dimanche 19 avril 2020

Apparitions du Ressuscité (Jean 20,19-31) Entre Pâques et l'Ascension

Ce post est la version blog de la vidéo https://www.youtube.com/watch?v=37tRawoBiNQ

Jean 20
19 Le soir de ce même jour qui était le premier de la semaine, alors que, par crainte des Juifs, les portes de la maison où se trouvaient les disciples étaient verrouillées, Jésus vint, il se tint au milieu d'eux et il leur dit: «La paix soit avec vous.»
20 Tout en parlant, il leur montra ses mains et son côté. En voyant le Seigneur, les disciples furent tout à la joie.
21 Alors, à nouveau, Jésus leur dit: «La paix soit avec vous. Comme le Père m'a envoyé, à mon tour je vous envoie.»
22 Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit: «Recevez l'Esprit Saint;
23 ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus.»
24 Cependant Thomas, l'un des Douze, celui qu'on appelle Didyme, n'était pas avec eux lorsque Jésus vint.
25 Les autres disciples lui dirent donc: «Nous avons vu le Seigneur!» Mais il leur répondit: «Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je n'enfonce pas mon doigt à la place des clous et si je n'enfonce pas ma main dans son côté, je ne croirai pas!»

Prédication
Nous commençons notre méditation avec une question très simple, une question que nous pourrions poser en lisant la fin de chacun des quatre évangiles – et le début aussi du livre des Actes des Apôtres : après la résurrection, que se passe-t-il ? Et bien, dans tous les évangiles, après la résurrection, Jésus apparaît à ses disciples. Ce qui est très frappant, et très troublant, c’est que les auteurs bibliques accrochent manifestement certains de ces épisodes d’apparition à des récits pourtant déjà bien achevés.
Mais pourquoi font-ils cela ? Nous explorerons 4 raisons.

1. Parce qu’il est vraiment apparu… Oui, ce pourrait être aussi simple que cela : il est vraiment apparu, après être vraiment ressuscité, et, pendant 40 jours, il était avec ses disciples pour les préparer à son départ et à leur future mission. Nous pouvons – et je crois que nous devons – commencer par une telle explication. Si l’on ne commence pas par l’enseignement de la lettre des textes, on ne pourra jamais valablement enseigner l’interprétation des textes.
a. Mais pour autant, nous ne pouvons pas affirmer durablement que le Ressuscité est apparu et que les textes en sont la preuve… ou alors il faut le dire de tous les autres récits bibliques.
b. Outre la violence qu’on transporte et que l’on impose à autrui lorsqu’on prend ce type de position, on doit aussi souffrir de ce que les textes bibliques eux-mêmes nous disent – littéralement – qu’il ne faut pas les prendre littéralement. Nous avons aujourd’hui un exemple – l’un des plus précieux exemples – de cela. « Heureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru. »
c. Aussi nous faut-il avancer et dans la vie et dans l’art de lire les textes bibliques.


2. Oui, il est vraiment apparu, mais d’où le tenons-nous ? Les récits d’apparitions figurent dans les évangiles, dont nous sommes lecteurs. Il est vraiment apparu parce que nous l’avons lu. Mais pourquoi cela a-t-il été écrit ?
a. Dans les tout premiers temps de l’ère chrétienne, avant que les évangiles ne soient écrits, il y a certainement eu quantité – une quantité considérable – de récits d’apparition du ressuscité. Et parmi ces récits, certains ont été hauts en couleur et riches en imagination. Les lecteurs des apocryphes chrétiens peuvent avoir une idée de ce foisonnement. Il n’est pas nécessaire d’attendre l’apparition d’internet pour que les fake news se portent mieux que la vérité. Le fantastique a toujours habité l’âme humaine ; contes et légendes ont toujours eu leur place dans la mémoire de chacun. Le fantastique est l’une des expressions possibles d’un certain besoin de croire (le dit besoin de croire n’est pas une machine à se bercer d’illusions).
b. La présence de récits d’apparition du ressuscité dans les évangiles, de ces apparitions-là précisément, est le fruit d’une activité réflexive et critique. Les auteurs des évangiles ont fait le tri, chacun selon son propre projet ecclésiastique, évidemment, mais chacun aussi en ayant le souci de donner à ses lecteurs une véritable nourriture spirituelle, et non pas un opium.
Mais qu’est-ce qu’une nourriture spirituelle ? C’est un propos, oral, ou écrit, pour ce qui nous concerne référé aux Saintes Écritures, et qui est propre à éveiller et inquiéter, propre aussi à rassurer et à libérer.

Jean 20  
26 Or huit jours plus tard, les disciples étaient à nouveau réunis dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vint, toutes portes verrouillées, il se tint au milieu d'eux et leur dit: «La paix soit avec vous.»
27 Ensuite il dit à Thomas: «Avance ton doigt ici et regarde mes mains; avance ta main et enfonce-la dans mon côté, cesse d'être incrédule et deviens un homme de foi.»
28 Thomas lui répondit: «Mon Seigneur et mon Dieu.»
29 Jésus lui dit: «Parce que tu m'as vu, tu as cru; bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru.»
30 Jésus a opéré sous les yeux de ses disciples bien d'autres signes qui ne sont pas rapportés dans ce livre.
31 Ceux-ci l'ont été pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour que, en croyant, vous ayez la vie en son nom.

Prédication (suite)
3. Les récits d’apparition du Ressuscité ne prouvent pas la résurrection. Ils ne peuvent être vus, au mieux, que comme une attestation de la foi de leurs auteurs en la résurrection.
a. Parmi les premiers témoins, certains ont vu, et ils ont cru. C’est par exemple le cas de Pierre, à ce que nous lisons dans l’évangile de Jean, qui entra dans le tombeau, qui vit, et qui crut. Ce fut aussi le cas, selon l’évangile de Matthieu, de certains de ceux qui le virent en Galilée. Heureux soient-ils, dirons-nous, d’avoir vu. Mais malheur à eux si, de cette vision, ils se sont octroyé autorité et pouvoir. Car, selon l’évangile de Jean, les bienheureux, dès ces premiers temps, sont ceux qui, sans avoir vu, ont cru.

b. Nous-mêmes, qui sommes lecteurs des évangiles, nous n’avons rien vu de ce que les premiers témoins ont vu. Heureux ce qui, ayant lu, ont cru.
c. Mais nous ne pouvons pas nous en tenir à cela, parce qu’il existe dans l’humanité des hommes et des femmes qui n’ont encore jamais eu l’occasion de lire. Certains mouvements font profession de répandre les évangiles aux quatre coins du monde, mais répandre le texte, et rien que lui, c’est à la foi trop, et trop peu.

4. Aussi, il nous faut aller plus loin encore, en nous en tenant à cette phrase, qui ne peut être mieux placée que dans la bouche même du ressuscité qui apparaît : « Heureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru. »
a. Ils ont cru sans avoir vu… mais sans avoir vu quoi ? Sans avoir vu le ressuscité. Mais ils peuvent avoir vu tout autre chose. Ils peuvent avoir vu des témoins du Ressuscité, des témoins du Christ vivant pour les siècles des siècles, de ces hommes et femmes libres, qui lient et qui délient…
b. Ils auront cru, c'est-à-dire qu’ils auront trouvé dans ces rencontres matière à vivre, et parfois à revivre… alors que tout semblait irrémédiablement perdu.

Heureux sommes-nous si nous avons rencontrés des témoins du ressuscité.
Heureux sommes-nous, plus encore, si nous avons été témoins du ressuscité.

Prière
Seigneur Jésus, je ne t’ai jamais vu,
Mais j’ai vu des femmes qui tenaient des mourants dans leurs bras.
Je ne t’ai jamais vu,
Mais j’ai vu des gens se mettre en danger pour soigner leurs semblables, et j’ai vu d’autres gens donner bien de leur temps pour servir des repas à ceux qui ont faim.
Je ne t’ai jamais vu,
Mais j’ai vu des hommes et des femmes visiter des prisonniers,
J’ai vu aussi des mères faire face aux dictateurs, et exiger d’eux la vérité sur le sort de leurs enfants disparus.

Je ne t’ai jamais vu, Seigneur,
Mais j’ai vu des gens rendus meilleurs par la connaissance de ton Évangile,
Des gens revenir vers les leurs après plusieurs années d’absence,
Et d’autres gens choisir la vérité dans des ères de mensonge.

Tout cela s’est passé sous mes yeux, Seigneur,
Et j’ai vu de quoi l’homme est capable.
C’est ainsi que je t’ai vu, toi,
Non pas seulement dans le profond abaissement de la croix,
Mais aussi dans la simple bienveillance dont les humains sont capables.

Pour tout cela, pour tous ces gens, Seigneur, je te rends grâce.
Puissent-ils ne jamais faiblir,
Et moi qui ai tant reçu être compté parmi eux.

C’est avec toi que je veux vivre, Seigneur, avec toi que je n’ai jamais vu,
C’est avec toi que je veux agir,
Avec toi que je veux prier ce Dieu qui est notre Dieu, ce Père qui est notre Père.

Notre Père qui es aux cieux…

Prochain post sur ce blog, lettre pastorale du mercredi 22 avril

mercredi 15 avril 2020

Lettre pastorale du 15 avril : Pour autrui



Église protestante unie Vincennes-Montreuil
Chères sœurs, chères frères, nous sommes toujours confinés, nous continuons observer les gestes barrières, et voici donc une cinquième lettre pastorale.

Pour autrui

            Si nous comprenons bien les consignes que nous devons observer, elles sont moins destinées à nous protéger nous-mêmes qu’elles ne sont destinées à protéger autrui. Elles ne sont pas pour nous, mais pour autrui. C’est l’occasion de méditer sur la foi en Dieu et le pour autrui.

Nous avons tous bien appris dans nos jeunes années qu’Abraham engendra Isaac et qu’Isaac engendra Jacob, et que Jacob eut 12 fils. L’alliance que Dieu conclut avec Abraham concernait évidemment, et  par avance, Isaac, Jacob, ses 12 fils et tous leurs descendants. Ayant un peu grandi, et commençant à lire la Bible par nous-mêmes, nous avons repéré que ça n’a pas dû être aussi simple. Joseph fut haï par ses 11 frères ; Jacob vola la bénédiction paternelle ; Isaac manqua d’être assassiné par son père ; et en Abraham nous devons voir deux hommes au moins dont les récits de vie ont été opportunément soudés par un rédacteur tardif. Tout cela nous saute aux yeux. Et si nous nous aventurons dans le livre du prophète Osée, nous trouvons (chap. 12) que s’agissant du peuple élu, quatre généalogies se disputent la légitimité, avec Osée comme juge arbitre évidemment partial.
D’où la question : la promesse faite par Dieu à Abraham est-elle aussi pour autrui, à commencer par Isaac ?
Revenons-en à nos jeunes années. Isaac fut un fils longtemps attendu et ardemment désiré. Il finit par apparaître, enfant improbable d’un couple de vieillards. On raconte volontiers cela à de jeunes enfants, mais la suite… Or, il advint que Dieu, voulut mettre à l’épreuve la foi d’Abraham, et lui demanda illico le sacrifice de l’enfant (Genèse 22). Cher lecteur, à quel âge t’a-t-on raconté cela ? Je me souviens de mes dix ans, et de la perplexité que cela a semé en moi. Ma grand-mère, femme de foi et de pasteur, était la catéchète de service. « Mais enfin, grand-maman, il n’a pas refusé ? » « Et si Dieu n’était pas intervenu, il aurait été jusqu’au bout ? » « Et grand-papa, lui, qu’aurait-il fait ? » Sur cette question, ma grand-mère avait battu en retraite, elle dont l’enfant aîné était un fils. Mais pour le reste, elle s’en était tenue au happy end biblique : Abraham va jusqu’au bout, Dieu intervient au tout dernier instant, et un bélier qui passait par là est dûment sacrifié. Ouf ! Bien plus tard, j’ai remarqué que lorsqu’Abraham redescend de la montagne, il est seul… Où est donc passé Isaac ?

Retour sur notre question. La promesse que Dieu fait à Abraham, vaut-elle aussi pour autrui, à commencer par Isaac ? Abraham a obéi, jusqu’au bout, et Dieu conclut donc qu’Abraham croit vraiment en Dieu. Mais la foi d’Abraham, celle que célèbre le texte, celle par laquelle il obéit à l’injonction de Dieu, exclut carrément son fils Isaac du périmètre de la promesse. Il est incompréhensible qu’Abraham prenne contre Dieu la défense de Sodome (Genèse 18) et obéisse sans question à l’ordre de sacrifier son fils. Aussi – avec cette perplexité qui est la mienne depuis bientôt 50 ans – je pense qu’Abraham a été dévasté : sa foi en Dieu était pour lui-même, et excluait Isaac.
Ainsi, conclurons-nous aujourd’hui : la foi en Dieu doit être pour autrui avant d’être pour soi-même.

Pasteur Jean DIETZ, 15 avril 2020




samedi 11 avril 2020

Culte de Pâques

          J'aime commencer chaque culte de Pâques par une sorte de retour sur les événements de la semaine précédente. C'est que je crois que Pâques n'éclipse rien, n'atténue rien et n'annule rien de ce qui l'a précédé. Pâques, la joie de Pâques, paisible récollection de soi au jour de Pâques, ne peut être oublieuse de rien. Le fin mot de Pâques, et dernier couplet d'un cantique célèbre est "Non, je ne crains rien !" 

Cantique d'ouverture
Hosanna, hosanna !
Chantons d’un cœur fidèle
Le plus grand des amours et la joie éternelle !
Jésus le crucifié, le roi plein de douceur,

Dans son humilité devient notre Seigneur.

Prière
Seigneur…
Comment ceci peut-il être possible ?
Comment le crucifié, humilié, bafoué, livré aux regards et au mépris de tous…
Comment peut-il devenir, et être notre Seigneur ?
Dans un si profond abaissement… comment pourrait-il
Comment peut-on revivre lorsque l’humiliation va trop loin, va jusqu’à la mort ?
Le mort peut-il revenir ?
Seigneur, c’est trop de comment pour nos petites âmes.
Nous chantons, c’est vrai, mais nos cœurs se dessèchent.
Notre foi chancelle, et il ne restera bientôt d’elle qu’un petit tas de cendres, que le vent dispersera.
Est-il possible, Seigneur, que ta douceur et ton humilité nous suffisent ?
Nous voudrions crier « Seigneur, au secours ! »
Mais qui va nous entendre ?

Matthieu 28,1-7
1 Après le sabbat, au commencement du premier jour de la semaine, Marie de Magdala et l'autre Marie vinrent voir le sépulcre.
2 Et voilà qu'il se fit un grand tremblement de terre: l'ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s'assit dessus.
3 Il avait l'aspect de l'éclair et son vêtement était blanc comme neige.
4 Dans la crainte qu'ils en eurent, les gardes furent stupéfaits et devinrent comme morts.
5 Mais l'ange prit la parole et dit aux femmes: «Soyez sans crainte, vous. Je sais que vous cherchez Jésus, le crucifié.
6 Il n'est pas ici, car il est ressuscité comme il l'avait dit; venez voir l'endroit où il gisait.
7 Puis, vite, allez dire à ses disciples: ‹Il est ressuscité des morts, et voici qu'il vous précède en Galilée; c'est là que vous le verrez.› Voilà, je vous l'ai dit.»
Cantique
A toi la gloire, O Ressuscité !
A toi la victoire Pour l’éternité !
Brillant de lumière, L’ange est descendu,
Il roule la pierre Du tombeau vaincu.
A toi la gloire, O Ressuscité !
A toi la victoire Pour l’éternité !

Méditation : Il y a voir, et voir
Ainsi donc, Marie de Magdala et l’autre Marie, une fois le sabbat passé, vinrent voir le sépulcre. Mais qu’y avait-il à voir, à cet endroit-là ?
Un petit terre-plein à flanc de colline, une garde romaine, une énorme pierre tombale, dalle de pierre circulaire, fixée avec du mortier sur l’entrée du tombeau ; les mortiers des Romains tiennent encore, plus de deux mille ans plus tard.
Qu’y avait-il à voir, à cet endroit-là ? Il y avait à voir que plus rien n’en sortirait jamais… Jésus y était, mort, mort et enterré, pour toujours. Et devant cette vérité incontournable de la mort, il n’y avait – il n’y a – rien à faire.
Deux femmes regardent donc le tombeau d’un homme qu’elles ont aimé, effarées. Spectatrices absolument impuissantes – ni projets, ni parole – les yeux secs, elles n’ont même plus de larmes. Seule la contemplation de cet épouvantable lieu leur tient lieu d’espérance, et peut-être même pas.

Il y a voir, et voir…
L’immobilité morbide des choses vient d’être troublée.
L’ange est descendu… L’ange, redoutable et spectaculaire apparition, qui rassure d’abord les femmes, les invite à voir : à voir que celui qui avait été crucifié a été ressuscité. C'est-à-dire :
-        A voir l’endroit où il gisait : à voir donc qu’il n’y gît plus…
-        Et puisque le crucifié n’y gît plus, cela signifie qu’il n’y a plus rien à voir en cet endroit-là…
-        Et s’il n’y a plus rien à voir en cet endroit-là, il est urgent d’aller voir ailleurs. Ça s’appelle encore voir, mais c’est une toute autre manière de voir : c’est un voir ailleurs, c'est-à-dire autrement, c’est aussi un voir qui se tourne vers des vivants, les disciples de Jésus, pour leur dire, justement, que leur maître qui avait été crucifié a été ressuscité des morts.
-        Et qu’il n’y a donc plus rien à voir ni à Jérusalem, ni en Judée, mais que c’est en Galilée qu’ils le verront… non pas – nous l’avons compris – de ce voir mortifère des gardiens de tombeaux – mais de ce voir vivifiant… répété cinq fois en trois versets !

Il y a voir, et voir…
Il y a le voir des gardiens de tombeaux, et lorsque l’ange paraît, lorsque Dieu se manifeste, lorsque la joie promise se manifeste enfin, ces gens-là se figent, se raidissent comme la mort.
Il y a le voir, l’autre voir, celui des cœurs qui espèrent encore un peu, des cœurs entrouverts, qui n’attendent qu’une légère poussée pour se remettre à battre, pour se remettre à vivre.
Il y a urgence, dit l’ange, il y a urgence à ne pas se tromper de voir, il y a urgence à faire connaître son espérance.
Cantique 
Pourquoi pleurer encore ?
Voici, ton Dieu confie
Les portes de la mort Au Prince de la vie.
En son amour, Chrétien, réjouis-toi,
Réjouis-toi toujours !

Matthieu 28, 8-10 et 16-20
8 Quittant vite le tombeau, avec crainte et grande joie, (les femmes) coururent porter la nouvelle à ses disciples.
9 Et voici que Jésus vint à (la) rencontre (de ces femmes) et leur dit: «Je vous salue.» Elles s'approchèrent de lui et lui saisirent les pieds en se prosternant devant lui.
10 Alors Jésus leur dit: «Soyez sans crainte. Allez annoncer à mes frères qu'ils doivent se rendre en Galilée: c'est là qu'ils me verront.»
(…)
16 Alors les onze disciples se rendirent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre.
17 Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais quelques-uns eurent des doutes.
18 Jésus s'approcha d'eux et leur adressa ces paroles: «Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre.
19 Allez donc: de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,
20 leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps.»

Cantique 
Vois-le paraître, C’est lui, c’est Jésus !
Ton sauveur, ton maître, Oh, ne doute plus !
Sois dans l’allégresse, peuple du Seigneur,
Et redis sans cesse, Que Christ est vainqueur !
A toi la gloire, O Ressuscité !
A toi la victoire, pour l’éternité !
Méditation : La Galilée, c'est où ? (ou, c'est quoi?)
Alors, les onze disciples se rendirent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre.
Si vous vous rendez un jour en Galilée en tant que pèlerins, on vous montrera certainement une colline réputée être ce mont où Jésus avait ordonné à ses disciples de se rendre. Mais, si l’on s’en réfère au texte de Matthieu, l’ordre donné par Jésus à ses disciples ne concerne pas un mont plutôt qu’un autre quelque part en Galilée, mais la Galilée, comme s’il s’agissait de la Galilée tout entière.
Peut-être est-ce pour éviter que le lieu de leur rencontre soit un lieu trop précis, un lieu qui aurait tôt fait d’être transformé en un lieu sacré, un lieu de dévotion, un lieu jalousement gardé, bref, comme un autre tombeau avec d’autres gardiens.

La Galilée tout entière aussi pour bien marquer que l’initiative d’une rencontre avec Jésus, de son vivant comme après sa résurrection, revient toujours à Jésus, au Christ, et à l’homme qui le cherche.
La Galilée tout entière encore, Galilée comme terre des possibles. En Galilée, et non pas en Judée. Et nous pouvons évoquer ici cette Judée du temps de Jésus et sa capitale, Jérusalem, extraordinairement sûre d’elle-même, sûre de son ancienneté, de sa légitimité, jusqu’à l’arrogance, jusqu’au mépris pour tout ce qui venait d’ailleurs ; cette Judée suspicieuse même à l’égard des Galiléens, Galiléens maintes fois envahis, métissés, abâtardis… Mais, justement, cette Galilée, terre ouverte, terre des possibles, là où l’enseignement de Jésus avait pu un peu fleurir, et où ses disciples ne seraient probablement pas trop mal reçus.
La Galilée, enfin, pour revisiter l’enseignement du maître puis, piste d’envol pour une mission universelle.

Sœurs et frères, où est notre Galilée à nous ? Où est notre patrie du Christ vivant ? Où est pour nous cette terre bénie, loin des tombeaux dont nous avons pu être gardiens ?
Rendez-vous en Galilée, sœurs et frères, terre d’élection de celles et ceux dont le cœur est encore ouvert, et dont l’âme attend toujours une visite de son Seigneur.

Prière
Seigneur, notre Seigneur dans l’ultime abaissement…
Est-ce bien toi, celui dont ont parlé ces femmes ?
Est-ce bien toi, celui que nous verrons en Galilée ?
Comment le croire,
Et si nous le croyons, comment peut-on le dire,
Et si nous le disons quelqu’un va-t-il le croire ?
Est-ce bien toi qui nous parles ?

Nous lisons que quelques-uns eurent des doutes…
Seigneur, n’est-ce pas pour nous ménager qu’il est écrit que quelques-uns (seulement) eurent des doutes.
Oui, ce doit être un fait de ta bonté. Une fois encore.
Pour que notre charge ne soit pas trop lourde.
Et que demeure en nous la joie de te savoir vivant.
Cette joie qui élargit les cœurs, qui affermit les jambes et fait briller les yeux.

Puisse cette joie être nôtre,
Puissions-nous la partager.
Puisse ta prière être notre prière
Et qu’ensemble, et nos voix unies à la tienne nous prions ton Père qui est notre Père, ce Dieu qui est notre Dieu.
Cantique 
Craindrai-je encore ? Il vit à jamais,
Celui que j’adore, Le Prince de paix.
Il est ma victoire, Mon puissant soutien,
Ma vie et ma gloire, Non ! Je ne crains rien !
A toi la gloire, O Ressuscité !
A toi la victoire, pour l’éternité !

Bénédiction
En ce matin de Pâques
Christ est ressuscité
Grande joie pour ceux qui croient
Plus grande joie encore pour ceux qui doutent
Que le Seigneur vous bénisse et vous garde dans cette joie

Cantique
Christ règne dans le ciel
Au sein de la lumière
Et son règne éternel
Bientôt viendra sur terre.
Dans son amour, Chrétien réjouis-toi,
Réjouis-toi toujours !


vendredi 10 avril 2020

Office du Vendredi Saint

Jésus, ou Barabbas ?
Matthieu 27

17 Pilate demanda donc à la foule rassemblée: «Qui voulez-vous que je vous relâche, Jésus Barabbas ou Jésus qu'on appelle Messie?»
 18 Car il savait qu'ils l'avaient livré par jalousie.
…
 20 Les grands prêtres et les anciens persuadèrent les foules de demander Barabbas et de faire périr Jésus.
 21 Reprenant la parole, le gouverneur leur demanda: «Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche?» Ils répondirent: «Barabbas.»
 22 Pilate leur demande: «Que ferai-je donc de Jésus, qu'on appelle Messie?» Ils répondirent tous: «Qu'il soit crucifié!»
 23 Il reprit: «Quel mal a-t-il donc fait?» Mais eux criaient de plus en plus fort: «Qu'il soit crucifié!»

Méditation : livré par jalousie
Les hauts dignitaires du Temple de Jérusalem avaient livré Jésus aux Romains parce qu’ils étaient jaloux.

Le jaloux est un personnage qui cultive l’illusion d’être l’origine et le centre du monde, et qui éprouve donc de la haine contre tout ce qui lui montre que c’est une illusion. La haine est un sentiment extrêmement violent, un sentiment qui incite à tuer.
Ces hauts dignitaires étaient-ils le centre du monde ? Ils régnaient sur le Temple, et, au cœur du Temple, il y avait la demeure de Dieu. Ils régnaient sur tous les hommes qui assuraient le service divin. Sans eux, pas de sacrifices. Sans sacrifices, pas de pardon de Dieu. Ces gens-là régnaient sur Dieu. Ou du moins le croyaient-ils, et ils en cultivaient-ils l’illusion.
Ceci étant posé, Dieu, en ce temps-là, agissait-il ailleurs qu’au Temple de Jérusalem ?
Lorsque Pilate, gouverneur romain, présente Jésus à la foule et aux dignitaires, en le nommant Messie, il répond très exactement à la question. Oui, on appelle Jésus Messie. On l’appelle Messie parce qu’il a reçu une divine onction. Et cette divine onction est attestée par son enseignement et par son engagement, par sa parole et ses actes. « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et l’évangile est annoncée aux pauvres » (Mat 11:5).

Ainsi Dieu agit-il, par Jésus, ailleurs qu’au Temple de Jérusalem, c’est indéniable. Et c’est insupportable pour les jaloux. Ils veulent donc en finir avec Jésus.

Avant de poursuivre, posons-nous quelques questions simples, des questions pour aujourd’hui. « Où Dieu agit-il, aujourd’hui ? » « Par les œuvres de qui ? » « Dans quelle Église, hormis la nôtre ? » « En dehors des Églises ? » « Là où l’on ne parle pas de Lui ? »
Et qu’est-ce que cela nous fait, que Dieu agisse ailleurs que chez nous ? N’est-il pas Dieu ? Et n’avons-nous pas médité – il y a quelques semaines – sur la souveraine liberté de Dieu ?

Jalousie… Ils avaient livré Jésus par jalousie. Ils voulaient en finir avec Lui. Mais, vouloir en finir avec Jésus, n’est-ce pas, en quelque manière, vouloir en finir avec Dieu ?  
Le jaloux est quelqu’un qui prétend en finir même avec Dieu… Et il mettra tout en œuvre pour y parvenir.
Pour quel péché, Jésus, pour quelle offense
A-t-on sur toi prononcé la sentence ?
Qu’as-tu donc fait, innocente victime ?
Quel est ton crime ?

Matthieu 27
35 Quand ils l'eurent crucifié, ils partagèrent ses vêtements en tirant au sort.
 36 Et ils étaient là, assis, à le garder.
 37 Au-dessus de sa tête, ils avaient placé le motif de sa condamnation, ainsi libellé: «Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs.»
 38 Deux bandits sont alors crucifiés avec lui, l'un à droite, l'autre à gauche.
 39 Les passants l'insultaient, hochant la tête
 40 et disant: «Toi qui détruis le sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es le Fils de Dieu, et descends de la croix!»
 41 De même, avec les scribes et les anciens, les grands prêtres se moquaient:
 42 «Il en a sauvé d'autres et il ne peut pas se sauver lui-même! Il est Roi d'Israël, qu'il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui!
 43 Il a mis en Dieu sa confiance, que Dieu le délivre maintenant, s'il l'aime, car il a dit: ‹Je suis Fils de Dieu!› »
 44 Même les bandits crucifiés avec lui l'injuriaient de la même manière.
 45 À partir de midi, il y eut des ténèbres sur toute la terre jusqu'à trois heures.
 46 Vers trois heures, Jésus s'écria d'une voix forte: «Eli, Eli, lema sabaqthani», c'est-à-dire «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?»
            Et, quelques instants plus tard, Jésus meurt
51 Et voici que le voile du sanctuaire se déchira en deux du haut en bas…

Méditation
Jésus le Fils de Dieu ne s’est pas sauvé lui-même. Pas un seul Juif pour sauver le roi des Juifs. Il ne s’est trouvé personne en Israël pour sauver le Roi d’Israël. Le Fils de Dieu n’a pas été délivré, même par Dieu.
Jésus meurt, abandonné de tous. Et il meurt sur la croix. Impossible d’imaginer une fin plus infamante. Impossible d’aller plus loin dans le mépris. Pourquoi cette mort-là ? Pourquoi, précisément, cette mort-là pour le Fils de Dieu ?
Pour que soit parfaitement manifesté l’amour de Dieu pour l’humanité en Jésus Christ. Cette réponse est vraie, et nous la connaissons bien. Elle n’est qu’une réponse dans un faisceau de réponse.
La mort sur la croix manifeste aussi cette jalousie que certains éprouvent envers les justes. Certains haïssent les justes au point de vouloir les supprimer.
La mort sur la croix manifeste encore ce que c’est que la haine de Dieu : il arrive que des justes soient éliminés au nom de Dieu lui-même.

Pour ceux auxquels il reste un vague souvenir d’une expérience de bonté, un petit parfum d’espérance, la mort sur la croix manifeste que même si le juste périt, Dieu est vivant en dépit de toutes les bassesses, de toutes les trahisons, vivant en dépit de tous les amours qu’on prétend lui vouer et de toutes les haines dont il est l’objet.
Un petit parfum d’espérance, perdu dans un abîme de mauvaiseté. Non pas une nourriture solide pour la route, tout juste un viatique… peut-être.
Où trouverais-je un cœur, dans ma détresse,
Semblable au tien, plein d’amour, de tendresse ?
Car en toi seul j’ai mis ma confiance,
Mon espérance.


Prière
Seigneur,
Je n’ai pas su te secourir, et maintenant voilà :
La satisfaction de ceux qui ont fomenté ta mort,
Et l’inconsolable tristesse de tes amis.
L’effroyable bilan de ces années passées à tes côtés.

Toi, mon Seigneur,
Je voudrais t’ensevelir en moi
            Puis attendre, t’attendre,
            Toi, que j’ai si peu, si mal et tellement aimé.

            Repose en moi, Seigneur.
            Je t’attends.

De l’humaine misère, Tu t’es fait serviteur ;
De chacun de tes frères, Tu portes la douleur. 
Seigneur, de nos souffrances, Et de nos lendemains,
Garde notre espérance En tes vivantes mains ! 



mardi 7 avril 2020

Lettre pastorale du 8 avril 2020 : Va, avec cette force qui est tienne !



Église protestante unie Vincennes-Montreuil
Chères sœurs, chères frères, nous sommes toujours confinés, nous continuons à rendre hommage à celles et ceux qui travaillent pour nous, et voici donc une quatrième lettre pastorale.


L’histoire de Gédéon (livre des Juges, chapitre 6 à 8) est l’histoire d’un petit bonhomme qui deviendra un grand libérateur pour son peuple. Avant même que vous ne lisiez la vie de Gédéon, peut-être pour la première fois, vous en connaissez déjà le moment le plus fort, celui de la victoire, et vous vous doutez déjà que Dieu n’y est pas étranger. Aussi, je vous demande un effort : oubliez tout ce que vous savez de Gédéon. Ne conservez que ce point de départ : Gédéon est le petit dernier de la plus petite famille du plus petit clan de la plus petite tribu d’Israël. Et Israël en est de sa propre histoire à un moment de souffrance et d’oppression. Peu importe ici la forme et l’agent de l’oppression. Tous les enfants d’Israël en sont victimes. Quant à une éventuelle intervention de Dieu, oubliez seulement.

C’est dans une grande égalité que cette lettre pastorale commence, l’égalité des plus faibles, l’égalité des confinés, l’égalité de toutes celles et ceux qui demandent Pourquoi ? Et qui, pleins d’une réelle bonne volonté, se demandent Que puis-je faire ? Parfois, l’un de ceux-là décroche son téléphone et parvient, en direct, à la radio, à poser cette question à une personne ayant autorité. Réponse entendue : « Restez chez vous ! » Remercions encore une fois celles et ceux qui savent lutter contre la maladie (lettre pastorale du 25 mars), nous leur devons beaucoup. Ce que nous voulons mettre ici en avant, c’est que, pour les petites gens que nous sommes, ni soignants, ni livreurs, ni… rester chez soi est en ce moment un acte, non pas une capitulation, mais une décision. Et que cette décision requiert de notre part un certain effort. Qui dit effort dit force, et plus, une mobilisation et une dépense d’énergie. Ainsi donc, rester chez soi, et en sortir le moins possible, c’est faire quelque chose.

Il arrive, assez souvent, dans la Bible, que telle petite personne soit distinguée entre toutes et reçoive la visite qui d’un ange du Seigneur, c'est-à-dire du Seigneur Dieu lui-même. J’aime beaucoup l’épisode de la rencontre entre Gédéon et son ange. L’ange le salue Vaillant guerrier ! Et Gédéon (qui ne saisit pas d’emblée à qui il a affaire) de répondre, effrontément, Pourquoi ? Pourquoi la domination, pourquoi le malheur, pourquoi l’épidémie en plus des autres fléaux, et maintenant pourquoi des cadavres à l’abandon le matin dans les rues de Guayaquil (Équateur) ?

J’aime que Gédéon soudainement visité et honoré pense à son peuple avant de penser à lui-même : Pourquoi cela nous est-il arrivé ? Et j’aime par-dessus tout que la première injonction que Gédéon reçoit ait cette simplicité, cette évidence. Va, avec cette force qui est tienne !

Il m’arrive de penser que rien n’est jamais possible si l’on ne répond pas d’abord positivement à cette première et simplissime injonction. Va, avec cette force qui est tienne !  Il s’agit de mobiliser en premier, et fondamentalement, juste ta force à toi… maintenant, pour le début d’une obéissance à l’appel et le commencement d’un premier pas. D’autres forces viendront plus tard, en leur temps, et sur un chemin encore inconnu de toi.

Elle ne devait pas être grand-chose, la force du petit Gédéon. C’est qu’il ne connaissait pas, lui, la suite de l’histoire. Pas d’avantage que n’est grand-chose notre force, aujourd’hui, devant la vie. Et nous ne connaissons pas non plus la suite de l’histoire.

Pasteur Jean DIETZ, 8 avril 2020

Cette semaine, 2 vidéos : office pour le vendredi saint et culte pour le dimanche de Pâques



dimanche 5 avril 2020

Un roi plein de douceur (Matthieu 21,1-11) Culte du 5 avril 2020 (Rameaux) EPUdF Vincennes Montreuil

Matthieu 21
1 Lorsqu'ils approchèrent de Jérusalem et arrivèrent près de Bethphagé, au mont des Oliviers, alors Jésus envoya deux disciples
2 en leur disant: «Allez au village qui est devant vous; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et un ânon avec elle; détachez-la et amenez-les-moi.
3 Et si quelqu'un vous dit quelque chose, vous répondrez: ‹Le Seigneur en a besoin›, et il les laissera aller tout de suite.»
4 Cela est arrivé pour que s'accomplisse ce qu'a dit le prophète:
5 Dites à la fille de Sion: Voici que ton roi vient à toi, humble et monté sur une ânesse et sur un ânon, le petit d'une bête de somme.
6 Les disciples s'en allèrent et, comme Jésus le leur avait prescrit,
7 ils amenèrent l'ânesse et l'ânon; puis ils disposèrent sur eux leurs vêtements, et Jésus s'assit dessus.
8 Le peuple, en foule, étendit ses vêtements sur la route; certains coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route.
9 Les foules qui marchaient devant lui et celles qui le suivaient, criaient: «Hosanna au Fils de David! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient! Hosanna au plus haut des cieux!»
10 Quand Jésus entra dans Jérusalem, toute la ville fut en émoi: «Qui est-ce?» disait-on;
11 et les foules répondaient: «C'est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée.»
Prédication :
            Et c’est donc ainsi que Jésus entra dans Jérusalem, monté sur une ânesse et un ânon, et dans un état d’esprit particulier : humble, ainsi que certains le traduisent, ou modeste, ou doux.
Jésus qui entre ainsi à Jérusalem est un homme empreint de douceur : il est doux. Ça n’est pas la première fois, dans l’évangile de Matthieu, qu’on parle de douceur. Jésus lui-même emploie deux fois ce mot. Il dit « Heureux les doux, ils hériteront de la terre » (Matthieu 5,5). Il dit aussi « Prenez sur vous mon joug et venez à ma suite, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos » (Matthieu 11,29).
            Jésus qui entre ainsi dans Jérusalem, lui qui va chasser les marchands du Temple, qui va tenir des propos d’une incroyable dureté à l’encontre de certains de ses contemporains, qui va prédire la ruine de Jérusalem… comment peut-on dire de lui qu’il est doux ?

            Pour méditer sur cette douceur, nous pouvons nous souvenir d’un autre cortège, qui se présenta aux portes de Jérusalem, une quarantaine d’années plus tard. L’historien romain Flavius Josèphe nous a donné un récit détaillé de ce moment de l’histoire. En l’an 70, après environ quatre années de siège, les légions romaines, conduites par Titus, viennent à bout des défenses et des défenseurs de Jérusalem. Les Romains, vainqueurs, font alors de la ville exactement tout ce qu’ils veulent. Ils violent et tuent, pillent et détruisent… les maisons, les palais, la muraille et le Temple… quant aux survivants, ils font partie du butin et seront vendus comme esclaves.
           
            Jésus est entré dans Jérusalem. Titus aussi est entré dans Jérusalem.
            Mais Jésus n’a jamais détruit ni maison ni ville, ni Temple. Même s’il a parlé sévèrement, il n’a pas saisi la masse et le burin pour détruire, et il n’a pas non plus pris le flambeau pour incendier. Il n’a jamais agi autrement qu’en invité.
            Jésus n’a jamais fait usage de la force pour amener quelqu’un à devenir son disciple, et encore moins son esclave. Son enseignement fut incisif, nous le savons, mais Lui n’a jamais cherché à faire école. Il a agi, certes, avec puissance, mais sans jamais asservir qui que ce soit.
            Jésus n’a pas enrôlé des hommes et des femmes pour se constituer une armée personnelle capable de faire de lui un prince de ce monde. Il a cherché des disciples, et, ayant trouvé des disciples, il les a cherchés encore, et toujours, pour faire d’eux des compagnons de route pour leurs semblables, et non pas des maîtres et des dominateurs.
            Jésus a chassé les marchands du Temple, mais il ne les a jamais empêchés d’y revenir. Il a enseigné, parlé et agi, en laissant les foules et les disciples libres de retenir, ou pas, de mettre en œuvre, ou pas, ce que Lui enseignait et ce dont Lui, il vivait.
            Jésus a finalement laissé jusqu’à sa propre personne, jusqu’à sa propre vie, à la disposition de ses contemporains. Sans se soucier jamais de son propre confort, ni de sa propre survie.
En tout cela, Jésus a été doux. Nous savons comment ses contemporains ont apprécié cette douceur, et nous savons ce qu’ils ont finalement fait de Lui.           

Nous, lecteurs attentifs de l’évangile des Rameaux, nous savons tous très bien que, quelques jours plus tard, Jésus plein de douceur sera arrêté, sera violenté, et périra sur la croix, la mort la plus infamante possible dans l’empire romain. Et nous demandons « Pourquoi ? »
Pour des raisons religieuses ? Les Romains étaient très tolérants en matière de diversité religieuse, pourvu que les religions ne troublent pas la paix civile, parce que seule la paix civile permet de rendre le commerce durablement prospère.
Mais pour quelle raison alors ?

Parce que la douceur de Jésus était insupportable. Insupportable à tous ceux qui veulent dominer, dominer par la parole et, si cela ne suffit pas, dominer par la corruption, et si ça ne suffit pas, dominer par la force ; insupportable à tous ceux pour qui la fin justifie les moyens ; insupportable à tous ceux qui veulent asservir plutôt que rendre libre. Ces gens-là ont assassiné Jésus.

Et les raisons de ces gens-là valent aujourd’hui tout comme hier.

Pouvons-nous entendre l’invitation de Jésus et le suivre ? Je le pense. Son invitation est pleine de douceur. Répondons-y avec douceur.

Nous n’entrerons jamais triomphants dans Jérusalem, ni ailleurs. Nous vivrons sans gloire ni puissance… Et nous connaîtrons le repos et la paix.

Qu’il en soit ainsi.
Amen   
Prière (Un immense merci à Murielle)
Seigneur, tes disciples te voulaient Maître de Guerre et Tout Puissant Souverain,
Et voici que tu entres à Jérusalem monté sur le petit d’une bête de somme.

Prions :

Sa famille ne met à l’honneur que les garçons et elle est née fille…
Seigneur, je te prie pour tous ceux qui acceptent ce qu’ils sont sans se plaindre outre mesure ni accabler le sort, et qui vivent dignement ce que la Vie leur ordonne,

Sa famille la voulait mère au foyer et elle est devenue enseignante…
Seigneur, je te prie pour tous ceux qui prennent le risque d’être incompris et de décevoir leurs proches, surmontent les quolibets et suivent avec ténacité leur vocation personnelle,

Sa famille avait espéré un époux conforme à son rang, et son mari est né dans une famille pauvre…
Seigneur, je te prie pour tous ceux qui mettent de côté apparences et préjugés, gardent fermes leurs convictions et s’attachent à la seule valeur des personnes,

Seigneur, soutiens tous ceux qui gardent un cœur calme et sincère, sans haine contre la dureté de la vie ou la bêtise de leurs contradicteurs, et leur opposent avec respect la douce fermeté de leurs convictions,

Aide-moi,  moi qui suis parfois ce cœur dur, qui voudrais soumettre les humains et le cours du monde à ma seule volonté,
aide-moi à me souvenir que Tu n’as jamais cherché autre chose que la plénitude de la Vie pour chacun d’entre nous.

Amen.