samedi 13 novembre 2021

Il fut question, mais une dernière fois, d'Apocalypse (Marc 13:24-32)

Marc 13

24 «Mais en ces jours-là, après cette détresse, le soleil s'obscurcira, la lune ne brillera plus, 25 les étoiles se mettront à tomber du ciel et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées. 26 Alors on verra le Fils de l'homme venir, entouré de nuées, dans la plénitude de la puissance et dans la gloire. 27 Alors il enverra les anges et, des quatre vents, de l'extrémité de la terre à l'extrémité du ciel, il rassemblera ses élus. 28 «Comprenez cette comparaison empruntée au figuier: dès que ses rameaux deviennent tendres et que poussent ses feuilles, vous reconnaissez que l'été est proche. 29 De même, vous aussi, quand vous verrez cela arriver, sachez que le Fils de l'homme est proche, qu'il est à vos portes. 30 En vérité, je vous le déclare, cette génération ne passera pas que tout cela n'arrive. 31 Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. 32 Mais ce jour ou cette heure, nul ne les connaît, ni les anges du ciel, ni le Fils, personne sinon le Père.

Prédication :

            C’était la semaine dernière, et, souvenez-vous, dans l’évangile proposé à notre méditation, il était question du tronc destiné à recueillir les offrandes des fidèles au Temple de Jérusalem. « Beaucoup de riches mettaient beaucoup. Vint une veuve pauvre qui mit deux pièces minuscules… » Et Jésus y alla de son commentaire, expliquant que la veuve avait mis, en fait, plus que tous les autres (Marc 12,41-ss).

            Puis Jésus quitta le Temple. L’un de ses disciples lui dit : « Maître regarde : quelles pierres, quelles constructions ! » La réponse de Jésus fut cinglante.

            Cette réponse dure un chapitre entier (Marc 13), qui est un chapitre ultime. 

            Et donc, dit Jésus, « Il ne restera pas pierre sur pierre, tout sera détruit. » Que viennent faire les textes de révélation – les textes d’apocalypse dans l’évangile, c'est-à-dire dans la bouche de Jésus ?

            Nous avons l’habitude de voir apparaître dans l’évangile toutes sortes de discours bien typés. Discours des Baptistes, celui des Pharisiens, celui des Scribes, celui des Grands-Prêtres et des Anciens, celui des Foules, celui des Riches… Et nous avons l’habitude de voir Jésus répondre aux interpellations spécifiques de chacun de ces groupes. Que fait Jésus, dans toutes ces circonstances ? Il annonce l’Évangile. Bien sûr, il annonce l’Évangile. Mais l’Évangile n’est pas un discours abstrait qui volerait au-dessus du monde et se poserait ici ou là sans considérations aucune d’événements et de circonstances. L’Évangile, qui est Évangile de Jésus Christ Fils de Dieu, a vocation à être une bonne nouvelle – la proposition d’une bonne nouvelle – pour chacune et chacun. Seulement chacune et chacun est toujours d’abord – il en va ainsi de l’humanité – habité et déterminé par les discours bien ficelés des groupes dans lesquels il est né et qu’il n’a pas choisis ; chacun est toujours aussi habité par les discours aussi bien ficelés qu’il s’est choisis en grandissant.

            Comment Jésus pourrait-il s’adresser à chacun de ses contemporains, ami ou ennemi, disciples où détracteurs, s’il ne s’exprimait pas d’une manière qu’ils puissent comprendre ?

            Le langage que Jésus emploie dans les quelques versets du 13ème chapitre de Marc est celui de la fin des temps, on l’appelle apocalyptique, ce qui signifie dévoilement. Quelque chose est voilé qui va être dévoilé, ou, plus précisément, quelque chose est dévoilé, là, maintenant, pendant que je parle – propos caractéristique des prédicateurs de la fin des temps.

            Et tout au long du 13ème chapitre de Marc, Jésus, répondant à l’exclamation d’un disciple – Maître, regarde : quelles pierres, quelles constructions ! – va se transformer en prédicateur d’apocalypse et donner sa version de la fin des temps. Disons-le, dans cet exercice, Jésus n’est guère original. Il n’est guère original parce que le genre littéraire ne se prête guère à l’originalité. Lorsqu’il s’agit de mettre tout sens dessus dessous, les éléments de la narration ne vont qu’en petit nombre, et toujours les mêmes. Ce qui est en haut tombe en bas, et ce qui est en bas est pulvérisé. Et puisque les lois du genre imposent que les gens meurent en grand nombre, il en va de conquêtes brutales, d’épidémies cruelles et de catastrophes naturelles voraces… Les signes de l’imminence de la fin des temps sont les mêmes depuis toujours. Depuis seulement presque toujours, car un ou deux siècles avant Jésus Christ, des pensées religieuses orientales – disons Perses – capables d’accueillir dans leurs discours toutes sortes de personnages divins, insuffleront dans le monothéisme des Israélites quantité d’anges dont un ange Michel, capable de terrasser le dragon (Apocalypse 12,7) et d’un ange Gabriel... pour ne parler que des deux plus connus.

            L’apocalypse selon Jésus Christ, telle que la présente l’évangile de Marc, est extrêmement sobre. Elle obéit bien entendu aux lois du genre. Mais elle ne pèse pas lourd, 1 seul chapitre de 37 versets, en face de l’apocalypse selon Jean, 22 chapitres, en face aussi d’œuvres comme celle de Daniel.

            Dans Marc, donc, ce qui peut être détruit est détruit, tout ce qui peut guerroyer guerroie, le tout avec des propos trompeurs et quelques oracles sibyllins, le tout sans aucune originalité. Et Jésus – Marc – a dû avoir une conscience claire de ce qu’il entendait faire, puisqu’il affirme ceci : « Prenez garde ; je vous ai prévenus de tout. » (Marc 13,23). Cette mise en garde typiquement apocalyptique est pour ainsi dire démolie par l’affirmation « Je vous ai prévenus de tout. » Prendre garde suppose un regard soutenu, suppose aussi une attention permanente ; qui peut aller jusqu’à l’obsession. Alors qu’il n’y a nulle inquiétude qui tienne, ni aucun besoin de conversion, pour ceux qui, marchant à la suite de Jésus Christ, voient bien que les signes des temps sont depuis toujours accomplis, en train de s’accomplir et entendent dire « je vous ai prévenus de tout. »

            Et ainsi donc encore, ayant été prévenus de tout, les auditeurs – lecteurs – de l’apocalypse selon Jésus ne ressentiront ni trouble grave de l’humeur ni jubilation excessive lorsqu’arriveront de grandes catastrophes cosmiques censées inaugurer la fin de la fin des temps. 

            Mais tout ceci étant dit, nous pouvons encore imaginer que la prédication apocalyptique de Jésus, nettoyée pourtant de quantité de propos merveilleux, et modérée dans son fond par des phrases comme « je vous ai prévenus de tout »… même ainsi modérée, cette prédication peut être reçue et proposée comme une révélation, comme un texte ésotérique, comme le propos que ceux qui savent adressent, du haut de leur chaire, à ceux qui ignorent et craignent. Toute prédication, même celle de Jésus Christ, peut être détournée de ses fins.

            Raison pour laquelle la prédication de Jésus rebondit encore. Après qu’il ait été abondamment question de ce qui va se passer, il reste une question évidente : « Quand cela va-t-il se passer ? » Nous avons déjà eu un élément de réponse tout à l’heure : cela s’est toujours passé et cela se passe maintenant. Oui, disons-nous, mais, quand donc cela va-t-il finir ? Des signes, encore des signes de la fin, toujours les mêmes dans les mêmes énumérations. Sauf que, ceci :

            (1) signe des temps : et puis des figuiers qui bourgeonnent. Signes de la fin ? Les figuiers bourgeonnent chaque année. Certains figuiers sont très fantaisiste. Et si l’on veut bien voir dans ce bourgeonnement un signe de la fin des temps, c’est une fin des temps heureuse qu’il nous faut imaginer, les figues sont délicieuses et la boukha enivrante. Cette année ? L’année prochaine ? Tant que dureront les saisons ?

            (2) promesse : et quand bien même les saisons cesseraient de passer, « mes paroles ne passeront pas. » Et donc, s’agissant d’une méditation évangélique de la fin des temps, elle pourra toujours être recommencée : la perpétuité de la parole de Jésus Christ, la perpétuité de l’Évangile, est une promesse pour toutes les générations.

            (3) promesse pour qui ? Nous avons lu : « cette génération ne passera pas que tout cela n’arrive ». Las, nous savons que cela n’est pas arrivé pour cette génération, ni pour les 80 générations environ qui se sont suivies jusqu’à nous. Jésus parlait sans doute en araméen, mais l’auteur de l’évangile, lui, parlait en grec. Alors voici une autre promesse, avec les mêmes mots : « cette engeance ne passera pas que tout cela n’arrive. » Engeance est souvent utilisé en mal… Ce genre, le genre humain, ne passera pas. La promesse est perpétuelle. Et elle est pour chacune et chacun.

            (4) Et quant aux prédicateurs de l’imminence de la fin des temps, ceux qui savent quoi, comment et quand, il leur est proposé ceci – grande, si ce n’est définitive – modération de leurs ardeurs : « Mais ce jour et cette heure, nul ne les connaît, ni les anges du ciel, ni le Fils, personne, si ce n’est le Père. »


            Dieu sait. Et nous ignorons. C’est sur cette ignorance que nous allons clore ce sermon. Au titre de cette ignorance, nous remettons toutes choses à Dieu. En le priant de nous mener où il veut nous mener, et que sa volonté s’accomplisse. Amen


samedi 6 novembre 2021

Pour deux petites pièces de moins (Marc 12,38-44)

 

Marc 12 :

38 Dans son enseignement, il disait: «Prenez garde aux scribes qui tiennent à déambuler en grandes robes, à être salués sur les places publiques, 39 à occuper les premiers sièges dans les synagogues et les premières places dans les dîners. 40 Eux qui dévorent les biens des veuves et affectent de prier longuement, ils subiront la plus rigoureuse condamnation.»

41 Assis en face du tronc, Jésus regardait comment la foule mettait de l'argent dans le tronc. De nombreux riches mettaient beaucoup. 42 Vint une veuve pauvre qui mit deux petites pièces, quelques centimes. 43 Appelant ses disciples, Jésus leur dit: «En vérité, je vous le déclare, cette veuve pauvre a mis plus que tous ceux qui mettent dans le tronc. 44 Car tous ont mis en prenant sur leur superflu; mais elle, elle a pris sur sa misère pour mettre tout ce qu'elle possédait, tout ce qu'elle avait pour vivre.»

Prédication : 

            Avant de commencer à méditer les quelques versets de l’évangile de Marc que nous venons de lire, souvenons-nous de quelques autres versets, qui étaient proposés dimanche dernier par le lectionnaire Dimanches et fêtes. Il était question d’un dialogue entre Jésus et un Scribe. C’était d’abord un dialogue technique, portant apparemment sur les deux grands commandements de la Loi ; c’était aussi un dialogue philosophique portant profondément sur les diverses formes possibles de la pensée ; et surtout – le plus important – ce dialogue fut un dialogue fraternel. « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu », dit finalement Jésus à ce scribe ; où nous devons entendre Tu es, toi – nous sommes, ensemble – dans le royaume de Dieu.

            Pourquoi ce retour ? Parce que nous venons de lire cette mise en garde de Jésus : « Prenez garde aux scribes … » Mise en garde qui met tous les scribes dans le même panier, et qui les voue tous à la plus rigoureuse des condamnations.

            Tous les scribes ? Tous les scribes seraient identiquement soucieux de leur apparence, voraces et voleurs ? Mais qu’en est-il du scribe avec lequel Jésus vient de parler ? Ce scribe qui sait reconnaître le bien, doit-il être châtié avec tous les autres scribes ?

            La traduction de Marc que nous venons de lire rend compte de cet épisode tout comme si elle lisait Matthieu. Jésus, dans l’évangile de Matthieu (23,1-12) condamne sans appel et collectivement Scribes et Pharisiens, tous. Alors qu’ici, dans l’évangile de Marc, il serait plus juste de considérer que Jésus en appelle au discernement de ses auditeurs : « Prenez garde à ceux des scribes qui tiennent à déambuler en grandes robes, etc. »

            Nous insistons, parce qu’à l’ancienne question, posée à Dieu par Abraham, « feras-tu périr le juste avec le méchant ? » (Genèse 18,23), Jésus – de l’évangile de Marc – semble répondre par la négative. Le regard de Jésus sur les gens ne tient compte ni du peuple, ni d’ethnie, ni du sexe, ni de l’appartenance à telle famille religieuse, ni d’autres qualités ou handicaps personnels. Jésus dans l’évangile de Marc revendique, pour lui-même et pour chaque être humain l’universalité de Dieu et du salut de Dieu. On pourrait presque oser faire de l’évangile de Marc un double récit d’apprentissage : pour Jésus apprendre à être Messie, et pour ceux qui suivent Jésus, sans oublier les lecteurs, apprendre à être disciple. Qu’il soit Messie, disciple, ou lecteur, l’homme est fondamentalement seul, et c’est à cette profondeur insondable de chaque être que Marc entend s’adresser. Et c’est pourquoi il fallait, avant de parler de l’homme seul, montrer l’inanité fondamentale de tout jugement porté sur un groupe, ou sur une caste, indistinctement. C’est ce que Jésus – Marc – fait avec ces premiers versets.

 

            Lorsqu’on venait au Temple – à Jérusalem – c’est individuellement qu’on s’avançait vers le tronc pour y déposer son offrande. Ce tronc était, semble-t-il, exposé à la vue de tous. En tout cas, si nous lisons bien, des places assises étaient disponibles à proximité de ce tronc, qui permettaient d’observer la procession des donateurs. « Beaucoup de riches mettaient beaucoup » et vint une pauvre veuve qui mit là-dedans deux petites pièces de rien du tout (les plus petites pièces ayant cours à cette époque).          

            Que peut-on se procurer avec ces tout petits sous, avec deux pièces d’un centime d’Euro ? A nous, ces pièces servent de monnaie pour de petits achats. Mais si nous n’avions que deux d’entre elles, c’est comme si nous n’avions rien. Données par la pauvre veuve, elles augmentent le trésor du Temple. Mais ce qui nous intéresse n’est pas que le trésor du Temple augmente ; ce qui nous intéresse c’est de comprendre ce que cette femme donne. Car, pour la quantité monétaire, c’est clair, elle ne donne rien. Et pourtant, selon Jésus, elle donne plus que tous les autres.

            Que donne-t-elle ? Elle donne tout ce qu’elle a pour vivre. Mais qu’a-t-elle donc pour vivre ? Elle a sa misère. Elle prend sur sa misère. Mais qu’est-ce que cela signifie ? Avec ces expressions étranges, nous comprenons que ce qui est en question n’a rien à voir, pour cette pauvre veuve, avec quoi que ce soit de matériel. Cette femme prend sur son « rien » et le donne. Elle aura, ensuite, moins encore que rien. Mais moins que rien est une expression qui semble un peu légère…

            Toutes ces tentatives pour comprendre finissent par faire penser à Paul Tillich (1886-1965), pour qui Dieu correspond à une implication et un engagement ultimes (ultimate concern) du croyant. La foi en Dieu est alors un état dans lequel on éprouve la plus ultime dépendance de Dieu.

            Que reste-t-il donc à cette femme, une fois qu’elle a donné toute sa petite monnaie et qu’elle a donné aussi ce qu’elle a pu prendre sur sa misère ? Il ne lui reste rien, il lui reste moins que rien, il ne lui reste même pas de quoi vivre ; il lui reste sa foi en Dieu ; il ne lui reste rien d’autre que sa foi en Dieu.

            Et encore, c’est nous qui disons cela, c’est nous qui le faisons arriver dans notre méditation. Contrairement à nous, l’auteur de ce chapitre de l’évangile de Marc ne s’est permis aucune introspection s’agissant de cette femme. Jésus y va de son commentaire, mais pas plus.

            Dans le silence de cette femme, qui est un véritable silence évangélique, nous devons comprendre combien personnels, combien intimes, sont les chemins de la foi dans chaque conscience humaine.


            Et les riches, alors ? « Beaucoup de riches mettaient beaucoup », et, affirme Jésus, ce qu’ils mettaient était pris sur leur surabondance, sur leur superflu. C’est une définition possible de la richesse : peut donner beaucoup, peut tout donner, sans risquer de manquer de quoi que ce soit. Nous savons que la question du salut des riches est discutée dans l’évangile de Marc. « Qu’il sera difficile à ceux qui ont les richesses d’entrer dans le Royaume de Dieu » (Marc 10:23 – qui ne vise au demeurant pas seulement les riches).

            Jésus dit que ce que la femme met dans le tronc est infiniment plus que ce que les riches y mettent eux-mêmes. Ce qu’ils y mettent n’est en fait pas de même nature. Ce qui nous fait nous demander si la qualité de veuve pauvre est une condition nécessaire à l’expérience de la foi.

            Et comme nous pressentons que nous devons répondre que non, il nous faut nous demander si la foi en Dieu comme nous en avons parlé il y a quelques instants, peut être expérimentée par un riche. Un riche peut-il faire l’expérience, peut-il éprouver au fond de lui-même le sentiment d’une radicale dépendance de Dieu ? Le riche peut-il ressentir l’urgent besoin de donner ce qui serait beaucoup pour lui ? Et puis, nous aurions dû commencer par ça, un riche a-t-il un for intérieur, une intimité en laquelle se dénoue et se noue sa foi en Dieu ? Un riche est un être humain, une créature de Dieu… pouvant avoir  foi en Dieu, vivre avec cette foi et vivre de cette foi. Et ce qu’il verse dans le tronc, avec sa grosse offrande, peut être exactement de même nature que ce qu’y verse la pauvre veuve.

 

            Si bien que, du point de vue de la foi, riches et pauvre, il n’y a pas de différence qui nous soit perceptible. C’est l’intimité des gens, c’est là où ils parlent à Dieu, et si c’est là le lieu de leur tourment, c’est là aussi le lieu de leur possible consolation. Dieu le sait.

            Mais ce que nous savons, nous, c’est qu’au sortir du Temple, après avoir donné chacun son offrande, ils s’en retournèrent lui dans sa maison de riche où l’attendait un bon repas, elle à son coin de ruelle où elle finirait peut-être par avoir de quoi s’acheter un bout, peut-être, ou peut-être quelqu’un lui jetterait une vieille croute qu’elle mangerait, ou partagerait avec plus pauvre encore qu’elle. Et personne ne saurait qu’elle revenait du Temple avec, au fond d’elle-même, le sentiment d’avoir été bénie. Amen


mardi 2 novembre 2021

Dans le Royaume de Dieu (Marc 12,28-34)

Marc 12

28 Un scribe s'avança. Il les avait entendus discuter et voyait que Jésus leur avait bien répondu. Il lui demanda: «Quel est le premier de tous les commandements?»  

29 Jésus répondit: «Le premier, c'est: Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l'unique Seigneur;  30 tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force.  31 Voici le second: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n'y a pas d'autre commandement plus grand que ceux-là.»  

32 Le scribe lui dit: «Très bien, Maître, tu as dit vrai: Il est unique et il n'y en a pas d'autre que lui, 33 et l'aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, cela vaut mieux que tous les holocaustes et sacrifices.»

 34 Jésus, voyant qu'il avait répondu avec sagesse, lui dit: «Tu n'es pas loin du Royaume de Dieu.» Et personne n'osait plus l'interroger. 

Prédication

            Tu n’es pas loin du royaume de Dieu, déclaration de Jésus à un scribe – un spécialiste des Saintes Écritures.

            Mais où est donc le Royaume de Dieu ? Au ciel (pour ceux qui prient le Notre Père) ? Et qu’est-ce que le Royaume de Dieu ? Là où Dieu règne, soit. Mais encore ? Peut-on en savoir d’avantage ? Et enfin, quand donc arrivera-t-il, ce Royaume, de notre vivant, ou au-delà de notre mort ?

            La liste de questions que nous venons de poser peut s’allonger encore et, ça serait peut-être pire, peut se transformer à n’importe quel moment en une liste de réponses autorisées, et données pour certaines...

            Il est dans le Royaume de Dieu celui qui … Cette phrase  va trouver autant de fins possibles que de questions préalablement posées. Surtout si questions et réponses sont élaborées par des spécialistes des Saintes Écritures – un scribe – clairement amical – mais aussi par d’autres spécialistes – Hérodiens, Pharisiens – dont les intentions vis-à-vis de Jésus sont, elles, clairement hostiles.

            Il est dans le Royaume de Dieu celui qui … Parmi ces réponses possibles, il y en a qui mettent en jeu la spéculation sur après la mort, et la soumission à l’occupant romain. Cette dernière peut avoir des conséquences mortelles. De plus, qui donc si ce n’est Dieu peut décider qu’untel ou tel autre est, ou sera, dans le Royaume de Dieu ? Affirmer qu’untel ou tel autre y sera, c’est se mettre à la place de Dieu, c’est  blasphémer, et donc mériter la mort. Jésus sera un jour ainsi interrogé. Mais en suivant le récit de l’évangile de Marc, au chapitre 12, il est trop tôt pour l’ultime interrogatoire de Jésus, qui aura lieu pendant la Passion.

            Avec ces premiers faisceaux de questions, et de réponses, nous allons retenir que, même si Jésus fait attention à la manière de le dire, il signifie ceci au Scribe venu l’interroger : tu es dans le Royaume de Dieu.

            Et c’est avec ce résultat que nous allons nous demander, en lisant le dialogue qui nous est proposé, ce que peut bien signifier que le Scribe est dans le Royaume de Dieu. Nous allons faire cela en quatre points.

 

            Premier point (Marc 12,28 et 32), le scribe voit que Jésus a bien répondu. Qu’est-ce que bien répondre ? Jésus avait fait à ses autres interlocuteurs le procès d’être égarés, d’être des faussaires, voire des fossoyeurs… Ils se trompent, et ils trompent…Voici la fin de l’entretien précédant, parole de Jésus « Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Vous êtes absolument dans l’erreur. »

            Le Scribe – nous dit le narrateur – considéra que Jésus avait bien répondu. Or, bien répondre, qu’est-ce que cela signifie ? Est-ce faire une réponse conforme au catéchisme, ou au dogme du mouvement auquel on appartient ? Peut-être. Mais cela peut être aussi faire une réponse à la hauteur d’une forme concrète de l’espérance, une réponse dont l’audition vous donne – ou vous rend – un certain regard sur le réel, un regard renouvelé, voire éclairci. Et donc une réponse qui a à voir avec la consolation, avec la joie retrouvée, joie de croire, en somme, en Dieu qui est le Dieu des vivants.

            Nous allons donc affirmer, en revenant vers le Scribe, que celui qui est capable de reconnaître, de saluer et d’accueillir une bonne réponse venant d’un autre, réponse portant la distinction entre Dieu des morts et Dieu des vivants, est dans le Royaume de Dieu.

 

            Deuxième point (Marc 12,30 et 33), le commandement d’aimer Dieu de toutes les manières possibles peut recevoir plusieurs formulations – la langue grecque est assez riche en vocabulaire abstrait, notamment pour parler d’intelligence.

            « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur… de toute ta pensée… » C’est le premier commandement, énoncé par Jésus en réponse à la question du Scribe. Et c’est le mot pensée qui doit retenir notre attention (du grec dianoïa - διανοία), qui nous suggère une activité intellectuelle plutôt continue, une activité intellectuelle qui traverse et perfore le réel.

            Mais, bien qu’en accord parfait avec Jésus, le Scribe va ajouter ceci « … (aimer Dieu) de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force… » Et le mot que le scribe emploie pour parler d’intelligence (cette fois sunésis - σύνεσις) évoque l’association en une sorte d’assemblage d’élément différents les uns des autres. Comme un bouquet de fleurs des champs au printemps est composé d’une grande variété d’essences.

            La pensée de Dieu selon le Scribe, et la pensé de Dieu selon Jésus, reposent sur des propositions différentes, mais elles ne sont pas concurrentes. Elles ne sont pas l’enjeu d’un enseignement magistral, mais bien plutôt l’occasion d’un véritable partage.

            Ces deux pensées mises côte à côte nous permettent de suggérer que ceux dont la pensée de Dieu est consistante, bibliquement fondée, et ne fait pas obstacle à un dialogue fraternel, sont ensemble dans le Royaume de Dieu.

 

            Troisième point (Marc 12,33), dans la seconde réplique du Scribe, nous recueillons ceci : « … (aimer Dieu) de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, cela vaut mieux que tous les holocaustes et sacrifices.» Que signifie donc ce « cela vaut mieux » ?

            A Jérusalem, la dispute entre le Temple et les prophètes est tellement ancienne qu’on peut dire qu’elle a commencé avant même l’existence du Temple. A l’époque de Jésus, elle prend la forme que nous voyons ici, celle d’un antagonisme. Le Temple et ses sacrifices d’un côté, et, en face, l’amour de Dieu et du prochain. Le rituel réputé ancien et inamovible, contre l’actualité toujours nouvelle de l’amour de Dieu et du prochain. Mais à le considérer trop schématiquement, on ferait comme si aucune sincérité n’était possible au Temple, et comme si aucune hypocrisie n’était possible dans l‘amour. Or, nous savons bien qu’il peut y avoir partout des gens sincères, partout des hypocrites, mais nous ne savons pas forcément a priori qui est qui et à qui nous avons affaire... Alors nous devons tenir compte de cette observation lorsque nous lisons « cela vaut mieux que tous les holocaustes et les sacrifices. »

            Aimer Dieu et le prochain, c’est le superlatif du culte sacrificiel. Entendons l’immense différence, entendons aussi la continuité.

            Et concluons, sur ce point, en disant qu’il est dans le Royaume de Dieu, celui qui, dans tout ce qu’il entreprend en matière de religion, reste aussi profondément modéré qu’il est profondément engagé.

 

            Quatrième point (Marc 12,34) Par deux fois, nous avons lu que, selon le Scribe, Jésus avait bien parlé, non pas convenablement, mais bien, au sens du bon, au service de la vie. Au tour de Jésus, maintenant, de se prononcer : « Jésus voyant que le scribe avait répondu avec sagesse… » Ou avec intelligence, (encore un autre terme, nounékos - νουνεχῶς) ou plein de sens, ou prudemment, ou judicieusement, selon les traducteurs. La diversité des traductions signale souvent un certain enjeu, et cet enjeu, nous l’avons discerné dès le début de notre méditation, c’est la déclaration : Tu es dans le Royaume de Dieu. Cet enjeu nous contraint à éliminer sans hésitation tout propos qui ferait de ce Scribe un homme sûr de son fait et de ses droits en matière de religion. C’est pourquoi, parmi les traductions possibles du mot qui caractérise cet homme, le mot de sagesse est peut-être le plus indiqué. Mais la sagesse est bien trop souvent portée aux nues par des gens qui négligent que l’une de ses caractéristiques essentielles est précisément de ne pas se connaître comme sage.

            Alors, ce scribe anonyme, unique interlocuteur de choix pour Jésus Christ Fils de Dieu, nous allons le dire lucide. Il est lucide sur ce qu’il entend dire par les ennemis de Jésus, lucide sur ce qu’il dit lui-même, et lucide enfin sur ce que Jésus dit. « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. » Tu n’en es pas loin, et, en fait, tu y es. Tu y es dans tes méditations personnelles, tu y es dans notre dialogue, même si tu n’y es pas selon les canons et selon les personnes autorisées. Telle est la lucidité : les affirmations les plus belles qui puissent être formulées, parce qu’elles appartiennent au langage humain, ont toutes sortes d’ébréchures, toutes sortes de significations possibles, pour maudire, et aussi pour bénir.

 

            Mais qu’en est-il, à la fin, nous demandons-nous ? Même si nous sommes très certains de ce que nous avançons, très certains de la pertinence de nos propos et de la puissance de nos rituels, il nous faut, croyants que nous sommes, rendre gloire à celui en qui nous croyons et nous en tenir à la foi.

            Comment allons-nous le faire ? Aujourd’hui, fête de la Réformation, nous allons le faire en nous souvenant d’un verset biblique que Jean Calvin (1509-1564) a jugé essentiel alors qu’il méditait sur les marques de l’Église visible : Dieu seul connaît ceux qui sont les siens (d’après 2 Timothée 2,19 et Institution de la Religion Chrétienne IV-I-8).

            Puissions-nous nous en souvenir, dans toutes nos situations de face à face avec nos frères.  Et que Dieu nous soit en aide. Amen

samedi 23 octobre 2021

Enseigner la résurrection, encore (Marc 10,46-52)

Marc 10

46 Ils arrivent à Jéricho. Comme Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une assez grande foule, l'aveugle Bartimée, fils de Timée, était assis au bord du chemin en train de mendier. 47 Apprenant que c'était Jésus de Nazareth, il se mit à crier: «Fils de David, Jésus, aie pitié de moi!» 48 Beaucoup le rabrouaient pour qu'il se taise, mais lui criait de plus belle: «Fils de David, aie pitié de moi!» 49 Jésus s'arrêta et dit: «Appelez-le.» On appelle l'aveugle, on lui dit: «Confiance, lève-toi, il t'appelle.» 50 Rejetant son manteau, il se leva d'un bond et il vint vers Jésus. 51 S'adressant à lui, Jésus dit: «Que veux-tu que je fasse pour toi?» L'aveugle lui répondit: «Rabbouni, que je retrouve la vue!» 52 Jésus dit: «Va, ta foi t'a sauvé.» Aussitôt il retrouva la vue et il suivait Jésus sur le chemin.

Prédication

            Le récit de la guérison de l’aveugle Bartimée est souvent considéré comme la fin d’une longue séquence de l’évangile de Marc, séquence dont la lecture et la méditation nous ont été proposées pendant toutes ces dernières semaines.

            Enseigner la résurrection, c’est un titre que nous avons pu donner à cette séquence, pendant laquelle, et par trois fois, Jésus annonce à ses disciples sa Passion prochaine, et sa résurrection, sans parvenir à se faire comprendre. Son enseignement semble ne pouvoir provoquer que des réactions violentes, parmi lesquelles des revendications personnelles, certains disciples s’estimant mériter plus que d’autres de la part de Jésus (Christ Fils de Dieu) des récompenses célestes fantastique… Quant aux réactions des mêmes disciples, lorsque de pauvres et simples gens s’approchent de leur maître, elles sont toujours les mêmes, ils rabrouent ces gens – c'est-à-dire les considérant comme moins que rien, ils les chassent.

            En disant tout cela, nous faisons un état des lieux, un point de parcours, et ce point de parcours n’est pas bien glorieux. Est-ce que nous pouvons espérer qu’à tel ou tel moment du récit de l’évangile les disciples – et les lecteurs – seront dans de meilleures dispositions ?

            Avant de peut-être répondre, traversons Jéricho, et sortons de Jéricho. Un aveugle du nom de Bartimée est là qui mendie et, apprenant que Jésus de Nazareth passe, il crie. Il fait plus que crier. Imaginez le hurlement, ce volume particulier de la voix, tant forcée dans les aigues que les paroles deviennent indistinctes. Ça, le texte ne vous le dit pas, et vous devez donc imaginer le hurlement ; mais la réaction des gens qui sont là vous est très bien décrite, vous la connaissez, car c’est une réaction que les disciples de Jésus ont eue à leur tour. Elle tient en un verbe, un seul : rabrouer. C’est à la fois faire taire et chasser. Et il y en a beaucoup, dans la foule qui accompagne Jésus, disciples ou autres, qui rabrouent ce pauvre Bartimée.

            Et nous demandons : pourquoi réagissent-ils ainsi ? Pourquoi veulent-ils faire barrage entre Bartimée et Jésus ? De quoi veulent-ils écarter Bartimée ? De quoi veulent-ils protéger Jésus ? Que veulent-ils se réserver pour eux-mêmes ? Autant d’hommes dans la foule, autant de réponses possibles. Et qui convergent toutes vers la même disposition d’esprit : ce qu’ils sont en train de vivre dans le sillage de Jésus de Nazareth ne concerne pas cet aveugle qui braille assis au bord du chemin. Et, de nouveau, la question : mais pourquoi donc pensent-ils et agissent-ils ainsi ? Et, de nouveau, des réponses basiques, triviales, qui mettent en jeu des passions vulgaires, de l’envie, de l’aigreur, de l’égoïsme… rien au fond que d’assez commun.

            Nous allons repérer que toute la foule n’est pas concernée par ce triste diagnostic. Lorsque nous lisons que beaucoup le rabrouaient, cela ne signifie pas que tous le rabrouaient, et il existe donc vraisemblablement un passage étroit qui pourrait permettre à Bartimée de s’approcher de Jésus. Mais ça n’est pas par ce passage étroit que Bartimée va passer, car Jésus lui-même va s’arrêter et commander qu’on appelle l’aveugle. Jésus commande, les gens obéissent.

            Et nous imaginons des hommes qui, quelques instants plus tôt, voulaient faire taire l’aveugle, lui dire l’instant d’après : « Confiance, lève-toi, il t’appelle. » Étonnant revirement. Que devons-nous penser d’un tel revirement ? Nous pouvons penser que ces gens, voyant le tour que prennent les événements, se hâtent de choisir le bon côté. Mais est-il absolument nécessaire de voir en eux de simples opportunistes, et courage fuyons ? Nous pouvons aussi penser que la parole de Jésus, leur commandant d’appeler l’aveugle, a sur eux l’effet d’une sorte de conversion. Peut-être pas la grande conversion définitive d’une foule entière, mais un instant, un éclair, juste ce qu’il faut de temps pour que la parole chemine et soit entendue par celui à qui elle est destinée.

            Il fut dit à l’aveugle : « Ta foi t’a sauvé… », il retrouva la vue et il suivit Jésus sur le chemin. Fin de cet épisode. Bartimée n’apparaît plus. Et commencement de la Passion.

           

            Tout en lisant le récit de la guérison de l’aveugle Bartimée, nous nous souvenons du récit d’une autre guérison. C’est une femme, affligée depuis très longtemps de pertes de sang. Elle croit que si elle parvient seulement  à toucher la frange du vêtement de Jésus, elle sera guérie. Seulement il y a tout autour de Jésus une barrière hermétique, une foule compacte.

            A la fin, cette femme sera guérie. Tout comme Bartimée. A la fin, Jésus lui dira "Ta foi t’a sauvée…", tout comme il le dit à Bartimée. La foi de la femme, comme la foi de Bartimée, c’est d’insister dans leur conviction et de persister dans leur demande.

            Il faut cette persistance parce qu’il semble bien que l’accès à Jésus soit toujours plus ou moins barré, si ça n’est pas carrément verrouillé. Un verrou passif, comme une foule compacte, un verrou actif, comme ces gens qui cherchent à faire taire Bartimée, un autre verrou actif encore, les disciples de Jésus, disciples qui renvoient des gens venus pésenter des enfants à Jésus… et d’autres verrous encore. Et même si, ponctuellement, pour tel ou tel personnage, l’accès à Jésus devient tout simple, il n’en reste pas moins que plus on avance dans le récit de l’évangile, plus cela semble difficile d’accéder à lui.  Et même de plus en plus difficile : comment accèdera-t-on à Jésus Christ Fils de Dieu lorsqu’il agonisera sur la croix et lorsqu’il aura été enseveli ? Tout et tous semblent s’entendre pour le réduire au silence.

            Comment sa parole de grâce pourra-t-elle parvenir aux humains qui la cherchent ? Nous avons plusieurs réponses.

            (1) Comment la parole de grâce parvient-elle aux humains ? Voici une réponse, très littéraliste, il s’agit d’affirmer que quoi qu’on dise, et quoi qu’on fasse, dans la Bible, Jésus Christ fait toujours taire ceux qui s’opposent à Lui et qu’il parle toujours à qui il choisit de parler. On peut, partant de là, affirmer qu’aujourd’hui comme hier, Jésus surmonte toutes les barrières, et qu’il parle à ceux à qui il choisit de parler, de fait, à toi, mon frère, à toi ma sœur… « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez-pas votre cœur » (Hébreux 3). De fait, cela revient à dire qu’il appelle chacune et chacun. C’est une belle pensée. Mais que dira-t-on à ceux qui n’ont jamais entendu l’appel et qui n’ont jamais entendu sa voix ? Que Jésus ne les a pas voulus et que c’est tant pis pour eux ; leur dira-t-on aussi qu’ils sont eux-mêmes responsable du silence ?

            (2) Comment la parole de grâce parvient-elle aux humains ? Considérons encore les Saintes Écritures et leurs grands commentateurs, mais sans affirmer qu’aujourd’hui comme hier Jésus parle par eux. Regardons plutôt le simple lecteur, qui lit et qui médite ces grands textes. Parler de lui, parler du simple lecteur, c’est parler de chaque lecteur, et tous sont à égalité. La méditation régulière et obstinée des textes de la Bible et des grands commentateurs peut permettre qu’émerge une parole actuelle dans le cœur de celui qui lit. Ce sera bientôt, dans très longtemps, peut-être jamais – des années pour Martin Luther méditant l’épître de Paul aux Romains. Des années pendant lesquelles le texte demeure, l’attente demeure, et la méditation toujours recommence.

             Et un jour, Jésus passe, Fils de l’homme, fils de David, Christ Fils de Dieu, il passe, d’une manière ou d’une autre, il passe. Et nous voici de nouveau devant l’histoire qui nous est contée. Il y a Jésus et toutes sortes d’obstacles. Puissions-nous ne pas être des obstacles. Et prions que s’il veut s’adresser à nous, aucun obstacle ne soit dressé sur son chemin. Amen

samedi 16 octobre 2021

Enseigner la résurrection (Marc 10,35-45)

Marc 10

35 Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s'approchent de Jésus et lui disent: «Maître, nous voudrions que tu fasses pour nous ce que nous allons te demander.» 36 Il leur dit: «Que voulez-vous que je fasse pour vous?» 37 Ils lui dirent: «Accorde-nous de siéger dans ta gloire l'un à ta droite et l'autre à ta gauche.» 38 Jésus leur dit: «Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire, ou être baptisés du baptême dont je vais être baptisé?» 39 Ils lui dirent: «Nous le pouvons.» Jésus leur dit: «La coupe que je vais boire, vous la boirez, et du baptême dont je vais être baptisé, vous serez baptisés. 40 Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, il ne m'appartient pas de l'accorder: ce sera donné à ceux pour qui cela est préparé.» 41 Les dix autres, qui avaient entendu, se mirent à s'indigner contre Jacques et Jean. 42 Jésus les appela et leur dit: «Vous le savez, ceux qu'on regarde comme les chefs des nations les tiennent sous leur pouvoir et les grands sous leur domination. 43 Il n'en est pas ainsi parmi vous. Au contraire, si quelqu'un veut être grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur. 44 Et si quelqu'un veut être le premier parmi vous, qu'il soit l'esclave de tous. 45 Car le Fils de l'homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude.»

  Prédication

            Et une fois encore, Jésus annonça sa mort prochaine, et sa résurrection. Nous n’allons pas – pas tout de suite – nous intéresser à l’état d’esprit de ceux qui accompagnaient Jésus. Nous allons d’abord nous souvenir d’un homme qui était très riche et qui observait très scrupuleusement la Loi. Cet homme, Jésus l’aima et le complimenta pour sa piété. Mais il lui fit aussi cette recommandation : « Une chose te manque ; va, ce que tu as, vends-le, et donne-le au pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel ; puis viens, et suis-moi. »

            L’homme s’en alla. Il avait quelque-chose dont il ne voulait pas se défaire ; il avait quelque-chose en trop ; et sa démarche vers Jésus tourna court.

            Qu’avait-il donc en trop, cet homme ? (vous savez – nous en avons parlé déjà depuis quelques semaines, que la résurrection de Jésus Christ Fils de Dieu n’ajoute rien à la foi, mais, bien au contraire y retranche ; mais y retranche quoi ?)

            Cet homme donc, qu’avait-il en trop ? Ses biens, qui étaient très nombreux ? Peut-être… mais peut-être pas. Si ça n’avait été que ses biens l’affaire n’aurait pas été si triste.

            Tout à la fin des versets que nous venons de lire, il est affirmé que « Le Fils de l’homme est venu (…) pour donner sa vie en rançon pour la multitude. »

            Ce qui indique d’abord, que la multitude est captive. Captive de quoi ?

            Soyons modestes dans nos réponses. N’allons pas affirmer que la multitude est l’humanité toute entière, et restons-en – avec prudence – à cette multitude que nous voyons apparaître dans l’évangile de Marc, une petite multitude israélite, païenne, et romaine que, page après pages, nous apprenons à connaître.

            Cet homme riche et ses richesses, plus Jacques et Jean, qu’ont-ils en commun ? Ils ont en commun de considérer que la relation du croyant à Dieu est une relation dont les termes peuvent être rassemblés dans une sorte de contrat : (a) Dieu ordonne, (b) le croyant fait ce qui doit être fait, (c) Dieu, exécutant sa propre part du contrat, fait ce qui doit être fait, il rétribue et honore ceux qui ont obéi et donc bien agi.

            Ainsi, Jacques et Jean, fils de Zébédée, s’estiment-ils en droit de réclamer pour eux-mêmes dans les cieux les places d’honneur aux côtés du Christ en gloire. Ils pensent que ce qu’ils ont fait depuis le début les distingue et les qualifie. La rétribution qu’ils ambitionnent, Dieu la leur doit bien.

            La démarche de Jacques et Jean n’est au fond pas différente de celle de l’homme riche qui, ayant mené à bien toutes ses œuvres d’éthique et de piété ressent que quelque chose lui manque. Il est en quête de quelque chose en plus, de quelque chose qu’il lui faudrait ajouter à son tableau de chasse pourtant déjà très bien rempli, quelque-chose qui serait définitivement suffisant.

            Considérons maintenant les dix autres disciples les plus proches de Jésus ; les dix autre s’indignent devant l’audace des deux frères. Nous devons imaginer ici de la violence verbale, du bruit et de la fureur. Pourquoi eux deux et pas nous ? Qu’est-ce qu’ils ont de plus que nous ? Et nous les voyons, ces dix, entreprendre de faire une sorte de bilan comparatif de leurs mérites…

            Il est vrai que, deux places seulement pour douze hommes, ça pose un problème insoluble.

            Les dix autres disciples ne sont pas, au fond, différends de Jacques et Jean, les deux frères ambitieux qui, eux, au moins, avaient mis des mots très précis sur leurs propres ambitions.

            A toutes ces ambitions, Jésus répond par un mot, et ce mot c’est esclave. Notons qu’il y a une hésitation dans la tradition, entre le mot serviteur et le mot esclave. C'est-à-dire que si au serviteur on peut reconnaître une compétence particulière qui peut appeler une rétribution, à l’esclave – nous sommes dans l’antiquité gréco-latine – on ne reconnaît rien qui mérite quoi que ce soit. Point de départ de toute relation avec un esclave, l’esclave n’est maître ni de son corps, ni de sa volonté, ni de son destin.

            Plus puissamment encore, Jésus parle d’un esclavage volontaire, et permanent. Il parle d’un engagement absolu envers les autres, engagement absolument gratuit, qui laisse autrui intégralement libre, de bout en bout, du commencement à la fin.

            L’engagement de Jésus envers ses disciples est adéquatement décrit en parlant d’esclavage : Jésus est l’esclave de ses disciples.

            Mais si l’on entend bien ce que Jésus propose, ce même engagement devrait être celui de chaque disciple envers chacun des autres disciples.

            Les disciples peuvent-ils comprendre tout cela ? Peuvent-ils comprendre que Jésus est leur esclave ? Et peuvent-ils comprendre qu’ils sont – ou du moins devraient être – ou devraient aspirer à être… esclaves les uns des autres ? Il n’y a pas grand-chose dans le texte – peut-être même dans tout l’évangile de Marc – qui nous indique que les disciples ont compris, non pas seulement d’une compréhension intellectuelle et verbale, mais d’une compréhension active, une compréhension concrète…

            Peut-être que personne, peut-être qu’aucun être humain, ne peut comprendre, c'est-à-dire mettre concrètement en œuvre ce qu’est cet engagement intégral, éperdu, sans reste aucun… Mais peut-être ne peuvent-ils pas le comprendre ; peut-être qu’un être humain ne peut jamais comprendre pleinement cet engagement pleinement et volontairement le vivre, et pleinement en vivre.

            En tout cas, Jésus, nous, lecteurs, le comprenons, se fait esclave de tous, se met au service de tous, et n’attend rien, absolument rien qui rétribue son engagement. Il y a bien une céleste gloire qui est évoquée, mais sans insistance aucune, car elle est ici une croyance toute humaine, croyance de Jacques et Jean.

            Les creusements successifs opérés dans le texte aboutissent à ceci : « Car le Fils de l'homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

            Qui dit rançon dit captivité… et de quoi ces gens sont-ils captifs ? De leurs richesses, nous l’avons déjà dit, c’est sûr. Nous ajoutons qu’ils sont captifs de Dieu, car les contrats d’éthique et de piété qu’ils passent avec Dieu les rendent captifs de Dieu. Une rançon peut-elle être payée, une libération est-elle possible ?

            Le titre que Marc donne à son évangile est « Commencement de l’évangile de Jésus Christ Fils de Dieu ». Nous n’en ferons jamais assez pour bien réaliser que sous cette longue appellation, c’est Dieu lui-même qui est présent et agissant.

            Considérons maintenant ce qu’était la crucifixion romaine, la mort la plus infâmante qui fut, réservée aux esclaves séditieux… c’est une mort qui rajoutait l’infamie à l’indignité. Personne, personne, ne serait jamais l’obligé d’un crucifié.

            A supposer même, ce qui ne se pouvait pas, qu’un esclave ait passé un contrat avec qui que ce soit, l’autre partie au contrat en serait évidemment déliée.

            Ainsi, Dieu lui-même se fait esclave, volontairement, et volontairement meurt sur la croix. Avec pour conséquence que les humains, ceux qui ont affaire à lui, ne lui doivent absolument plus rien. Ils sont libres.

            7. Et que feront-ils de cette liberté, liberté pour eux acquise et à eux donnée ? Retourneront-ils à une servitude religieuse ? Ou apprendront-ils à vivre de cette neuve liberté en se mettant au service les uns des autres ? Puissent-ils faire ce choix-là. Amen


samedi 2 octobre 2021

La peur du vide (méditation sur les chapitres 8, 9 et 10 de l'évangile de Marc)

 

Marc 10

1 Partant de là, Jésus va dans le territoire de la Judée, au-delà du Jourdain. De nouveau, les foules se rassemblent autour de lui et il les enseignait une fois de plus, selon son habitude. 2 Des Pharisiens s'avancèrent et, pour lui tendre un piège, ils lui demandaient s'il est permis à un homme de répudier sa femme. 3 Il leur répondit: «Qu'est-ce que Moïse vous a prescrit?» 4 Ils dirent: «Moïse a permis d'écrire un certificat de répudiation et de renvoyer sa femme.» 5 Jésus leur dit: «C'est à cause de la dureté de votre cœur qu'il a écrit pour vous ce commandement. 6 Mais au commencement du monde, Dieu les fit mâle et femelle; 7 c'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme, 8 et les deux ne feront qu'une seule chair. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. 9 Que l'homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni.» 10 Plus tard, en privé, les disciples l'interrogeaient de nouveau sur ce sujet. 11 Il leur dit: «Si quelqu'un répudie sa femme et en épouse une autre, il est adultère à l'égard de la première; 12 et si la femme répudie son mari et en épouse un autre, elle est adultère.» 

13 Des gens lui amenaient des enfants pour qu'il les touche, mais les disciples les rabrouèrent. 14 En voyant cela, Jésus s'indigna et leur dit: «Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le Royaume de Dieu est à ceux qui sont comme eux. 15 En vérité, je vous le déclare, qui n'accueille pas le Royaume de Dieu comme un enfant n'y entrera pas.» 16 Et il les embrassait et les bénissait en posant les mains sur eux.

Prédication : Vincennes, 3 octobre 2021

         Si nous ne prenions en considération que les 16 versets de marc que nous venons de lire, nous aurions entre les mains deux enseignements de Jésus, l’un sur le couple et l’autre sur l’accueil des enfants.

            Il est toujours possible de procéder ainsi, c'est-à-dire de considérer la page qu’on est en train de lire comme l’exposé d’un commandement absolu et intemporel. Et ce qu’on fait avec une page, on peut le faire avec la Bible entière : collection de commandements, donnant à chaque moment de la vie son commandement divin.

            C’est écrit, et il faut obéir. Ainsi, « ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » (Marc 10,9 ; Matthieu et Luc ont aussi retenu cet enseignement.)

            Ceci étant dit, nous devons toujours nous poser une certaine question : est-ce pour énoncer quelque chose d’absolument absolu que Jésus parle ? Ou bien faut-il prendre en considération l’époque qui était la sienne, et l’époque aussi qui était celle de Marc ?

            En Israël, la Loi de Moïse permettait à un homme de renvoyer sa femme. A Rome aussi. A Rome en plus, la Romaine avait le droit de renvoyer son Romain et d’exiger de lui pension et dédommagement. Un droit que la femme Israélienne n’avait absolument pas. Tel était le droit, renvoyer. Mais renvoyer pour quel motif ? Renvoyer pour aller où ? Dans quelles conditions ?

            Ici il faut que je vous dise que les traducteurs manquent souvent de simplicité. Ils habillent de beaux mots d’aujourd’hui des réalités sordides. Ils parlent de répudiation ou de divorce, alors qu’ils devraient parler de flanquer dehors et de laisser crever (le tout en partant du même verbe grec)… telle était probablement la terrible réalité de la mise en œuvre par ces messieurs d’une ordonnance précise, et pour eux avantageuse (Deutéronome 24,1-4) de la Loi de Moïse.

            Alors nous comprenons pourquoi en face d’autant de morgue Jésus répond à la fin par un absolu. Nous comprenons aussi pourquoi il insiste sur le 4ème commandement du Décalogue, commandement majeur, sur l’adultère. Ce n’est pas pour leur parler de répudiation et d’épousailles, mais il s’agit bien plutôt d’en lourder une pour s’en prendre une autre.

            Entre Jésus et ces Pharisiens, c’est commandement contre commandement. Les Pharisiens lui ont tendu un piège, un piège biblique. La réponse que Jésus propose doit être biblique pour qu’il ne tombe pas dans le piège qui lui est tendu.

            Pourvu que les lecteurs de ces versets ne reconstituent pas à leur tour le piège qui était tendu à Jésus. Pourvu qu’ils n’y précipitent pas leurs contemporains…

            Nous allons revenir  bientôt à ces premiers versets.           

            Il y a, dans l’évangile de Marc, une séquence qui rassemble 3 chapitres : 8, 9 et 10. Nous avons lu ces dernières semaines une partie de cette séquence et des éléments nous en seront proposés pendant quelques dimanches encore.

            Dans cette séquence, Jésus annonce par trois fois sa Passion et sa Résurrection. A la fin de cette séquence, la Passion commencera effectivement (Rameaux) mais ce qui peut être repéré, c’est que chaque fois que Jésus annonce ce qui doit en être de la fin de son ministère, chaque fois, cela déclenche des réactions de force. On se souvient bien sûr de Pierre rabrouant Jésus, on se souvient aussi de Jean essayant de faire de l’annonce de l’Évangile la propriété de quelques-uns, ajoutons cette dispute entre disciples pour savoir lequel est le plus grand, et les disciples chassant ceux qui amènent des enfants à Jésus… Nous ne rappelons que ça. A quoi s’ajoutent les Pharisiens dont nous venons de parler.

            Pourquoi tellement de violence ? Parce que c’est un monde violent ? C’est un monde violent, oui. Bien plus violent que notre monde – plus violent que Vincennes et ses environs en 2021. Mais il y a surtout que la parole et les actes de Jésus Christ Fils de Dieu agissent comme des révélateurs de violence.

            Jésus parle et agit. Bien sûr sa parole est puissante et ses actes merveilleux. Mais une parole puissante et des actes merveilleux devraient plutôt susciter un silence d’admiration et une attitude de soumission. Or, il n’en est rien. Pourquoi ? Parce que Jésus ne parle pas et n’agit pas pour occuper la place, ce que font ses détracteurs ainsi que ses disciples. Jésus parle et agit pour libérer de la place. Jésus libère les humains, il libère la place. En annonçant sa Passion et sa Résurrection (dans le sens très stupéfiant qu’elle a jusqu’en Marc 16,8), Jésus annonce qu’il ne veut ni gloire, ni pouvoir, ni honneur, il annonce qu’il va se laisser saisir et anéantir.

            Nous pouvons imaginer quelle sorte de vertige cela a pu engendrer non seulement chez ses disciples, mais aussi chez ses détracteurs. Ils se sont trouvés comme face au vide, pris d’un vertige. Mais autant les actes et paroles de puissance de Jésus sont de nature à combler ce vide, autant l’incompréhensible enseignement de la Passion et surtout de la Résurrection est de nature à creuser ce vide, en effaçant les actes de puissance. Et face au vide, confronté au vide, l’être humain remplit.

            L’être humain remplit, et il remplit, réaffirme sa puissance, en allant au plus facile. En s’en prenant donc à celles et ceux qui sont le moins susceptibles de répondre ou de se défendre, les femmes, les enfants, les faibles, les malades. Et c’est là que l’être humain, même s’il est en son temps disciple de Jésus Christ Fils de Dieu… c’est là que l’être humain renvoie ceux qui apportent des enfants pour que le Maître les bénisse, c’est là que les plus forts mettent en œuvre des lois qui permettent de lourder leurs faibles femmes, que d’autres réclament à Jésus pour eux-mêmes les plus hautes récompenses célestes, et d’autres encore des signes venus du ciel.

            Tout cela pour contrer le vertige qui les saisit devant les actes et les paroles de Jésus, tout cela pour remplir ce qu’ils perçoivent comme un abîme.

            Encore quelques versets et la séquence dont nous parlons aujourd’hui sera finie. La Passion commencera. Les disciples de Jésus n’auront vraisemblablement pas saisi ce que leur Maître voulait leur faire comprendre. Les adversaires de Jésus n’auront en aucun cas modifié leurs usages et leurs projets. Les disciples veulent conserver Jésus, les ennemis de Jésus veulent se  débarrasser de lui. Ni les uns, ni les autres, ne parviendront à leurs fins.

            Le vide demeure, et avec lui sans doute une certaine inquiétude. Cette inquiétude, il est possible de tout faire pour l’effacer, tout faire, même tuer. Mais cette même inquiétude peut être regardée comme une inquiétude positive, une inquiétude d’ouverture. C'est-à-dire une ouverture à la vie, c'est-à-dire accueillir, et donner.

            Ici, et pour finir, nous pouvons en revenir à cet enseignement par lequel nous avons commencé. Ce que Dieu a uni est uni devant le vide, vide qui peut être inquiétant, mais d’où le meilleur peut toujours sortir. Uni donc pour recevoir. Uni aussi pour donner. Amen