont pas de la même chapelle que nous et pourtant accomplissent des actes de bonté. Nous ne sommes pas pour autant de mauvaises personnes. Il nous est arrivé aussi d’accomplir des actes simples, minuscules, et qui auront été des actes de bonté.
Mais puisque ces actes, mauvais et bons, sont mis apparemment en balance par le texte que nous méditons, demandons-nous combien d’actes minuscules de pure bonté faut-il accomplir pour contrebalancer de mauvaises actions. Et bien… Dieu seul le sait… car, très souvent, les meilleures de leurs actions sont ignorées de ceux-là même qui les accomplissent.
Nous ne pouvons donc pas nous prévaloir de nos bonnes actions. Et nous ne serons sauvés que par pure grâce. Mais nous pouvons plaider pour ceux qui ont bien agi. Si la divine rétribution d’actes de bonté minuscules est une rétribution inaliénable, alors je connais le nom de quelques-uns de ceux qui seront sauvés, parce que je sais ce qu’ils ont fait un jour pour moi.

Ceci dit, dans l’attente confiante de ce salut qui n’arrive que par pure grâce, nous pouvons chercher à mieux vivre. Et le texte nous donne clairement une direction à prendre. Pas seulement les remèdes radicaux du genre « Si ta main… si ton pied… si ton œil… ». Il nous suggère de penser un peu à ce qu’on agrippe tellement fort qu’on n’en bouge plus. Penser aussi à ce après quoi l’on court si vite qu’on ne remarque même plus que d’autres chemins sont possibles. Penser enfin à ce vers quoi notre regard se pose, avec un genre d’insistance qui empoisonne le jugement. Nous pouvons penser à tout cela, et simplifier, épurer, saler, comme Jésus le suggère, pour perdre le plus possible de ces boursouflures qui relèvent plus de l’arrogance, de la religiosité, et de la convoitise, que de la foi.


« Nous avons vu un homme qui chassait les démons en ton nom, et nous l’en avons empêché, parce qu’il ne nous suit pas. » Ce jour-là, les disciples de Jésus se sont trompés de combat. Oui, il faut se battre contre ceux qui détruisent, mutilent, aliènent… Mais c’est surtout pour l’Evangile de Jésus Christ Fils de Dieu qu’il faut se battre, contre ce qui aliène l’être humain. Ce jour-là, les disciples de Jésus se sont trompés de combat… puissions-nous ne pas nous tromper, et mener ce combat en nous-mêmes, et pour autrui. Que le Seigneur nous soit en aide. Amen 

Loin des bousculades, celles du Hadj, celles de "Je suis Charlie", celles de "On est, on est, on les les champions !". Thor's Café, Cap Ameli, Groenland. Cet endroit n'est pas habitable sans les secours justement de cette machinerie qui enfante aussi les foules et leurs immenses mouvements. Et s'y retirerait-on qu'on n'y survivrait sans doute pas au premier hiver arctique... Et pourtant, le silence, l'incomparable silence de ces pays, et l'immense solitude. Ainsi rêver de la demeure de Dieu. 
Avant l'immense nuit, alors que, déjà, la mer est gelée, je sors, quelques heures de marche autour de ma cabane. Certaines tempêtes me forceront à demeurer cloîtré. Hier, j'ai vu passer l'ange blanc, la chouette arctique, rarissime compagne de mes méditations. Quelques mois encore passeront avant que je n'adresse la parole à l'un de mes semblables. Ou quelques siècles... Tout est bien.

dimanche 20 septembre 2015

La suite de l'Evangile de Jésus Christ Fils de Dieu - 3 - (Marc 8,27-38) Sur la honte

Marc 8
27 Jésus s'en alla avec ses disciples vers les villages voisins de Césarée de Philippe. En chemin, il interrogeait ses disciples en leur disant «Qui suis-je, selon ce que les gens disent ?»
28 Ils lui dirent: «Jean le Baptiste; pour d'autres, Elie; pour d'autres, l'un des prophètes.»
29 Et lui leur demandait: «Et vous, qui dites-vous que je suis?» En lui répondant, Pierre lui dit : «Tu es le Christ.»
30 Mais il les réprimanda, {leur enjoignant} de ne rien dire de lui à personne.
31 Puis il commença à leur enseigner qu'il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu'il soit mis à mort et que, trois jours après, il ressuscite.
32 Il parlait ouvertement ce langage. Mais Pierre, le tirant à part, se mit à le réprimander.
33 Mais lui, se retournant et voyant ses disciples, réprimanda Pierre; il lui dit : « Dégage ! Derrière moi, Satan, car tes pensées et tes manières ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.»
34 Puis il fit venir la foule avec ses disciples et il leur dit: «Si quelqu'un veut venir derrière moi, me suivre, qu'il se renie lui-même et prenne sa croix, et qu'il m’accompagne.
35 En effet, qui veut sauver sa vie, la perdra; mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l'Évangile, la sauvera.
36 Et quel avantage l'homme a-t-il à gagner le monde entier, s'il le paie de sa vie?
37 Que pourrait donner l'homme en échange de sa vie?

38 Car si quelqu'un a honte de moi et de mes paroles au milieu de cette génération (engeance) adultère et pécheresse, le Fils de l'homme aussi aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges.»



Prédication :
            Le texte que nous venons de lire est le même texte que celui que nous avons lu il y a une semaine. La prédication d’il y a une semaine avait laissé de côté un verset, le dernier : Car si quelqu'un a honte de moi et de mes paroles au milieu de cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l'homme aussi aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges.
            Ce verset parle de la honte. Si quelqu’un a honte de moi et de mes paroles, dit Jésus. Mais comment aurait-on honte de Jésus et de ses paroles ? Et bien, d’abord, la honte, qu’est-ce que c’est ?

            Retour sur un épisode d’actualité. Il y a quelque jours, à Pontoise, au cours du « Salon Musulman du Val d’Oise », deux conférenciers barbus connus pour leur radicalisme, ont vu surgir devant eux deux femmes en jeans et torse nu. On peut voir, sur les photos, que d’autres femmes sont présentes aux premiers rangs de l’assemblée, et qu’elles ne sont pas en jeans ni torse nu… Nous allons ici nous interroger sur ce bref face à face. Avant de nous interroger sur ce choc, nous nous interrogeons sur ce qui forme une communauté.
            Ce qui forme une communauté, ce sont les liens qui unissent des personnes entre elles. C’est d’abord (1) l’image que chacun a de soi-même, mais aussi (2) l’image que chacun cherche à donner de soi-même, ainsi que (3) l’image que chacun a des autres, et enfin (4) l’image que les autres ont de vous. Les liens qui unissent des personnes entre elles tiennent donc à ce que les gens pensent d’eux-mêmes, et à ce qu’ils montrent, disent et font, puis à la réception de tout cela par les autres.
Il y a des liens forts qui rassemblaient le public et les orateurs barbus. Ce sont, dans leur milieu, des orateurs renommés. Deux femmes ont fait irruption devant eux, et devant leur public, jeans et torse nu. Aucun lien ne s’est fait entre eux tous… rien ne correspondait entre elles et eux.

            S’interroger sur l’image de soi et l’image des autres, sur la plus ou moins grande correspondance entre ces images, cela permet de s’interroger sur la honte. Car la honte est cela qu’on éprouve lorsque l’image qu’on a de soi vient à être abimée, lorsque l’image qu’on a de ceux auxquels on est lié vient à être abimée. Alors, lorsqu’une personne éprouve de la honte, ce qui la relie à elle-même, et ce qui la relie à autrui vient à être malmené, voire détruit. La honte, lorsqu’on l’éprouve, fait à la fois perdre pied et perdre le contact… La honte est ainsi un sentiment qui isole puissamment. Celui qui éprouve la honte aura besoin de se reconstruire, ainsi que de reconstruire ses relations…
            Dans le face à face entre les orateurs barbus et les femmes aux torse nu, dans le face à face entre elles et le public, puis dans le face à face entre elles et ceux qui les ont violemment expulsées, dans le face à face que les média nous proposent de revivre, quelqu’un aura-t-il trouvé l’occasion d’éprouver la honte ? Quelqu’un aura-t-il été ébranlé… Nous ne pouvons pas pénétrer les consciences. Ce qu’on peut lire sur les sites des uns et des autres, les forums et les blogs laisse bien perplexe. Le face à face entre radicalisme et provocation produit plus souvent l’endurcissement que la honte. Mais peut-être que quelques âmes fragiles, hésitantes, tentées par telle option ou par telle autre, auront à cette occasion éprouvé la honte. Peut-être auront-elles alors choisi de tourner le dos à ce monde dans lequel les femmes sont horriblement encadrées, et choisi finalement le monde où les femmes disposent librement d’elles-mêmes. Je le crois. Qui sait ? Peut-être. Car de la honte on peut sortir « par le haut » (la conversion), ou « par le bas » (l’endurcissement).

Si quelqu’un a honte de moi et de mes paroles dans cette génération adultère et pécheresse, dit Jésus… Ceci nous invite à une large interrogation sur ce que les gens ont pu éprouver, amis ou ennemis de Jésus, lorsqu’ils l’ont entendu parler, lorsqu’ils l’ont vu vivre, et mourir. Si c’est de la honte qu’ils ont éprouvé, qu’en auront-ils fait ?
Les disciples de Jésus, et ses contemporains, qu’éprouvent-t-ils lorsqu’ils voient leur maître guérir, ou multiplier les pains ? Peut-être pas de la honte, sans doute de la fierté, de la joie, et, pour certains, un dépit qui se changera en haine. Lorsque Jésus enseigne, mais qu’ils ne comprennent rien, qu’éprouvent-ils ? Lorsqu’il polémique ? Lorsqu’il transgresse le commandement du sabbat ? Qu’éprouvent-ils ? Lorsqu’il guérit, d’un seul mot, un enfant qu’eux-mêmes avaient été impuissants à soulager, et qu’en plus il les traite d’engeance incrédule, ajoutant « jusqu’à quand vous supporterai-je » ? Peut-être que la honte s’invite là. Lorsqu’il accueille à bras ouverts des enfants qu’eux-mêmes avaient repoussés ? Lorsqu’il leur tend un bout de pain en disant « c’est mon corps », qu’éprouvent-ils ? Lorsqu’il se laisse arrêter sans se défendre ? Et lorsqu’il meurt misérablement ?
Parmi les sentiments qu’ils éprouvent, la honte est certainement présente, la honte qui dévaste l’image qu’ils avaient d’eux-mêmes en tant que disciples de cet homme-là, et c’est si flatteur lorsque tout va bien ! La honte qui met à mal le lien qui les unissait à leur maître, mais qui, peut-être aussi, met à mal les liens qui les unissaient à leur contemporains. Oui, la honte est un sentiment qui peut habiter les disciples de Jésus, et certains de ses contemporains. Puissent-ils avoir eu honte de Lui et de ses paroles, et en être sortis par le haut.
De la honte, nous l’avons dit, on peut sortir par le bas, ou par le haut. Sortir de la honte par le bas ce pouvait être, pour les disciples de Jésus, s’enfuir, le renier puis se taire définitivement et laisser l’histoire effacer l’Evangile, la bonne nouvelle, et l’espérance. Sortir de la honte par le haut ce pouvait être, prendre de la distance avec la religion et les compromissions de leur temps, choisir de devenir témoins de Jésus après sa mort, choisir de croire et vivre par la foi. C’est, nous le pensons, ce qu’ils ont fait. Ce qui n’effaçait en rien leur ancienne incrédulité, leur vieille dureté de cœur, leur lâcheté et leur reniement. Car la honte, lorsque celui qui l’éprouve ne se laisse pas anéantir par elle mais choisit de lui faire face, lorsque celui qui l’éprouve choisit d’en sortir par le haut, est proche parente de la vérité. En tant que telle, elle constitue le sous-bassement solide d’une conversion. Vous objecterez qu’on peut se convertir à bien des idées, à bien des religions. Oui, mais les idées ne se valent pas toutes. S’agissant de l’Evangile de Jésus Christ Fils de Dieu, le dépassement de la honte par le haut, la conversion, est une ouverture à la vie, elle est une protestation contre tout ce qui défigure Dieu en en faisant une idole, ou une arme de guerre, une protestation contre tout ce qui abime l’être humain en en faisant du bétail.

Si quelqu'un a honte de moi et de mes paroles au milieu de cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l'homme aussi aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges. Comment allons-nous comprendre ce que dit finalement Jésus ?
Comme une menace dans la perspective du jugement dernier, peut-être… Mais après ce que nous avons dit de la honte, et de l’appel à la conversion qu’elle apporte avec elle, ce qui est soudain mis en jeu c’est le jugement dernier de Dieu sur l’homme qui est mis en question. Avant le jugement dernier de Dieu sur l’homme, il y a le jugement avant-dernier de l’homme sur lui-même. La honte est là, honte de mes paroles, honte de mes gestes, honte de soi-même… lorsqu’elle arrive, la honte signale la possibilité d’une conversion. Il y a un choix de vie que chacun peut faire, et doit toujours faire. Du jugement dernier, nous ne pouvons dire qu’une seule chose : il vient en dernier. Le dernier mot n’est jamais dit et il ne nous appartient pas. En affirmant que le Fils de l’homme venant au jour du jugement pourra avoir honte de certains, Jésus affirme que son opinion n’est pas encore formée. Quelle sera-t-elle sur nous ? Cela lui appartient. C’est une bonne nouvelle pour mettre fin à toute spéculation sur l’au-delà.
Tout est grâce, et c’est par la foi qu’il nous faut vivre, et continuer l’Evangile. Amen



On pourrait dire que l'Europe est en train de faire naufrage, que l'Occident est en train de faire naufrage, que la modernité a tellement peu tenu ses promesses que, finalement, le radicalisme religieux est une alternative acceptable, ou qu'un Etat fort, sans doute... Mais un Etat fort est juste une version sécularisée du radicalisme religieux. Et du radicalisme religieux on sait de quoi il est capable. Séduction et facilité du désespoir que se laisser aller plus que quelques instants à certaines pensées. Il faut préférer le silence de la honte au caquètement  des idées trop simples. Quant aux gestes... 
Je défendrai la modernité. Car c'est en Dieu que je crois. 

dimanche 13 septembre 2015

La suite de l'Evangile de Jésus Christ Fils de Dieu - 2 - (Marc 8,27-38)

Marc 8
27 Jésus s'en alla avec ses disciples vers les villages voisins de Césarée de Philippe. En chemin, il interrogeait ses disciples en leur disant «Qui suis-je, selon ce que les gens disent ?»
28 Ils lui dirent: «Jean le Baptiste; pour d'autres, Elie; pour d'autres, l'un des prophètes.»
29 Et lui leur demandait: «Et vous, qui dites-vous que je suis?» En lui répondant, Pierre lui dit : «Tu es le Christ.»
30 Mais il les réprimanda, {leur enjoignant} de ne rien dire de lui à personne.
31 Puis il commença à leur enseigner qu'il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu'il soit mis à mort et que, trois jours après, il ressuscite.
32 Il parlait ouvertement ce langage. Mais Pierre, le tirant à part, se mit à le réprimander.
33 Mais lui, se retournant et voyant ses disciples, réprimanda Pierre; il lui dit : « Dégage ! Derrière moi, Satan, car tes pensées et tes manières ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.»
34 Puis il fit venir la foule avec ses disciples et il leur dit: «Si quelqu'un veut venir derrière moi, me suivre, qu'il se renie lui-même et prenne sa croix, et qu'il m’accompagne.
35 En effet, qui veut sauver sa vie, la perdra; mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l'Évangile, la sauvera.
36 Et quel avantage l'homme a-t-il à gagner le monde entier, s'il le paie de sa vie?
37 Que pourrait donner l'homme en échange de sa vie?

38 Car si quelqu'un a honte de moi et de mes paroles au milieu de cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l'homme aussi aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges.»

Prédication :
        Petit retour en arrière. Dans le texte que nous avons lu la semaine dernière, Jésus, ayant accompli un miracle, interdisait formellement qu’on fasse quelque publicité que ce soit autour de ce miracle.
Nous avons compris qu’on ne fait guère avancer la cause de l’évangile de Jésus Christ Fils de Dieu en faisant une publicité effrénée au sujet de miracles accomplis par lui, mais que nous sommes incapables de réitérer. A nous, au nom du Christ, d’accomplir simplement ce que nous sommes capables d’accomplir. Plaise à Dieu que cela porte du fruit et à Lui soit la gloire.
        Le texte que nous venons de lire aujourd’hui met en place une autre interdiction, plus fermement exprimée encore que la précédente.
« Tu es le Christ ! », affirme Pierre. Et Jésus lui-même de répliquer en interdisant à tous ses disciples de dire quoi que ce soit de lui à quiconque.
Comment l’évangile de Jésus Christ Fils de Dieu va-t-il être continué s’il est s’interdit de dire publiquement que Jésus est le Christ et s’il est même interdit de parler de lui ?

Laissons un  instant en suspens le défi que constitue, en elle-même, cette interdiction. Et revenons au texte et aux contextes.
            Jésus est un prédicateur brillant, un guérisseur performant, il a une notoriété considérable dans son petit pays. Et dans son petit pays, sous brutale domination romaine, l’attente d’un puissant libérateur est une réalité. La notoriété de Jésus, la publicité faite autour de lui, risque à chaque instant de faire se lever derrière lui une petite armée, motivée religieusement et politiquement, qui pourrait certes donner du fil à retordre aux légions romaines, mais que Rome saurait assurément écraser. Lorsqu’il commande à ses disciples de ne rien dire de lui à personne, Jésus tente peut-être de prévenir la violence.
           
            Pour autant, personne n’a jamais respecté vraiment l’interdiction, formulée par Jésus, ni jadis, ni maintenant. Si bien que la question qui nous intéresse ne peut pas être celle du respect de cette interdiction, mais celle de son interprétation.
Il en va de cette interdiction comme du commandement du Décalogue qui dit : « Tu ne prononceras pas mon nom en vain ! », c’est ce qui est commandé. Mais n’abuse-t-on pas de ce commandement si l’on vient à en faite une interdiction absolue de prononcer le nom de Dieu ? Que les quatre lettres du nom divin soient imprononçables, cela ne dispense jamais de parler de Dieu. Et comment parlera-t-on de Lui, de Dieu, sans jamais le nommer ? Ce commandement nous invite à nous demander de quoi nous parlons lorsque nous parlons de Dieu. Il nous signale même que lorsque nous parlons de Dieu, ce n’est jamais de Dieu que nous parlons. Cela signifie que ce commandement ne vise pas à établir, à signifier ou à maintenir que Dieu est Dieu. Que Dieu soit Dieu n’est jamais établi ni jamais réfuté par aucun propos ni par aucun agir humain. Nous ne pouvons pas établir ou réfuter que Dieu soit Dieu. C’est une affaire qui nous dépasse. Mais le commandement interpelle profondément celui qui se réclame de Dieu. « Est-ce bien Dieu qui est ton Dieu ? » Ou encore : « Ton Dieu, est-ce Dieu ? Ou bien est-ce le texte dont tu te réclames ? » Ou encore, « Comment montreras-tu que Dieu est ton Dieu ? »
           De même, l’interdiction de jamais parler de lui à personne, que Jésus adresse à ses disciples, est destinée à les interpeller. Que Pierre dise à Jésus, devant les autres disciples : « Tu es le Christ ! » n’établit ni n’établira jamais en aucun cas que Jésus est le Christ. Ce qui peut établir que Jésus est le Christ, c’est ce que Jésus dit et fait : son ministère public, sa Passion, sa Résurrection. Mais ne soyons pas naïfs, car son ministère public, sa Passion, sa Résurrection, ne nous sont accessibles que par un texte. « C’est écrit dans la Bible… » Et alors ? Rien ne peut indiquer que Jésus est le Christ, si ce n’est la réception de ce texte. C'est-à-dire que rien ne peut indiquer que Jésus est le Christ si ce n’est ce que les lecteurs ont fait, font, et feront de ce texte.
A ceci on pourra objecter que Jésus est le Christ indépendamment de ce que les humains auront fait de lui, tout comme Dieu est Dieu indépendamment de ce que les humains font de lui. Et c’est vrai, en tant qu’énoncé de la foi. C’est tellement vrai que l’énoncé de cette foi donne une chance à l’humanité. Dieu est plus grand, Christ est plus grand, que les atrocités commises en son nom, et que les horreurs proférées en son nom.
Dans cette foi, ni Dieu ni Christ n’ont besoin de nos services. Notre propos est juste de continuer l’Evangile de Jésus Christ Fils de Dieu. Au fond, nous avons à louer Dieu que nos pères ont reçu l’Evangile. Nous avons à rendre grâce à Dieu de ce que des traditions ont reçu et transmis le texte, et bien des commentaires du texte. Jésus est Christ parce que nos pères l’ont reconnu, et ont transmis ce qu’on a dit de lui. Reste encore à ce que Jésus soit Christ pour nous, Christ pour moi. Est-il Christ pour moi ? Que chacun s’interroge ! S’il est Christ pour moi, comment le saurai-je ? Nous avons un bon guide pour nous interroger maintenant. L’évangile de Marc !

Pierre confesse que Jésus est le Christ. A la bonne heure ! Mais « il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands  prêtres et les scribes, qu’il soit mis à mort et que, trois jours après, il ressuscite. » La plupart des traducteurs rendent « il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, etc. » Il le fallait et, hélas, il le faut toujours. Nous affirmons que la Passion de Jésus, telle qu’elle est racontée par les évangiles, n’épuise en aucun cas la question de Jésus en tant que Christ. Il n’est pas exact de dire que Jésus a été reconnu comme Christ à la croix, ni au matin de Pâques. Ce qui est exact, c’est d’affirmer que Jésus n’est reconnaissable  comme Christ – hier, aujourd’hui et toujours – que crucifié et ressuscité, et qu’il ne l’est que pourvu que ceux qui se réclament de lui discutent très sérieusement, contestent en eux-mêmes et pour autrui, les trois pouvoirs qui ont toujours, dans le récit, et dans l’histoire de la chrétienté, rejeté Jésus, le Fils de l’homme, le Christ : les anciens, les grands-prêtres, les scribes.
Rejeté par les anciens : Jésus est reconnaissable comme Christ lorsque ses disciples, ses témoins, nous autres… nous ne prétendons pas que l’ancienneté est sage, a fait ses preuves, et que le temps présent, ou la génération montante, n’a rien à nous apprendre, et que les formes sociales,  politiques, et les inégalités qui vont avec sont de toujours et pour toujours…
Rejeté par les grands prêtres : Jésus est reconnaissable comme Christ lorsque ses disciples, ses témoins, nous autres… nous ne nous en  tenons pas par obligation, par conservatisme aux formes reçues et ne contraignons pas tout un chacun à pratiquer sans le comprendre un rituel que nous-mêmes n’aurons pas sérieusement interrogé.
Rejeté par les scribes : Jésus est reconnaissable comme Christ lorsque ses disciples, ses témoins, nous autres… nous ne sacralisons pas le texte biblique, c'est-à-dire au fond ne sacralisons pas nos propres habitudes et nos propres personnes.

            Peut-être que cela fait beaucoup à discuter, beaucoup à contester, beaucoup à rejeter. Peut-être que ça casse bien des convenances et bien des connivences. Continuer l’Evangile de Jésus Christ Fils de Dieu, c’est une croix à porter. La joie peut ne pas être absente lorsqu’on choisit de porter cette croix.
Que le Seigneur nous donne l’envie et la joie de porter cette croix. En la portant résolument nous signalerons que Jésus est Christ pour nous. Ainsi pourra-t-il être, Dieu voulant, un signe aussi pour nos contemporains. Amen


Un signe pour nos contemporains... signe de quoi? Prolongement étrange de cette prédication, l'irruption des Femen dans un "Salon musulman", où l'on discutait de cuisine, de la place de... l'opportunité, de la licéité... enfin, du statut et de la place des femmes. C'était à Pontoise, il y a quelques heures. Ce qui me donne l'opportunité de traduire en trois phrases simples les trois examens de soi proposés ci-dessus, et cela fera trois résolutions sérieuses.
Rejeté par les anciens : "Je ne serai jamais un vieux con !"
Rejeté par les grands prêtres : "Je ne serai jamais un intégriste !"
Rejeté par les scribes : "Je ne serai jamais un fondamentaliste !"


dimanche 6 septembre 2015

La suite de l'évangile de Jésus Christ Fils de Dieu (Marc 7,31-37)


Lorsque l'émotion sera retombée et, déjà, elle est retombée, il restera celles et ceux qui, chassés par la misère et les horreurs de la guerre, auront eu l'heur de survivre au voyage. Parmi eux, le père d'Aylan Kurdi. Bodrum restera la perle de la Riviera Egéenne, et certains vacanciers européens continueront à y goûter un repos mérité. Les avis de ces gens sur les hôtels qu'ils auront fréquentés resteront essentiellement grincheux. Y a-t-il un vacancier européen heureux sur les rives orientales de la mer Egée ? L'un d'eux se plaindra un de ces jours qu'on ait laissé au petit matin des cadavres sur la plage privée de son hôtel. Et, l'année prochaine, préférera l'île de Kos. Aucun d'entre nous, ne rendra la vie à un enfant mort noyé. Que le Tout Puissant nous prenne en pitié.


Marc 7
31 Jésus quitta le territoire de Tyr et revint par Sidon vers la mer de Galilée en traversant le territoire de la Décapole.
32 On lui amène un sourd qui, de plus, parlait difficilement et on le supplie de lui imposer la main.
33 Le prenant loin de la foule, à l'écart, Jésus lui mit les doigts dans les oreilles, cracha et lui toucha la langue.
34 Puis, levant son regard vers le ciel, il soupira. Et il lui dit: «Ephphata», c'est-à-dire: «Ouvre-toi.»
35 Aussitôt ses oreilles s'ouvrirent, sa langue se délia, et il parlait correctement.
36 Jésus leur recommanda de n'en parler à personne: mais plus il le leur recommandait, plus ceux-ci le proclamaient.
37 Ils étaient très impressionnés et ils disaient: «Il a bien fait toutes choses; il fait entendre les sourds et parler les muets.»


Prédication : 
Un simple, un très simple épisode de l’évangile de Marc, tel est ce court récit d’un miracle accompli par Jésus en terre étrangère. Un miracle dont Jésus recommandera qu’on ne parle surtout pas, mais au sujet duquel une publicité considérable sera faite, qui vaudra à Jésus une renommée tout aussi considérable… Ce simple épisode est accompagné de beaucoup d’autres épisodes, et bout à bout, ils constituent une histoire de la vie de Jésus. Ainsi donc, à première vue, l’évangile est une histoire de la vie de Jésus.

Pourtant, l’évangile n’est pas seulement une histoire de la vie de Jésus. Et nous en sommes avertis dès le premier verset de Marc. Vous avez le droit de ne pas connaître ce verset par cœur. Le voici : « Commencement de l’évangile de Jésus Christ Fils de Dieu ». Ce premier verset, c’est le véritable titre de l’évangile de Marc. Et cela a une conséquence importante : lorsque le lecteur a sous les yeux cette histoire de la vie de Jésus, il n’a que le commencement de l’évangile de Jésus Christ Fils de Dieu.

Pourquoi tous ces préliminaires, vous demandez-vous ? Et bien pour suggérer que la continuation de l’évangile de Jésus Christ Fils de Dieu doit nous préoccuper d’avantage que son commencement, et pour suggérer aussi qu’une lecture attentive du texte de  Marc (de Marc entre autres – de  Marc, aujourd’hui) peut nous indiquer quelques conditions de possibilité de la continuation de cet évangile. Donc, nous lisons, et nous commentons, seulement deux versets, en gardant en tête cette question : Quelle sera la suite de l’évangile de Jésus Christ Fils de Dieu ?

Premier verset que nous commentons : Il leur recommanda de n’en parler à personne. Jésus, donc, nous rapporte Marc, recommande – et avec tellement de fermeté que cela ressemble à un commandement – de ne parler à personne du miracle qu’il vient d’accomplir. Et lorsque le miracle c’est de rendre la parole à un muet, il est pour le moins surprenant que l’auteur du miracle commande qu’on se taise. Alors, pour continuer l’évangile, faut-il se taire, ou parler ? Quand se taire, et quand parler ? Et parler, pour dire quoi ? Pour dire que Jésus a fait des miracles ? La dévotion populaire est friande de miracles, et les marchands d’illusions sont gourmands de la dévotion populaire. Faire grande publicité de ce que Jésus a, un jour, quelque part, guéri un sourd qui ne parlait pas, cela ne sert pas l’évangile. Car ce genre de miracle étant non réitérable, en faire la publicité ne fait qu’alimenter les illusions. On ne nourrit pas l’espérance en alimentant les illusions. Et c’est pour cela que nulle publicité ne doit jamais être faite au sujet d’un miracle qui a eu lieu, même si, et surtout si, l’on croit que des miracles sont possibles.

Deuxième verset que nous commentons : On lui amène un sourd qui avait de la peine à parler. Nous devons reconnaître qu’une certaine quantité de publicité avait été nécessaire autour de Jésus pour que la rencontre entre lui et le sourd puisse avoir été initiée, et l’on se doute bien que ça n’est pas pour gentille petite tape sur la joue qu’on supplie Jésus de poser la main sur ce malheureux. Pourtant, ça n’est pas publiquement que la rencontre a lieu. Les effets de la rencontre entre Jésus et le sourd sont manifestes, mais la rencontre reste strictement en tête à tête, puisque Jésus l’emmena loin de la foule, à l’écart. Les lecteurs que nous sommes sont les spectateurs de la suite, mais pas la foule. Il y a là une triple leçon à recevoir :
-          (Un) Mener les gens là où une rencontre décisive est possible, c’est une condition de continuation de l’évangile.
-          (Deux) Mais cette rencontre, ni ce qui s’y dit, ni ce qui s’y passe, ni ce qui s’ensuit, ne nous appartient pas. Il y a même plus à dire, puisque celui qui était sourd et mal-parlant sera bien moins facile à diriger, bien moins facile à manipuler, lorsqu’il sera guéri que lorsqu’il était handicapé. Autrement dit celui qui ne désire pas qu’autrui puisse un jour prendre la parole, puisse s’exprimer, réfléchir, contester, choisir… ne laisse aucune chance à la continuation de l’évangile.
-          (Trois) On ne voit aucunement le sourd mal-parlant protester ou se rebiffer, ce qui suggère qu’on réfléchisse un peu sur l’obéissance : se laisser mener là où quelque chose d’inouï nous sera peut-être dit, là où nous vivrons peut-être une rencontre inaugurale, c’est aussi une condition de continuation de l’évangile. Mais, s’agissant des lecteurs que nous sommes, cette obéissance ne peut pas être synonyme d’abdication de la raison. Même si nous ne savons pas à quoi nous sommes sourds, nous ne pouvons pas, nous ne devons pas accepter d’écouter n’importe quoi. Et même si nous manquons de mots parfois pour dire ce qui nous porte, nous ne devons pas accepter de le dire n’importe comment.

Mais qu’allons-nous faire, et qu’allons-nous dire, et comment, afin que l’évangile de Jésus Christ Fils de Dieu ait une suite ? Dans l’intimité de la rencontre, Jésus accomplit quelques gestes, lève les yeux au ciel, gémit, et prononce un seul mot, un impératif, adressé au sourd mal-parlant. Si nous excluons de cette scène les gestes magiques, car nous n’en sommes pas capables, il reste un regard vers le ciel, un gémissement et un impératif.
-          Il reste un impératif : Ouvre-toi ! C’est l’impératif que nous devons entendre, et que nous pouvons être amenés à adresser à nos contemporains. S’ouvrir, mais à quoi ? A tout, mais pas à n’importe quoi ! Faire le tri ! Les oreilles pour entendre, la bouche pour parler, rien dans notre texte n’indique que la bouche doive stupidement répéter ce que les oreilles ont entendu. L’intelligence critique et constructive doit s’ouvrir. « La foi chrétienne est illumination de la raison (Erleuchtung der Vernunft) », a écrit Karl Barth, l’un des plus grands théologiens du siècle passé.
-          Il reste aussi un gémissement, parce qu’œuvrer pour l’évangile est chose parfois lourde et pénible, tant cela risque d’être source de malentendus et de peine.
-          Il reste enfin un regard vers le ciel, car ce qu’on accomplit, il faut bien entendu le faire à la mesure de ce que nous savons faire, si peu de choses que ce soit. Mais, avec cette conviction essentielle : Dieu agit. Même si nos paroles et nos actes ont une portée décisive pour quelqu’un, c’est en fait Lui, Dieu seul, qui agit. A Lui est la gloire.

Alors, qui va continuer l’évangile de Jésus Christ Fils de Dieu ? Ministres et fidèles, jeunes et vieux, croyants et incroyants, hommes et femmes de bonne volonté. Puisse chacun d’entre nous vouloir le faire. Et le Seigneur nous sera en aide. Amen

samedi 29 août 2015

De l'histoire au cœur de l'homme (Esaïe 63,1-6)

En reprenant le fil de ce blog, je pense à Khaled Assad, assassiné à Palmyre le 18 août dernier. J'ai pensé à lui, dont nous savons le nom, dont nous connaissons le parcours, l'histoire, la famille... J'aurais aimé pouvoir donner les noms d'autres victimes de EI. J'ai très vite abandonné l'idée d'illustrer ces pages avec quelques photos de Palmyre ravagée. Cette photo de Khaled Assad sera ici l'icône des humains qui manquent cruellement à l'appel des vivants.

J'ignorais l'existence de Khaled Assad, comme j'ignorais celle des anonymes massacrés, et comme j'ignore le nom de ceux qui les ont tués. Entre les uns et les autres cependant, une différence considérable. Le lent travail de ceux qui ont oeuvré pour que soient conservées et comprises les ruines de Palmyre n'a jamais été projeté à la face du monde avec puissance d'horreur. Il relevait pourtant de la puissante conviction de quelques-uns, d'une communauté d'archéologues. Et cette puissante conviction était d'abord discrète, puis construite, discutée, amendée, reprise... Autre puissante conviction, celle des membres d'EI qui, elle, se prétend massive, intemporelle, et croit devoir être imposée, et s'expose, par tous les moyens que nous savons. Les mouvements de ces deux puissantes convictions sont exactement le contraire l'un de l'autre.

Pourquoi la planète entière doit-elle être informée des convictions d'EI? Je me dis que les convictions d'EI seraient insignifiantes si les médias dont nous disposons n'étaient pas là pour les relayer, et que l'appétit de montrer de EI est à la mesure de notre appétit de voir. Le monde du spectacle n'existe pas sans spectateurs. Va-t-on éteindre les écrans? L'horreur qu'on ne voit pas est une horreur qui n'existe pas. Et l'on ne peut pas aller plus loin. Il n'y a pas de Brigades internationales en Syrie et, s'il y en avait, irais-je moi-même combattre ? Reste à interroger le regard porté sur l'image. Et l'intime conviction qui nous porte. A un mouvement centrifuge, qui fait de l'individu et de son intime conviction un universel à exposer et à imposer, j'oppose un mouvement centripète, celui du particulier, de l'intime, de l'enfouissement. Mon intime conviction ne mérite pas de publicité et disparaisse avec moi ce en quoi je crois.

Deux mouvements contraires sont donc possibles, celui qui, partant du cœur de l'homme, entend devenir grande histoire, et celui qui, partant de la grande histoire, vient interroger le cœur l'homme. 


Esaïe 63
1 Qui est donc celui-ci qui vient d'Edom, en habits rouges, de Bosrah, bombant le torse sous son vêtement, arqué par l'intensité de son énergie ?
 - C'est moi qui parle de justice, qui accuse et polémique, pour sauver.
2 - Pourquoi y a-t-il du rouge à ton vêtement, pourquoi tes habits sont-ils comme ceux d'un fouleur au pressoir ?
3 - La cuvée, je l'ai foulée seul ; parmi les peuples, personne n'était avec moi ; alors je les ai foulés, dans ma colère, je les ai talonnés, dans ma fureur ; leur jus a giclé sur mes habits et j'ai taché tous mes vêtements.
4 Dans mon coeur, en effet c'était jour de vengeance, l'année de mes rachetés était venue.
5 J'ai regardé : aucune aide ! Je me suis désolé : aucun soutien ! Alors mon bras m'a sauvé et ma fureur a été mon soutien.
6 J'ai écrasé les peuples, dans ma colère, je les ai enivrés, dans ma fureur ; leur prestige je l'ai fait tomber à terre !

Méditation :
Pensez d’abord un instant à Jacob et à Esaü ; Jacob, dit Israël, qui engendre tout le peuple hébreu, et Esaü le roux, le rouge, qui engendre, à ce qu’on lit, le peuple d’Edom. Nous avons deux fils légitimes d’un même grand ancêtre. C’est une mythologie de la filiation, du droit d’aînesse, de l’usurpation et de la légitimité…

Voici Esaïe, chapitre 63. Qui donc est celui-ci qui vient d’Edom, de Bosrah (capitale d’Edom), en habits rouge. Edom, descendance d’Esaü le roux, c’est rouge. Autrement dit, qui est-ce qui s’habille en Esaü, qui est-ce qui fait le beau en se parant de la légitimité de l’aîné ?

Edom, dans la littérature biblique, c’est globalement au sud de la Palestine, en gros l’actuelle Jordanie. Les Edomites anciens sont sémites, comme les hébreux. La zone d’influence d’Edom varie, au grès du temps. Dans la Bible, suivant les époques, suivant les contextes et les intentions des auteurs, c’est ami ou ennemi, c’est frère, ou cousin, mais assez souvent avec une sorte de défiance, voire de répulsion, de ce genre de répulsion qu’on ne peut éprouver qu’envers ceux qui nous sont généalogiquement et culturellement très proches. Ceux-là, ils nous dégoûtent ; les autres, on les ignore. Israël face à Edom c’est, symboliquement, Jacob face à Esaü… Ce texte va donc interroger la filiation, la légitimité, la fidélité, sous le regard de l’histoire ancienne, et surtout, comme un vrai texte prophétique, au regard d’une identité d’adorateurs de Dieu.

Esaïe 63 c’est, nous diront les commentateurs et historiens, une confrontation. L’exil d’Israël à Babylone avait laissé de la place libre, alors la zone d’influence d’Edom s’était naturellement étendue sur la partie sud de la Palestine. Aussi, lorsque les élites exilées reviennent de Babylonie et veulent de nouveau administrer le pays, elles trouvent d’autres élites, une autre administration, Edomite. Conflit inévitable, politique, mais un conflit inévitablement paré de motifs liés à la filiation, à la religion, aux mythologies et à la théologie. Puis la zone d’influence d’Edom se rétrécira. Est-ce du fait d’une puissante reconquête par Israël ? Est-ce du fait de l’intervention de Dieu en faveur d’Israël, parce que la légitimité d’Israël était indiscutable, et celle d’Edom usurpée ? Ne soyons pas crédules. La période de réaffirmation de la souveraineté d’Israël sur le sud palestinien correspond à l’effondrement d’Edom sous les coups de la fraiche puissance des Nabatéens.

Esaïe 63 interroge donc ces grandes marées de l’histoire, ces flux et ces reflux qui déplacent et replacent les peuples et qui mettent à mal les « jamais » et les « toujours ». La possession des territoires et la pérennité des institutions ne sont jamais acquises. Même les pierres sont inconstantes. Cela s’est vu, cela se voit. Et pour ce qui ne se voit pas ? Qu’en est-il de la constance des cœurs ? Plus encore, s’agissant d’un peuple qui se réclame de Dieu, qu’en est-il de la constance de sa foi en Dieu ? L’on imagine un Edom momentanément gonflé d’orgueil et attribuant sa puissance du moment à ses propres mérites, et à la bienveillance de son dieu. On imagine tout autant Israël, son tour étant venu, ou revenu, dans les mêmes dispositions d’esprit.

La foi d’un peuple, qu’est-ce que d’autre que les justifications que lui donnent ses élites ? Interroger la foi d’un peuple est chose facile. Un peuple radicalise sa foi, exige plus de son dieu puis en change lorsque les temps se font insupportablement difficiles ; un peuple oublie son dieu lorsque les temps sont doux. Interroger la constance, la sincérité… de la foi des personnes, c’est autrement plus difficile. Interroger la foi en Dieu d’untel est possible, mais souvent indélicat. Il reste à interroger, pourvu que l’on y consente, sa propre foi.

Dans le 63ème chapitre d’Esaïe, le rouge qu’arborent certains arrogants, comme s’il était la marque de leur incontestable légitimité, est le rouge, le même rouge, celui du sang, que les revers de l’histoire ont abondamment répandu et qui a éclaboussé ceux qui ont eu l’insigne chance de survivre. Ces survivants, ont-ils tué ? Ou sont-ils au bénéfice de morts qu’ils n’ont pas provoquées ? Le sang sur les vêtements rouge, c’est du rouge sur du rouge, et ça ne se voit pas trop. Mais pour qui veut bien s’interroger sur sa propre destinée, ça revient à se demander si le malheur qui arrive à autrui est le signe de son indignité et le gage de ma légitimité. Plus profondément encore, pour celui qui se réclame du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob – et de Jésus Christ – cela revient à s’interroger sur son rapport à ce Dieu, son rapport à l’histoire, son rapport au temps présent, et l’horizon imaginaire de sa destinée. Cela revient à interroger tout en même temps sa mémoire et son espérance.

La perspective ouverte par cette interrogation, au regard de l’histoire et au regard de la foi est la suivante, dans la guerre comme dans la paix, dans la détresse comme dans la tranquillité : devant Dieu, nulle légitimité, devant l’histoire, aucune pérennité, rien qui tienne, si ce n’est la miséricorde et la grâce, comme il est écrit : « Il est pour eux un sauveur ; dans toutes leurs détresses, à lui la détresse ; ni un messager, ni un ange, lui-même les sauve en son amour et sa compassion ; il les rachète, il les soulève et les porte, tous les jours, à toujours. » (v.9)

En même temps qu’une promesse, cette perspective est à la fois une brûlante interpellation et une exigence. Brûlante interpellation parce que nos cœurs – mon cœur – ne cessent de s’inventer quelques mérite et une légitimité. Exigence, parce que la foi en Dieu appelle à chaque instant une obéissance simple et dépouillée. Qu’est-ce qui peut changer et purifier nos cœurs ? Il y a là à dire que nous devons y travailler, mais que c’est sur Dieu seul que nous devons compter pour que nos cœurs changent. Puisse Dieu faire que nous ayons foi en Lui.