samedi 27 janvier 2024

Histoire de l'esprit mauvais (Marc 1,21-28)

Marc 1

21 Ils pénètrent dans Capharnaüm. Et dès le jour du sabbat, entré dans la synagogue, Jésus enseignait.

22 Ils étaient stupéfaits par son enseignement, car il leur enseignait en ayant autorité et non pas comme les scribes.

 

23 Or, justement, il y avait dans leur synagogue un homme d’esprit impur ; il s'écria :

24 «Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth? Tu es venu pour nous ruiner. Je sais qui tu es : le Saint de Dieu ! »

25 Jésus lui ordonna : « Tais-toi et sors de lui. »

26 L'esprit impur le secoua avec violence, et poussant un grand cri, il sortit de lui.

 

27 Ils furent tous tellement saisis qu'ils se demandaient les uns aux autres : « Qu'est-ce que cela ? Un enseignement nouveau ? Avec d'autorité ? Et il commande même aux esprits impurs ? Et ils lui obéissent ? »

 

28 Et sa renommée se répandit aussitôt partout, dans toute la région de Galilée.

Prédication : 

            En lisant cet évangile, il peut nous venir à l’idée que le monde n’est pas seulement celui que nous voyons, mais qu’il y a aussi un monde des esprits, entités qui sont tout autant que nous créatures de Dieu, mais qui sont plus ou moins soumises ou pas soumise à sa majesté ; pures ou impures, elles peuvent prendre possession des gens. Lorsqu’un esprit impur prend possession de quelqu’un, cette personne ne s’appartient plus, et s’oppose donc à tout ce que Dieu veut entreprendre et à tout ce que Jésus veut dire.

 

            Mais ne simplifions pas… j’ai rencontré, s’agissant d’esprits impurs, plusieurs personnes auxquelles un ministère particulier avait été confié… et par qui ? et pour quoi ? L’un était un pasteur protestant, juste une coïncidence. Les réunions de prière qu’il conduisait étaient tellement stressantes, voire brutales, que des gens craquaient, et de grandes manifestations gesticulantes et sonores avaient lieu, esprit mauvais, c’était le diagnostique. Il avait des prières spéciales pour ça. L’autre était un prêtre exorciste catholique romain. Je n’ai dans ma vie connu que deux hommes ainsi calmes et modestes comme cet exorciste, sans peur, habité par la grâce, dont le regard de bonté savait apaiser les gens…

 

            Revenons à notre évangiles. Pourtant, Jésus reste le plus fort ; il commande aux esprits impurs et ceux-ci lui obéissent. Jésus chasse ces esprits impurs, les envoie à leur perte, et alors l’homme possédé s’apaise ; que l’homme s’apaise, c’est nous qui le supposons ; l’évangile de Marc, dans ce tout petit récit, ne le précise pas.

            Jésus commande aux esprits impurs et ils lui obéissent. Nous n’allons pas écarter cette lecture. La parole accomplit tout ce qu’elle énonce.  

 

            Nous ne pouvons pas en rester à cela. Les quelques versets que nous avons lus nous exhortent à aller plus loin. Certes Jésus commande aux esprits impurs de sortir, et ceux-ci lui obéissent. Mais à y regarder un peu finement, nous pouvons nous demander combien ils sont dans cet homme, ou si c’est cet homme qui est dans l’esprit impur, un peu comme on pourrait dire de cet homme qu’il fait du mauvais esprit. Cette question n’est pas tout à fait innocente parce qu’elle permet de mettre en jeu la responsabilité de cet homme ; et donc d’interroger les propos qu’il tient, et que voici : « Que NOUS veux-tu, Jésus de Nazareth ? TU es venu pour NOUS ruiner. Je sais qui tu es, le Saint de Dieu ! »

 

Insistons sur le NOUS. C’est étonnant, cet homme qui, en s’emportant, parle en employant le pluriel. Cette personne, il faut la prendre au mot, et demander qui est ce NOUS.

Ce n’est probablement pas un pluriel de majesté. Ni non plus l’homme plus son esprit impur. Ce peut être l’homme et ses habitudes. Se lever telle heure, toujours la même ; se rendre à la salle de culte, toujours la même, et y entendre un enseignement, toujours le même, avec les mêmes prières et les mêmes chants ; y occuper toujours la même place sur le même banc, etc. Un être humain et ses incontournables habitudes, c’est un NOUS. C’est un NOUS parce que ces habitudes, si on le regarde bien, sont extérieures à l’être humain ; et pourtant elles sont déclarées essentielles. Si ces habitudes sont mises en question, ce qui génère toujours de l’angoisse, l’être humain en prendra la défense, parfois très énergiquement ! En disant NOUS, l’être humain prend la défense de ses habitudes personnelles, et considère en plus que d’autres que lui doivent défendre ses propres habitudes. Il charge donc autrui d’une défense qui n’est pas la sienne, et peut-être bien aussi d’une souffrance qui n’est pas la sienne.

Dans le texte que nous méditons, le NOUS peut désigner aussi une assemblée de personnes qui partagent les mêmes rites, le même enseignement, les mêmes manières de faire, assemblée qui n’est pas prête, pas du tout prête à entendre quoi que ce soit de nouveau. Il faut dire que le groupe protège bien l’individu. Le NOUS est une armure, c’est un édredon d’habitudes, voire de complaisance. Nul n’a à répondre vraiment de ses habitudes, de ses actes, même les plus laids, lorsqu’un groupe, un esprit mauvais, le couvre.

 

Alors, quel est ce NOUS que notre homme met en avant ? Domination de l’un sur tous les autres ? Domination de tous les autres sur chacun ? Les deux, peut-être. Cet homme, dans l’esprit impur, redoute la ruine de quelque chose à quoi un groupe s’est soumis, et dont lui, entre autres, jouit. Il redoute la nouveauté de ce que Jésus représente, qui l’invite à dire JE, plutôt que NOUS. Il redoute d’avoir à questionner ses propres paroles et ses propres actes, d’avoir à interroger ses habitudes, ses complaisances peut-être, d’interroger tout ce qu’il dit et fait, plutôt tout ce qu’on dit et fait sans vraiment le choisir et sans jamais en répondre.

 

Si bien que, être dans l’esprit impur, c’est ainsi dire NOUS à la place de JE. Être dans l’esprit impur, c’est penser, vouloir et agir comme si ce que JE veux, pense et fais était aussi sacré qu’un texte sacré. Et puisque nous en sommes là, être dans l’esprit impur c’est aussi envisager que le texte sacré justifie, excuse, voire exonère de sa responsabilité personnelle celui qui prétend le posséder, et qui pourtant ne fait que le manipuler.

Ça n’est pas pour rien que les scribes, champions des textes sacrés, sont visés par ce texte. Car l’enseignement des scribes, ainsi mentionné, est celui qui enseigne que ce qui est écrit est écrit. L’enseignement des scribes répète ce que les générations ont institué et que l’on s’évertue à défendre, sans discernement aucun. L’enseignement des scribes, c’est ce qui ratifie que « Les parents ont mangé des raisins verts et les dents des enfants ont été gâtées. » et que c’est comme ça et NOUS n’y pouvons rien, et il ne faut rien y changer.

Mais quel est le prix d’aliénation, de mépris et de souffrance que tout cela apporte ? Est-ce que quelqu’un s’en soucie ? Est-ce que quelqu’un en répond ? Personne. Car lorsque les habitudes sont suffisamment bien en place, on les appelle fatalité et destin, et l’on s’y soumet et même mieux, on s’en fait les défenseurs. C’est ainsi qu’un homme vocifère : « Tu es venu pour NOUS ruiner… »

 

Or, l’homme dans l’esprit impur ne s’en tient pas au NOUS. Il ajoute : « JE sais qui tu es … le Saint de Dieu. » Jésus est le Saint de Dieu en ce qu’il questionne radicalement le NOUS et qu’en sa présence, l’homme dans l’esprit impur se met soudain à dire JE. Jésus ne questionne pas seulement ; sa présence bouleverse. En cela Jésus enseigne en ayant autorité, et non pas comme les scribes.

Cet homme ordinaire, Jésus, le Saint de Dieu, invite à la sainteté. Là où les scribes s’en tiennent au sacré, Jésus invite à la sainteté. Il interpelle ainsi son auditoire, homme et esprit impur : pourquoi ceci est-il sacré, indérogeable, pour toi ? Pourquoi en religion fais-tu ainsi ? Pourquoi te comportes-tu ainsi dans ton culte ? Quelle satisfaction cela t’apporte-t-il ? Et qu’est-ce que cela coûte à ton entourage ?  

Jésus interroge ainsi parce que déclarer que quelque chose est sacré, c’est toujours en faire porter le poids à autrui, alors que choisir la sainteté c’est tendre la main et ouvrir son cœur.

Notre Seigneur Jésus Christ, le Saint de Dieu, a fait, sa vie durant, le choix de la sainteté. Ce choix, le choix de la sainteté, il nous appartient de le faire, nous y sommes appelés. Nous le ferons. Amen


samedi 20 janvier 2024

Dieu, et ceux qui le prient (Jonas 3,1-10 ; 1Corinthiens 7,29-31 ; Marc 1,14-20)

Jonas 3

1 La parole du SEIGNEUR s'adressa une seconde fois à Jonas:

 2 «Lève-toi, va à Ninive la grande ville et profère contre elle l'oracle que je te communiquerai.»

 3 Jonas se leva et partit, mais - cette fois - pour Ninive, se conformant à la parole du SEIGNEUR. Or Ninive était devenue une ville excessivement grande: on mettait trois jours pour la traverser.

 4 Jonas avait à peine marché une journée en proférant cet oracle: «Encore quarante jours et Ninive sera mise sens dessus dessous»,

 5 que déjà ses habitants croyaient en Dieu. Ils proclamèrent un jeûne et se revêtirent de sacs, des grands jusqu'aux petits.

 6 La nouvelle parvint au roi de Ninive. Il se leva de son trône, fit glisser sa robe royale, se couvrit d'un sac, s'assit sur de la cendre,

 7 proclama l'état d'alerte et fit annoncer dans Ninive: «Par décret du roi et de son gouvernement, interdiction est faite aux hommes et aux bêtes, au gros et au petit bétail, de goûter à quoi que ce soit; interdiction est faite de paître et interdiction est faite de boire de l'eau.

 8 Hommes et bêtes se couvriront de sacs, et ils invoqueront Dieu avec force. Chacun se convertira de son mauvais chemin et de la violence qui reste attachée à ses mains.

 9 Qui sait! peut-être Dieu se ravisera-t-il, reviendra-t-il sur sa décision et retirera-t-il sa menace; ainsi nous ne périrons pas.»

 10 Dieu vit leur réaction: ils revenaient de leur mauvais chemin. Aussi revint-il sur sa décision de leur faire le mal qu'il avait annoncé. Il ne le fit pas.

 

1 Corinthiens 7

29 Voici ce que je dis, frères: le temps est écourté. Désormais, que ceux qui ont une femme soient comme s'ils n'en avaient pas,

 30 ceux qui pleurent comme s'ils ne pleuraient pas, ceux qui se réjouissent comme s'ils ne se réjouissaient pas, ceux qui achètent comme s'ils ne possédaient pas,

 31 ceux qui tirent profit de ce monde comme s'ils n'en profitaient pas vraiment. Car la figure de ce monde passe.

 

Marc 1

14 Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée. Il proclamait l'Évangile de Dieu et disait:

 15 «Le temps est accompli, et le Règne de Dieu s'est approché: convertissez-vous et croyez à l'Évangile.»

 16 Comme il passait le long de la mer de Galilée, il vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter le filet dans la mer: c'étaient des pêcheurs.

 17 Jésus leur dit: «Venez à ma suite, et je ferai de vous des pêcheurs d'hommes.»

 18 Laissant aussitôt leurs filets, ils le suivirent.

 19 Avançant un peu, il vit Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, qui étaient dans leur barque en train d'arranger leurs filets.

 20 Aussitôt, il les appela. Et laissant dans la barque leur père Zébédée avec les ouvriers, ils partirent à sa suite.

Prédication : 

            Nous commençons ici : les bêtes aussi prennent le deuil, et nous ne résistons pas au petit bonheur d’évoquer le gros et le petit bétail, ovins, bovins et caprins revêtant le sac et la cendre et invoquant Dieu avec force. Évocation encore de ces bêtes qui jeûnent et se repentent, et se convertissent de leurs mauvais chemins et de la violence qui reste attachée à leurs sabots, ou à leurs cornes.

            Les bêtes donc auraient une âme, mais pas toutes les bêtes… les chiens, les chats et les canaris… et  nous ne disons rien aujourd’hui des punaises de lit qui pêchent par excès de gloutonnerie et qui, pour autant que nous le sachions, n’éprouvent aucun repentir. Cette question du jeûne des bêtes cependant était considérée avec un peu de sérieux par un professeur que j’ai connu jadis. Il disait : vu la communauté de destin qui existait entre hommes et bêtes, il n’était pas étonnant que ces derniers se trouvent à communier dans une même piété, les animaux peut-être s’exprimant dans le langage des humains, ou les humains s’exprimant dans le langage des animaux. Cette forme de piété, des hommes dans le langage des animaux a été documentée en ce bas monde chrétien au milieu des années 90’s, mais ça n’était pas une nouveauté. En effet, l’écrivain John Steinbeck (1902-1968) l’a repérée en son temps, mise en place dans l’un de romans (A l’est d’Éden ?) ; il y a certaines formes de religion dont la pratique est réservée par Steinbeck systématiquement à des personnes méchantes. Cette histoire donc de bêtes repentantes et pieuses amène en notre esprit plus qu’un sourire. Une question : comment la piété leur vient-elle ? Comment aussi la piété vient-elle à Ninive, aux habitants de Ninive et au roi de Ninive ? Ne sont-ils pas des étrangers, des païens ? Et pourtant ils savent tout de suite quoi faire avec la malédiction proférée par Jonas. Ils savent quoi faire et comment le faire. Et comment cela se fait-il ? Nous pouvons imaginer qu’en des temps très reculés les religions n’étaient pas encore très différenciées – au moins les religions continentales – et qu’il y avait une sorte de fonds commun associé à toutes sortes de variantes avec autant de noms différents, mais une sorte de nom commun Dieu, le nom de ce qu’il fait. Ceci expliquant cela, mais sans trop répondre aux questions que nous nous posons.

            Car nous faisons le constat qu’il – Dieu – est connu des uns et des autres. Qu’il est su quand et comment l’on peut s’adresser à lui pour en obtenir ce qu’on veut. Mais comment cela vient-il aux hommes, nous ne le savons pas, les quelques versets de Jonas que nous avons lus ne nous renseignent pas. C’est là, mais quant à l’origine de ça, nous demeurons ignorants, et notre discours patine, même s’il crée un peu d’espace.

 

            Paul l’apôtre ne s’est jamais contenté de répéter ce que ses prédécesseurs avaient écrit bien avant lui. Et comme certains de ces prédécesseurs étaient déjà de grands écrivains, pas toujours faciles à comprendre, lui-même ne donne pas dans la facilité. Paul, premier écrivain chrétien. Mais qui sont donc ceux qui l’ont précédé ? Et bien, les écrivains de la Loi, des Prophètes et des Écrits, plus toutes sortes de textes hermétiques, plus sans doute des philosophes, et écrits de sagesse, etc. dans lesquels il aura su puiser de quoi produire des énoncés considérables.

            « Que ceux qui ont une femme soient comme ils n’en avaient pas » Point de départ, la condition des femmes dans le monde gréco-latin de ce temps-là… condition lamentable, et prendre une femme venant légaliser un esclavage absolu. Peut-être était-ce la même chose en Galilée et en Judée, peut-être aussi que les Romaines patriciennes avaient certains droits. Comment comprendre ? Prendre une femme, et sortir de soi les manières abominables de l’époque, émanciper donc cette femme mais aussi la garder. Toute une affaire difficile au sein même d’une culture.

            « Que ceux qui pleurent comme s’ils ne pleuraient pas » Pleurer comme ne pleurant pas ? Mais quel est l’objet des larmes ? Car il s’agit de larmes, et pas question qu’elles cessent. Il serait question qu’elles durent ? Sans parler trop vite de Paul, disons que les larmes cessent lorsqu’il en a été suffisamment versé. Mais ça n’est pas ce qui intéresse Paul. Il s’intéresse au temps pendant lequel les larmes coulent encore. Et ce qu’il invente, c’est un temps intermédiaire, pendant lequel une fécondité nouvelle prend place.

            C’est la même méditation avec la joie, mais beaucoup plus facile, la possession idem, et le profit du monde. Et tout cela, dit Paul, « car la figure de ce monde passe » Et bien, ce que dit Paul, et il doit bien avoir des détracteurs, c’est que c’est dans la joie, dans la vitalité reçue, perdue parfois, et retrouvée toujours que s’apprécie la vie. Dans les trois versets qui nous sont proposés n’apparaissent ni le nom de Dieu ni celui du Christ. Nous pouvons bien entendu les y pressentir, mais nous pouvons aussi repenser à ce que nous avons dit avec Jonas et penser à ce Dieu dont la perception première serait en quelque manière innée.

 

            Peut-être. Peut-être quelque chose d’inné mais qu’il faudrait développer afin de le mettre à disposition d’autrui, à disposition de l’Évangile. Peut-être quelque chose qui vous arriverait comme par surcroit, qu’il faudrait développer afin de le mettre à disposition d’autrui, à disposition de l’Évangile… Mais de quelle manière ?

            Des les premiers moments de l’évangile de Marc, quelques indications intéressantes sont données. Des humains seront pris au filet et suivront Jésus. Mais pris de quelle manière ? Le humains seront-ils pris comme des poissons et partageront-ils le sort de ces bestioles comestibles ? Lorsque Jésus annonce à ces gars, pécheurs de poissons de leur état, qu’ils pécheront des hommes, il leur annonce la prudence et le soin qui devront être les leurs, et l’apprentissage qui commence maintenant. Simon et André, Jacques et Jean, l’apprentissage commence là sous le regard, et avec l’exemple, du meilleur des maîtres, Jésus.

            Notre apprentissage, se poursuit aussi.

            Amen


samedi 13 janvier 2024

Facilité de Dieu (Jean 1,35-42 ; 1Corinthiens 6,13-20 ; 1Samuel 3,3-19)

Beaucoup de textes biblique aujourd'hui. Nécessaire me semble-t-il. Puis un sermon assez bref, vous verrez. Bonne lecture. A bientôt. 

Jean 1

35 Le lendemain, Jean se trouvait de nouveau au même endroit avec deux de ses disciples.

 36 Fixant son regard sur Jésus qui marchait, il dit: «Voici l'agneau de Dieu.»

 37 Les deux disciples, l'entendant parler ainsi, suivirent Jésus.

 38 Jésus se retourna et, voyant qu'ils s'étaient mis à le suivre, il leur dit: «Que cherchez-vous?» Ils répondirent: «Rabbi - ce qui signifie Maître - , où demeures-tu?»

 39 Il leur dit: «Venez et vous verrez.» Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait et ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là; c'était environ la dixième heure.

 40 André, le frère de Simon-Pierre, était l'un de ces deux qui avaient écouté Jean et suivi Jésus.

 41 Il va trouver, avant tout autre, son propre frère Simon et lui dit: «Nous avons trouvé le Messie!» - ce qui signifie le Christ.

 42 Il l'amena à Jésus. Fixant son regard sur lui, Jésus dit: «Tu es Simon, le fils de Jean; tu seras appelé Céphas» - ce qui veut dire Pierre.

1 Corinthiens 6

13 Les aliments sont pour le ventre, et le ventre pour les aliments, et Dieu détruira ceux-ci et celui-là. Mais le corps n'est pas pour la débauche, il est pour le Seigneur, et le Seigneur est pour le corps.

 14 Or, Dieu, qui a ressuscité le Seigneur, nous ressuscitera aussi par sa puissance.

 15 Ne savez-vous pas que vos corps sont les membres du Christ? Prendrai-je les membres du Christ pour en faire des membres de prostituée? Certes non!

 16 Ne savez-vous pas que celui qui s'unit à la prostituée fait avec elle un seul corps? Car il est dit: Les deux ne seront qu'une seule chair.

 17 Mais celui qui s'unit au Seigneur est avec lui un seul esprit.

 18 Fuyez la débauche. Tout autre péché commis par l'homme est extérieur à son corps. Mais le débauché pèche contre son propre corps.

 19 Ou bien ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous et qui vous vient de Dieu, et que vous ne vous appartenez pas?

 20 Quelqu'un a payé le prix de votre rachat. Glorifiez donc Dieu par votre corps.

1 Samuel 3

3 La lampe de Dieu n'était pas encore éteinte, et Samuel était couché dans le Temple du SEIGNEUR, où se trouvait l'arche de Dieu.

 4 Le SEIGNEUR appela Samuel. Il répondit: «Me voici!»

 5 Il se rendit en courant près d'Eli et lui dit: «Me voici, puisque tu m'as appelé.» Celui-ci répondit: «Je ne t'ai pas appelé. Retourne te coucher.» Il alla se coucher.

 6 Le SEIGNEUR appela Samuel encore une fois. Samuel se leva, alla trouver Eli et lui dit: «Me voici, puisque tu m'as appelé.» Il répondit: «Je ne t'ai pas appelé, mon fils. Retourne te coucher.»

 7 Samuel ne connaissait pas encore le SEIGNEUR. La parole du SEIGNEUR ne s'était pas encore révélée à lui.

 8 Le SEIGNEUR appela encore Samuel, pour la troisième fois. Il se leva et alla trouver Eli. Il lui dit: «Me voici, puisque tu m'as appelé.» Eli comprit alors que le SEIGNEUR appelait l'enfant.

 9 Eli dit à Samuel: «Retourne te coucher. Et s'il t'appelle, tu lui diras: Parle, SEIGNEUR, ton serviteur écoute.» Et Samuel alla se coucher à sa place habituelle.

 10 Le SEIGNEUR vint et se tint présent. Il appela comme les autres fois: «Samuel, Samuel!» Samuel dit: «Parle, ton serviteur écoute.»

 11 Le SEIGNEUR dit à Samuel: «Voici que je vais accomplir une chose en Israël, à faire tinter les oreilles de quiconque en entendra parler.

 12 Ce jour-là, je réaliserai contre Eli tout ce que j'ai dit au sujet de sa maison, de bout en bout.

 13 Je lui annonce que je fais justice de sa maison pour toujours à cause de sa faute: il savait que ses fils insultaient Dieu et néanmoins, il ne les a pas repris.

 14 Voilà pourquoi je le jure à la maison d'Eli: Rien n'effacera jamais la faute de la maison d'Eli, ni sacrifice, ni offrande.»

 15 Samuel resta couché jusqu'au matin, puis il ouvrit les portes de la Maison du SEIGNEUR. Samuel craignait de rapporter la vision à Eli.

 16 Eli appela Samuel et lui dit: «Samuel, mon fils.» Il dit: «Me voici.»

 17 Il dit: «Quelle est la parole qu'il t'a adressée? Ne me le cache pas, je t'en prie. Que Dieu te fasse ceci et encore cela si tu me caches un mot de toute la parole qu'il t'a adressée.»

 18 Alors Samuel lui rapporta toutes les paroles, sans rien lui cacher. Il dit: «Il est le SEIGNEUR. Qu'il fasse ce que bon lui semble.»

 19 Samuel grandit. Le SEIGNEUR était avec lui et ne laissa sans effet aucune de ses paroles.

Prédication 

            Je voudrais ce matin vous parler d’un Père de l’Église, écrivain chrétien des premiers siècles, un certain Tatien le Syrien, IIème siècle, qui est très connu pour avoir entrepris une – la première – Harmonie des quatre évangiles, entreprise considérable, et considérablement discutée en ce temps – et pas seulement en ce temps. La question est simple : puisqu’il n’y a qu’un seul messie, pourquoi y a-t-il quatre évangiles ? Et pourquoi ne pas produire un Diatessaron, de quatre vers un ? Tatien donc se met à l’ouvrage et produit un texte qui rencontrera un succès considérable, jusqu’au 9ème siècle au moins. Plus loin dans le 20ème siècle, en feuilletant divers ouvrages de piété, j’ai trouvé des psaumes, diverses confessions, et des harmonies des quatre évangiles. Quelle est l’utilité de ce genre de travail ? Faut-il vraiment tourner le dos à ces textes et à ce personnage unique – peut-être bien unique – qu’ils donnent à connaître ? Discussion âpre. Pour ce texte, peut-être pas seulement, mais pour d’autres aussi il est considéré comme Père de l’Église. Mais il est aussi considéré comme hérétique par les Église grecques et latines.

            Tatien, pour la fin de sa vie, aurait été  encratite, c'est-à-dire exerçant contre son propre corps une discipline extrêmement rigoureuse, ni viande, ni boisson enivrante, ni union charnelle, ni sensualité d’aucune sorte. Quelque chose de violent, comme vous le voyez, avec en plus diverses doctrines pour certaines particulièrement abstruses. L’Église a, avec ses moyens, condamné et pourchassé ce genre d’orientation.

 

            Mais nous n’allons pas plus loin. Avec les textes que nous avons lus, plus Tatien, nous avons tout ce qu’il faut pour poser une certaine question : que faut-il faire pour être proche de Dieu ? Ou : pour s’en tenir à Dieu ? Ou : pour obéir à Dieu ? C’est une question unique mais qui a besoin de plusieurs énoncés. Et 1 Samuel 3 est parfaitement explicite : (1) Dieu, c’est le rituel, (2) Dieu, c’est une certaine parole, prononcée par une personne pure et désintéressée, (3) Dieu c’est la justice rendue justement, (4) Dieu, c’est la gratuité et la liberté pour ceux qui portent leur requête, (5) Dieu, c’est la soumission à l’ordre de la parole qui vient. Ce ne sont pas des nuances de Dieu, c’est Dieu tout entier à chaque fois. Et c’est pour cette raison que la punition sur la famille du prêtre Héli s’annonce si violente. Non que Dieu soit spécialement vindicatif, mais parce qu’en violentant Dieu, c’est la condition de la vie qui disparaît. C’est cette condition et sa rupture qu’on nomme Dieu et ce qui s’ensuit.

           

            C’est ainsi en tout cas que les auteurs du 1er livre de Samuel ont envisagé qu’on s’approche de Dieu. Et vous voyez que leurs propositions sont tout à fait différentes de celles de Tatien. Mais la vie en Dieu, est-elle forcément aussi ampoulée, et aussi dangereuse ? Poursuivons nos investigations, Paul.

 

            Paul est tout un univers, et nous n’allons pas en entreprendre la visite ce matin. Ce qui nous intéresse c’est Dieu et c’est ce corps humain dont nous avons vu qu’à cause de leurs convictions, certains le mortifient jusqu’aux dernières extrémités, au point pour certains de passer leur vie entière perchés sur une colonne.

            Paul est un personnage particulier, et emporté, mais il est aussi un prédicateur pour le moins humain. Qu’on croie en Christ – ou en Dieu – est pour lui une chose, et que la foi soit compatible avec la vie personnelle, et avec la vie communautaire, c’est une autre chose, le deux étant idéalement indissociables. C’est ce qui lui fait écrire : « Ne savez-vous pas que vos corps sont les membres du Christ ? » Et pour Paul ils le sont dès à présent même s’ils doivent l’être ultérieurement, et parce qu’ils le furent déjà. Paul est un écrivain génial, dans le sens où il sait parler du passé, du présent et de l’avenir de manière pertinente dans une seule phrase. Ce qui fait que sa pensée de l’homme et sa pensée de Dieu sont une seule et même pensée. Et comme il connait aussi très bien sa Bible, il peut, toujours en peu de mots, parler de l’homme de Genèse, et méditer sur l’état de maturité des écritures et des hommes de son temps.

            Et qu’est-ce que ça donne pour l’homme et pour Dieu ? Pas une ascèse, mais une prudence, un bon usage des biens et corps, un bon usage aussi de la parole. Une certaine conscience aigüe de ce que nul ne s’appartient, et que les corps – sans exception d’aucun, sont « Temple du Saint Esprit » Est-ce simple ? Oui, et il est inutile d’en faire tout un plâtras. Comme souvent avec Paul, les choses apparemment compliquées – comme on dit aujourd’hui – finissent dans la plus profonde simplicité. « 20 Quelqu'un a payé le prix de votre rachat. » C’est cadeau. « Glorifiez donc Dieu par votre corps. » C’est merci. Et c’est ainsi qu’on est proche de Dieu, si proche de Dieu qu’il est même tout en vous.

 

            Mais il reste quelque chose encore. On dit parfois qu’il est étonnant qu’avec un langage aussi simple il soit possible de dire des choses si extraordinairement profondes. S’approcher de Dieu, dans l’évangile de Jean, c’est s’approcher de Jésus – et tous les autres noms qu’il porte. Pour s’approcher de lui, il faut suivre la route balisée, il y a donc bien des balises, et les indications de tel et tel témoins, il y en a aussi. S’approcher de Dieu, cinq lignes dans ce sermon. Quelques mots dans l’évangile de Jean. « Venez et vous verrez. Ils allèrent et ils virent. » Jésus – et donc Dieu tout court et tout simplement – est là, pure et perpétuelle présence donnée en quelques  mots.

            On se dit parfois que tout, Nouveau Testament et Ancien Testament, pourrait être ramené à une seule phrase : « Et le Verbe se fait chair… » C’est justement une phrase de l’évangile de Jean. Qui, si je comprends bien, nous dit toute la profondeur, la simplicité, et la vitalité de Dieu.

samedi 6 janvier 2024

L'Epiphanie (Matthieu 2,1-12) et les épiphanies

Matthieu 2

1 Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem

 2 et demandèrent: «Où est le roi des Juifs qui vient de naître? Nous avons vu son astre à l'Orient et nous sommes venus lui rendre hommage.»

 3 À cette nouvelle, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui.

 4 Il assembla tous les grands prêtres et les scribes du peuple, et s'enquit auprès d'eux du lieu où le Messie devait naître.

 5 «À Bethléem de Judée, lui dirent-ils, car c'est ce qui est écrit par le prophète:

 6 Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'es certes pas le plus petit des chefs-lieux de Juda: car c'est de toi que sortira le chef qui fera paître Israël, mon peuple.»

 7 Alors Hérode fit appeler secrètement les mages, se fit préciser par eux l'époque à laquelle l'astre apparaissait,

 8 et les envoya à Bethléem en disant: «Allez vous renseigner avec précision sur l'enfant; et, quand vous l'aurez trouvé, avertissez-moi pour que, moi aussi, j'aille lui rendre hommage.»

 9 Sur ces paroles du roi, ils se mirent en route; et voici que l'astre, qu'ils avaient vu à l'Orient, avançait devant eux jusqu'à ce qu'il vînt s'arrêter au-dessus de l'endroit où était l'enfant.

 10 À la vue de l'astre, ils éprouvèrent une très grande joie.

 11 Entrant dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie, sa mère, et, se prosternant, ils lui rendirent hommage; ouvrant leurs coffrets, ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe.

 12 Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner auprès d'Hérode, ils se retirèrent dans leur pays par un autre chemin.

Prédication :

            Épiphanie, il y a de la lumière dans ce mot, il y a quelque chose qui apparaît, pendant peut-être un certain temps puis peut-être disparaît, ou bien apparaît d’un coup, et disparaît d’un coup… pensons à Jacques Prévert, Dans la nuit de l’hiver, Galope un grand homme blanc C’est un bonhomme de neige Avec une pipe en bois C’est un bonhomme de neige Poursuivi par le froid… Et vous savez comment, pour se réchauffer, il s’assied sur un poêle chauffé au rouge, et fond d’un coup, ne laissant que sa pipe et son vieux chapeau. Au moment où je quitte le rythme le rythme de la poésie de Prévert, quel chose s’éteint, et revient si je recolle à son texte. Entre les deux, c’est plus plat… Et au final, que reste-t-il ? Difficile de répondre. Le poème date de 1946. La chanson qui va avec – Les Frères Jacques – de 1949… pour moi, au mieux, en 1964, c'est-à-dire 60 ans de pérennité, et ça n’est pas fini. Apparaître, disparaitre, dans le récit, et dans les perceptions et la mémoire des lecteurs.

            Et ainsi, lorsque je pense au mot épiphanie, je pense à Prévert, Dans la nuit de l’hiver. Épiphanie de quoi ? Épiphanie d’une volonté qui s’accomplit à ses propres dépens. Et nous pouvons trouver à cette définition toutes sortes de variantes. Qui pourront convenir pour toutes sortes de situations, bibliques ou pas forcément bibliques. Un certain Elie qui, tout à coup, apparaît dans l’histoire des Omrides (Omri, Achab...), rois d’Israël, un certain Samson – livre des Juges, ou Pierre, qui un jour de Pentecôte acquiert une stature de grand apôtre dominant. Après ce petit assemblage d’hommes forts, qui vont plus ou moins avec notre première définition, nous marquons une pause.

            Car il y a plusieurs manières de s’accomplir à ses propres dépens. Une manière négative, c'est-à-dire en profitant soi-même de ce qu’est autrui, et même si l’on prend quelque chose, on se perd. Une manière positive, c'est-à-dire en se consacrant à autrui, consécration en laquelle on se trouve. Thématique évangélique, c’est sûr, mais nous allons y venir, juste, une fois encore, un personnage biblique dont nous avons déjà parlé, Gédéon, dont le parcours montre bien qu’il peut y avoir d’abord une épiphanie positive, puis une épiphanie négative – sa volonté s’accomplissant devint source d’aliénation pour son propre peuple…

 

            Il y a un épisode fameux que nous avons jusqu’ici évité, même si nous avons lu quelques versets importants et uniques dans les évangiles. C’est l’adoration des trois Rois Mages, qui n’étaient ni trois, ni mages et qui n’étaient pas là chacun avec un cadeau, pouvant chacun porter un part des trois… Bref si nous nous penchons sur nos crèches et si nous lisons "la marche des rois", ces rois sont superbes, et leurs noms sont connus, accompagnés par des cortèges considérables. C’est l’écart entre les deux qui est aussi considérable. Et pourquoi ?

           

            Les versets que nous lisons reçoivent usuellement pour titre "l’Épiphanie". Entendons bien le "l’", qui est mis à la place d’un "la". Cette épiphanie n’est pas l’une des épiphanies possibles dont nous avons parlé, épiphanies de personnages importants, ou encore de cités importantes – laissées de côté. L’épiphanie dont nous parlons est une épiphanie tellement importante pour l’auteur – ou les auteurs – de  l’évangile de Matthieu, qu’elle est pour lui l’unique épiphanie, l’unique événement auquel peut s’attacher le mot d’épiphanie, événement unique, pour tous, partout, et toujours.

            Mais comment peut-on être aussi ambitieux ? Nous dirons, le plus simplement possible, que quelque chose s’est passé dans la vie de ces juifs – descendants de fils d’Abraham. Pour parler de cela, ils ont mobilisé toutes – presque toutes – les traditions de leur culture. Ce dont ils voulaient parler, c’était plus qu’un superlatif, c’était le superlatif de tous les superlatifs. Une généalogie particulière d’abord puis, justement, cette rencontre dont nous parlons, avec les mages, et nous connaissons la suite, l’ange qui veille, le drame qui rode, la fuite en Égypte – figure traditionnelle par excellence… Ensemble, rassemblées, ces figures classiques de la tradition forment ce « superlatif des superlatifs », cette « épiphanie des épiphanies ». Mais si tel est bien le cas, pourquoi le fragment que nous méditons ne fait-il que 12 versets ? Pourquoi s’arrête-t-il à « puis divinement avertis en songe de ne pas retourner auprès d’Hérode, ils se retirèrent dans leur pays par un autre chemin » ?

            C’est que, pour l’Épiphanie, "la épiphanie", il est trop difficile d’aller plus loin dans l’exploration des manifestations de Dieu. Il est difficile de penser superlativement que l’ultime épiphanie de Dieu lui-même expédie sous terre et d’un coup une génération entière d’enfants. Et cette horreur aurait affaire avec la révélation ?

            Lorsqu’on parle de l’Épiphanie, nous pensons aux mages guidés deux fois par une étoile, ce qui nous fait penser par exemple à Abraham. C’est une étoile mobile, un fait rare, exceptionnel. Nous avons pris l’habitude de cela. Lorsqu’on parle de l’Épiphanie, il y a trois mages, personnages religieux sans doute, qui se prosternent – face contre terre – devant un bébé. C’est insolite – c’est plus qu’insolite, c’est le monde à l’envers, tellement que la cité à venir selon Ézéchiel en est toute renversée, elle a une maisonnette en son centre et un bébé pour souverain. Et vu le peu de temps que les enfants restent des enfants, et vu la brutalité de ce monde, ce qui marque l’affaire, c’est l’éphémère. Pourtant l’enfant demeurera, et, nous le savons, il atteindra l’âge d’une vie d’homme. Ce ne sont pourtant pas ces durées-là qui sont essentielles, mais celle de l’adoration – celle de l’Épiphanie – et celle de la résurrection – nous en reparlerons à la fin du mois de mars.

            Une fois encore, il s’agira de la durée de l’épiphanie puis de la durée de la résurrection, de la durée des instants pendant lesquels la grâce nous arrive, durée de la grâce, qui relève à bien des égards de notre responsabilité, responsabilité de lecteur – pas de la Bible seulement – Prévert aussi – responsabilité de témoin de ces épiphanies, et de la grande Épiphanie tout court. Amen


mercredi 27 décembre 2023

Matin de Noël (Jean 1,1-18) Le verbe est chair


Matin de Noël 2023

Musique

Salutation

 

Seigneur, je lance ma joie vers le ciel !

L’aile de la nuit s’est éloignée

et je me réjouis dans la lumière.

Voici un nouveau jour, un jour encore, Seigneur !

 

Ton soleil a bu la rosée des champs et celle de nos cœurs.

En nous, autour de nous, tout est reconnaissance.

 

Merci, mon Dieu, pour les joies que tu me donnes,

et d’abord pour celle d’exister.

 

Je suis dans la joie ce matin, avec les anges je chante.

Comme eux je m’offre à ta grâce.

Et je te bénis !

 

Mon Dieu, ta création me réjouit !

Ta présence est partout.

Les psaumes chantent ton amour,

les prophètes l’ont annoncé et nous, nous le connaissons !

 

Tous les jours, par ta grâce,

c’est Noël et Pâques, c’est Pentecôte et l’Ascension !

 

Seigneur, je lance ma joie vers le ciel !

 

Voici un jour encore qui brille, étincelle,

éclate de bonheur à cause ton amour,

éclate de bonheur à cause de ce jour que tu nous as donné de vivre,

 à cause de l’amour que tu nous as donné de vivre,

de partager.

 

Oui, pour cet amour, Seigneur,

pour la fraternité de ce Noël et de chaque jour,

je lance ma joie vers le ciel !

 

 

22/10/266 Voix des prophètes

 

Lecture biblique

Jean 1

1 Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu.

 2 Il était au commencement tourné vers Dieu.

 3 Tout fut par lui, et rien de ce qui fut, ne fut sans lui.

 4 En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes,

 5 et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point comprise.

 6 Il y eut un homme, envoyé de Dieu: son nom était Jean.

 7 Il vint en témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui.

 8 Il n'était pas la lumière, mais il devait rendre témoignage à la lumière.

 9 Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme.

 

Chant : 23/01/267 Dieu, qui verse tes eaux claires

 

Lecture biblique

Jean 1

10 Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l'a pas reconnu.

 11 Il est venu dans son propre bien, et les siens ne l'ont pas accueilli.

 12 Mais à ceux qui l'ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu.

 13 Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d'un vouloir de chair, ni d'un vouloir d'homme, mais de Dieu.

 14 Et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire, cette gloire que, Fils unique plein de grâce et de vérité, il tient du Père.

 15 Jean lui rend témoignage et proclame: «Voici celui dont j'ai dit: après moi vient un homme qui m'a devancé, parce que, avant moi, il était.»

 16 De sa plénitude en effet, tous, nous avons reçu, et grâce sur grâce.

 17 Si la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.

 18 Personne n'a jamais vu Dieu; Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l'a dévoilé.

 

32/16/364 D’un arbre séculaire

 

Prière

 

Nous sommes aimés de Dieu au-delà de ce que nous pouvons imaginer, malgré toutes les zones d’ombre de nos existences, où nous sommes solidaires et complices du mal qui court le monde, de la dureté, de la violence, de l’indifférence.

 

Prédication : 

Au commencement de l’évangile de Marc, que la liste des textes du jour nous proposait la semaine dernière, il y a un texte, et un homme. Le texte, c’est le livre du prophète Esaïe. L’homme, c’est Jean-Baptiste. L’évangile de Marc commence ici-bas.

Tout autre est le commencement de l’évangile de Jean. Le commencement de l’évangile de Jean est un commencement cosmique. Au commencement de l’évangile de Jean, il y a le commencement de tout ! Au commencement était le Verbe, et le verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu. Le Verbe ? On est d’emblée très haut, très loin, dans la proximité et dans l’intimité de Dieu.

 

Au commencement donc de l’évangile de Jean, il y a le Verbe. Le Verbe, c’est quoi ? C’est un mot un petit peu abstrait. Vous ne pouvez pas vous représenter le Verbe. Certaines traductions proposent « au commencement était la Parole ». Au commencement, il y a la Parole. Qu’est-ce donc que la Parole, au commencement, lorsqu’il n’y a que la Parole, qu’elle n’est dite à personne et qu’il n’y a personne pour l’entendre ? Qu’est-ce donc que le Verbe tout seul, dont on nous écrit qu’il est tourné vers lui-même ? Et quand bien même le Verbe est Dieu, qu’est-il concrètement s’il n’est tourné que vers lui-même ?

Je ne voudrais pas vous troubler excessivement en vous suggérant de vous demander ce qu’est Dieu lorsque personne ne parle de lui. Si vous voulez répondre à cette question, dites-vous bien que la puissance de Jupiter a considérablement diminué depuis que plus personne ne l’adore. Dites-vous bien aussi qu’une des questions que le monde contemporain pose à nos Eglises c’est « quel Dieu nous faites-vous connaître ? » Mais ce ne sont pas d’emblée les questions qu’aborde l’évangile de Jean.

En son commencement, l’évangile de Jean nous place devant ce qu’on pourrait appeler un savoir sur Dieu. L’énoncé de ce savoir sur Dieu est pour le moins  ambigu. Dieu est seul, proche de lui-même, et tourné vers lui-même. Il se suffit ainsi à lui-même. Et voici une affirmation : nous n’avons rien à faire de la connaissance de l’intimité d’un Dieu tout seul qui se suffit à lui-même.

 

Et pourtant Jean commence ainsi son évangile. En le commençant ainsi, Jean ne vient pas nous révéler un savoir que tous devraient connaître. Il ne nous parle pas non plus d’un Dieu que tous devraient atteindre, et en qui tous devraient se fondre. Si l’on venait à se fondre dans l’intimité de Dieu, on serait, ainsi que lui, tourné vers soi-même, parole à soi-même, et soi-même. Cette mystique simpliste n’a rien à voir avec l’humanité d’un être humain. Elle la détruit.

En commençant ainsi son évangile, Jean part, délibérément du plus spéculatif et du plus abstrait. Il agit ainsi pour montrer comment une vie religieuse ne doit pas être vécue. Et à contrario il signifie comment doit être vécue une vraie vie.

 

Dans quelle direction une vie doit-elle être vécue ? (première réflexion) Il semble bien que les premiers lecteurs de l’évangile de Jean s’étaient perdus. Ils avaient, dans leur vie, cherché le dévoilement de l’ultime. Ils avaient cherché à percer les secrets de la nature de Dieu. Ils s’étaient même tant consacrés à l’approche de ces secrets qu’ils en avaient perdu leur humanité. Peut-être avaient-ils, à force d’efforts, fini par contempler Celui qui est au principe de tout ; mais ils s’étaient abimés dans cette contemplation. A trop vouloir s’approcher du Verbe on en néglige la chair. A trop vouloir pénétrer le Verbe, on finit par n’être plus tourné que vers soi-même, à n’être plus envers soi-même que commencement et fin. Faire l’ascension du ciel et y contempler le Verbe, se fondre en lui, ce fut ce que firent certains des premiers chrétiens, au mépris de la chair.

Demandons-nous, à cet instant, si la direction d’une vie c’est que la chair se fasse Verbe ? La personne humaine ne vit pas pour se débarrasser la condition humaine ; la personne humaine vit dans la condition humaine, elle a charge de l’épouser.

 

Dans quelle direction une vie doit-elle être vécue ? (deuxième remarque) Pour cette deuxième remarque, nous nous demandons dans quelle direction la vie de Jésus-Christ a été vécue. Et le prologue de l’évangile de Jean nous répond avec une formule d’une précision et d’une compacité indépassables : le Verbe s’est fait chair. S’il est d’ailleurs un dévoilement dans l’évangile de Jean, il est exactement là : le Verbe s’est fait chair. Dieu qui était Dieu en lui-même et pour lui-même est devenu humain. L’arrogante et originaire suffisance de Dieu décide de n’être que pour, et par l’humanité. Lorsque le Verbe se fait chair, il ne le fait pas à moitié. Certes, il n’en est pas moins Verbe, et il a sur les éléments et sur les êtres humains une puissance absolue. Jésus-Christ, Verbe fait chair, accomplit donc des signes incroyables et tient des propos stupéfiants. Mais il montre aussi ce qu’est la chair. Il montre aussi que le Verbe fait chair ne veut pas pouvoir tout tout seul. Il veut que les êtres humains avancent et aillent loin en bonté, en grâce et en vérité. Il montre aussi, à l’inverse que la chair ne veut spontanément ni de vérité, ni de bonté ni de grâce. Il appelle pourtant la chair à faire le choix de la vérité, de la bonté et de la grâce. Ce choix, lui-même, il le fait, il l’assume, toute sa vie, jusqu’à la croix, et au-delà.

 

Nous avons vu ainsi que le Verbe peut se faire chair. Et nous avons vu aussi que la chair qui veut se faire Verbe ne peut que se perdre, se refermer sur elle-même… Comment devons-nous vivre, nous, qui sommes nés de la chair ? Nous sommes invités à recevoir le Verbe fait chair, à croire en son nom, à devenir ainsi enfants de Dieu. Nous sommes invités à nous laisser enfanter par Dieu, à devenir chair par le Verbe, et avec le Verbe. Recevoir la vie, c’est ce à quoi nous sommes appelés, à l’accueillir, lui dire oui, et oui jusqu’où la chair va, c'est-à-dire la mort.

Vivre, c’est croire. Croire, c’est l’un des maîtres mots de l’évangile de Jean. Une vie sans foi, une vie sans croire, c’est avoir peur de la vie et fuir devant la mort. Croire, c’est regarder la mort en face et proclamer l’amour de la vie.

 

Et dans la proclamation concrète de cet amour de la vie, nous pouvons retrouver le moment mystique par lequel commence l’évangile de Jean. Nous n’avons pas condamné ce moment, ni l’émotion, ni l’extase qui le caractérisent. Mais chair nous sommes, et chair nous demeurons. Jésus-Christ nous dévoile Dieu. Ce dévoilement est dévoilement de la chair, dans la chair. Il est dévoilement dans la précarité, dans la finitude de nos vies. Il est dévoilement dans nos paroles et dans nos actes lorsque nous ne trompons personne sur nous-mêmes, et sur Dieu. La grâce et la vérité adviennent ainsi dans la vie.

Musique

Cène

 

Confession de foi servant de préface :

Louons Dieu:

Nous te rendons grâces, Dieu notre Père,

car tu nous as donné celui que les prophètes ont annoncé,

Jésus-Christ, ton Fils unique, notre Sauveur.

 

“ Etant de condition divine, il n’a pas voulu tirer profit de son égalité avec toi, mais il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant semblable à nous.

Ayant paru comme un homme, il s’est abaissé, se rendant obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur une croix.

 

C’est pourquoi tu l’as souverainement élevé et tu lui as donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin que tout genou fléchisse et que toute langue confesse à ta gloire, que Jésus-Christ est le Seigneur. ”

 

32/13/364 Nuit lumineuse

 

Père, au moment de nous approcher de cette table,

nous faisons mémoire des paroles et des gestes de Jésus-Christ, de sa mort, de sa résurrection,

et nous attendons son retour.

 

Il n’y a ici qu’un peu de pain et un peu de vin.

Envoie sur nous ton Saint-Esprit pour que nous les recevions comme les signes dont notre foi a besoin pour discerner la présence de Jésus-Christ au coeur de notre vie.

 

Nous sommes avides de posséder, de conquérir,

de consommer, mais la vraie vie consiste à t’appartenir, à être vaincus par ton amour,

à se déposséder pour mieux servir et pour mieux donner.

 

Par ce repas, fais-nous renaître à l’image de celui qui s’est donné lui-même pour nous.

 

Invitation, fraction élévation partage action de grâce

 

FIN de la Cène

 

32/28/380 Aujourd’hui le roi des cieux

 

Musique

Puis Notre père, comme action de grâce

 

Annonces

 

Offrande

 

Bénédiction

(en forme de confession de foi)

 

Donne-nous d’accueillir ta Parole et de pouvoir la partager,

comme on partage le pain, entre nous, en famille ou entre amis.

 

Dieu vous bénit.

Que l'amour, par le Père, soit répandu en vos cœurs.

Que la paix, par le Fils, naisse de votre témoignage.

Que l'espérance, par l'Esprit-Saint, anime votre vie.

 

32/31/386 Écoutez un saint cantique

 

Musique

 

 


Le presque Noël (2) Tu n'as rien vu (Luc 2,1 - 3,6)

 


Veillée de Noël

Musique

Salutation

 

Chant 31/01/306 Veni Veni Emmanuel

 

Lecture biblique

Luc 2

1 ¶ Or, en ce temps-là, parut un décret de César Auguste pour faire recenser le monde entier.

2  Ce premier recensement eut lieu à l’époque où Quirinius était gouverneur de Syrie.

3  Tous allaient se faire recenser, chacun dans sa propre ville;

4  Joseph aussi monta de la ville de Nazareth en Galilée à la ville de David qui s’appelle Bethléem en Judée, parce qu’il était de la famille et de la descendance de David,

5  pour se faire recenser avec Marie son épouse, qui était enceinte.

6  Or, pendant qu’ils étaient là, le jour où elle devait accoucher arriva;

7  elle accoucha de son fils premier-né, l’emmaillota et le déposa dans une mangeoire, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle d’hôtes.

 

Chant : 32/23/374 Ô nuit bienveillante

 

8 ¶ Il y avait dans le même pays des bergers qui vivaient aux champs et montaient la garde pendant la nuit auprès de leur troupeau.

9  Un ange du Seigneur se présenta devant eux, la gloire du Seigneur les enveloppa de lumière et ils furent saisis d’une grande crainte.

10  L’ange leur dit: "Soyez sans crainte, car voici, je viens vous annoncer une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple:

11  Il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur qui est le Christ Seigneur;

12  et voici le signe qui vous est donné: vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire."

13  Tout à coup il y eut avec l’ange l’armée céleste en masse qui chantait les louanges de Dieu et disait:

14  "Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix pour ses bien-aimés."

 

32/27/378 Les anges dans nos campagnes

 

15  Or, quand les anges les eurent quittés pour le ciel, les bergers se dirent entre eux: "Allons donc jusqu’à Bethléem et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître."

16  Ils y allèrent en hâte et trouvèrent Marie, Joseph et le nouveau-né couché dans la mangeoire.

17  Après avoir vu, ils firent connaître ce qui leur avait été dit au sujet de cet enfant.

18  Et tous ceux qui les entendirent furent étonnés de ce que leur disaient les bergers.

19  Quant à Marie, elle retenait tous ces événements en en cherchant le sens.

20  Puis les bergers s’en retournèrent, chantant la gloire et les louanges de Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, en accord avec ce qui leur avait été annoncé.

 

32/29/382 Il est né le divin enfant

 

Prière :

Père,

au fil des jours, tant de promesses nous déçoivent !

 Affermis en nous la foi

 et nous recevrons la promesse de vie.

 Que ta Parole nous apporte confiance et paix.

Par ton Esprit dépose-la en notre cœur

 

Texte additionnel

Luc 3:1

1 L'an quinze du gouvernement de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de Galilée, Philippe son frère tétrarque du pays d'Iturée et de Trachonitide, et Lysanias tétrarque d'Abilène,

 2 sous le sacerdoce de Hanne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée à Jean fils de Zacharie dans le désert.

 3 Il vint dans toute la région du Jourdain, proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés,

 4 comme il est écrit au livre des oracles du prophète Esaïe: Une voix crie dans le désert: Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.

 5 Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées; les passages tortueux seront redressés, les chemins rocailleux aplanis;

 6 et tous verront le salut de Dieu.

  

prédication : Luc2,1-20 (et 3,6) noël 2012

          Dans le fil de l’évangile de Luc, il y a la prédication de Jean-Baptiste qui précède celle de Jésus. Et, si l’on s’en tient à ce que nous dit Luc, Jésus avait environ trente ans lorsqu’il commença à prêcher. C’est donc à peu près trente années après la naissance de Jésus à Bethléem que Jean-Baptiste proclame que « toute chair verra le salut de Dieu. » D’où une question très simple : puisque, trente années après Bethléem, Jean-Baptiste proclame que toute chair verra (au futur) le salut de Dieu, il est légitime de se demander ce qu’on a vu à Bethléem trente années plus tôt ?  Tu n’as rien vu à Bethléem… Si, j’ai tout vu… Vous connaissez le récit par cœur.

          On a vu un couple en voyage pour des raisons administratives, elle enceinte comme on dit jusqu’au bout des ongles, et que les douleurs de l’enfantement plient soudain en deux. On l’a vue accouchant dans l’écurie, parce qu’il n’y a pas de place pour ça dans une salle de restauration bondée. On a vu que, pour éviter que l’enfant ne fût piétiné, il fut placé dans la mangeoire des animaux, ce berceau de fortune en valant bien d’autres… On a vu cela à Bethléem.

          On y a vu des bergers, dans l’ordinaire des veilles de la nuit, être auditeurs de la parole d’un ange puis témoins et auditeurs d’une procession de toute l’armée du ciel, avec chants et fanfare. On a vu cela.

          On y a vu les bergers aller vérifier que ce qui leur avait été annoncé était bien réel. Et ils le vérifièrent, car, parfois, on ne croit que ce qu’on voit, et parce que, souvent, on ne prête foi qu’à ce qui se vérifie. On a vu cela.

          On a vu Marie, jeune accouchée, sans doute épuisée, qui tentait de faire tenir ensemble les éléments annoncés d’un destin exceptionnel et les éléments ordinaires du long labeur de vivre.

          On a vu enfin les bergers s’en retourner, réjouis de ce que tout ce qu’ils avaient entendu et vu était exactement tout comme cela leur avait été dit. Et il ne leur avait été dit que du beau, que du bon… alors que la vie n’est pas toujours belle, ni toujours bonne, et que c’est même lorsque la vie n’est ni belle ni bonne que l’Evangile est à éprouver, à repérer, à annoncer. Or, à Bethléem, on ne voit ni paralytiques à guérir, ni aveugles à qui rendre la vue, ni agonisants à qui rendre un souffle de vie, ni foules à nourrir, ni raisonneurs à faire taire…

Ceci non pour vous faire douter, mais pour que nous ayons bien conscience, tous ensemble, que la parole prophétique n’est pas réalisée totalement à Bethléem. Elle y connaît certainement l’un de ses accomplissements, mais elle doit demeurer une parole prophétique pour demeurer une parole d’espérance[1].

 

A Bethléem, certains ont vu… et c’est tant mieux qu’ils aient vu, le salut de Dieu. Mais, ailleurs qu’à Bethléem, quand verra-t-on le salut, et à quoi alors le reconnaîtra-t-on ? Qu’untel ait vu ce salut à Bethléem, nous nous en réjouissons comme les bergers s’en réjouirent. Mais l’ange annonce que cette affaire sera une grande joie « pour tout le peuple », et le prophète énonce que « toute chair verra le salut de Dieu. » Alors, Bethléem, oui… et après ?

 Puissante invitation, pour nous autres, à lire l’évangile après Bethléem et après Jean-Baptiste. Car ce que des bergers galiléens ont vu et reçu comme signe ne saurait constituer un signe, trente années plus tard, pour une femme syro-phénicienne, un centurion romain ou un pharisien de Jérusalem. Ainsi, le salut de Dieu a été vu lorsque Jésus a enseigné, a guéri, a consolé, a nourri… et cela a constitué autant de signes pour autant de gens. Et il a été vu aussi lorsque Jésus a été trahi, abandonné, jugé et crucifié. Car rien n’est étranger au salut de Dieu. Le salut doit pouvoir être vu de la crèche à la croix, de la naissance la plus miraculeuse à la mort la plus infamante, du succès le plus éclatant à l’échec le plus lamentable. Le salut de Dieu doit pouvoir être vu dans le néant aussi, sinon, le proclamer n’est que poudre aux yeux, mièvrerie et bavardage.

Ainsi faut-il que nous voyons à la crèche l’un des signes du salut, mais le signe des signes, c’est la croix. La croix du crucifix, où agonise le Fils de l’homme, qui est la même que la croix resplendissante, celle de la résurrection, qui dit la perpétuité de l’espérance. Ainsi, le matin de Noël ne prend sens que comme commencement de la Passion, ne prend sens qu’au-delà du matin de Pâques, au-delà de la résurrection, de l’attente, et de la Pentecôte.

Et on verra les disciples devenir non seulement des prêcheurs, mais aussi des témoins actifs et responsables de l’Evangile.

 

« Et toute chair verra le salut de Dieu », énonce donc le prophète. Les anges ne nous ont peut-être jamais parlé, et nous n’avons rien vu à Bethléem : nous sommes lecteurs des Ecritures Saintes et auditeurs de la prédication chrétienne mais, pour les apparitions célestes, nous arrivons juste deux mille années plus tard. La promesse est pourtant là, attendant que nous la recevions et que nous la mettions en œuvre. Ainsi, Noël, c’est la célébration de la grâce de naître, mais cette grâce ne nous dispense pas d’apprendre à en vivre.

Il nous faut apprendre à écouter, et à regarder. C’est plus ou moins ce que les bergers commencent à faire – il faut bien un commencement, et ce commencement est, pour les bergers, un commencement heureux, un commencement de réjouissance : tout ce qu’ils voient est conforme à tout ce qu’ils avaient entendu. Et lorsque ça n’est pas conforme à ce qu’on a vu et cru ? Et lorsque rien de ce qu’on vous promet ne se réalise ? Et lorsque l’abime s’ouvre entre ce qu’on espère et ce qui advient ?

Dans chacune des circonstances de la vie, il nous faut apprendre à écouter, et à regarder. Il nous faut aussi apprendre à nous recueillir, à réfléchir, à tenir ensemble, en pensée au moins, les éléments contradictoires parfois du rêve et de la réalité, de la proclamation de la grâce et de l’ordinaire des jours. On nous représente souvent Marie à Bethléem comme un modèle de sérénité. Mais le texte suggère un véritable débat intérieur, une véritable fanfare d’émotions et de sensations, comme un coup de cymbales qui détruit momentanément l’harmonie, tout en en faisant partie, et à la suite duquel il faut retrouver la tranquillité, et continuer à vivre.

Il nous faut aussi apprendre à agir, c'est-à-dire à répondre de ce que nous avons vu, de ce en quoi nous avons cru, et de ce que nous proclamons. Que ferons-nous nous-mêmes, qui donne à quelques autres une possibilité de voir le salut de Dieu ?

 

Sœurs et  frères, laissons là cette question. Et tâchons de retrouver la paix. Un enfant est né, fruit du désir d’un homme et d’une femme, et fruit du désir de Dieu. Nous nous penchons au-dessus du berceau de cet enfant. Nous remercions Dieu qui se donne en cet enfant, en l’adulte que deviendra cet enfant. Nous remercions Dieu pour l’irremplaçable leçon de vie qu’il y a là. En recevant cette leçon, c’est la vie que nous recevons et, en cette vie, la promesse s’accomplit : nous voyons le salut de Dieu. Amen

 

Silence

Musique

 

32/30/384 Voici Noël

 

Annonces

Offrande

 

Prière

Père, ta Parole nous a redit ton amour pour ce monde.

 

 

Nous te prions pour les responsables des nations

qui rêvent de leur imposer silence.

 

Nous te prions pour celles et ceux

qui n’ont aucun pouvoir,

pas même celui de faire entendre leur voix,

et qui fuient devant la force des puissants.

 

Nous te prions pour les riches

qu’inquiète le cri des affamés;

nous te prions pour les affamés

que révolte le gaspillage des riches.

 

Nous te prions pour les chefs de guerre

qui ne connaissent que les armes pour instaurer la paix.

 

Nous te prions pour les artisans de paix

qui ne parviennent pas à faire reculer la haine et la violence.

 

Nous te prions pour celles et ceux qui,

dans l’insouciance de leur bonne santé,

se préoccupent uniquement de leur corps.

Nous te prions pour les malades

qu’angoissent la souffrance, la solitude et la mort.

 

Nous te prions

pour les croyants sans cesse guettés par le doute,

et pour les incroyants que la soif de comprendre

et la joie de vivre rapprochent mystérieusement de toi.

 

Beaucoup de nos frères et de nos soeurs en Christ

comptent aujourd’hui sur notre prière.

Nous te les nommons dans le secret de nos coeurs.

                   silence

Nous nous reconnaissons en chacun d’eux.

Comme eux, nous avons besoin,

jour après jour, de ta grâce.

Avec eux, nous nous remettons entre tes mains

et nous nous confions à ton amour

manifesté en Jésus-Christ.

 

Notre Père

 

Musique

Bénédiction

 

Il faut sortir,

gens de mon peuple!

 

Ici c’est le campement d’un instant,

le lieu d’une halte,

où Dieu et l’homme s’arrêtent

avant de reprendre la route.

 

Sortez, gens de mon peuple.

Vous êtes le peuple en partance,

votre terre n’est pas ici.

Vous êtes peuple en mouvement,

étranger, jamais fixé,

gens de passage vers la demeure d’ailleurs.

 

Sortez, gens de mon peuple.

Allez prier plus loin;

la tendresse sera votre cantique

et la vie votre célébration.

Allez, vous êtes la maison de Dieu,

les pierres taillées à la dimension de son amour.

 

On vous attend dehors,

gens de mon peuple!

 

Soyez bénis

Amen

 

31/17/326 Ô mon peuple prends courage

 



[1] Alors, bien sûr, vous savez que la parole que proclamait Jean-Baptiste était une parole que le prophète Esaïe avait déjà proclamée. Mais, bizarrement, une recherche sérieuse dans la Bible nous montre que Jean-Baptiste cite tout à la fois Esaïe, et les Psaumes, mais d’une manière étrangement biaisée. Il fait une sorte de citation interprétative…