samedi 29 janvier 2022

Le prix de l'unité (une méditation sur les groupes et leurs manières d'accueillir - ou de ne pas accueillir) Luc 4,21-30

Vous allez tout de suite sentir la nécessité de relire le début du chapitre 4 de Luc. Vous sentirez un peu plus tard la nécessité de lire Jérémie 1,1-19, et de lire aussi 1Corinthiens 12,31-13,13... ce qu'est l'amour... et si je ne l'ai pas... 

Luc 4

21 Alors il commença à leur dire: «Aujourd'hui, cette écriture est accomplie pour vous qui l'entendez.»

22 Tous lui rendaient témoignage; ils s'étonnaient du message de la grâce qui sortait de sa bouche, et ils disaient: «N'est-ce pas là le fils de Joseph?»  23 Alors il leur dit: «Sûrement vous allez me citer ce dicton: ‹Médecin, guéris-toi toi-même.› Nous avons appris tout ce qui s'est passé à Capharnaüm, fais-en donc autant ici dans ta patrie.» 24 Et il ajouta: «Oui, je vous le déclare, aucun prophète ne trouve accueil dans sa patrie. 25 En toute vérité, je vous le déclare, il y avait beaucoup de veuves en Israël aux jours d'Elie, quand le ciel fut fermé trois ans et six mois et que survint une grande famine sur tout le pays; 26 pourtant ce ne fut à aucune d'entre elles qu'Elie fut envoyé, mais bien dans le pays de Sidon, à une veuve de Sarepta. 27 Il y avait beaucoup de lépreux en Israël au temps du prophète Elisée; pourtant aucun d'entre eux ne fut purifié, mais bien Naamân le Syrien.»

28 Tous furent remplis de colère, dans la synagogue, en entendant ces paroles. 29 Ils se levèrent, le jetèrent hors de la ville et le menèrent jusqu'à un escarpement de la colline sur laquelle était bâtie leur ville, pour le précipiter en bas. 30 Mais lui, passant au milieu d'eux, alla son chemin.

Prédication : 

         1.

            Jérémie est un prophète qui observa et commenta les règnes des derniers descendants de David, Rois de Juda à Jérusalem. Ainsi commence le livre de Jérémie : « 1 Paroles de Jérémie, fils de Hilqiyahou, l'un des prêtres résidant à Anatoth, dans le territoire de Benjamin. 2 Où la parole du SEIGNEUR s'adressa à lui, au temps de Josias, fils d'Amôn, roi de Juda, la treizième année de son règne. » Dans ces deux versets, quantité d’informations précieuses. Nous n’en commenterons qu’une, qui tient en peu de mots : « au temps de Josias ».

            Josias est sans doute, dans le second livre des Rois, celui dont les chroniqueurs religieux ont gardé le souvenir le plus fourni. Il faut dire que, sous son règne, eut lieu une certaine réforme religieuse. Le Temple était resté à l’abandon, et la Loi était en déshérence. Josias eut l’idée de restaurer le Temple. Or, pendant qu’on restaurait le Temple, il advint qu’un certain rouleau y fut découvert. Un prêtre vint dire au Roi : « J’ai trouvé le rouleau de la Loi dans la maison du Seigneur » (2 Rois 22:8).

            Cette phrase est à elle seule un programme politique et religieux, un programme centralisateur, et unificateur. Il y eut donc unification : destruction de tous les anciens poteaux cananéens, destruction de tous les sanctuaires d’inspiration étrangère, liquidation des lieux sacrés de l’ancienne religion de Iahvé, destruction de ces hauts lieux où l’on rendait un culte, où l’on rendait justice et où l’on festoyait rituellement, destruction des lieux aussi où les textes sacrés étaient conservés, et mis à jour… On liquida par la même occasion les familles de sacrificateurs, de prêtres et de juges qui exerçaient sur ces lieux depuis des temps immémoriaux. « (Josias) sacrifia sur les autels tous les prêtres des hauts lieux… » Afin – nous l’avons dit déjà – qu’il ne subsiste que Jérusalem, son Temple et son culte.

            Ainsi l’unité fut-elle atteinte. Prix de cette unité : des centaines de morts.

            2.

            Ça n’est pas la seule fois, dans l’histoire biblique, que l’unité fut atteinte par la voie des armes.

            Lorsque Moïse revint du Mont Sinaï avec les tables que Dieu avait gravées, il découvrit que le peuple et Aaron avaient tourné casaque et choisi de se vouer à une statue taurine. L’histoire du veau d’or est connue, mais la fin de cette histoire est rarement contée. Sur ordre de Moïse, il y eut une reprise en main du peuple, une unification. Des membres de la tribu de Lévi, épée en main, radicalisés, traversèrent le camp et massacrèrent sans distinction. Unité de terreur, et prix de l’unité selon Moïse et après le veau d’or : 3.000 morts (Exode 32:28).

            3.

            Nous ne commenterons pas l’unité selon Esdras et Néhémie, ni l’unité selon les extrémistes du Lévitique, ni l’unité selon Pierre dans le temps qui suivit la première Pentecôte, ni l’unité dont rêvait Paul l’apôtre des gentils, ni l’unité qu’envisageaient Jacques et Jean, disciples de Jésus, prêts à incendier un village parce qu’on leur avait refusé l’hospitalité.

            Ce qui nous intéresse est la notion de prix de l’unité, et sur ce point les deux Testaments nous donnent à réfléchir sérieusement.

            Le prix de l’unité, c’est ce qui est exigé pour former l’unité, ou pour la maintenir, et ce sur quoi l’on ne transige jamais. C’est, lorsqu’existe une frontière, ce que doivent apporter ceux qui veulent entrer, et aussi ceux qui veulent rester. C’est ce qu’ils doivent payer. Il peut s’agir d’argent et de biens matériels. Il peut s’agir d’une adhésion inconditionnelle à telle confession de foi, ou l’adhésion à certaines convictions. Toujours, celui qui veut entrer doit payer. Toujours aussi celui qui veut rester doit payer. Payer et se conformer, se conformer ou disparaître. C’est ce que nous appelons le prix de l’unité.

            4.

            Dans l’évangile de Luc, là où nous avons lu, Jésus se rend à Nazareth, et il y prêche… Avant de prêcher à Nazareth, il avait prêché à Capharnaüm, et il y avait accompli semble-t-il d’assez nombreux miracles.

            Lorsqu’à Nazareth il proclame "Aujourd’hui, cette écriture est entièrement accomplie pour vous qui l’entendez", il parle de lui-même, de son ministère messianique, paroles et actes, il annonce la proximité de Dieu et du Règne de Dieu. Et, vous l’aurez remarqué dès la lecture de l’évangile, il n’exige rien de personne.

            Il n’en est pas de même de ses auditeurs à Nazareth, qui exigent de lui au moins autant que ce qui s’est passé ailleurs, de fait, à Capharnaüm. "Si tu es Fils de Dieu, fais-en ici encore plus qu’ailleurs…" Ils exigent de Jésus plus, et plus encore, sous peine de mort : prix de l’unité.

            Devant autant d’exigence et autant de brutalité, devant autant de rage destructrice, devant ce qu’on allait lui faire payer à cause de la vérité et de la singularité de son message, ce que nous avons appelé le prix de l’unité, Jésus, se faufilant entre eux, "partit sur son propre chemin."

            5.

            Que Jésus parte sur son propre chemin ne signifie pas seulement qu’il quitta Nazareth, le lieu où il avait été éduqué, pour ne plus jamais y revenir. Cela signifie qu’il renonça à l’éducation qu’il y avait reçue, qu’il renonça à ses avantages d'artisan notable. Cela signifie qu’il résista une fois encore à la tentation : il renonça à tout qui lui aurait fait mériter quelque chose.

            Jésus poursuivit son propre chemin, ce chemin sur lequel il donna, sans condition. Il donna sa parole, il donna son enseignement, il donna sa puissance en nourrissant des foules, en guérissant de pauvres gens, et en sauvant ses disciples du naufrage, naufrage en barque, et naufrage spirituel… Il ne fit que donner jusqu’au moment où il donna son propre corps, son propre sang, et sa propre vie. L’engagement de Jésus fut sans limite et sans reste. Ainsi là où tous exigeaient le prix de l’unité, Jésus, lui, donna le prix de la grâce.

            6.

            Les humains que nous sommes sont-ils capables de tels engagements ? Lorsque les protestants que nous sommes entendent "prix de la grâce", ils pensent au pasteur Dietrich Bonhoeffer (1906-1945), à sa participation à l’opposition allemande au troisième Reich, aux dangereux engagements qu’il prit et qui lui coutèrent la vie. Le prix de la grâce, c’est ce que chacun est appelé à donner en libre réponse à ce qu’il a reçu par grâce. Chacun est appelé à donner, pour le service du prochain, de l’Église et de Dieu. Le martyre n’est pas exigé de tous, car tous ne sont pas nés dans un moment dramatique de l’histoire et tous n’ont pas la force des géants. Mais nul n’est trop pauvre pour n’avoir rien à donner.

            7.

            Les deux Testaments, avons-nous dit tout à l’heure, donnent à réfléchir. Ils donnent aussi à espérer.

            Ainsi cette nouvelle alliance que Dieu promet par Jérémie : "Je déposerai ma Loi (Torah) au fond d'eux-mêmes, les inscrivant dans leur être; je deviendrai Dieu pour eux, et eux, ils deviendront un peuple pour moi. 34 Ils ne prétendront plus s’instruire entre compagnons, entre frères, répétant à l’envi : «Apprenez de moi à connaître le Seigneur», car ils me connaîtront tous, petits et grands. » " Et s’il est vrai que la connaissance de l’homme et la connaissance de Dieu sont une seule et même chose (Calvin), alors cette nouvelle alliance sera semblable à celle de l’amour dont Paul, en son temps, aura eu l’intuition et dont il aura admirablement parlé.

            Puisse cette nouvelle alliance être en vérité toujours celle qui nous appelle à l’unité. Amen



samedi 15 janvier 2022

Cana, où l'eau fut changée en vin, mais pas que... (Jean 2,1-12)

Jean 2

1 Or, le troisième jour, il y eut une noce à Cana de Galilée et la mère de Jésus était là.  2 Jésus lui aussi fut invité à la noce ainsi que ses disciples.  3 Comme le vin manquait, la mère de Jésus lui dit: «Ils n'ont pas de vin.»  4 Mais Jésus lui répondit: «Que me veux-tu, femme? Mon heure n'est pas encore venue.»  5 Sa mère dit aux serviteurs: «Quoi qu'il vous dise, faites-le.»  6 Il y avait là six jarres de pierre destinées aux purifications des Juifs; elles contenaient chacune de deux à trois mesures.  7 Jésus dit aux serviteurs: «Remplissez d'eau ces jarres»; et ils les emplirent jusqu'au bord.  8 Jésus leur dit: «Maintenant puisez et portez-en au maître du repas.» Ils lui en portèrent,  9 et il goûta l'eau devenue vin - il ne savait pas d'où il venait, à la différence des serviteurs qui avaient puisé l'eau - , aussi il s'adresse au marié  10 et lui dit: «Tout le monde offre d'abord le bon vin et, lorsque les convives sont gris, le moins bon; mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à maintenant!»

 11 Tel fut, à Cana de Galilée, le commencement des signes de Jésus. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.  12 Après quoi, il descendit à Capharnaüm avec sa mère, ses frères et ses disciples; mais ils n'y restèrent que peu de jours.

Prédication

            Et donc l’eau fut changée en vin. C’est le meilleur vin possible qui fut servi à la fin du repas – non pas l’ignoble piquette qu’on réserve d’ordinaire à la fin du festin à des invités déjà bien entamés.

            Nous n’allons pas gloser cette partie du texte, car cela nous conduirait à rendre comme témoignage que ça ira mieux à la fin… ou encore que le meilleur vin est à venir. Peut-être est-ce vrai, mais même si c’est vrai nous devons nous demander si c’est vraiment ce que la foi chrétienne a à dire. Croire, est-ce une projection vers ailleurs et demain ? Croire, est-ce ici et maintenant ?

            Dans l’épisode des noces de Cana, il y a le ici et maintenant d’une fête qui menaçait de capoter faute de vin. Mais il y a aussi le ailleurs et demain, avec Jésus qui dit « mon heure n’est pas encore venue. » L’heure de Jésus, c’est quand, et c’est où ?

            Nous ne sommes pas tout à fait démunis devant ces questions. Nous avons un texte, et nous avons quantité d’outils avec lesquels mener nos recherches. Nous allons donc saisir nos outils, nos concordances, et les notes de bas de page de nos Bibles, et nous aurons une belle surprise.

            Nous allons trouver des phrases affirmant que l’heure est venue, mais le verbe venir employé dans ces phrases n’est pas le verbe venir employé par Jésus aux noces de Cana. En forçant à peine le trait, nous pouvons dire que, s’agissant des noces de Cana et de ce que Jésus dit à sa mère, l’heure de Jésus n’est pas encore venue, et ne viendra jamais, elle ne viendra jamais dans l’évangile de Jean.

            Ce qui est sans doute pour vous une découverte – c’est une découverte pour moi aussi.

            Il faut chercher ailleurs, et surtout autrement.

            Et donc, sur une sorte de demande impérieuse de sa mère, Jésus changea de l’eau en vin, pendant une noce, le lieu s’appelait Cana. Selon la tradition qui est la nôtre, nous verrons dans cet événement une monstration de la foi de Marie en Jésus, une démonstration de la gloire et de la puissance de Jésus, et encore nous verrons ses disciples recevant ce jour-là comme un supplément de foi. Tout cela, bien évidemment, nous pouvons le voir tout à fait positivement ; et pourquoi ne le ferions-nous pas ? Cet échange entre mère et fils, et le miracle qui s’ensuit, nous les voyons positivement.

            Mais, simultanément, nous nous demandons pourquoi Jésus la tance vertement. En serrant le texte, nous trouvons ceci : « Mon heure n’est pas encore venue. » Son heure n’étant pas encore venue, il va accomplir ce que sa mère suggère, voire ordonne. Et si son heure était venue, qu’aurait-il fait ? L’heure de Jésus, Verbe fait chair, lorsqu’elle vient, est-ce pour accomplir toutes sortes de miracles, autant que les gens en espèrent, ou en réclament ? Peu probable… L’évangile de Jean est tellement pauvre en miracles – qui d’ailleurs ne s’appellent même pas des miracles, mais des signes – que nous ne pouvons pas imaginer que « mon heure n’est pas encore venue » laisse espérer pour plus tard profusion de miracles. Se focaliser sur des miracles à venir, c’est une fausse piste.

 

            Et nous repartons, une fois encore, du début du texte. Une fois les faits constatés et exposés par Marie sa mère, Jésus lui répond vertement « … mon heure n’est pas encore venue », puis accomplit quand même le miracle de changer l’eau en vin. Prenons ensemble ces deux éléments, l’heure pas encore venue, et il accomplit le miracle. Et renversons le propos, comme si l’heure était venue : l’heure est venue, et… il n’accomplit pas de miracle.

            Dans ce sens, si l’heure était venue dès avant les noces de Cana, Jésus n’y aurait rien accomplit du tout et les phrases qui suivent le récit de l'acte auraient été biffées. Nous savons bien  sur quel genre de malentendus la foi peut parfois tenter de se construire. Nous savons aussi que, d’une certaine manière, ce sont des malentendus nécessaires, ou presque nécessaires. Et que l’épreuve de la foi, c’est l’absence du Seigneur et l’absence de tout miracle.

            Il y a, dans l’évangile de Jean, une phrase très importante – peut-être est-ce la phrase la plus importante de cet évangile : « Et le Verbe fut fait chair » (Jean 1,14) Comme nous lisons traditionnellement ce chapitre pendant le culte du matin de Noël, nous pouvons avoir l’impression qu’une fois qu’il a été mis au monde par sa mère, ça y est, Jésus, qui est le Verbe, s’est fait chair et que, ça y est, c’est fait. Et que cette chair qui porte pour nom Jésus, de Nazareth, a tout de suite la stature, et la puissance, du Verbe qu’il n’a jamais cessé d’être. Ce qui lui permet, entre autres faits admirables, de changer de l’eau en vin.

            Mais s’il n’a jamais cessé d’être Verbe, pourquoi affirmer que le Verbe s’est fait chair ?

 

            Considérons plutôt que même Lui a besoin d’une sorte d’apprentissage. Et que, lorsque nous lisons « Et le Verbe fut fait chair », il y a tout un processus. Le Verbe apprend à devenir chair (vous pouvez imaginer que cet apprentissage commence dès les fragments les plus anciens de l’Ancien Testament). En particulier, il apprend à devenir chair en renonçant à la puissance du Verbe, qui est puissance de Dieu.

            Dans le cadre de cet apprentissage, il aurait dû, à Cana, renonçant à la puissance de Dieu, ne rien accomplir du tout. Mais il se trouve acculé, il se trouve réduit au discours de sa mère et donc réduit à faire ce qu’elle réclame – exige – de lui. Et même si, ensuite, elle commande aux domestiques : « Quoi qu'il vous dise, faites-le ! », elle demeure comme dominante et lui comme Messie débutant. Son heure n’est pas encore venue.

            Mais quand viendra-t-elle, cette heure ? Elle viendra lorsque le Verbe aura fini d’accomplir son apprentissage de la chair, et se sera dépouillé, et laissé dépouiller de tout ce qui tenait au Verbe, la puissance, la parole, la liberté d’aller et venir, l’autorité sur ses contemporains et sur ses disciples... Nous pouvons penser au fil tout entier de l’évangile de Jean, à la Passion selon Jean… Est-ce que ce dépouillement est tout à fait complet ? Est-ce que son heure est bien arrivée ? La maîtrise dont Jésus fait montre, dans l’évangile de Jean, jusque sur la croix, et après la résurrection, laisse à penser qu’il existe un reste irréductible du Verbe qui, en Jésus, adhère singulièrement à la chair. C’est ainsi…Ce sont des humains qui écrivirent la Bible, il nous faut penser que les écrivains de la Bible, et beaucoup de leurs lecteurs, ne veulent pas d’une totale résorption du Verbe dans la chair. Et c’est ainsi.

 

            Mais même si c’est ainsi – et peut-être parce qu’il en est ainsi – nous devons nous intéresser à l’autre mouvement de l’évangile de Jean. Le Verbe se fait chair, c’est le premier mouvement ; l’autre mouvement, c’est la chair se fait Verbe. L’homme se fait Dieu. L’agir humain se hausse à un agir divin. Et il y a parfois quelque chose de miraculeux dans certains gestes et certaines paroles. Bien sûr, ne se fait pas Dieu qui veut… mais par contre, se fait aidant, agissant comme Verbe, qui agit dans la foi. Et lorsqu’une telle chose arrive, il est possible de dire que l’heure du Messie est arrivée.

            Et nous faisons un dernier retour à Cana. A Cana, l’heure du Verbe fait chair n’était pas encore arrivé et Jésus, captif du discours de sa mère, accomplit presque forcé le miracle de changer l’eau en vin… mais si son heure avait été arrivée, il n’aurait accompli aucun miracle, et on ne lui en aurait réclamé aucun, car l’agir spontané des humains aurait su être pertinent et approprié, et on aurait simplement laissé Dieu en paix. On n'aurait fait que chanter ses louanges.

            Amen

samedi 8 janvier 2022

Le baptême de Jésus, où l'homme et Dieu se rencontrent, et sont définitivement transformés (Luc 3,15-22)

 Luc 3

15 Le peuple était dans l'attente et tous se posaient en eux-mêmes des questions au sujet de Jean: ne serait-il pas le Messie? 16 Jean répondit à tous: «Moi, c'est d'eau que je vous baptise; mais il vient, celui qui est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la lanière de ses sandales. Lui, il vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu; 17 il a sa pelle à vanner à la main pour nettoyer son aire et pour recueillir le blé dans son grenier; mais la bale, il la brûlera au feu qui ne s'éteint pas.» 18 Ainsi, avec bien d'autres exhortations encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.

21 Or comme tout le peuple était baptisé, Jésus, baptisé lui aussi, priait; alors le ciel s'ouvrit; 22 l'Esprit Saint descendit sur Jésus sous une apparence corporelle, comme une colombe, et une voix vint du ciel: «Tu es mon fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré.»

Prédication :

Ces quelques versets que nous méditons ce matin sont porteurs, depuis toujours, d’une controverse sur la personne de Jésus. Ça ne se voit pas trop si l’on ne consulte qu’une traduction. Il faut en lire plusieurs, et on finira par trouver d’intéressantes différences. Aujourd’hui, je t’ai engendré, c’est ce que nous avons trouvé aujourd’hui, mais on trouvera aussi en toi ma joie est parfaite (et quelques autres variantes mineures).

            Aujourd’hui, je t’ai engendré et en toi ma joie est parfaite, la tradition nous a transmis deux textes bien différents, deux textes qui sont prononcés par une même voix du ciel ; autrement dit c’est Dieu en direct, et ce sont donc des énoncés décisifs. En tout cas suffisamment décisifs pour que les auteurs et certains copistes après les auteurs ne se soient jamais arrangés. Examinons un peu ces deux phrases.

            Aujourd’hui, je t’ai engendré. Citation de Psaume 2,7, cette phrase, dans les commencements de l’évangile de Luc, signifie que Dieu engendre Jésus le jour de son baptême. Et cet engendrement est un engendrement parfait (le verbe grec est au parfait). Soit, dirons-nous. Mais si Jésus n’est engendré qu’au jour de son baptême, qu’était-il avant son baptême ? La réponse à laquelle nous pouvons penser est qu’avant cet engendrement, il était un homme, seulement un homme, rien d’autre qu’un homme. Ce qui signifie que c’est un homme, rejeton mâle de l’espèce humaine, qui a traversé sa vie ordinaire, jusqu’à ce jour-là, celui de son baptême. Derrière cette affirmation, il y a trois idées au moins.

            Première idée, autant Dieu que son Messie sont d’une sainteté si insondablement élevée qu’ils ne vont jamais connaître les affres de la gestation, ni de la naissance, ni des premières années de toute vie humaine, lorsqu’on apprend la locomotion, le langage, la propreté, etc.

            Deuxième idée, c’est que tout ce qui est conté dans l’évangile de Luc en fait d’Annonciation, de Nativité, apparitions d’Anges et autres prodiges doit être lu comme contes et rapports merveilleux certes édifiants si l’on veut, mais essentiellement dépourvus de valeur normative.

            Troisième idée, la mission du Messie commençant donc juste après son baptême… quand finit-elle ? Car il est difficile d’imaginer qu’une sainteté insondablement élevée puisse connaître l’humiliation, la souffrance et la mort. Certains auteurs écriront donc qu’une substitution eut lieu et que ça n’est pas Jésus qui aura été mis à mort, mais un autre homme. N’ayant donc pas été mis à mort, Jésus pourra réapparaître au bon moment, quelques jours plus tard.

            Cette proposition, Aujourd’hui, je t’ai engendré, conduit, vous le voyez, à des conclusions qui nous semblent étranges. Encore qu’elles ne soient rien d’autre que des points de vue sur la sainteté, sur l’insondable sainteté du Fils et du Père. Qu’est-ce que cette sainteté ? Nous ne l’avons pas dit. D’elle nous avons seulement trouvé qu’elle est totalement étrangère à la chair, à l’humanité ; que Dieu, très haut, très saint, descend vers son Fils, pour et avec son Fils, mais sans que ni l’un ni l’autre n’épouse la chair ou le sort des humains…

            Ce qui fait que les humains en quête de leur Messie n’auront pas d’autre voie que celle de l’ascèse, une ascèse infinie vers une sainteté inatteignable. Une ascèse toujours plus rigoureuse…

            Et peut-être n’est-ce pas ce que vous voulez… 

            Examinons maintenant la deuxième phrase En toi ma joie est parfaite. Et l’on peut bien entendre ici que la perfection de la joie de la voix divine désigne ce Jésus qui, ayant vécu dès le début ce que vivent les humains, Jésus ayant été instruit et signifiant publiquement par son baptême son engagement inconditionnel et perpétuel  en faveur des humains, la voix du ciel le proclame Fils. Dieu se réjouit de cet homme et en cet homme, qu’il proclame Fils. Fils est alors juste un titre, mais pas une nature.

            Car le Fils réjouit le Père, mais c’est depuis toujours que le Père est père et que le Fils est fils. Autrement dit, même si ce qui est dit est dit par une voix venue du ciel, le Fils est depuis le commencement fils selon l’humanité des humains, fils selon l’engendrement, selon la gestation, la parturition, fils selon l’apprentissage du métier d’homme et selon l’apprentissage de la foi.

            Ainsi, comprendrons-nous aussi sans difficultés que Jésus, sujet doué, enfance studieuse, enseigne ses contemporains, notamment en paraboles, mais aussi en tant que brillant polémiste. Ainsi aussi comprendrons-nous que la qualité de sa parole et de l’attention qu’il porte aux gens soient de nature à provoquer certains retournements et certaines guérisons, oui. Et nous pourrons comprendre sans trop de difficultés que ses propos et son engagement auront été subversifs et l’auront mené à la croix.

            Jésus ainsi n’est qu’un homme. Mais nous devons remarquer qu’en ne faisant de Jésus qu’un homme nous mettons de côté tout ce qui vient du ciel, les voix divines, les éléments apaisés, les guérisons, et même la résurrection – sans parler de tout ce qu’il y a de merveilleux dans les Actes des Apôtres. Nous ne pouvons pas mettre tout cela de côté en douce… car, dès le début de notre méditation, nous n’avons pas mis de côté la voix du ciel qui dit …en toi ma joie est parfaite ! Alors, nous avons le choix entre deux attitudes, avec Dieu, ou sans Dieu.

            Il est toujours possible d’affirmer que tous les actes de puissance que rapportent les textes bibliques – pas seulement les évangiles – sont des récits que les humains ont pensés, écrits et construits dans le but de donner un langage à la méditation et à l’espérance. Dans notre méditation d’aujourd’hui, nous considérerons plutôt que lorsque la Voix du ciel, Dieu, déclare à Jésus et publiquement en toi ma joie est parfaite, Dieu expérimente des émotions humaines, et se fait avec et en Jésus, tout proche, infiniment proche des êtres humains, si proche que Dieu finit par se confondre avec l’humanité, puis par se fondre en elle.

            Il ne reste alors que la mémoire de Dieu conservée sous forme textuelle. Et le disciple du Messie de ce Dieu-là n’aura d’autre ressource que ces textes, ni d’autre voie que la scrutation de ces textes dans une quête infinie d’une sagesse immortelle. 

            Aujourd’hui, je t’ai engendré… ou bien en toi ma joie est parfaite… Comme nous l’avons vu, les traducteurs choisissent. Ils doivent choisir (ils ont bien entendu la possibilité d’ajouter des notes à leur texte, mais, pour ce que j’ai pu voir, les notes ajoutées ferment le débat et ne l’ouvre guère, comme s’il était absolument nécessaire de choisir et en plus de se justifier). Pour nous, nous ne sommes pas obligés de choisir.

            Nous ne sommes pas obligés de choisir entre la sainteté de Dieu et la sagesse de Dieu. Nous ne sommes pas obligés de choisir entre Dieu infiniment éloigné et Dieu infiniment proche. Nous ne sommes pas obligés de choisir entre l’aridité de l’ascèse et l’aridité de la réflexion.

            Ce sont des voies possibles, elles sont réservées si l’on veut à des champions. Seulement, la foi chrétienne n’est pas une foi réservée à des champions. Nous ne voyons pas que ces deux voies ouvertes devant nous soient réconciliables. C’est ainsi, et c’est même bien ainsi. Plus que des voies, nous avons des nuances, nous avons des moments, moments spirituels, moments réflexifs, auxquels il nous faut ajouter les moments diaconaux pour équilibrer, pour incarner notre foi.

            Au jour de son baptême Jésus est un humain que Dieu hausse au Divin ; et pour le faire Dieu, lui qui est divin, s’abaisse à l’humain. Et, nous n’en avons rien dit encore, l’Esprit Saint lui-même participe de cet événement, en prenant corps de colombe, en descendant sur Jésus…

            A partir de ce moment, les territoires de la foi ayant été convenablement balisés, l’Évangile peut commencer.        


vendredi 24 décembre 2021

Noël, Dieu infiniment proche de l'homme (Jean 1,1-18)

Jean 1

1 Au commencement était le Verbe, et le Verbe était dans l’intimité de Dieu, et le Verbe était Dieu.

 2 Il était au commencement dans l’intimité de Dieu.

 3 Tout fut par lui, et rien de ce qui fut, ne fut sans lui.

 4 En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes,

 5 et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point comprise.

 

 6 Il y eut un homme, envoyé de Dieu: son nom était Jean.

 7 Il vint en témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui.

 8 Il n'était pas la lumière, mais il devait rendre témoignage à la lumière.

 9 Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme.

 10 Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l'a pas reconnu.

 11 Il est venu dans son propre bien, et les siens ne l'ont pas accueilli.

 12 Mais à ceux qui l'ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu.

 13 Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d'un vouloir de chair, ni d'un vouloir d'homme, mais de Dieu.

  14 Et le Verbe est devenu chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire, cette gloire que, Fils unique plein de grâce et de vérité, il tient du Père.

 16 De sa plénitude en effet, tous, nous avons reçu, et grâce sur grâce.

 17 Si la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.

 18 Personne n'a jamais vu Dieu; Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l'a dévoilé.

Prédication : Vincennes, 25 décembre 2021, matin de Noël

            Et le Verbe est devenu chair. Et nous demandons pourquoi ? Le premier chapitre de l’évangile de Jean affirme que le Verbe est devenu chair. Comme si cela était un moment particulier de l’histoire, et peut-être comme si cela était une nécessité. Et comme si, avec le Verbe devenu chair les temps avaient changé ; comme si d’une ère marquée par la Loi l’on était passé à une ère de grâce et de vérité ; comme si d’une ère de froide obéissance à la lettre l’on était passé à une ère de liberté, de responsabilité et de joie. Et nous nous demandons si cela a bien eu lieu. Nous nous demandons où et quand cela a-t-il eu lieu…

            Très rapidement dans ce texte va arriver le nom de Jésus Christ. Et certains traducteurs, assez pressé sans doute d’affirmer ce qu’ils croient, vont proposer, sans détour, que le Verbe – la Parole – est devenu un homme. Cet homme est tout aussi rapidement identifié à Jésus Christ. Celui dont a parlé Jean le Baptiste... et, toutes ces affaires ayant été bien mises en ordre, disons-le avec un tout petit peu d’ironie, le récit liturgique de l’évangile (de Jean) peut harmonieusement commencer. Il ne nous échappe cependant pas qu’il y a, là-dessous, ou là-dedans, une espèce d’arrimage qui laisse de côté…

            Et le Verbe est devenu chair. Tous les traducteurs, qu’ils parlent du Verbe, ou de la Parole, de das Fleisch, ou encore de the word, laissent de côté ce que, pourtant, affirme le premier verset de l’évangile de Jean : le Verbe était Dieu. Personne, aucun des traducteurs que j’ai consultés, ne propose à son lecteur une traduction qui serait assez littérale, et intéressante, Dieu est devenu chair. Pourtant, un géant de la théologie (1034-1109) Anselme de Cantorbéry, a intitulé l’un de ses ouvrages Cur Deus homo, littéralement Pourquoi Dieu Homme. Trois mots sans verbe ; et qu’il faut bien traduire. On trouve « Pourquoi Dieu [s’est-il fait] homme ? » C’est bien Dieu qu’on trouve – et il faut dire enfin ! – même si le verbe qui est ajouté, au passé, renvoie un peu trop vite à la personne de Jésus Christ. On trouve donc assez facilement que Dieu se fait homme, que le Verbe se fait chair, mais on ne trouve pas que Dieu se soit fait chair.

            Pourquoi ? Peut-être que le mot Dieu n’est pas un mot comme les autres. Peut-être qu’une fois le mot Dieu introduit dans une phrase, certaines idées – et pas forcément des idées compliquées – ne sont plus possibles. Des évocations comme « la vitesse de Dieu en plein vol » (Vladimir Jankélévitch) n’ont, apparemment, ou simplement, pas de signification. D’autres évocations ou propositions peuvent être déclarées inconvenantes, ou parfois blasphématoires. Et l’on peut – nous en avons fait l’expérience – être menacé de mort pour un tweet, on peut mourir pour un dessin. Et Dieu, alors ? Quel est ce Dieu ? Où est, et qui est, ce Dieu ?

 

            Était-il tout là-haut, infiniment loin, qu’il fallait qu’il descende ? Était-il tellement esprit qu’il fallait qu’il se fasse chair ?

            Était-il là-haut où il était depuis le commencement de l’origine des temps, ou était-il là-haut, tout là-haut là où on l’avait mis ? On, c'est-à-dire certains de ses adorateurs. Nous pouvons ici suivre certaines observations savantes qui nous ont appris que, selon les histoires et le temps, Dieu n’a pas toujours été logé dans les mêmes lieux. Dans  profondeurs du sol, puis à la surface du sol, dans des poteaux dressés, dans des anfractuosités du terrain, dans le territoire tribal ou ethnique, dans le ciel, dans le soleil, dans les étoiles… et finalement, au-delà des étoiles. Et – intuition – plus Dieu est ample et lointain, plus il devient en somme un Dieu conceptuel, plus il devient interdit de le représenter, et plus il perd en vitalité et en puissance, une puissance que reprend à son propre compte le personnel qui fait profession de le servir. Ce personnel, nous l’avons vu, s’autorise de la toute puissance divine pour supprimer ceux qui disent ce qu’on ne doit pas dire, ou dessinent ce qu’on ne doit pas dessiner. Ils s’autorisent de la toute puissance divine, alors qu’il n’y en a pas. Et ils font passer pour acte sacré ce qui n’est, en fait que l’assouvissement de leurs fantasmes.

            Nous ne pouvons pas affirmer seulement que c’est systémique.

            Nous ne pouvons pas affirmer que la Bible est indemne de « ça ». Des fondamentalistes, il y en eut au côté de Moïse, des Fils de Lévi, pour ramener le peuple à Dieu, ce qu’ils firent épée à la main, par voie de massacre, 3.000 morts (Exode 32:25 et suivants). Il y en eut aussi au côté du roi Josias (2 Rois 22 et 23) pendant sa fameuse réforme religieuse et politique, pour détruire toutes sortes d’objets sacrés, et toutes sortes de prêtres. Et dans le Nouveau Testament, il y a l’ambigüité du rôle de Pierre dans l’affaire Ananias et Saphira (Actes 5). Pierre y agit au nom du Saint Esprit, c'est-à-dire au nom de Dieu, alors que la proximité de la présence de Dieu est plutôt établie, et au bilan du ministère de Pierre, cela fait deux morts.

            Tous ces épisodes bibliques ont de quoi nous faire frémir, mais ils ne sont que des épisodes. Et puisqu’ils ne sont que des épisodes, c’est qu’autrement est possible et qu’il n’y a pas là de fatalité. Le service de Dieu peut connaître d’abominables déchéances, mais il peut aussi connaître de considérables embellies. Parmi ces embellies, il y a le ministère de notre Seigneur Jésus Christ, embellie à jamais indépassable.

 

            Reprenons : plus Dieu est rejeté loin des humains, plus ceux qui le servent peuvent faire passer leur puissance pour sa puissance, et leurs actions pour son action. Un mouvement inverse est-il possible ? Nous l’espérons. Nous en avons parlé, déjà. Et puis nous sentons bien que Noël a à voir avec cette espérance. Dieu s’est fait homme. A Noël, il s’est fait homme, mais il serait trop réducteur – notre espérance en pâtirait – si Dieu ne s’était fait homme qu’une fois, à Bethléem, historiquement. Il n’est probablement pas faux de le dire, et il n’est pas faux de le fêter, mais trop encapsulées dans un calendrier ou dans des basiliques, ces vérité perdent rapidement de leur pertinence et sont rapidement reprises par ces gens et systèmes dont nous avons déjà parlé. On se bat régulièrement à coups de poings et autres projectiles dans la Basilique de la nativité, à Bethléem… c’est tout un symbole.

            Nous devons donc ouvrir nos intelligence en considérant Dieu fait homme, non pas qu’il se fait homme de par sa volonté qui resterait inentamée,  nous avons dit, déjà, pourquoi, mais Dieu fait homme de par l’abandon de cette volonté.

            Nous revenons comme au commencement pour dire que Dieu se fait chair. Non pas une chair qui serait celle de tel ou tel mais toute chair. Toute chair qui passe par l’épreuve de la faiblesse et de la dépendance radicales. Et bien sûr toute chair qui fait l’expérience de la naissance. Et donc en particulier, et symboliquement celle qui nait un soir à Bethléem. Dieu est cette chair-là. Comme Dieu est, nous l’affirmons, toute chair.

            Cela fait qu’il n’y a pas de distance entre Dieu et la chair. Cela fait que parler en lieu et place de Dieu est impossible. Et cette impossibilité est au cœur de tout engagement humain. La paix et la liberté sont possibles.

            Cela va-t-il arriver ? Je le crois. Dieu est chair, du commencement jusqu’à aujourd’hui, et d’aujourd’hui jusqu’à la fin. Amen



samedi 18 décembre 2021

Marie et Elisabeth, lorsque deux espérances différentes se rencontrent

On doit parfois faire très vite...

Aujourd'hui donc, juste du texte, pas d'images 

Luc 1

39 En ce temps-là, Marie partit en hâte pour se rendre dans le haut pays, dans une ville de Juda.

 40 Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth.

 41 Or, lorsqu’Élisabeth entendit la salutation de Marie, l'enfant bondit dans son sein et Élisabeth fut remplie du Saint Esprit.

 42 Elle poussa un grand cri et dit: «Tu es bénie plus que toutes les femmes, béni aussi est le fruit de ton sein!

 43 Comment m'est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur?

 44 Car lorsque ta salutation a retenti à mes oreilles, voici que l'enfant a bondi d'allégresse en mon sein.

 45 Bienheureuse celle qui a cru: ce qui lui a été dit de la part du Seigneur s'accomplira!»

 

Michée 5

1 Et toi, Bethléem Ephrata, trop petite pour compter parmi les clans de Juda, de toi sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël. Ses origines remontent à l'antiquité, aux jours d'autrefois.

 2 C'est pourquoi, Dieu les abandonnera jusqu'aux temps où enfantera celle qui doit enfanter. Alors ce qui subsistera des ses frères rejoindra les fils d'Israël.

 3 Il se tiendra debout et fera paître son troupeau par la puissance du SEIGNEUR, par la majesté du Nom du SEIGNEUR son Dieu. Ils s'installeront, car il sera grand jusqu'aux confins de la terre.

 4 Lui-même, il sera la paix. Au cas où Assour entrerait sur notre terre et foulerait nos palais, nous dresserons contre lui sept bergers, huit princes humains.

Prédication : Vincennes 19 décembre 2021 – d’après Le Creusot, 20 décembre 2005 (espérance, foi, engagement)

            Ainsi donc, Marie, enceinte, se rendit un jour chez Élisabeth, sa parente, qui était enceinte, elle aussi, et en était au sixième mois. Dans cet épisode, ce ne sont pas seulement deux femmes qui se rencontrèrent, mais deux visages de l’espérance. Nous allons méditer ces deux visages de l’espérance. Et nous verrons comment ils se rencontrent.

Nous avons le souvenir de plusieurs vieux couples bibliques, dont ceux formés par Sarah et Abraham, par Manoah (Juges 13) et sa femme, et par Élisabeth et Zacharie, son mari, qui était prêtre. Pour une femme de ces temps-là, ne pas mettre d’enfants au monde était une honte. Concevoir était donc son espérance et enfanter l’accomplissement suprême de cette espérance. Élisabeth, en son sixième mois, est donc sur le point de voir s’accomplir de son vivant ce qu’elle a espéré. L’accomplissement de cette espérance de femme, de cette espérance de vieux couple, même si l’ange l’avait prédite, requerrait une œuvre de ce vieux couple… on ne devient pas enceinte comme ça. Quel visage de l’espérance est donc celui que représente Élisabeth ? Celui d’une espérance qu’un être humain peut voir s’accomplir au cours de sa vie, pourvu qu’il se consacre à cet accomplissement. C’est ainsi. Il y a une certaine forme d’espérance qui ne peut s’accomplir qu’à la condition que ceux qui espèrent s’engagent concrètement, et qui ne s’accomplira jamais s’ils ne s’y engagent pas. Ainsi l’espérance de la moisson requiert la tâche de labourer, et la tâche de semer. Et c’est à la fin de la saison que vient le temps de la récolte. L’enfant de Zacharie et d’Élisabeth arrivera en son temps. L’espérance s’accomplit donc dans une perspective laborieuse, temporelle, et personnelle. Peut-être est-il possible d’appeler ces espérances-là du nom d’espérance laborieuse…

            En face de cette forme d’espérance que représente Élisabeth, il y a une autre forme, que représente Marie. Marie est aussi une femme enceinte. Mais l’origine de la grossesse de Marie, nous l’avons tous souvent lu et souvent confessé, est d’une toute autre nature que l’origine de la grossesse d’Élisabeth. Marie n’a en rien œuvré pour cette grossesse. Aussi peut-on dire que le visage de l’accomplissement de l’espérance de Marie se situe hors de la chaîne des causes et des effets. « Il la connut, elle conçut et elle enfanta », trois verbes inséparables, et qui sont les causes et les effets, Adam et Ève sont les premiers dans la Bible au sujet desquels cela est dit… mais s’agissant de Marie ? « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. » L’accomplissement de l’espérance relève alors uniquement de la grâce divine : Marie n’a aucun projet et n’accomplit aucune œuvre. Et celui qui apparaît fait brèche dans le cours trop continu de l’histoire. Ce n’est pas un enfant qui naît mais « le Fils du Très-Haut » qui recevra « le trône de David son père » et dont le « règne n’aura pas de fin ». Et cet enfant, le fruit de cette divine espérance, ne sera en aucun cas enfant de Marie, puisqu’elle se déclare sans détour « esclave du Seigneur » (les enfants des esclaves n’appartenaient pas à leur parents mais à leur maître). Le fruit de l’accomplissement d’une espérance comme celle de Marie advient donc par pure grâce, et est offert à celui à qui il advient comme à tous ceux qui l’attendent. Ainsi pouvons-nous conclure qu’une espérance comme celle de Marie s’accomplit d’une manière gratuite, intemporelle et collective.

            En face de l’espérance laborieuse d’Élisabeth, il y a la divine espérance de Marie.

            Pour essayer mieux distinguer encore ces deux visages de l’espérance, nous pouvons nous souvenir un instant de la chanson des Restos du cœur : « Je te promets pas le grand soir, mais juste à manger et à boire, un peu de pain et de chaleur… » Il appartient aux êtres humains de donner un peu de pain et de chaleur, et ils peuvent le faire. Ils le voient s’accomplir, parce qu’ils le font s’accomplir… et c’est le visage de l’espérance selon Élisabeth. Quant au grand soir, à ce grand soir qui verra s’accomplir toute justice et toute paix, cela n’appartient pas aux humains... A Dieu seul, pour qui croit en Dieu, en revient l’initiative et la gloire.

 

            Et maintenant, interrogeons-nous. Lorsque quelque chose que nous avons espéré s’accomplit pour nous, est-ce le visage de la divine espérance que représente Marie, ou est-ce celui de l’espérance laborieuse que représente Élisabeth ? Est-ce la grâce, est-ce le labeur ?

            Dans le récit de la Visitation, Marie se met en route vers Élisabeth – et pas le contraire. Cela nous suggère que la grâce vient à la rencontre du labeur. Pour revenir à une métaphore agricole, labourer et semer n’aboutit à une récolte que si grâce est faite d’une saison favorable… Si l’on veut même donner du poids au récit de la Visitation, on dira que l’espérance de toute œuvre humaine ne peut se réaliser sans une participation de la divine grâce. Ce qui aura pour conséquence que le fruit d’une œuvre, le profit, le produit d’une œuvre, n’appartiendra jamais totalement à celui qui l’aura entreprise. Il devrait être partagé, tout comme le « Fils du Très-Haut », pur fruit de la grâce, est partagé entre toute l’humanité. La grâce donc vient à la rencontre du labeur, et de cette rencontre l’exigence du partage jaillit comme une évidence.

            Mais Élisabeth n’a pas attendu la visite de Marie pour entreprendre ce que son espérance appelait. Lorsque Marie lui rend visite, Élisabeth en est à son sixième mois. Ce qui nous suggère que l’espérance appelle l’engagement, et que la grâce vient par surcroît. Ce que nous espérons, il nous faut le mettre en œuvre, nous y consacrer, résolument. Le labeur précède donc la grâce, dans notre récit. Celui qui se consacre à la mise en œuvre de son espérance peut bien s’il le veut demander l’assistance de la grâce, mais celle-ci pourra aussi se manifester, comme Marie, sans  y avoir été invitée.

            Ne pensons surtout pas que sans l’engagement et sans l’invocation, rien n’adviendrait et que tout serait voué à l’échec. Il y a, dans chaque vie humaine, un événement essentiel qui advient par pure grâce et sans engagement aucun de celui qui en bénéficie : naître ! Et certaines rencontres, certains beaux moments de la vie, adviennent aussi de la même manière, sans qu’on s’y soit engagé, sans même qu’on les ait espérés. Puissions-nous les reconnaître, les accueillir et, comme Marie, en partager infiniment le fruit.

            Au bilan, nul n’est jamais entièrement propriétaire des fruits de ses œuvres, car nulle œuvre ne porte du fruit qu’elle n’ait été visitée par la grâce. Mais la grâce peut aussi parfois se passer de nos œuvres et choisir de nous visiter.

 

            Ceci étant dit, il reste que certains prient, espèrent, s’engagent au nom de leur espérance, et rien n’advient, que l’échec, que le malheur, sans accomplissement aucun, ni visitation. Dieu parfois ignore les engagements et les espérances des humains, se tait sur leurs malheurs, et ne soutient même en rien ceux qui espèreraient soulager ces malheurs. Que dire ? Murmurons qu’il relève du mystère de Dieu que grâce nous soit faite et que nos espérances s’accomplissent ; murmurons qu’il relève aussi du mystère de Dieu que tout se dérobe parfois, que tout nous échappe et que nous soyons éprouvés. Murmurons cela, puis, taisons-nous sur le mystère de Dieu.

Il ne reste alors qu’une seule chose à faire : partager les mots de l’espérance, relire les prophètes. Pensons aux générations qui ont lu le prophète Michée, comme nous l’avons fait aujourd’hui, sans que jamais elles ne voient enfanter celle qui doit enfanter. Faisons aussi mémoire de ces anciennes visitations, de ces anciennes manifestations de la grâce, qui ont été infiniment partagées et qui sont ainsi toujours actuelles. Il reste possible de lire, méditer, prier, chanter le Magnificat, comme nous l’avons fait, célébrer le repas du Seigneur… La liturgie est parfois l’ultime reste de l’espérance. Et là, dans l’impuissance la plus avérée, l’on peut s’en remettre totalement à Dieu.

Je crois qu’à cette ultime prière Dieu n’est jamais indifférent. Amen

samedi 11 décembre 2021

Jean le Baptiste, ou l'ordre de l'Evangile (Luc 3,10-18)

 Luc 3

10 Les foules demandaient à Jean: «Que nous faut-il donc faire?» 11 Il leur répondait: «Si quelqu'un a deux tuniques, qu'il partage avec celui qui n'en a pas; si quelqu'un a de quoi manger, qu'il fasse de même.» 12 Des collecteurs d'impôts aussi vinrent se faire baptiser et lui dirent: «Maître, que nous faut-il faire?» 13 Il leur dit: «N'exigez rien de plus que ce qui vous a été fixé.» 14 Des militaires lui demandaient: «Et nous, que nous faut-il faire?» Il leur dit: «Ne faites ni violence ni tort à personne, et contentez-vous de votre solde.»

 15 Le peuple était dans l'attente et tous se posaient en eux-mêmes des questions au sujet de Jean: ne serait-il pas le Messie? 16 Jean répondit à tous: «Moi, c'est d'eau que je vous baptise; mais il vient, celui qui est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la lanière de ses sandales. Lui, il vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu; 17 il a sa pelle à vanner à la main pour nettoyer son aire et pour recueillir le blé dans son grenier; mais la bale, il la brûlera au feu qui ne s'éteint pas.» 18 Ainsi, avec bien d'autres exhortations encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.

Prédication

         Lorsque nous lisons l’évangile de Luc à partir de son premier chapitre, et que nous arrivons au deuxième chapitre, nous trouvons le récit de la Nativité que nous lisons en général      pendant la veillée de Noël. Puis, notre lecture continuant, nous faisons la connaissance de Jean le Baptiste (Luc 3) prêchant d’abord un baptême de conversion pour le pardon des péchés, puis accueillant Jésus de Nazareth à son baptême. Ils ont presque le même âge, un âge adulte, une trentaine d’années.

            Ainsi, lorsque nous lisons dans l’ordre les premiers chapitres de l’évangile de Luc, la prédication de Jean le Baptiste précède celle de Jésus. Elle la précède dans le temps, elle la précède aussi dans l’ordre de l’interprétation : cela signifie que si l’on se détourne de la prédication de Jean le Baptiste, si l’on se dispense de la méditer, il y a un risque sérieux de passer à côté de la prédication de Jésus.

             Alors, quelle est la prédication de Jean le Baptiste ? Un baptême de conversion pour le pardon des péchés. L’imminence d’un jugement très sélectif. Aucun moyen d’échapper à ce jugement. Il est nécessaire de produire du fruit…     C’est, en gros, la prédication de Jean le Baptiste. Et il semble que Jean ait eu un certain – peut-être même un grand – succès.

            Comment ce succès se manifestait-il ? Nous lisons qu’il y avait des foules. Nous ne savons pas comment elles manifestaient leur adhésion à la prédication de Jean. Mais nous pouvons imaginer – depuis la nuit des temps les éléments d’une piété de foule sont à peu près toujours les mêmes – des chants, des danses, et toutes sorte de manifestations somatiques, et vocales plus ou moins structurées.

            Ces manifestations étaient-elles souhaitées par Jean le Baptiste ? Nous ne le savons pas d’emblée. Et nous ne le savons pas jusqu’au moment où, émergeant des foules, une certaine question est posée : « Que devons-nous faire ? »

            Ces gens qui ont vécu – nous le supposons – une grande expérience spirituelle, qui ont affirmé vouloir changer de vie, qui ont communié dans la proximité de la fin, etc. posent – cela vient d’eux – une question, une très belle question : « Que devons-nous faire ? » La conversion qu’ils professent veut bien être tendue vers la fin, mais elle veut aussi habiter le présent. La fin viendra mais la fin peut attendre. C’est aujourd’hui qu’il convient d’agir, et cela n’attend pas.

            D’où cette ramification tout à fait pratique de la prédication de Jean le Baptiste. Suivant les dénominations, cette ramification porterait le nom de baptisme social. Vous l’avez entendu, la proposition que fait Jean le Baptiste tient en un verbe : partager, des vêtements et de la nourriture. Partager donc, mais pas seulement. Les collecteurs d’impôts – qui achetaient leur charge – sont invités à ne collecter que le nécessaire. Et les soldats, mercenaires et supplétifs, dont les soldes n’étaient pas trop souvent versées, sont invités à ne pas se payer sur les populations…

            Cette prédication pratique fait suite aux grandes inspirations fin des temps de Jean le Baptiste, et précède la prédication entière de Jésus. C’est ce que nous pouvons constater lorsque nous lisons l’évangile de Luc dans l’ordre du récit.

             Mais aujourd’hui, troisième dimanche de l’Avent 2021, il nous est proposé que la prédication de Jean le Baptiste (Luc 3) vienne avant la Nativité (Luc 2) – et peut-être même avant l’Annonciation et avant la Visitation.

            Pourquoi ? Il nous faut nous souvenir du commencement de l’évangile de Luc. Il nous faut nous souvenir d’apparitions d’anges, de grossesses extraordinaires, d’un prêtre devenu muet, de bergers divinement enseignés, d’envolées d’anges et de cantiques célestes, et nous en oublions. Et nous pourrions en rajouter en puisant dans l’infini répertoire des textes apocryphes : avec des bêtes sauvages venus rendre hommages au Nouveau Né (le lion qui ronronne en bougeant gentiment la queue), avec des gens pleins de doute réclamant – et obtenant – la permission de vérifier que la naissance de cet enfant était bien une naissance virginale.

            L’évangile de Luc est déjà, en lui-même, un peu baroque lorsqu’il s’agit de nativité. Mais les apocryphes sont vraiment rococo. Or, tels textes, telles piétés. Quelles piétés éthérées ces textes-là peuvent-ils avoir inspirées ? Nous ne le savons pas vraiment. Nous pouvons le pressentir ; ça a dû partir dans tous les sens, sans jamais retoucher terre. Piétés d’élite, ou piétés populaires : plus on célèbre ardemment des choses élevées et des révélations sublimes, moins il reste de place pour le prochain (John Steinbeck, Les raisins de la colère, 1939).

            Luc – peut être pas tout seul, peut-être y avait-il une équipe de chercheurs avec lui – Luc donc, ayant mené son enquête soi-disant historique, aura été capable de faire un tri. Le reste de ce tri nous est à peu près connu : les chapitres 1, 2 et 3 de l’évangile de Luc. Nous ne sommes pas absolument certains de ce résultat, évidemment, mais dans ces trois chapitre il y a tout ce qu’il faut de fantastique pour que les esprits s’enflamment, et tout ce qu’il faut aussi pour que les esprits se calment. Tout ce qu’il faut pour que des convictions fantasques trouvent à se fonder, et tout ce qu’il faut pour discuter et contester ces convictions.

            Et puis, ayant ramassé tous ces très beaux épisodes et les ayant ordonnés, ce qui déjà évite l’inflammation des imaginations, Luc met en place la question clé, la question essentielle, la question pratique : « Que ferons-nous ? »

             A cette question Jean le Baptiste, qui est un très grand prédicateur, donne des réponses simples à quantité de personnes. Et dans cette quantité de personnes, tous ceux qui partagent la question sauront trouver une réponse. « 11 «Si quelqu'un a deux tuniques, qu'il partage avec celui qui n'en a pas; si quelqu'un a de quoi manger, qu'il fasse de même.»  13 «N'exigez rien de plus que ce qui vous a été fixé.»  «Ne faites ni violence ni tort à personne, et contentez-vous de votre solde.» Et s’ils ne trouvent pas de réponse immédiate, il ne faudra pas de longs efforts d’imagination pour trouver une réponse personnelle. Il y aura des réponses simples adaptées à chaque vie personnelle.

            Et le monde n’en sera que plus beau.