Matthieu 21
1 Lorsqu'ils approchèrent de Jérusalem et
arrivèrent près de Bethphagé, au mont des Oliviers, alors Jésus envoya deux
disciples
3 Et si quelqu'un vous dit quelque chose, vous répondrez: ‹Le Seigneur en a
besoin›, et il les laissera aller tout de suite.»
4 Cela est arrivé pour que s'accomplisse ce qu'a dit le prophète:
5 Dites à la fille de Sion: Voici que ton roi vient à toi, humble et monté
sur une ânesse et sur un ânon, le petit d'une bête de somme.
6 Les disciples s'en allèrent et, comme Jésus le leur avait prescrit,
7 ils amenèrent l'ânesse et l'ânon; puis ils disposèrent sur eux leurs
vêtements, et Jésus s'assit dessus.
8 Le peuple, en foule, étendit ses vêtements sur la route; certains
coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route.
9 Les foules qui marchaient devant lui et celles qui le suivaient, criaient:
«Hosanna au Fils de David! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient!
Hosanna au plus haut des cieux!»
10 Quand Jésus entra dans Jérusalem, toute la ville fut en émoi: «Qui
est-ce?» disait-on;
11 et les foules répondaient: «C'est le prophète Jésus, de Nazareth en
Galilée.»
Prédication : culte des Rameaux
Et c’est donc ainsi que
Jésus entra dans Jérusalem, monté sur une ânesse et un ânon, et dans un état
d’esprit particulier : humble, ainsi que certains le traduisent, ou
modeste, ou doux.
Jésus qui entre ainsi à Jérusalem est un homme
empreint de douceur : il est doux. Ça n’est pas la première fois, dans
l’évangile de Matthieu, qu’on parle de douceur. Jésus lui-même emploie deux
fois ce mot. Il dit « Heureux les doux, ils hériteront de la terre »
(Matthieu 5,5). Il dit aussi « Prenez sur vous mon joug et venez à ma
suite, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos »
(Matthieu 11,29).
Jésus qui entre ainsi dans
Jérusalem, lui qui va chasser les marchands du Temple, qui va tenir des propos
d’une incroyable dureté à l’encontre de certains de ses contemporains, qui va
prédire la ruine de Jérusalem… comment peut-on dire de lui qu’il est
doux ?
Pour méditer sur cette
douceur, nous pouvons nous souvenir d’un autre cortège, qui se présenta aux
portes de Jérusalem, une quarantaine d’années plus tard. L’historien romain
Flavius Josèphe nous a donné un récit détaillé de ce moment de l’histoire. En
l’an 70, après environ quatre années de siège, les légions romaines, conduites
par Titus, viennent à bout des défenses et des défenseurs de Jérusalem. Les Romains,
vainqueurs, font alors de la ville exactement tout ce qu’ils veulent. Ils violent
et tuent, pillent et détruisent… les maisons, les palais, la muraille et le
Temple… quant aux survivants, ils font partie du butin et seront vendus pour
servir d’esclaves.
Jésus est entré dans
Jérusalem. Titus aussi est entré dans Jérusalem.
Mais Jésus n’a jamais détruit
ni maison ni ville, ni Temple. Même s’il a parlé sévèrement, il n’a pas saisi
la masse et le burin pour détruire, et il n’a pas non plus pris la torche pour
incendier. Il n’a jamais agi autrement qu’en invité.
Jésus n’a jamais fait
usage de la force pour amener quelqu’un à devenir son disciple, et encore moins
son esclave. Son enseignement fut incisif, nous le savons, mais Lui n’a jamais
cherché à faire école. Il a agi, certes, avec puissance, mais sans jamais
asservir qui que ce soit.
Jésus n’a pas enrôlé des
hommes et des femmes pour se constituer une armée personnelle capable de faire
de lui un prince de ce monde. Il a cherché des disciples, et, ayant trouvé des
disciples, il les a cherchés encore, et toujours, pour faire d’eux des
compagnons de route pour leurs contemporains, et non pas des maîtres et des
dominateurs.
Jésus a chassé les
marchands du Temple, mais il ne les a jamais empêchés d’y revenir. Il a
enseigné, parlé et agi, en laissant les foules et les disciples libres de revenir,
ou pas, de mettre en œuvre, ou pas, ce que Lui enseignait et ce dont Lui, il
vivait.
Jésus a finalement laissé
jusqu’à sa propre personne, jusqu’à sa propre vie, à la disposition de ses
contemporains. Sans se soucier jamais de son propre confort, ni de sa propre
survie.
En tout cela, Jésus a été doux. Nous savons
comment ses contemporains ont apprécié cette douceur, et nous savons ce qu’ils
ont finalement fait de Lui.
Nous, lecteurs attentifs des Évangiles des
Rameaux, nous savons tous très bien que, quelques jours plus tard, Jésus plein
de douceur sera arrêté, sera violenté, et périra sur la croix, la mort la plus
infamante possible dans l’empire romain. Et nous demandons
« Pourquoi ? »
Pour des raisons religieuses ? Non pas.
Car les Romains étaient très tolérants en matière de diversité religieuse, tant
que les religions ne troublent pas la paix civile, parce que seule la paix
civile permet de rendre le commerce durablement prospère.
Mais pour quelle raison alors Jésus mou ?
Parce que la douceur de Jésus était insupportable.
Insupportable à tous ceux qui veulent dominer, dominer par la parole et, si
cela ne suffit pas, dominer par la corruption, et si ça ne suffit pas, dominer
par la force ; insupportable à tous ceux pour qui la fin justifie les
moyens ; insupportable à tous ceux qui veulent asservir plutôt que libérer.
Ces gens-là ont assassiné Jésus.
Et les raisons de ces gens-là valent aujourd’hui tout
comme hier.
Pouvons-nous entendre l’invitation de Jésus et le
suivre ? Je le pense. Son invitation est pleine de douceur. Répondons-y
avec douceur.
Nous n’entrerons jamais triomphants dans Jérusalem,
ni ailleurs. Nous vivrons sans gloire ni puissance… Et nous connaîtrons le
repos et la paix.
Qu’il en soit ainsi.
Amen
Prière : pour la mémoire de M.
Seigneur, tes
disciples te voulaient Maître de Guerre et Tout Puissant Souverain,
Et voici que tu
entres à Jérusalem monté sur le petit d’une bête de somme.
Sa famille ne met à
l’honneur que les garçons et elle est née fille…
Seigneur, je te prie
pour tous ceux qui acceptent ce qu’ils sont sans se plaindre outre mesure ni
accabler le sort, et qui vivent dignement ce que la Vie leur ordonne,
Sa famille la
voulait mère au foyer et elle est devenue enseignante…
Seigneur, je te prie
pour tous ceux qui prennent le risque d’être incompris et de décevoir leurs
proches, surmontent les quolibets et suivent avec ténacité leur vocation
personnelle,
Sa famille avait
espéré un époux conforme à son rang, et son mari est né dans une famille
pauvre…
Seigneur, je te prie
pour tous ceux qui mettent de côté apparences et préjugés, gardent fermes leurs
convictions et s’attachent à la seule valeur des personnes,
Seigneur, soutiens
tous ceux qui gardent un cœur calme et sincère, sans haine contre la dureté de
la vie ou la bêtise de leurs contradicteurs, et leur opposent avec respect la
douce fermeté de leurs convictions,
Aide-moi, moi qui suis parfois ce cœur dur, qui
voudrais soumettre les humains et le cours du monde à ma seule volonté,
aide-moi à me
souvenir que Tu n’as jamais cherché autre chose que la plénitude de la Vie pour
chacun d’entre nous. Amen


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