dimanche 20 novembre 2016

Le Roi des Juifs (Luc 23,32-43) A l'occasion de la fête du Christ Roi

Luc 23
32 On en conduisait aussi d'autres, deux malfaiteurs, pour les exécuter avec lui.
33 Arrivés au lieu dit «le Crâne», ils l'y crucifièrent ainsi que les deux malfaiteurs, l'un à droite, et l'autre à gauche.
34 Jésus disait: «Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font.» Et, pour partager ses vêtements, ils tirèrent au sort.
35 Le peuple restait là à regarder; les chefs, eux, ricanaient; ils disaient: «Il en a sauvé d'autres. Qu'il se sauve lui-même s'il est le Messie de Dieu, l'Élu!»
36 Les soldats aussi se moquèrent de lui: s'approchant pour lui présenter du vinaigre, ils dirent:
37 «Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même.»
38 Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui: «C'est le roi des Juifs.»
39 L'un des malfaiteurs crucifiés l'insultait: «N'es-tu pas le Messie? Sauve-toi toi-même et nous aussi!»
40 Mais l'autre le reprit en disant: «Tu n'as même pas la crainte de Dieu, toi qui subis la même peine!
41 Pour nous, c'est juste: nous recevons ce que nos actes ont mérité; mais lui n'a rien fait de mal.»
42 Et il disait: «Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras comme roi.»
43 Jésus lui répondit: «En vérité, je te le dis, aujourd'hui, tu seras avec moi dans le paradis.»

Luc 3
1 L'an quinze du gouvernement de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de Galilée, Philippe son frère tétrarque du pays d'Iturée et de Trachonitide, et Lysanias tétrarque d'Abilène,
2 sous le sacerdoce de Hanne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée à Jean fils de Zacharie dans le désert.
3 Il vint dans toute la région du Jourdain, proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés,
4 comme il est écrit au livre des oracles du prophète Esaïe: Une voix crie dans le désert: Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.
5 Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées; les passages tortueux seront redressés, les chemins rocailleux aplanis;
6 et tous verront le salut de Dieu.
7 Jean disait alors aux foules qui venaient se faire baptiser par lui: «Engeance de vipères, qui vous a montré le moyen d'échapper à la colère qui vient?
8 Produisez donc des fruits qui témoignent de votre conversion; et n'allez pas dire en vous-mêmes: ‹Nous avons pour père Abraham.› Car je vous le dis, des pierres que voici Dieu peut susciter des enfants à Abraham.
9 Déjà même, la hache est prête à attaquer la racine des arbres; tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu.»
Jean le Baptiste, prédicateur en colère !
10 Les foules demandaient à Jean: «Que nous faut-il donc faire?»
11 Il leur répondait: «Si quelqu'un a deux tuniques, qu'il partage avec celui qui n'en a pas; si quelqu'un a de quoi manger, qu'il fasse de même.»
12 Des collecteurs d'impôts aussi vinrent se faire baptiser et lui dirent: «Maître, que nous faut-il faire?»
13 Il leur dit: «N'exigez rien de plus que ce qui vous a été fixé.»
14 Des militaires lui demandaient: «Et nous, que nous faut-il faire?» Il leur dit: «Ne faites ni violence ni tort à personne, et contentez-vous de votre solde.»

Prédication : 
                Dans cette horrible scène de crucifixion, avec ces deux malfaiteurs qui entourent le Christ, c’est l’humanité qui est partagée en deux, dans son rapport à elle-même et dans son rapport à Dieu :
-          Il y a ceux qui, refusant de répondre de leurs actes, se montrent exigeants à l’égard de Dieu ;
-          Et ceux qui, acceptant de répondre de leurs actes, comptent sur sa seule miséricorde.
Dans cinq semaines, ce sera Noël. Et dimanche prochain, le temps de l’Avent commence, temps de l’attente de Noël, temps de l’attente de la venue du Christ. C’est ainsi que l’année liturgique finit – aujourd’hui – et recommence. L’année liturgique finit symboliquement au moment où la pleine révélation du Christ à l’Eglise et au monde a eu lieu : la fête qui correspond à ce moment s’appelle fête du Christ Roi. Que Christ soit roi, nous venons de le lire : il est Roi des Juifs.
Les Romains, chez qui les crucifixions étaient fréquentes, plaçaient au cou des suppliciés, ou sur le sommet des croix, un écriteau par lequel ils informaient le public des motifs de la condamnation. Le motif pouvait être sédition, vol, désertion… mais, ce jour-là, on inscrivit Roi des Juifs. Le public était donc informé de ceci : être Roi des Juifs était un motif de condamnation à mort.
Les Romains ont eu bien des difficultés avec les Juifs, avec cette province lointaine qu’était la Palestine, qu’ils n’ont jamais vraiment bien comprise, jamais pacifiée, et qu’ils ont fini par ravager : plus de Temple (70), plus de peuple juif sur cette terre (135).
Cette province avait quelque chose de très particulier : son culte du Dieu, de l’Eternel, Dieu au nom imprononçable, et, avec ce culte, d’une manière essentielle, un combat séculaire que des membres de ce peuple menaient contre l’idolâtrie, même au sein de sa propre religion. En fait, la dynamique de l’alliance avec Dieu ne permet jamais que la religion devienne juste identitaire et ait seulement une fonction de régulation sociale. L’Alliance avec Dieu porte aussi, en elle, d’une manière permanente, deux principes puissamment contestataires, puissamment subversifs : le Nom de Dieu est imprononçable, et Dieu ne peut être représenté. Ainsi les formes de la religion, les apparences de la religion, sont provisoires, sont éphémères, ne peuvent pas être défendues pour elles-mêmes. Et l’essentiel, c’est que celui qui croit fasse sienne cette alliance. Et donc celui qui croit n’obéit en conscience qu’à Dieu seul, vit d’une manière conséquente, sans crainte de ses semblables, ni désir de leur plaire, et s’en remet à Dieu.
Ces principes religieux étaient incompréhensibles pour les Romains ; ils rendaient aussi la Palestine ingouvernable ; et cette Palestine ne cessait de se diviser, au nom de Dieu les uns toujours en contestant d’autres… et parfois très violemment.
            C’est selon ces principes religieux, dans une absolue fidélité à l’Alliance, qu’a vécu Jésus de Nazareth. Et nous devons considérer que cette scène d’exécution énonce la vérité : il est le Roi des Juifs, et crucifié. Sa royauté est révélée dans toute sa vie, y compris à la croix.
            Nous précisons maintenant ceci, en trois temps. (1) Que le Roi des Juifs est Juif. (2) Que le Roi des Juifs est Roi. (3) Que le Roi des Juifs est crucifié.

            Premier temps : le Roi des Juifs est Juif. C’est apparemment évident, mais il est des évidences qui doivent être interrogées. Un Juif, qu’est-ce que c’est ? Un Juif est fils de Juif, descendant d’Abraham, Isaac et Jacob. Nous ne pouvons pas nous en tenir à cela. Les écrivains de l’Ancien Testament, disons Moïse et les Prophètes, ne s’en sont jamais tenu à cela. On n’est pas Juif seulement par la naissance. On n’est pas Juif non plus seulement par l’observance rituelle. Cela, c’est l’apparence. On est Juif dans l’apparence, mais aussi dans une constante réflexion de sa propre vie. On est Juif par la naissance, par l’obéissance, par l’intelligence, et par le cœur, par l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Mais qui est capable de cela ? Etre Juif, c’est le vouloir, tâcher de le mettre en œuvre, avec les forces qu’on a, et s’en remettre à Dieu seul. On est Juif ainsi dans un constant apprentissage de la foi en Dieu, dans un constant processus de conversion.
Petit à petit, certains courants du judaïsme se sont détachés du lien du sang, de l’observance rituelle, ont insisté sur la dimension éthique de la foi en Dieu, et se sont ouverts aux nations. C’est par cette ouverture que les nations ont connu Dieu, et que nous le connaissons.
En son temps, comme tous les prophètes avant lui, Jean le Baptiste rappelle ce que c’est qu’être Juif. Et, comme prophète, il interpelle ses contemporains et, au besoin, les invective lorsque qu’ils viennent à lui sans repentir, sans volonté de changer de vie...
            Jésus est Juif. Mais il n’est pas un Juif comme les autres. Il est le Roi des Juifs.
Second temps : comment comprendre cette royauté ? Il y a en Jésus une sorte de superlatif, de dépassement. Par sa consécration à ses semblables sans considération de grandeur, d’origine ou de dignité, par l’intelligence de son enseignement, par son indifférence vis-à-vis des convenances, par sa défiance des puissants et par son absolue confiance en Dieu, Jésus, tout en étant Juif, fait éclater non seulement les cadres du judaïsme de son temps, mais aussi les cadres de toutes les religiosités à venir. Avec lui c’est la foi en Dieu, en Dieu seul, qui triomphe. En cela il est suprêmement Juif. En cela aussi aussi l’Alliance et la dynamique de l’Alliance avec Dieu s’offrent à tous les humains. Il est le Roi des Juifs.

            Troisième temps, il est crucifié. Pourquoi Jésus fut-il crucifié ? Le récit de l’évangile de Luc montre que des gens bien en place ont vu en lui un dangereux concurrent ; ils l’ont éliminé. Mais l’évangile de Luc nous montre aussi que ses propres disciples ne l’ont ni compris, ni soutenu, ni défendu. Plus tard, devenus apôtres, ils auront bien de la peine à ne pas transformer parfois en rituel rigide, en société cloisonnée, ce qui était pourtant un immense souffle de libération. Et la suite de l’histoire de l’Eglise, des Eglises chrétiennes n’a pas infirmé cela.
L’existence du Roi des Juifs est insupportable à tous ceux qui ont une image à promouvoir, ou un statut à défendre. Jésus Christ, le Roi des Juifs, dérange, il ne cesse de déranger. Et crucifié, il le fut, il l’est et le sera jusqu’à la fin des temps, bien qu’aucun de ses actes ne lui méritât jamais ce sort. 

Cependant, jusqu’à la fin des temps aussi, il y a deux malfaiteurs qui sont crucifiés à ses côtés, comme si l’humanité entière se partageait en deux. Il y a ceux qui, refusant de répondre de leurs actes et de l’état du monde, se montrent exigeants à l’égard de Dieu : « « Si Dieu existait, etc. » Et il y a ceux qui, acceptant de répondre de leurs actes et de l’état du monde, en appellent à son aide et comptent sur sa miséricorde. Et chacun peut, jusqu’au dernier souffle de sa vie, en appeler à cette miséricorde. Ceux qui, un jour, le font le font parce qu’ils espèrent croire, parce qu’ils tâchent d’apprendre à croire, et parce qu’ils croient déjà.

Et même s’ils doivent vivre plusieurs décennies encore, le Christ crucifié, vivant pour les siècles des siècles, leur adresse cette étonnante parole : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis. » Le Christ, qui est Roi, entend cette prière sincère. Et il y répond. Amen


dimanche 6 novembre 2016

Quelle résurrection ? (Luc 20,27-38)

Assez longtemps après le décès de son homme, de son chéri, son si cher vieux mari mort, délicat, prévenant, attentionné... au terme d'une sale maladie qui l'avait rendu brutal et effroyablement grossier, la veuve me posa cette simple question : "Monsieur le Pasteur, lors de la résurrection, comment serons-nous?" Désireux de lui laisser sa propre réponse, j'avais temporisé : "Que voulez-vous me dire au juste?" Et la réponse vint : "Si c'est pour me le rendre dans l'état où il était lorsque la mort nous a séparés, et bien... ils peuvent le garder !"
Luc 20
27 Alors s'approchèrent quelques Sadducéens. Les Sadducéens contestent qu'il y ait une résurrection. Ils lui posèrent cette question:
28 «Maître, Moïse a écrit pour nous: Si un homme a un frère marié qui meurt sans enfants, qu'il prenne la veuve et donne une descendance à son frère.
29 Or il y avait sept frères. Le premier prit femme et mourut sans enfant.
30 Le second,
31 puis le troisième prirent la femme, et ainsi tous les sept: ils moururent sans laisser d'enfant.
32 Finalement la femme mourut aussi.
33 Eh bien! cette femme, à la résurrection, duquel d'entre eux sera-t-elle la femme, puisque les sept l'ont eue pour femme?»
34 Jésus leur dit: «Ceux qui appartiennent à ce monde-ci prennent femme ou mari.
35 Mais ceux qui ont été jugés dignes d'avoir part au monde à venir et à la résurrection des morts ne prennent ni femme ni mari.
36 C'est qu'ils ne peuvent plus mourir, car ils sont pareils aux anges: ils sont fils de Dieu puisqu'ils sont fils de la résurrection.
37 Et que les morts doivent ressusciter, Moïse lui-même l'a indiqué dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob.

38 Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants, car tous sont vivants pour lui.»


Prédication :
            Les Sadducéens affirmaient qu’il n’y a pas de résurrection, et ils vinrent interroger Jésus. Qui étaient ces gens-là ? C’était un très petit nombre de quelques grandes familles, l’aristocratie des prêtres du Temple de Jérusalem, ancienne lignée, très grosses fortunes, extrêmement conservateurs et prêts à pactiser avec les pouvoirs politiques, même celui des occupants, prêts à tout pour que rien ne change de l’ordonnancement du monde. Cet ordonnancement leur était favorable, et depuis plusieurs siècles.
Les Sadducéens affirmaient qu’il n’y a pas de résurrection et ils en démontraient l’absurdité au regard de ce que tous les Juifs recevaient comme autorité suprême, les Ecrits de Moïse (les Cinq premiers livres de notre Bible).
            Nous n’allons pas  reprendre leur démonstration. Nous allons juste repérer que les Sadducéens qui interrogent Jésus ne prennent à aucun moment en considération le fait que cette femme aura vécu sept fois le drame de devenir veuve, et le drame, voire la honte, de ne jamais enfanter. La vie des malheureux, cela n’intéresse aucunement les Sadducéens.
Et, pour un peu, ils la représenteraient lascive puis, à cette femme, ils finiraient par reprocher la mort de ses maris successifs... 
            Selon les Sadducéens, s’il y avait une résurrection, la société nouvelle s’organiserait alors et pour l’éternité en suivant les prescriptions perpétuelles de la Loi de Moïse. Comme cela peut conduire à des situations contraires à cette Loi, c’est qu’il n’y pas de résurrection.
Ne nous laissons pas abuser par une aussi piètre démonstration. Demandons-nous plutôt pour quelle raison l’on approuve une doctrine, ou pour quelle raison on la combat. La résurrection est l’espérance des prophètes, l’espérance pour les temps effroyablement difficiles. Elle peut être une résurrection politique, mais aussi une résurrection personnelle. Pourquoi les Sadducéens affirment-ils qu’il n’y a pas de résurrection ? Lorsque la vie vous a si bien installé, lorsqu’on est totalement indifférent au sort des petites gens, lorsqu’on a des privilèges à défendre, on n’a pas besoin d’une espérance. En plus, le pouvoir et les privilèges des Sadducéens ne sont aucunement fondés sur la Loi de Moïse… Les Sadducéens ne doivent leur position qu’à une intrigue de cour qui avait conduit à la disgrâce les prêtres légitimes, sous le règne de Salomon. En peu de mots, si l’on veut parler de leur légitimité à être les maîtres du Temple de Jérusalem, les Sadducéens sont des pièces rapportées, peu légitimes, voire des imposteurs… Ils n’ont que faire d’un prophète de Dieu qui leur rappelle cette vérité, et le toujours libre choix de Dieu ; ils n’ont rien à faire de Dieu, rien à faire de la résurrection et surtout rien à faire d’un jugement qui la précéderait.
           


            La réponse que Jésus leur fait tient en deux temps. Puisqu’il a été question de doctrine, cela va être d’abord doctrine contre doctrine. Et puisqu’il a été question aussi de Saintes Ecritures, cela sera aussi Saintes Ecritures contre Saintes Ecritures. Et nous verrons que c’est la perspective même de la résurrection qui est totalement transformée.
La doctrine sadducéenne de la résurrection n’est pas la seule possible. Si un homme a un frère marié qui meurt sans enfants, qu’il prenne sa veuve et donne une descendance à son frère. Dans cet ancien monde, cela permet que le nom du frère ne soit pas perdu pour la famille et le clan. En plus, la femme fait partie des biens du frère défunt et on ne peut pas laisser perdre des biens familiaux. Et puis reconnaissons aussi que cela donne une petite sécurité à la femme, et que si des enfants naissent, c’est un peu une assurance vieillesse. C’est la Loi de Moïse. Mais après la résurrection, une fois que tous vivent pour l’éternité, cette Loi est sans aucune pertinence. Si l’on ne peut plus mourir, pourquoi prendre femme ou mari ?
Le point de vue des Sadducéen, matérialiste, conservateur, et foncièrement inégalitaire, n’est pas le seul possible. Jésus imagine les ressuscités semblables aux anges, vivant perpétuellement de la présence de Dieu. Sa manière de penser la résurrection redistribue les bienfaits de Dieu, après le jugement de Dieu, et selon la justice souveraine de Dieu.
Les Sadducéens se réclament de la Bible, Jésus tout autant. Les Sadducéens disqualifient l’idée de résurrection en se réclamant des Saintes Ecritures. Si Jésus s’avisait de nier l’autorité des Saintes Ecritures, il serait disqualifié. Mais Jésus aussi est lecteur des Saintes Ecritures. A la lecture toute statique conservatrice que proposent les Sadducéens, Jésus oppose une lecture dynamique et ouverte d’un épisode fameux, celui du buisson ardent.
« Que les morts doivent ressusciter, Moïse lui-même l’a indiqué dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. » Le lien n’est pas évident à première vue entre le buisson ardent et la résurrection.
Lorsque Moïse voit ce buisson, il s’est écoulé un très long temps depuis la descente en Egypte, et les Hébreux souffrent, ils sont esclaves. Dieu, qui a fait alliance avec Abraham, Isaac et Jacob les a-t-il oubliés, et a-t-il oublié leurs enfants, son peuple ? Moïse, qui est considéré ici comme l’auteur des cinq premiers livres de la Bible, affirme que le Dieu qui lui parle dans le buisson ardent est le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Cela signifie qu’il considère que les patriarches sont vivants en leurs descendants, que l’alliance passée avec les pères bénéficie aux fils. La libération des fils, c’est la résurrection des pères. Et la résurrection, c’est le signe de la fidélité de Dieu. Tout au long de cette très longue histoire, Dieu ne cesse jamais d’être fidèle, tout comme le buisson brûle sans jamais se consumer. Dieu donc appelle sans se lasser, s’engage sans s’épuiser, et demeure toujours libérateur.

La perspective de la résurrection est ainsi transformée. Les Sadducéens ne veulent qu’une chose, et sont prêts à tout pour cela : que rien jamais ne change, que les riches restent riches, et les pauvres pauvres. Leur monde est un monde sans foi en Dieu et sans espérance.
En face d’eux, il y a Jésus. La résurrection selon Jésus, c’est la fidélité de Dieu qui ne connaît aucune interruption et n’en connaîtra aucune tant que le monde sera monde et que des humains y vivront. Alors la résurrection selon Jésus n’est pas inscrite dans un au-delà lointain. « Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants, car tous sont vivants pour lui. » La résurrection selon Jésus est inscrite dans le présent de la foi, dans le présent de la vie, comme reconnaissance de la vérité de ce qu’on est, reconnaissance de la grâce qui vous fut faite et de la chance qu’on a, comme espérance pour les autres comme pour soi, dès maintenant, et à jamais, et comme engagement personnel.
Alors avec Jésus Christ, affirmons que « Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants, car tous sont vivants pour lui. » Pour nous-mêmes mais surtout pour le monde, croyons en la résurrection et vivons selon ce que nous croyons. Amen 


dimanche 23 octobre 2016

Quelques considérations sur la Réformation (Luc 18,9-13)

Luc 18
… le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre?»

9 Jésus dit encore la parabole que voici à certains qui étaient convaincus d'être justes et qui méprisaient tous les autres:
10 «Deux hommes montèrent au temple pour prier; l'un était Pharisien et l'autre collecteur d'impôts.
11 Le Pharisien, debout, priait ainsi en lui-même: ‹O Dieu, je te rends grâce de ce que je ne suis pas comme les autres hommes, qui sont voleurs, malfaisants, adultères, ou encore comme ce collecteur d'impôts.
12 Je jeûne deux fois par semaine, je paie la dîme de tout ce que je me procure.›
13 Le collecteur d'impôts, se tenant à distance, ne voulait même pas lever les yeux au ciel, mais il se frappait la poitrine en disant: ‹O Dieu, prends pitié du pécheur que je suis.›

14 Je vous le déclare: celui-ci redescendit chez lui justifié, et non l'autre, car tout homme qui s'élève sera abaissé, mais celui qui s'abaisse sera élevé.»
Prédication
             Le culte que nous célébrons aujourd’hui, avec un peu d’avance sur le calendrier officiel, s’appelle culte de la Réformation. 
Qui dit calendrier officiel, dit événement à commémorer et cet événement, c’est l’affichage, le 31 octobre 1517, d’une série de thèses, 95, dont Martin Luther était l’auteur… Il s’agissait initialement d’une discussion universitaire sur l’Eglise, son pouvoir, sur la manière d’obtenir les bonnes grâces de Dieu, mais aussi sur la solidarité avec les pauvres, sur le sort des défunts, sur le rapport à l’argent... Et ce qui ne devait être qu’une discussion universitaire est devenu une grande affaire, qui a provoqué une sorte d’embrasement dans l’Occident, et qui n’a pas laissé le monde intact…
            Mais la Réformation ne peut pas être seulement cela, une sorte de médaille que nous sortons du placard une fois par an pour la montrer. C’est aussi une disposition d’esprit, une orientation de vie… Nous essayons de préciser cette orientation.
           
            Nous avons pour cela une petite parabole, petite histoire apparemment très simple, destinée à nous faire réfléchir. Et qui nous fait complices d’une triple indiscrétion.
La première, disons qu’elle est la moins grave des trois, est que nous sommes spectateurs de la prière de deux hommes. C’est la moins grave des trois indiscrétions de ce texte, parce que, finalement, même si le temple, ou une église, n’est pas un cirque, on peut toujours entrer librement et observer ce qui s’y passe. Deux hommes sont là et leurs attitudes respectives signalent qu’ils sont occupés à une activité, la prière, qu’ils mettent en œuvre de deux manières bien différentes. Laissons là cette première indiscrétion.
       Seconde indiscrétion, plus grave que la première, on nous dévoile l’intimité de ces deux hommes. Nous savons comment prie le Pharisien en lui-même, ce qu’il pense de lui-même, ce qu’il pense des autres en général, et de l’autre homme en particulier. Nous savons aussi comment prie en lui-même le collecteur d’impôt. Leur intériorité nous est dévoilée... En prenant le texte juste tel qu’il est, sans rien y ajouter, nous voyons aussi que ces deux hommes sont, chacun dans sa prière, entiers et sincères.
            Mais il y a dans cette parabole une troisième indiscrétion, bien plus grave encore que la seconde. L’intimité de Dieu elle-même nous est dévoilée. On nous fait savoir ce que Dieu pense de chacun de ces deux hommes. Le collecteur d’impôt rentre chez lui justifié, c'est-à-dire considéré comme juste par Dieu, ou encore approuvé dans sa démarche par Dieu, alors que le Pharisien rentre chez lui bredouille, sans avoir été justifié. Justifié, qu’est-ce que cela peut signifier ? Cela signifie qu’au sortir du Temple, à la fin de la prière, il n’y a plus de passif entre Dieu et le collecteur d’impôts, c'est-à-dire que Dieu, à cet instant, n’a plus rien à reprocher à cet homme. Cela peut même signifier que si à cet instant la vie de ces deux hommes leur était reprise, le collecteur d’impôts comparaîtrait devant un Dieu plein de douceur, mais le Pharisien comparaîtrait devant un Dieu vindicatif…
Mais c’est nous seulement qui le savons, du fait de l’indiscrétion grave du texte. Ces deux hommes, eux, ignorent totalement cela.
            Faisons bien attention : nous sommes au bénéfice d’indiscrétions graves. Dans la réalité, deux hommes se tiennent dans un lieu de culte, et nous ne savons rien, rien de ce qui se passe en eux, rien de ce que Dieu en pense, ni rien de ce qu’il pense de nous.
Notre réflexion commence ici : nous ignorons ce que Dieu pense de nous. Là aussi commence aussi la Réformation, au moment où nous prenons acte de ce que l’avis de Dieu sur nous nous est totalement inconnu.
Dieu me justifie-t-il, approuve-t-il à cet instant la personne que je suis ? Je ne le sais pas. Approuve-t-il à cet instant les personnes que vous êtes ? Je ne le sais pas. Nous ne le savons pas.
Et nous allons poursuivre dans cette veine. Pouvons-nous nous procurer, par notre dévotion, par nos bonnes œuvres, ou à prix d’argent, quoi que ce soit qui nous rendrait Dieu favorable ? Avons-nous quelque chose à faire valoir devant Dieu, qui nous mériterait d’être justifié, approuvé par Lui ? Du fait que nous ne sachions pas ce que Dieu pense de nous il s’ensuit que nous n’avons rien à faire valoir devant Dieu. Nous n’avons même pas à faire valoir que nous n’avons rien à faire valoir. C’est là aussi que commence la Réformation.

Et sur ces commencements nous allons retrouver notre Pharisien, champion de l’observance, du faire savoir et de la vertu ; nous allons retrouver aussi notre collecteur d’impôts, honni en son temps et réputé collabo et boule de vice ; et nous allons retrouver aussi Martin Luther.

Revoici donc notre Pharisien. S’il ne fut pas justifié cette fois là, peut-être le serait-il une autre fois… Nous ne le savons pas ; Dieu le sait. Nous pensons tout de même que tant qu’un être humain n’a pas rendu son dernier souffle, sa vie peut valoir quelque chose qu’elle ne valait pas encore. Nous pensons ainsi que le jugement final d’une vie ne peut venir qu’à la fin de cette vie, et n’est connu que de Dieu seul. Mais nous ajoutons qu’être ignorants du jugement divin porté sur nos vies ne nous dispense pas de l’obéissance aux commandements, ne nous dispense jamais de mener une vie réglée, une vie droite, une vie prévenante… Alors, jeûner deux fois la semaine, pourquoi pas. Donner à l’Eglise le dixième de tout ce qu’on reçoit, pourquoi pas. Partager ses propres richesses avec de pauvres gens, oui. Obéir aux commandements du Décalogue, oui. Mille fois oui ! Mais, le faire juste par obéissance, juste parce qu’on a choisi d’obéir, sans bâton, sans carotte, sans fuir le jugement des humains ou celui de Dieu, sans chercher les applaudissements des humains, ni l’approbation divine, et enfin sans regarder avec mépris ceux qui font autre chose que nous, autrement que nous, voir rien du tout, car la mauvaiseté réelle ou supposée d’autrui ne justifie jamais personne…
  Et revoici aussi notre collecteur d’impôts qui se frappe la poitrine et qui n’a en son cœur qu’une seule prière : « Ô Dieu, prends pitié du pécheur que je suis ! » Cet homme est pécheur, il le reconnaît devant Dieu. Mais quel est son péché ? Collecter l’impôt ? Mais pourquoi donc devant Dieu un collecteur d’impôt serait-il pécheur en tant que collecteur d’impôts ? Ce sont des hommes qui pensent ça. Ce sont des humains qui catégorisent, méprisent, détestent avant d’avoir connu, et condamnent avant d’avoir entendu. Nous ne savons rien du péché de cet homme, mais nous savons qu’il est absolument sincère dans l’expression de sa contrition. Or, Dieu justifie ceux qui sont dont la contrition et le remords sont entiers et sincères.
Mais voici Martin Luther. Oui, dit-il, après les prophètes, après le Christ, Dieu sonde les reins et les cœurs et il juge, et il justifie ceux dont la contrition et le remords sont entiers et sincères. Mais, ajoute Martin Luther, « Nul n'est certain de la vérité de sa contrition ; encore moins peut-on l'être de la justification). » (30ème des 95 thèses) Est-ce à dire que le collecteur d’impôt a prié hypocritement, ou en vain ? Nous avons exclu l’hypocrisie dans son cas. Martin Luther qui se montre ici fin connaisseur de l’âme humaine sait qu’il y a en elle toujours une sorte d’opacité. Les motivations des plus belles actions humaines ne sont pas toujours pures et c’est même l’une des marques du péché. Alors, le collecteur d’impôts a-t-il prié en vain ? Laissons cette question, et affirmons que ce n’est que par la grâce divine qu’il a été justifié. C’est cela aussi, la Réformation.

Ajoutons, pour finir, que la forme de la prière du collecteur d’impôts nous laisse à penser qu’il est sur un certain chemin, où l’on s’interroge, où l’on s’évalue, et où l’on ne se trouve pas toujours bien beau.
Et bien, sur le chemin de la vie, chacun peut et doit choisir, chacun peut s’égarer, se reprendre, tâcher de devenir meilleur, humainement plus juste. Et cela dure tant que dure une vie. C’est cela enfin, la Réformation. Puisse sur ce chemin le Tout Puissant nous venir en aide. Amen



dimanche 16 octobre 2016

Le règne de Dieu, quoi, quand ? (Luc 17,20-18,8)


Rayonnement fossile de l'Univers, satellite Planck
Luc 17
20 Les Pharisiens lui demandèrent: «Quand donc vient le Règne de Dieu?» Il leur répondit: «Le Règne de Dieu ne vient pas comme un fait observable.
21 On ne dira pas: ‹Le voici› ou ‹Le voilà›. En effet, le Règne de Dieu est parmi vous.»
22 Alors il dit aux disciples: «Des jours vont venir où vous désirerez voir ne fût-ce qu'un seul des jours du Fils de l'homme, et vous ne le verrez pas.
23 «On vous dira: ‹Le voilà, le voici.› Ne partez pas, ne vous précipitez pas.
24 En effet, comme l'éclair en jaillissant brille d'un bout à l'autre de l'horizon, ainsi sera le Fils de l'homme lors de son Jour.
25 Mais auparavant il faut qu'il souffre beaucoup et qu'il soit rejeté par cette génération.
26 «Et comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il aux jours du Fils de l'homme:
27 on mangeait, on buvait, on prenait femme, on prenait mari, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche; alors le déluge vint et les fit tous périr.
28 Ou aussi, comme il en fut aux jours de Loth: on mangeait, on buvait, on achetait, on vendait, on plantait, on bâtissait;
29 mais, le jour où Loth sortit de Sodome, Dieu fit tomber du ciel une pluie de feu et de soufre et les fit tous périr.
30 Il en ira de la même manière le Jour où le Fils de l'homme se révélera.
31 «Ce Jour-là, celui qui sera sur la terrasse et qui aura ses affaires dans la maison, qu'il ne descende pas les prendre; et de même celui qui sera au champ, qu'il ne revienne pas en arrière.
32 Rappelez-vous la femme de Loth.
33 Qui cherchera à conserver sa vie la perdra et qui la perdra la sauvegardera.
34 Je vous le dis, cette nuit-là, deux hommes seront sur le même lit: l'un sera pris, et l'autre laissé.
35 Deux femmes seront en train de moudre ensemble: l'une sera prise, et l'autre laissée.»
37 Prenant la parole, les disciples lui demandèrent: «Où donc, Seigneur?» Il leur dit: «Où sera le corps, c'est là que se rassembleront les vautours.»
Hubble, champ ultra profond, 2014
Luc 18
1 Jésus leur dit une parabole sur la nécessité pour eux de prier constamment et de ne pas se décourager.
2 Il leur dit: «Il y avait dans une ville un juge qui n'avait ni crainte de Dieu ni respect des hommes.
3 Et il y avait dans cette ville une veuve qui venait lui dire: ‹Rends-moi justice contre mon adversaire.›
4 Il s'y refusa longtemps. Et puis il se dit: ‹Même si je ne crains pas Dieu ni ne respecte les hommes,
5 eh bien! parce que cette veuve m'ennuie, je vais lui rendre justice, pour qu'elle ne vienne pas sans fin me casser la tête.› »
6 Le Seigneur ajouta: «Écoutez bien ce que dit ce juge sans justice.
7 Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit? Et il les fait attendre!
8 Je vous le déclare: il leur fera justice bien vite. Mais le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre?»

Prédication : 
         « Quand donc vient le règne de Dieu ? » demandent à Jésus les Pharisiens, les champions de l’observance et du faire savoir, champions des apparences et de la com... dans l’Evangile de Luc.
Nous, chaque fois que nous prions le Notre  Père, nous demandons : « …que ton règne vienne ».
Qu’est-ce que le règne de Dieu ?
           
            L’idée la plus courante s’agissant du règne de Dieu est celle que nous recevons en lisant par exemple l’Apocalypse de Jean. Le règne de Dieu est un règne qui sera instauré par Dieu après la fin des temps, dans lequel chacun recevra ce qu’en sa justice Dieu lui-même aura décidé de lui attribuer, étang de souffre et de feu pour les uns, et pour les autres il n’y aura plus de sang, de sueur ni de larmes.
            Cette idée peut être précieuse pour ceux qui sont éprouvés, pourchassés… notamment en raison de leur foi. Elle peut effectivement étayer leur endurance et nourrir leur espérance.
Cette même idée peut aussi nourrir l’arrogance de ceux qui se figurent qu’en raison de leurs mérites, ils seront reconnus, et récompensés d’éternelle béatitude, ils échapperont aux flammes, seront accueillis en first class dans une nouvelle Arche de Noé pendant que les autres se noieront ou brûleront éternellement...

Cette forme de méchante certitude et de cruelle espérance devait être bien répandue du temps de Jésus – et de Luc. Elle devait être si répandue qu’il est bien précisé par Jésus que personne ne peut se prévaloir d’une connaissance de la juste décision finale de la justice de Dieu. Ainsi, comme nous le lisons, ce jour-là, nul n’aura rien à faire valoir pour sauver sa vie, son âme… On aura tellement rien à faire valoir que deux hommes couchés dans un même lit – modèle absolu du  vice masculin selon certains – et l’un sera pris, l’autre laissé, scandale que l’un des deux soit pris ; deux femmes seront à moudre le grain – modèle absolu de la vertu féminine – l’une sera laissée et l’autre prise, scandale que l’une des deux soit laissée.
Et vous, demande Jésus à des interlocuteurs probablement très sûrs de leurs mérites, pensez-vous vraiment que vous serez pris ?
La justice de Dieu est assurément juste, puisqu’Il est Dieu et qu’Il sonde les reins et les cœurs. Mais vu le peu de connaissance que les humains ont de Dieu, le peu de connaissance qu’ils ont d’eux-mêmes, vu aussi leur propension parfois à se réclamer de leurs propres bonnes actions, il ne faut pas qu’ils soient trop pressés d’être finalement jugés par la justice de Dieu…


            Dieu jugera, c’est certain, mais quand jugera-t-il ? Dans chaque période de grande tension et de grande violence, la pensée que la fin des temps est pour bientôt ressurgit. Jésus de Nazareth puis Luc l’évangéliste ont vécu l’une de ces périodes. Nous sommes la 80ème génération après eux, et le jugement de Dieu commence à accuser un retard certain... Pourtant, avec la même espérance que Jésus et que Luc nous disons qu’aujourd’hui encore Dieu qui connaît ses élus les écoute qui crient vers Lui, et qu’il leur fera promptement justice.
Promptement ? La justice de Dieu a déjà jugé. Dieu connaît ses élus, Lui seul les connaît, depuis toujours, et Il les écoute qui crient vers Lui, jour et nuit. Il les écoutera jusqu’au jour où viendra le Fils de l’homme.

            « Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » A cet instant, la question finalement très spéculative, très abstraite sur le jugement et sur la fin des temps, redevient tout à fait concrète.
Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera assurément des gens qui prieront, d’autres qui ne prieront pas. Il trouvera des gens affairés à des célébrations bien ordonnées. D’autres à des activités diaconales. Il trouvera des croyants, des demi-croyants et des incroyants… mais la foi ? trouvera-t-il la foi sur la terre ?
           
            Au commencement de cette prédication, nous nous interrogions sur le règne de Dieu. Mais ce règne de Dieu, tel qu’on l’imagine après la fin des temps, semble bien abstrait, bien lointain… et c’est la question de la foi qui revient. Souvenons-nous bien de nos précédentes lectures.
Au Samaritain lépreux guéri venu lui rendre grâce et rentre louange à Dieu, Jésus n’a pas dit « ta foi te sauvera au jour du jugement », mais « ta foi t’a sauvé ». Pour qui se tient dans la foi, la question du jugement est déjà du passé. Il y a une présence et une actualité de la foi qui dépassent toute spéculation sur le futur règne de Dieu. L’affirmation de Jésus, « ta foi t’a sauvé », ramène la question du règne de Dieu dans le présent, et nos réflexions de ces dernières semaines sur la foi vont nous permettre de préciser, dans le présent ce qu’il en est du règne de Dieu.
            Avec le berger aux 99+1 brebis, ou avec le père du fils prodigue, nous avons repéré que la foi prend les aspects d’un engagement gratuit, déraisonnable, coûteux, voire même ruineux.
            Avec le Samaritain lépreux guéri, nous avons repéré que la foi prend aussi l’aspect d’une profonde reconnaissance envers les humains et envers Dieu.
            Nous repérons enfin avec cette veuve harcelant un juge corrompu, que la foi prend l’aspect de l’espérance, c’est à dire d’une prière qui ne cesse jamais, qu’elle n’ait pas été exaucée, ou qu’elle l’ait été.

            Bien entendu, tant la prière, que l’engagement, que la manifestation de reconnaissance, peuvent être de pures mises en scène. Ce sont d’ailleurs bien des Pharisiens qui s’adressent à Jésus… Et de ce genre de manifestations publiques d’engagement ou de piété on ne pourra pas déduire que la foi est bien là, ni que Dieu règne déjà. Jésus énonce effectivement que le Règne de Dieu ne vient pas comme un fait observable. Jésus interroge les apparences. Il interroge aussi les cœurs. Et à chacun il demande si son engagement, sa reconnaissance et sa prière sont produits par la grâce et rendus à la grâce.

Et bien là où s’engager, être plein de reconnaissance et prier se correspondent, là est la foi, et là Dieu règne. Ainsi, ce que nous demandons, lorsque nous prions « que ton règne vienne », c’est que, dans nos cœurs, dans nos vies personnelle et dans notre vie communautaire, viennent se correspondre l’engagement, la reconnaissance et la prière.
Que Dieu nous exauce. Et qu’il règne en nous et entre nous. Amen.


dimanche 9 octobre 2016

La foi comme reconnaissance (Luc 17,11-19)

Luc 15
1 Les collecteurs d'impôts et les pécheurs s'approchaient tous de lui pour l'écouter.
2 Et les Pharisiens et les scribes murmuraient; ils disaient: «Cet homme-là fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux!»
3 Alors il leur dit cette parabole:
4 «Lequel d'entre vous, s'il a cent brebis et qu'il en perde une, ne laisse pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller à la recherche de celle qui est perdue jusqu'à ce qu'il l'ait retrouvée?
5 Et quand il l'a retrouvée, il la charge tout joyeux sur ses épaules,
6 et, de retour à la maison, il réunit ses amis et ses voisins, et leur dit: ‹Réjouissez-vous avec moi, car je l'ai retrouvée, ma brebis qui était perdue!›
Luc 17
5 Les apôtres dirent au Seigneur: «Augmente en nous la foi.»
6 Le Seigneur dit: «Si vraiment vous aviez de la foi gros comme une graine de moutarde, vous diriez à ce sycomore: ‹Déracine-toi et va te planter dans la mer›, et il vous obéirait.
7 «Lequel d'entre vous, s'il a un serviteur qui laboure ou qui garde les bêtes, lui dira à son retour des champs: ‹Va vite te mettre à table›?
8 Est-ce qu'il ne lui dira pas plutôt: ‹Prépare-moi de quoi dîner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et boive; et après tu mangeras et tu boiras à ton tour›?
9 A-t-il de la reconnaissance envers ce serviteur parce qu'il a fait ce qui lui était ordonné?
10 De même, vous aussi, quand vous avez fait tout ce qui vous était ordonné, dites: ‹Nous ne sommes que de simples serviteurs. Nous avons fait seulement ce que nous devions faire.› »

11 Or, comme Jésus faisait route vers Jérusalem, il passa à travers la Samarie et la Galilée.
12 À son entrée dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s'arrêtèrent à distance
13 et élevèrent la voix pour lui dire: «Jésus, maître, aie pitié de nous.»
14 Les voyant, Jésus leur dit: «Allez vous montrer aux prêtres.» Or, pendant qu'ils y allaient, ils furent purifiés.
15 L'un d'entre eux, voyant qu'il était guéri, revint en rendant gloire à Dieu à pleine voix.
16 Il se jeta le visage contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce; or c'était un Samaritain.
17 Alors Jésus dit: «Est-ce que tous les dix n'ont pas été purifiés? Et les neuf autres, où sont-ils?
18 Il ne s'est trouvé parmi eux personne pour revenir rendre gloire à Dieu: il n'y a que cet étranger!»

19 Et il lui dit: «Relève-toi, va. Ta foi t'a sauvé.»

Prédication :
Lorsqu’on envisage les chapitres 15, 16 et 17 de l’évangile de Luc comme une longue réflexion sur la foi, on repère tout d’abord que la foi prend les aspects d’un engagement éperdu, gratuit, voire déraisonnable, et coûteux, voire même ruineux. Comme laisser sans surveillance 99 brebis pour en cherche une seule. Comme donner la moitié d’une fortune à un fils, et l’accueillir lorsqu’il revient après ayant tout claqué. La centième brebis finit par être retrouvée, le fils prodigue finit par revenir, et on est content.
Mais on pourrait imaginer que cet engagement de la foi pourrait être en pure perte… Avec le récit de la guérison de dix lépreux, il y en a un sur dix qui revient… On se dit que ça n’est pas si mal. Mais lorsque Jésus crucifié remet son esprit entre les mains de Dieu, quel retour sur engagement reçoit-il ?
Nous avons médité ces dernières semaines sur le coût de la foi, sur cet engagement qu’elle est.
Nous explorons maintenant une autre dimension de la foi.

Et voici que dix lépreux se trouvent un jour, à l’entrée d’un village, à portée de regard et de voix de Jésus et qu’ils lui demandent d’avoir pitié d’eux. Ils ne sont peut-être pas affligés de lèpre au sens de la médecine d’aujourd’hui, mais toute affection cutanée un peu trop visible ou suintante était en ce temps-là qualifiée d’impureté, et isolait les gens, parfois même les condamnait à être des parias, vivant à l’entrée des villages, de ce qu’on voudrait bien leur laisser, et attendant le passage d’une âme généreuse ou, peut-être, d’un guérisseur performant… Toute guérison devait être authentifiée par un prêtre spécialisé. Une fois la consultation accomplie,  on pouvait tenter de recommencer une vie normale.
Aie pitié de nous, maître, « toi qui es au-dessus de tout », clament les dix lépreux !

Or, vous l’avez bien lu, sans aucun geste miraculeux, comme s’il était effectivement au-dessus de tout, c'est-à-dire même au-dessus des gestes miraculeux, Jésus les envoie se montrer aux prêtres, prêtres qui les constatent guéris et les déclarent purs. Quand donc ces dix hommes ont-ils été guéris ? Le furent-ils dans l’instant où Jésus leur a donné ordre de bouger ? Ou encore se mirent-ils en route et guérirent-ils ainsi tout en marchant ? Nous ne le savons pas… nous n’avons pas à le savoir.
Ce texte d’ailleurs ne parle pas d’un miracle. Il appartient à une grande séquence qui invite à réfléchir sur la foi. Et la phrase clé que nous avons à méditer est celle que Jésus prononce : « Ta foi t’a sauvé. » Nous avons donc à nous interroger sur la foi de cet homme, et sur ce dont sa foi l’a sauvé. 

Qu’est-ce donc que la foi de cet homme ? Il revient sur ses pas. Il rend gloire à Dieu. Il se prosterne devant Jésus. Il remercie. Il est Samaritain. Qu’est-ce donc que sa foi ? Ou croire ? Ou un croyant ?
Et bien, en reprenant tout ce qui distingue cet homme, un croyant est un étranger, c'est-à-dire quelqu’un qui ne mérite rien, à qui pourtant il a été fait miséricorde, qui s’en émerveille, qui revient vers celui qui lui a fait miséricorde, le remercie, et rend gloire à Dieu.
Croire, c’est constater qu’on vous a fait du bien, sans que vous l’ayez aucunement mérité, éprouver le besoin de remercier l’auteur de ce bien, remercier l’auteur de ce bien, et enfin rendre gloire à Dieu – c'est-à-dire reconnaître après tout – mais surtout pas avant – que ce bien vient d’au-delà même de celui qui vous a fait du bien, et porte plus loin que votre propre personne.
La foi est une exclamation de reconnaissance, pour un bien immérité, qui célèbre plus encore que l’auteur de ce bien la possibilité même de ce bien.
On pourrait même aller jusqu’à dire que celui qui croit s’éprouve soudain miraculeusement justifié de son existence même au sein d’une insondable et merveilleuse histoire qui remonte de lui jusqu’à la création du monde : il remercie l’auteur de ce bien et rend gloire à Dieu.
 
Mer montante, ou mer descendante ?
Et maintenant, voici notre seconde interrogation : de quoi la foi de cet homme l’a-t-elle sauvé ?
Observons que cet homme « rend » gloire à Dieu, qu’il « rend » grâce à Jésus, qu’il se prosterne devant lui, et qu’il ne parle aucunement de lui-même. Il reçoit sa guérison et sa purification et, même si elles sont bien sa guérison et sa purification à lui, il les « rend » en quelque manière à celui qui en est l’auteur et à Dieu. Nous pouvons oser dire que, en rendant grâce à Jésus et en rendant gloire à Dieu, bien que guéri et purifié, il reste un Samaritain lépreux. Sa guérison, qui était totalement inattendue et totalement imméritée, reste, même une fois qu’elle lui est advenue, inattendue et imméritée. Elle est bien sienne, mais pourtant ne appartient pas.
De quoi donc la foi de cet homme le sauve-t-elle ? Justement, de se figurer que c’était bien normal, que Jésus pouvant le faire devait le faire. La foi le sauve d’une double ingratitude, ingratitude envers celui qui lui a fait du bien, Jésus, ingratitude envers ce qui rend ce même bien  possible, Dieu.

Les prédications de ces dernières semaines étaient l’occasion d’examiner notre foi sous l’angle de nos engagements. Nous avons aujourd’hui l’occasion d’examiner notre foi sous l’angle de la gratitude pour ce que nous avons reçu.
Que chacun s’examine un instant dans son cœur et fasse silencieusement mémoire d’un ou deux faits, d’un ou deux noms...

Grâces soient rendues à ceux auxquels nous pensons.
A Dieu soit la gloire. Amen


dimanche 2 octobre 2016

8 leçons sur la foi (Luc 17,1-10)

On pourra, dans un premier temps, se reporter au billet précédent. C'est que, dans le travail préparatoire, il est apparu qu'il n'était pas possible de se contenter de lire seulement les versets du fragment proposé par le lectionnaire... Le billet précédent proposait une méditation sur "La parabole du mauvais riche et du pauvre Lazare". Et donc cette parabole figure au début du billet en question.
Abbaye de Moissac, Lazare dans le sein d'Abraham
Luc 17
1 Jésus dit à ses disciples: «Il est inévitable qu'il y ait des causes de chute. Et malheur à celui par qui la chute arrive.
2 Mieux vaut pour lui qu'on lui attache au cou une meule de moulin et qu'on le jette à la mer et qu'il ne fasse pas tomber un seul de ces petits.
3 Tenez-vous sur vos gardes. «Si ton frère vient à t'offenser, reprends-le; et s'il se repent, pardonne-lui.
4 Et si sept fois le jour il t'offense et que sept fois il revienne à toi en disant: ‹Je me repens›, tu lui pardonneras.»
5 Les apôtres dirent au Seigneur: «Augmente en nous la foi.»
6 Le Seigneur dit: «Si vraiment vous aviez de la foi gros comme une graine de moutarde, vous diriez à ce sycomore: ‹Déracine-toi et va te planter dans la mer›, et il vous obéirait.
7 «Lequel d'entre vous, s'il a un serviteur qui laboure ou qui garde les bêtes, lui dira à son retour des champs: ‹Va vite te mettre à table›?
8 Est-ce qu'il ne lui dira pas plutôt: ‹Prépare-moi de quoi dîner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et boive; et après tu mangeras et tu boiras à ton tour›?
9 A-t-il de la reconnaissance envers ce serviteur parce qu'il a fait ce qui lui était ordonné?

10 De même, vous aussi, quand vous avez fait tout ce qui vous était ordonné, dites: ‹Nous sommes des serviteurs quelconques. Nous avons fait seulement ce que nous devions faire.› »

Prédication :
            « Si vraiment vous aviez de la foi gros comme une graine de moutarde, vous diriez à ce sycomore : ‹Déracine-toi et va te planter dans la mer›, et il vous obéirait. »
            Etrange défi que Jésus propose à ses disciples : faire la démonstration de la puissance de leur foi au détriment d’un malheureux arbre qui ne demandait qu’à vivre et qui va se noyer dans la mer. Est-ce cela, la foi ? Une puissance stupide qui s’adresse à une obéissance servile ? On ne comprend pas cet arbre qui ne se rebiffe pas. Et on ne comprend pas non plus cette manière de disposer à l’envi des êtres et des choses.
Jésus d’ailleurs ne peut pas enseigner cela, lui, le Fils de Dieu. Un jour qu’il avait faim, il a refusé de transformer pour lui-même des pierres en pain. Et souvent, il a contesté les pouvoirs et les servitudes de son temps…
Que veut donc dire Jésus à ses disciples qui lui demandent d’augmenter en eux la foi… Veut-il leur dire que s’ils en avaient un peu plus qu’ils n’en ont, ils accompliraient des actes merveilleux ? Mais faire se déraciner un sycomore pour le faire se jeter dans la mer, ça n’est pas accomplir un acte merveilleux, c’est juste une bête démonstration de force… Et qu’attend-on en général de ce genre de démonstration de force, si ce n’est l’adhésion de spectateurs médusés ?
Or, s’agissant de provoquer l’adhésion de spectateurs médusés, Jésus est celui qui a un jour refusé de se jeter du haut du Temple et d’atterrir porté par des anges devant un parterre stupéfait.
Il ne semble donc pas que Jésus dise à ses disciples : « Hélas, vous n’avez pas de foi, donc vous n’accomplissez pas d’actes merveilleux… ». Il leur dit plutôt : « Heureusement, vous n’avez pas de foi, parce que sinon vous accompliriez n’importe quoi. »
Mais y a-t-il, dans le texte, quelque chose qui nous signale que les apôtres risquent d’accomplir n’importe quoi ? Il y a un avertissement, un sévère avertissement.

« Il est inévitable qu’il y ait des causes de chute… », ou, pour tâcher de bien comprendre le texte, « il est inévitable qu’il y ait des gens qui soient piégés ». Et quelle serait la nature du piège ? Et bien justement l’acte de puissance, le miracle accompli délibérément et porté aux nues, pour apporter la preuve de ce qu’on avance. Ou encore la mise en avant de miracles accomplis, la promesse qu’il y en aura d’autres, le « et pourquoi pas vous… », et le « tous les gagnants ont tenté leur chance », pour attirer les pauvres gens.
Ces pièges furent tendus à Jésus par le diable au moment des tentations… Et ils seront plus tard aussi tendus aux apôtres, comme ils sont tendus à tous les prédicateurs, à tous les témoins de l’Evangile. Raison pour laquelle Jésus recommande à ses disciples de se tenir sur leurs gardes, afin qu’ils ne se laissent pas séduire et piéger par la puissance de leurs convictions, afin qu’ils n’asservissent pas ceux qui les écouteront.

Au vu des quelques versets que nous méditons, nous ne pouvons pas affirmer que les apôtres ont bien compris ce qui est en jeu, ce qui en serait de leur ministère, et ce qu’il en est de la foi. Il nous faudrait lire encore un peu plus loin l’évangile de Luc, puis les Actes des apôtres. Et nous nous rendrions compte qu’ils n’ont commencé à comprendre, ce qu’il en est de la foi, qu’après la Croix, qu’après Résurrection, l’Ascension et la Pentecôte. Mais nous nous rendrions compte aussi que, parfois, même après tout cela, ils agissent comme s’ils avaient parfaitement saisi ce qu’est la foi, et que parfois, il semble qu’ils n’ont rien saisi du tout… L’apprentissage de la foi dure autant que dure une vie.

Mais qu’est-ce donc que la foi ? Avec les quelques versets que nous méditons, et avec la parabole qui les précède, nous pouvons esquisser quelque chose.
  1. Puisqu’Abraham apparaît dans la parabole, puisque la résurrection est mentionnée, la foi est une conviction profonde, conviction que Dieu agit. Cette conviction est gagée par des récits anciens, par des témoignages directs, et par des expériences personnelles.
  2. Avec la parabole, apparaissent Moïse et les prophètes. La foi n’est pas indifférente à la vie des gens ; elle ne dévalorise pas la richesse, ni ne valorise l’indigence, mais elle appelle un souci d’autrui qui se manifeste par des actes conséquents visant à la survie d’autrui.
  3. Dans l’évangile de Luc, il y a Jésus, les apôtres, un peuple… La foi, n’est pas seulement personnelle, elle s’inscrit dans l’histoire et l’actualité d’une communauté ; et qui dit communauté dit transmission ; et transmettre la foi exclut de séduire, d’imposer et de dominer.
  4. Si bien que la foi, qui est une pratique concrète, et aussi une pédagogie. La foi se propose, s’expose et ne s’impose pas. Elle n’a recours à aucun artifice visant à soumettre, que ce soit par peur, ou par séduction.
  5. La foi selon Jésus, la foi de Jésus, est une foi radicale ; elle est une consécration à autrui gratuite, absolue et désintéressée, tant pour enseigner que pour soulager. En Jésus, la conviction que Dieu agit, et l’action de Dieu sont totalement conjointes, en cela il est fils de Dieu.
  6. La foi est souvent mise à l’épreuve, et parfois jusqu’à sept fois par la même personne dans la même journée. Souvent offensée, la foi toujours pardonne. Elle ne fait jamais de grief à qui se repent.
  7. La foi n’attend ni gratification, ni rétribution. Celui qui a la foi est un  serviteur, qui, selon sa perception de la situation et soutenu par ses convictions, dit ce qui doit être dit, fait ce qui doit être fait, et s’en remet à Dieu.
  8. Et pour en revenir à la parabole, où nous voyons le riche donner ordre à Abraham de ressusciter Lazare, la foi laisse à Dieu seul le soin de se manifester, en Lui elle se confie, à Lui seul elle rend gloire.

Posons-nous la question : et nous, avons-nous la foi ? Ne soyons pas trop sévères avec nous-mêmes. Nous en avons un peu, de la foi… et nous n’en faisons probablement pas trop mauvais usage. Nous nous connaissons peu les uns les autres. Mais Dieu, lui, nous connaît.
Alors maintenant, revenons à la demande des disciples, qui sont nos frères. Et demandons à leur Seigneur, qui est notre Seigneur : « Augmente en nous la foi. » Amen