samedi 22 février 2025

La position ultime (Luc 6,27-38)

Luc 6

27 «Mais je vous dis, à vous qui m'écoutez: Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent,

 28 bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient.

 29 «À qui te frappe sur une joue, présente encore l'autre. À qui te prend ton manteau, ne refuse pas non plus ta tunique.

 30 À quiconque te demande, donne, et à qui te prend ton bien, ne le réclame pas.

 31 Et comme vous voulez que les hommes agissent envers vous, agissez de même envers eux.

 32 «Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance vous en a-t-on? Car les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment.

 33 Et si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle reconnaissance vous en a-t-on? Les pécheurs eux-mêmes en font autant.

 34 Et si vous prêtez à ceux dont vous espérez qu'ils vous rendent, quelle reconnaissance vous en a-t-on? Même des pécheurs prêtent aux pécheurs pour qu'on leur rende l'équivalent.

 35 Mais aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car il est bon, lui, pour les ingrats et les méchants.

 36 «Soyez généreux comme votre Père est généreux.

 37 Ne vous posez pas en juges et vous ne serez pas jugés, ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés, acquittez et vous serez acquittés.

 38 Donnez et on vous donnera; c'est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante qu'on vous versera dans le pan de votre vêtement, car c'est la mesure dont vous vous servez qui servira aussi de mesure pour vous.»

Prédication

             Mais il y a un mais. Et tous les enseignements possibles, ou bonnes nouvelles, que nous pourrions recueillir en méditant les versets que nous venons de lire sont suspendus à – conditionnés par – ce mais.

            Aussi pourra-t-il être intéressant que nous lisions un petit peu de ce qui précède. Ceci :

21 Heureux, vous qui avez faim maintenant: vous serez rassasiés. Heureux, vous qui pleurez maintenant: vous rirez.

 22 Heureux êtes-vous lorsque les hommes vous haïssent, lorsqu'ils vous rejettent et qu'ils insultent et proscrivent votre nom comme infâme, à cause du Fils de l'homme.

 23 Réjouissez-vous ce jour-là et bondissez de joie, car voici, votre récompense est grande dans le ciel; c'est en effet de la même manière que leurs pères traitaient les prophètes.

 24 Mais malheureux, vous les riches: vous tenez votre consolation.

 25 Malheureux, vous qui êtes repus maintenant: vous aurez faim. Malheureux, vous qui riez maintenant: vous serez dans le deuil et vous pleurerez.

 26 Malheureux êtes-vous lorsque tous les hommes disent du bien de vous: c'est en effet de la même manière que leurs pères traitaient les faux prophètes.

            Ça ressemble aux Béatitudes de Matthieu, et il est vrai que certains commentateurs affirment que l’éthique de l’Évangile c’est l’éthique des Béatitudes… et il est tellement évident qu’il s’agit des Béatitudes de Matthieu qu’on en oublie que Luc a donné quelque chose qui y ressemble, mais qui n’est pas du tout la même chose. Car Luc a donné quatre déclarations commençant par heureux… et quatre phrases commençant par malheureux… Nous aurions tort de voir dans ces dernières quelque chose comme une malédiction portant sur un futur. Lorsque Jésus  prononce malheureux… il se prononce sur le présent des gens, comme s’il disait que c’est un grand malheur d’être ou de se croire être propriétaire des instruments de sa propre consolation. C’est un grand malheur que de tenir de soi-même sa propre consolation, parce que cela revient à faire d’emblée l’hypothèse d’une humanité mauvaise et incapable. Un portrait bien pessimiste : Jésus, que j’ai qualifié déjà de Messie débutant, fait un tel portrait, à l’usage peut-être de la foule qui l’entoure, et à l’usage aussi des disciples qui sont autour de lui.

            Jugeons-en : réjouissez-vous si l’on parle mal de vous, car c’est ainsi que vos pères ont traité les prophètes, et malheureux êtes-vous si l’on parle bien de vous, car c’est ainsi que vos pères ont traité les faux prophètes. Phrases bien sombres que Jésus prononce, mais nous ne sommes pas contraints de nous assombrir car, nous le savons aussi, il arrive que les humains écoutent le meilleur pour le meilleur ou se détournent du pire, ou encore choisissent des répondre absurdement à des provocations réelles.

 

            Et nous revenons au mais par lequel nous avons commencé. Ce mais signale que les Béatitudes et les "Mal-titudes" de Luc ne sont qu’un commencement, qui peut et doit être dépassé. Il est recommandé que ce soit un dépassement pratique. Celui, par exemple, d’aimer vos ennemis et de faire du bien à ceux qui vous haïssent, aimer, dans ce contexte n’est pas un sentiment mais un engagement concret, comme dans le Lévitique (19,18). Et donc cela se passe encore au présent, c'est-à-dire dans une situation concrète, sans qu’il y ait de si – nous avons parlé du conditionnel si il y a quelques semaines. Nous n’allons pas le relire une fois encore, mais nous souvenir que, pendant quelque 8 versets, il y a prélude et fugue sur l’engagement gratuit (27-35). Et nous nous demandons si nous serons un jour capables de cet engagement et de cette générosité. Nous trouvons même sans doute que ça va trop loin, et qu’il nous faudrait au moins une petite certitude si ce n’est dans l’ici-bas du moins dans l’au-delà. Nous aimerions bien savoir en somme si nous serons récompensés pour notre engagement et nos efforts.

            Quelle est la réponse de Jésus ? Qu’à force de persister dans la bonté et dans l’amour on trouve – on reçoit – comme une forme de bonne rétribution, aucunement contractuelle, purement donnée et reçue comme le salaire du travailleur inutile dont Luc est, une fois encore, le seul à en parler. Et cela vient comme une certitude puissante, mais modeste, qui produit de nouveau ce qui l’a engendré. Comme nous pourrions le dire : persister dans la bonté engendre une persistance dans la bonté qui est à la fois son origine et son accomplissement.

 

            Mais jusqu’à quel point ? Combien de temps, et combien de fois ? Jusqu’à ce que "Dieu est bon pour les ingrats et les méchants" soit la mesure du temps et de l’actualité de l’amour. C’est Matthieu qui le dit le mieux, "Dieu fait lever le soleil sur les bons et sur les méchants" Jusqu’à quel s’en tenir à l’engagement presque extrême que Jésus recommande ? Jusqu’au point du temps présent où non seulement nous renonçons à savoir qui sont, au fond, ceux avec qui nous sommes en relations, d’amitiés, ou de diaconie, et jusqu’au point où nous remettons toutes choses à Dieu qui sait, lui, qui est qui.

 

            Dans ce verset central s’exprime une position ultime que nous ne pouvons pas tenir. C’est peut-être bien un lieu pour y passer, passer comme en extase par là ou bons ou méchants, hommes et Dieu, ne peuvent plus être distingués l’un de l’autre. Un lieu qu’il nous faut vite quitter parce que nous sommes humains.

            Et la quête de quelque chose de juste va alors recommencer. Soyez compatissants comme votre Père est compatissant. (…) Donnez et on vous donnera ; (…) car c’est la mesure dont vous vous servez qui servira aussi de mesure pour vous." Amen

samedi 15 février 2025

Le kérygme, cœur de la foi chrétienne (1 Corinthiens 15,12-20)

 1 Corinthiens 15

12 Si l'on proclame que Christ est ressuscité des morts, comment certains d'entre vous disent-ils qu'il n'y a pas de résurrection des morts?

 13 S'il n'y a pas de résurrection des morts, Christ non plus n'est pas ressuscité,

 14 et si Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est vide, et vide aussi votre foi.

 15 Il se trouve même que nous sommes de faux témoins de Dieu, car nous avons porté un contre-témoignage en affirmant que Dieu a ressuscité le Christ alors qu'il ne l'a pas ressuscité, s'il est vrai que les morts ne ressuscitent pas.

 16 Si les morts ne ressuscitent pas, Christ non plus n'est pas ressuscité.

 17 Et si Christ n'est pas ressuscité, votre foi est illusoire, vous êtes encore dans vos péchés.

 18 Dès lors, même ceux qui sont morts en Christ sont perdus.

 19 Si nous avons mis notre espérance en Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes.

 20 Mais non; Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui sont morts.


Prédication : 

            Je voudrais me souvenir avec vous d’une longue énumération que Paul fait des apparitions du Christ après sa résurrection. C’est dans la première aux Corinthiens, au quinzième chapitre. « …il a été ressuscité le troisième jour, conformément aux Écritures, et il est apparu à Pierre, (…) à plus de cinq cent frères en même temps, dont la plupart vivent encore maintenant, tandis que certains parmi eux sont morts… », c’est juste avant les versets que nous avons lus à l’instant.

            Et nous allons retenir ceci : lorsque Paul écrit aux Corinthiens, vers l’an 55, il existe encore des témoins vivants de ces apparitions – Paul en est un, le dernier, le moindre, comme il le dira de lui-même.

            En face de gens qui pourraient dire le oui et le non, il y en a qui peuvent dire je l’ai vu de mes yeux. Sans d’ailleurs en retirer forcément une autorité particulière.

           

            La situation des hommes de ce temps diffère de la nôtre : car pour nous les apparitions du Ressuscité relèvent de l’acte de foi, de la réflexion et de l’interprétation. C’est un peu comme Dieu, nul ne l’a jamais vu, mais Jésus nous l’a fait connaître, transformé en Christ ressuscité, nul ne l’a jamais vu, mais Paul nous l’a fait connaitre (pour les évangiles, qui viennent après Paul, il faut dire autre chose, ce qui pourrait être l’occasion d’un autre sermon).

            Notre situation donc, est d’être devant notre texte, devant aussi les confessions de foi de notre Eglise, et de chercher une signification à tout ça, c'est-à-dire, le plus difficile, à la résurrection.

 

            Dans ma situation, et c’était le milieu des années 70, j’entendais assez souvent, pendant la prédication, le mot kérygme. Lorsque des mots de ce genre apparaissent dans la bouche des prédicateurs, c’est qu’il y a un sujet universitaire qui, pertinent ou pas, infiltre pendant quelques temps le langage de la prédication. Kérygme, on ne l’entend plus du tout aujourd’hui. Suivant les périodes, on entendit parler du courage d’être, des ellipses à deux foyer – toutes les ellipses ont deux foyers, du savoir être, et j’en passe. Ces mots ayant une sorte de fonction d’autorité conclusive. Ils achèvent la réflexion, ils finissent la discussion.

            Kérygme, ça vient d’un verbe grec qui signifie proclamer. Ça n’est pas la longue réflexion de l’étude ni le côté construit de la prédication et de la confession de foi, c’est plutôt un cri, une phrase, c’est incisif, et bref. C’est une exclamation.

            Quel est donc le kérygme de la foi chrétienne ?

 

            La question de la résurrection des morts n’était probablement pas une question réservée aux chrétiens. Par exemple, après la mort de l’Empereur Néron (68), il y eut des gens, justement en Grèce et plus à l’est encore, des gens pour proclamer sa résurrection, il y eut de véritables mythologies de la résurrection de Néron. Mais c’était un empereur, et nous pouvons penser que des gens plus simples que des empereurs ont été pleurés, et espérés ressuscités par leurs survivants. En ce temps-là donc, les morts ressuscitent. Quand et comment, nous n’avons pas de précisions, sauf que ce peut être d’une manière visible : ils apparaissent. Et il y a là quelque chose de massif, de certain, quoique la chose soit discutée par d’autres.

             

            Christ est ressuscité, tel est le kérygme de la foi chrétienne. Il y en a qui contestent. Le motif de la résurrection du Christ est, pour Paul, que tous les humains ressuscitent. La démonstration est très simple, par l’absurde. Si donc les morts ressuscitent, vu que Christ est homme, mort, il ressuscite. C’est ultra simplissime. Reste juste à s’expliquer sur le fait que, s’agissant des morts, au temps de Paul, en notre temps, nous n’en avons jamais rencontré qui soient sortis de leurs cercueils. Paul se sort de cette ornière en affirmation que Jésus est ressuscité des morts, premier de tous les morts à être ressuscité, tous les autres morts devant ressusciter dans un certain futur.

              Mais toute cette démonstration par l’absurde est pour elle-même sans véritable intérêt. Car il s’agit du kérygme de la foi chrétienne, et pas d’une leçon de chose. La proclamation la plus centrale, le cœur battant de la foi chrétienne, ne souffre aucun effort de démonstration, elle est d’une autre nature. Elle se proclame et elle se voit. Et même lorsque tous les témoins des apparitions du Christ ressuscité ont disparu, la proclamation demeure. Elle demeure, par la parole des témoins et des témoins des témoins, elle demeure aussi dans le texte qui la soutient lorsqu’elle est lue et qu’elle devient résurrection.

            Le kérygme donc, la proclamation centrale de la foi chrétienne, met en route une espérance là où il semble qu’il n’y ait pourtant aucune espérance possible.

            Ce peut être dans la vie de communautés fatiguées. Ce peut être dans la vie des endeuillés. Et apparaît alors quelque chose à quoi s’attachent une nouvelle ouverture et un nouvel élan.

 

            Et Paul vient donc là proclamer qu’au cœur de la foi chrétienne il y a la proclamation que Christ est ressuscité et que cette proclamation nourrit une espérance qui ne peut pas faillir. Amen 

samedi 8 février 2025

Si... (1 Corinthiens 15,1-11)

1 Corinthiens 15TOB

1 Je vous rappelle, frères, l'Évangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu, auquel vous restez attachés,

 2 et par lequel vous serez (êtes) sauvés si vous le retenez tel que je vous l'ai annoncé; autrement, vous auriez cru en vain.

 3 Je vous ai transmis en premier lieu ce que j'avais reçu moi-même: Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures.

 4 Il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures.

 5 Il est apparu à Céphas, puis aux Douze.

 6 Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois; la plupart sont encore vivants et quelques-uns sont morts.

 7 Ensuite, il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres.

 8 En tout dernier lieu, il m'est aussi apparu, à moi l'avorton.

 9 Car je suis le plus petit des apôtres, moi qui ne suis pas digne d'être appelé apôtre parce que j'ai persécuté l'Église de Dieu.

 10 Mais ce que je suis, je le dois à la grâce de Dieu et sa grâce à mon égard n'a pas été vaine. Au contraire, j'ai travaillé plus qu'eux tous: non pas moi, mais la grâce de Dieu qui est avec moi.

 11 Bref, que ce soit moi, que ce soit eux, voilà ce que nous proclamons et voilà ce que vous avez cru.

 

Prédication :

            Je ne sais pas si vous avez remarqué, nous avons modifié l’ordre de lecture des textes bibliques. C’est un peu  pour dire que l’ordre de lecture de ces textes dans notre culte n’a rien de canonique, c’est aussi et surtout pour essayer de nous souvenir quelques instant de plus d’un petit mot rencontré dans la lecture des Corinthiens, un petit mot de deux lettres qui est bien embarrassant dans le verset 2, et ce petit mot c’est si. Voici le verset en question – il faut lire 1 et 2 : (TOB)" 1 Je vous rappelle, frères, l'Évangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu, auquel vous restez attachés, 2 et par lequel vous serez sauvés si vous le retenez tel que je vous l'ai annoncé; autrement, vous auriez cru en vain."

            Première remarque, le traducteur propose vous serez sauvés si… mais le verbe n’est pas au futur. La question du salut n’est pas pour Paul une question sur le futur, mais sur le présent donc vous êtes sauvés si… le verbe est au présent.

            Deuxième remarque, le texte signifie que vous n’êtes sauvés que si vous retenez l’Évangile, question de mémoire peut-être, ou encore vous n’êtes sauvés que si vous vous en tenez totalement et exclusivement à l’Évangile. Mais quel Évangile ?

            Troisième remarque, quel Évangile ? Nous pouvons penser – et le texte nous y porte, qu’il n’y a qu’un seul Évangile. Il n’y en qu’un seul, nous pouvons souscrire, mais il semble que du temps de Paul il y en ait eu plusieurs, disons plusieurs textes circulaient qui se prétendaient, et plusieurs personnes pour soutenir plusieurs textes. Et là-dessus, Paul se prononce : un seul témoin est le bon : le sien. Bon, cela signifie le salut maintenant et sans délais pour quiconque croit… mais croit quoi ? Nous allons trop vite.

            3ème bis : Un seul texte est le bon selon Paul, et si l’on se cramponne à ce texte (si vous le retenez, si vous vous en tenez à lui), alors c’est comme ça qu’on est sauvés. Alors voilà le texte de nouveau (s’il faut s’y tenir) " 3 Je vous ai transmis en premier lieu ce que j'avais reçu moi-même: Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures. 4 Il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures."

            Premier témoignage de l’Évangile, scripturaire, et les Écritures sont donc unanimes, selon Paul, pour affirmer la Résurrection. Mais où le lit-on dans le Premier Testament ? Ce qui fait que le premier témoignage de l’Évangile ne peut faire l’économie d’une étude sérieuse et d’une méditation profonde des Écritures. Croire ? Croire, c’est étudier, croire, c’est méditer.

            3ème ter : Mais ça n’est pas tout, car il vient ceci : (Jésus) " 5 Il est apparu à Céphas, puis aux Douze. 6 Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois; la plupart sont encore vivants et quelques-uns sont morts. 7 Ensuite, il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres. 8 En tout dernier lieu, il m'est aussi apparu, à moi l'avorton. …" Croire donc c’est croire la Résurrection, croire le témoignage des témoins des apparitions comme si ces témoignages faisaient partie des Saintes Écritures. Le geste de Paul est bien ajusté, si judicieusement pensé, qu’il ne va pas laisser le moindre espace à ceux qui affirmeraient l’avoir vu et que ça leur vaut autorité. En somme, il n’y a pas de spectateurs de la Résurrection, il n’y en a que des témoins. Et la Résurrection, en tant que sainte écriture, s’étudie et se médite,

            Quatrième remarque : Pourquoi être sauvé suppose-t-il qu’on s’en tienne à Paul et à sa manière ? Nous avons effleuré déjà la réponse. Paul, résumant tout son message au témoignage des Saintes Écritures et au témoignage de témoins de la Résurrection, le résume à deux choses, deux pôles qui n’appartiennent à personne, ou encore à deux antagonistes : la continuité pour le texte biblique, et la singularité pour le spectateur de la Résurrection :

            4ème bis : Et sauvé de quoi ? Ceux qui ne sont propriétaire de rien sont, si l’on veut, libres comme l’air. Propriétaires de rien ni de personne. Et alors, l’Évangile selon Paul aux Corinthiens serait un Évangile de la liberté, et d’amour.

 

            Mais tout cela sous une clause que nous avons lue et déjà rappelée. La voici une fois encore : " 1 Je vous rappelle, frères, l'Évangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu, auquel vous restez attachés, 2 et par lequel vous êtes sauvés si vous le retenez tel que je vous l'ai annoncé; autrement, vous auriez cru en vain."

            Ce salut donc, même s’il est en quelque manière toujours donné et reçu par grâce, est toujours menacé, et doit être entretenu. Ça fait un peu bizarre, de dire qu’il faut un entretien du salut. Ça sonne un peu comme si le salut était un véhicule, ou comme s’il était totalement l’être humain, cette machine humaine totalement concrète et totalement dans le monde, en somme soi-même qui serait perpétuellement menacé d’une dérive consumériste, et qu’il faudrait sauver de la gloutonnerie, spirituelles. Parce que si le salut de notre âme immortelle relève de la puissance du Dieu créateur, le salut de nos personnes relève bien – selon Paul – de nous-mêmes. Amen

samedi 1 février 2025

Evangile et figure de style (Luc 2,22-40)

Luc 2 

22 Puis quand vint le jour où, suivant la loi de Moïse, ils devaient être purifiés, ils l'amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur

 23 - ainsi qu'il est écrit dans la loi du Seigneur: Tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur -

 24 et pour offrir en sacrifice, suivant ce qui est dit dans la loi du Seigneur, un couple de tourterelles ou deux petits pigeons.

 25 Or, il y avait à Jérusalem un homme du nom de Syméon. Cet homme était juste et pieux, il attendait la consolation d'Israël et l'Esprit Saint était sur lui.

 26 Il lui avait été révélé par l'Esprit Saint qu'il ne verrait pas la mort avant d'avoir vu le Christ du Seigneur.

 27 Il vint alors au temple poussé par l'Esprit; et quand les parents de l'enfant Jésus l'amenèrent pour faire ce que la Loi prescrivait à son sujet,

 28 il le prit dans ses bras et il bénit Dieu en ces termes:

 29 «Maintenant, Maître, c'est en paix, comme tu l'as dit, que tu renvoies ton serviteur.

 30 Car mes yeux ont vu ton salut,

 31 que tu as préparé face à tous les peuples:

 32 lumière pour la révélation aux païens et gloire d'Israël ton peuple.»

 33 Le père et la mère de l'enfant étaient étonnés de ce qu'on disait de lui.

 34 Syméon les bénit et dit à Marie sa mère: «Il est là pour la chute ou le relèvement de beaucoup en Israël et pour être un signe contesté

 35 - et toi-même, un glaive te transpercera l'âme; ainsi seront dévoilés les débats de bien des coeurs.»

 36 Il y avait aussi une prophétesse, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d'Aser. Elle était fort avancée en âge; après avoir vécu sept ans avec son mari,

 37 elle était restée veuve et avait atteint l'âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s'écartait pas du temple, participant au culte nuit et jour par des jeûnes et des prières.

 38 Survenant au même moment, elle se mit à célébrer Dieu et à parler de l'enfant à tous ceux qui attendaient la libération de Jérusalem.

 39 Lorsqu'ils eurent accompli tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth.

 40 Quant à l'enfant, il grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la faveur de Dieu était sur lui.

Prédication

            Je me souviens d’un rendez-vous que j’avais eu avec une professeure de français qui comptait l’un de mes fils parmi ses élèves. Il y avait quelque chose qui n’allait pas entre elle et mon fils, ou peut-être était elle prof. principale, je ne me souviens pas. Mais je me souviens très bien qu’à un moment elle s’était mise à protester sur l’évolution de son métier : « on nous demandera bientôt juste de compter les figures de style dans des textes sans intérêt. » C’était une sorte de cri du cœur. A la suite duquel nous avions discuté encore un moment, notamment de l’œuvre d’Albert Cohen, réunis par une même passion de cet auteur.

            Figures de style. Nous n’en faisons pas le décompte dans nos textes bibliques, qui sont passionnément intéressants. L’une de ces figures y est un peu fréquente, le chiasme. Exemple de chiasme : bonnet blanc et blanc bonnet. Ce sont les mêmes mots qui apparaissent, dans un ordre différent, ce qui en modifie un peu le sens, et il y a aussi ce petit et qui signale que quelque-chose se passe.

            Luc 2,22-40 est construit comme un chiasme, un peu plus touffu que notre premier exemple. Et il répond à une question touffue qui peut être énoncée ainsi : la présence du messie, ou l’évangile – c’est la même chose – qu’est-ce que c’est, ou qu’est-ce que ça change ?

 

1.     L’ordinaire des jours :

            Ça commence comme ça dans l’ordinaire des jours. Avec le culte rendu a Dieu qui, au 40ème jour après la naissance, réclame un sacrifice de purification. On monte donc tout banalement à Jérusalem pour faire ce qui doit être fait.

2.     Syméon :

            Il n’y a rien d’étonnant non plus à ce que, dans les environs du Temple, se trouve un homme ayant reçu une sorte de promesse privée. Cet homme étant juste et pieux il n’y a rien d’étonnant qu’il soit oint par le Saint Esprit et qu’il bénisse ainsi l’enfant. On repèrera que sa bénédiction est une bénédiction privée, entre lui et le bébé Jésus. Mais rien de bien original dans cette bénédiction qui est celle d’un homme qu’on suppose toujours très âgé et qui voit soudain dans un petit enfant le signe de l’accomplissement de son espérance. Les personnes très âgées sont capables de ça, et de vous mettre avec ça très mal à l’aise. Que les parents s’étonnent n’a rien d’étonnant, c’est un euphémisme – et ça va aller plus fort.

3.     Étonnement :

            Syméon les bénit, rien d’étonnement, mais ce qu’il leur déclare ensuite : (a) que cet enfant est là pour la chute ou de relèvement… comme le rendent les traducteurs français, alors qu’il est là pour la chute et le relèvement de beaucoup, étonnant énoncé qui indique que chute et relèvement peut cohabiter dans un même esprit, passant de l’un à l’autre, (b)  il est là aussi pour être un signe contesté, et discuté, et même objet de dispute voire de grave querelle, (c) et pour Marie seulement – et pourquoi pas aussi le père de l’enfant – un glaive – mais qui tient donc ce glaive ? – te transpercera l’âme – et pourquoi pas le corps ? La phrase de Syméon qui suit sa bénédiction est le point culminant de l’étonnement. Pourquoi, pourquoi et pourquoi ? Est-ce un programme évangélique ? C’est en tout cas,  nous l’avons déjà dit, un chamboulement, et surtout c’est le point de redescente de la figure de style : les presque même éléments, mais changés.       

4.     Anne

            Anne en lieu et place de Syméon, une femme prophétesse, elle fait un boulot d’homme : prophétiser. Elle n’est pas cautionnée par un homme, puisqu’elle est veuve. Elle œuvre dans un lieu plutôt réservé aux hommes : le temple. Elle appartient à la tribu d’Aser, étonnant, cette tribu a disparu depuis 7 siècles. Elle n’est pas assistée par le Saint Esprit, elle s’en passe. Et plus ambitieuse que Syméon qui attend la consolation d’Israël, elle parle pour ceux qui attendent la libération de Jérusalem. Et enfin, synthèse, tout ce qui pourrait la disqualifier la qualifie pourtant, pendant que tout ce qui qualifie Syméon se trouve relativisé par la reconnaissance de l’action de cette femme.  

5.     A la fin

            L’épisode s’achève comme il a commencé, dans l’ordinaire des jours, « ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth », et le petit grandissait… il faut du temps pour faire un homme.

 

            Qu’avons-nous appris de l’Évangile ? Au contact de cette figure de style…

            Il est ce point de passage, et point de rupture, par lequel passent les énoncés reçus, les énoncés usés, propulsés par ces forces anciennes qui à la fois s’exténuent et se renouvellent.

            Il est le point de passage et de rupture auquel les êtres humains évaluent les chemins qu’ils ont déjà parcourus, se laissent déstabiliser et rééquilibrer, et c’est qu’ils envisagent de nouveaux chemins.

            L’advenue de l’Évangile est préparée en général par des rituels reconnus, servis par des personnes qualifiées, jusqu’à ce que des personnes inattendues se manifestent. L’Évangile, rapport à ces dernières, est l’inattendu de l’inattendu apporté par des personnes pas nécessairement qualifiées ou réputées.

           

            Et bien entendu, l’Évangile arrive et arrivera toujours même si le processus de sa venue n’est pas élucidé. Autrement dit, l’Évangile nous requiert, mais n’a pas vraiment besoin de nous. Amen

samedi 25 janvier 2025

Pour un verset de plus (Luc 1,1-4 & 4,14-21 ; 1Corinthiens 12,12-30 ; Néhémie 8,1-11)

Luc 1

1 Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements accomplis parmi nous,

 2 d'après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et qui sont devenus serviteurs de la parole,

 3 il m'a paru bon, à moi aussi, après m'être soigneusement informé de tout à partir des origines, d'en écrire pour toi un récit ordonné, très honorable Théophile,

 4 afin que tu puisses constater la solidité des enseignements que tu as reçus.

 

 Luc 4

14 Alors Jésus, avec la puissance de l'Esprit, revint en Galilée, et sa renommée se répandit dans toute la région.

 15 Il enseignait dans leurs synagogues et tous disaient sa gloire.

 16 Il vint à Nazara où il avait été élevé. Il entra suivant sa coutume le jour du sabbat dans la synagogue, et il se leva pour faire la lecture.

 17 On lui donna le livre du prophète Esaïe, et en le déroulant il trouva le passage où il était écrit:

 18 L'Esprit du Seigneur est sur moi parce qu'il m'a conféré l'onction pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté,

 19 proclamer une année d'accueil par le Seigneur.

 20 Il roula le livre, le rendit au servant et s'assit; tous dans la synagogue avaient les yeux fixés sur lui.

 21 Alors il commença à leur dire: «Aujourd'hui, cette écriture est accomplie pour vous qui l'entendez.»

 

1 Corinthiens 12

12 En effet, prenons une comparaison: le corps est un, et pourtant il a plusieurs membres; mais tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu'un seul corps: il en est de même du Christ.

 13 Car nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit en un seul corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, et nous avons tous été abreuvés d'un seul Esprit.

 14 Le corps, en effet, ne se compose pas d'un seul membre, mais de plusieurs.

 15 Si le pied disait: «Comme je ne suis pas une main, je ne fais pas partie du corps», cesserait-il pour autant d'appartenir au corps?

 16 Si l'oreille disait: «Comme je ne suis pas un oeil, je ne fais pas partie du corps», cesserait-elle pour autant d'appartenir au corps?

 17 Si le corps entier était oeil, où serait l'ouïe? Si tout était oreille, où serait l'odorat?

 18 Mais Dieu a disposé dans le corps chacun des membres, selon sa volonté.

 19 Si l'ensemble était un seul membre, où serait le corps?

 20 Il y a donc plusieurs membres, mais un seul corps.

 21 L'oeil ne peut pas dire à la main: «Je n'ai pas besoin de toi», ni la tête dire aux pieds: «Je n'ai pas besoin de vous.»

 22 Bien plus, même les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont nécessaires,

 23 et ceux que nous tenons pour les moins honorables, c'est à eux que nous faisons le plus d'honneur. Moins ils sont décents, plus décemment nous les traitons:

 24 ceux qui sont décents n'ont pas besoin de ces égards. Mais Dieu a composé le corps en donnant plus d'honneur à ce qui en manque,

 25 afin qu'il n'y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient un commun souci les uns des autres.

 26 Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance; si un membre est glorifié, tous les membres partagent sa joie.

 27 Or vous êtes le corps de Christ et vous êtes ses membres, chacun pour sa part.

 28 Et ceux que Dieu a disposés dans l'Église sont, premièrement des apôtres, deuxièmement des prophètes, troisièmement des hommes chargés de l'enseignement; vient ensuite le don des miracles, puis de guérison, d'assistance, de direction, et le don de parler en langues.

 29 Tous sont-ils apôtres? Tous prophètes? Tous enseignent-ils? Tous font-ils des miracles?

 30 Tous ont-ils le don de guérison? Tous parlent-ils en langues? Tous interprètent-ils?

 

Néhémie 8

1Tout le peuple, comme un seul homme, se rassembla sur la place qui est devant la porte des Eaux, et ils dirent à Esdras, le scribe, d'apporter le livre de la Loi de Moïse que le SEIGNEUR avait prescrite à Israël.

 2 Le prêtre Esdras apporta la Loi devant l'assemblée, où se trouvaient les hommes, les femmes et tous ceux qui étaient à même de comprendre ce qu'on entendait. C'était le premier jour du septième mois.

 3 Il lut dans le livre, sur la place qui est devant la porte des Eaux, depuis l'aube jusqu'au milieu de la journée, en face des hommes, des femmes et de ceux qui pouvaient comprendre. Les oreilles de tout le peuple étaient attentives au livre de la Loi.

 4 Le scribe Esdras était debout sur une tribune de bois qu'on avait faite pour la circonstance, et à côté de lui se tenaient Mattitya, Shèma, Anaya, Ouriya, Hilqiya et Maaséya à sa droite, et à sa gauche: Pedaya, Mishaël, Malkiya, Hashoum, Hashbaddana, Zekarya, Meshoullam.

 5 Esdras ouvrit le livre aux yeux de tout le peuple, car il était au-dessus de tout le peuple, et lorsqu'il l'ouvrit tout le peuple se tint debout.

 6 Et Esdras bénit le SEIGNEUR, le grand Dieu, et tout le peuple répondit: «Amen! Amen!» en levant les mains. Puis ils s'inclinèrent et se prosternèrent devant le SEIGNEUR, le visage contre terre.

 7 Yéshoua, Bani, Shérévya, Yamîn, Aqqouv, Shabtaï, Hodiya, Maaséya, Qelita, Azarya, Yozavad, Hanân, Pelaya - les lévites - expliquaient la Loi au peuple, et le peuple restait debout sur place.

 8 Ils lisaient dans le livre de la Loi de Dieu, de manière distincte, en en donnant le sens, et ils faisaient comprendre ce qui était lu.

 9 Alors Néhémie le gouverneur, Esdras le prêtre-scribe et les lévites qui donnaient les explications au peuple dirent à tout le peuple: «Ce jour-ci est consacré au SEIGNEUR votre Dieu. Ne soyez pas dans le deuil et ne pleurez pas!» - car tout le peuple pleurait en entendant les paroles de la Loi.

 10 Il leur dit: «Allez, mangez de bons plats, buvez d'excellentes boissons, et faites porter des portions à celui qui n'a rien pu préparer, car ce jour-ci est consacré à notre Seigneur. Ne soyez pas dans la peine, car la joie du SEIGNEUR, voilà votre force!»

 11 Et les lévites calmaient tout le peuple en disant: «Faites silence, car ce jour est consacré. Ne soyez pas dans la peine!»


Prédication : 

            Ainsi donc, pour reprendre l’évangile de ce jour, nous pouvons rappeler ce qu’il se passe quelques versets – quelques instants plus tard – lorsque Jésus aura fini son discours, discours dans lequel il aura dit ; « Aujourd’hui, cette écriture est accomplie pour vous qui l’entendez » Une phrase qui recueille notre assentiment, oui, qu’il s’agisse de la parole du prophète Esaïe ou de bien d’autres paroles bibliques, Jésus les accomplit consciemment, moyen de notre élection et de notre conversion. Mais quelques versets plus loin, à cause de son discours, provocation, propos d’un prédicateur débutant, d’un tout nouveau converti, Jésus va manquer d’être lynché par les habitants de Nazareth, son propre pays. Il y a un grand écart, n’est-ce pas, entre ces deux moments d’un même épisode, une grande contradiction qui appelle à une réflexion radicale… Pour un ou deux versets de plus ou de moins, nous passons à côté d’elle sans la voir.

 

            Je voudrais, dans cette même réflexion, et sous la même plume que Luc, que nous nous déplacions vers les Actes des Apôtres pour lire un seul verset – d’autres verset seront rendus de mémoire : « mais personne d’autre n’osait s’agréger à eux. » Actes 5,13) Il s’agit de l’Eglise dite primitive, qui se trouve donc être en panne, après que deux paroissiens pas beaucoup plus gravement pécheurs que d’autres, aient été foudroyés par des puissances célestes, pour une histoire de fric, puissances célestes déchaînées par l’Apôtre Pierre lui-même qui, dans cette affaire, est le digne successeur d’un certain Elie, Prophète. L’Eglise donc est en panne, alors même que, dans les chapitres précédents, il en est fait un portrait rayonnant. Pour arriver dans l’impasse ? Pierre, Apôtre débutant, chef d’Eglise encore plus débutant… gonflé de sa propre puissance ? peut-être bien. Si l’on y consent, il devient urgent de relire le début des Actes, au moins… et pas que. Je partage avec vous que ce seul verset a été pour moi l’occasion d’une sorte de renouveau de la lecture de la Bible. Sur la base d’une maxime toute simple : lire un verset de plus.

 

            Ces premières choses ayant été dites, il nous est suggéré de lire Néhémie, à cet endroit tellement extraordinaire qui est la réception par le peuple de la Loi de Moïse, sous la direction du Scribe Esdras, accompagné par un nombre connu de gens connus. D’abord, réjouissons-nous, car nous avons là un péplum biblique, comme au cinéma, et il n’y en a pas tant que ça dans la Bible. Ensuite, demandons-nous qui sont ces gens dont les noms sont connus ? La joie de Dieu qui est notre force peut nous laisser oublier que si ces gens-là sont ainsi mis en avant, d’autre ont purement et simplement disparu du paysage. Quelques versets plus loin, il est question de savoir qui sera légitimement interprète des Saintes Écritures : ceux qui sont rentrés de l’exil, ou ceux qui, n’ayant pas été déportés, ont vaille que vaille continué à célébrer un culte à Dieu, à Jérusalem, sur les ruines du premier Temple ? Qui donc est légitime, avec ou sans l’exil ? La joie de cette réception du Saint Livre pèse son poids d’exclusion. Car ceux qui n’avaient pas été exilés ont été évincés par les revenants. Ils ont été chassés, avec leurs femmes, prétendument étrangères, et leurs enfants. Mais s’ils les chassaient eux-mêmes – leurs femmes et leurs enfants – et certains l’ont fait – ils redevenaient légitimes et reprenaient le service sacré…

            Ainsi, le prix de la joie de Dieu (Néhémie 8,10), à quelques versets près, c’est la prétention exclusive à être seul autorisé à célébrer Dieu, à lire et à interpréter le Livre de la Loi de Moïse, étendrons-nous cela à notre époque ? Au Nouveau Testament…disons la Bible, l’Evangile… Question de légitimité, pour quelques versets de plus.

 

            Première épître de Paul aux Corinthiens. Un verset de plus ? Le fragment qui nous en est proposé est la longue allégorie de l’Eglise et du corps, que nous connaissons presque par cœur. Et avec laquelle nous pouvons amicalement jouer, qui est quoi, et avec laquelle, peut-être, nous pouvons peut-être opérer certains discernements. C’est un beau texte, et Paul a certainement profondément réfléchi pour arriver à cela. Peut-être même qu’une certaine mise en œuvre a été possible à Corinthe. En tout cas, le fragment que nous lisons le laisse à penser, sauf qu’il se finit par une très étrange rafale de questions "29Tous sont-ils apôtres? Tous prophètes? Tous enseignent-ils? Tous font-ils des miracles? 30Tous ont-ils le don de guérison? Tous parlent-ils en langues? Tous interprètent-ils?"

            Quelques versets plus loin, s’ouvre une pièce essentielle, 1 Corinthiens 13, « une voie infiniment supérieure », que vous connaissez. Pourquoi tout ce travail de Paul ? Nous nous en réjouissons mais ces morceaux de textes nous laissent à penser que tout n’allait pas si bien que ça à Corinthe, que tout y allait même fort mal et que cette première épître de Paul n’était pas une caresse spirituel mais plutôt un remède de cheval. Et cette partie diagnostique et médicinale du message s’évanouit si l’on ne lit pas un ou quelques versets de plus.

 

            Luc, Néhémie, Corinthiens, nous avons lu trois fragments de différents livres, en méditant sur cette même idée, qu’il faut lire toujours un peu plus que ce qui nous est proposé par les listes de lecture. Ces listes sont comme tous les autres textes, soumis au principe de libre examen qui fut si important pour la Réforme. Chacun peut librement examiner ce qui entre en lui par les yeux et par les oreilles, examiner, réfléchir, évaluer, et décider... En insistant là-dessus, les Réformateurs ont juste pris acte de l’avènement de l’homme de la modernité, un homme adulte, libre et responsable de ses choix. Ils ont juste aussi pris acte de ce que le texte biblique était autonome et critique de lui-même.

            Revenons à Luc 1, les premiers versets. Les commentateurs, en général, considèrent que les quatre premiers versets de Luc indiquent qu’il a mené une enquête historique afin que les faits soient clairement établis et que, par comparaison avec son texte, tous les autres textes soient validés, ou invalidés, conformément à la vérité ; et que ce cher très honorable Théophile ne se satisfasse pas de propos frelatés. Le dire ainsi ne rend pas justice à la finesse de l’écriture de Luc, en particulier pas à cette dimension critique que nous avons vue émerger dans les Actes. Autrement dit, Luc donne à Théophile, l’amoureux de Dieu – nous sommes tous des Théophile – un outil pour évaluer tout texte, biblique, homilétique, liturgique, tout texte qui entreprend de parler de Dieu… à commencer bien sûr par l’Évangile de Luc. Luc est aussi critique de Luc.

            Et nous nous arrêterons là, sur une maxime théologique : Luc parle de Luc comme Dieu parle de Dieu. Puissent nos lectures et nos vies être irriguées par cette vérité. Et la Bible est un livre de vérité.

            Amen

 


samedi 11 janvier 2025

Le fils de Dieu, unique et singulier (Luc 3,15-38)

Psaume 2

1 Pourquoi cette agitation des peuples, ces grondements inutiles des nations?

 2 Les rois de la terre s'insurgent et les grands conspirent entre eux, contre le SEIGNEUR et contre son messie:

 3 «Brisons leurs liens, rejetons leurs entraves.»

 4 Il rit, celui qui siège dans les cieux; le Seigneur se moque d'eux.

 5 Alors il leur parle avec colère, et sa fureur les épouvante:

 6 «Moi, j'ai sacré mon roi sur Sion, ma montagne sainte.»

 7 Je publierai le décret: le SEIGNEUR m'a dit: «Tu es mon fils; moi, aujourd'hui, je t'ai engendré.

 8 Demande-moi, et je te donne les nations comme patrimoine, en propriété les extrémités de la terre.

 9 Tu les écraseras avec un sceptre de fer, et, comme un vase de potier, tu les mettras en pièces.»

 10 Et maintenant, rois, soyez intelligents; laissez-vous corriger, juges de la terre!

 11 Servez le SEIGNEUR avec crainte, exultez en tremblant;

 12 - rendez hommage au fils; sinon il se fâche, et vous périssez en chemin, un rien, et sa colère s'enflamme! Heureux tous ceux dont il est le refuge.

 Luc 3

15 Le peuple était dans l'attente et tous se posaient en eux-mêmes des questions au sujet de Jean: ne serait-il pas le Messie?

16 Jean répondit à tous: «Moi, c'est d'eau que je vous baptise; mais il vient, celui qui est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la lanière de ses sandales. Lui, il vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu;

17 il a sa pelle à vanner à la main pour nettoyer son aire et pour recueillir le blé dans son grenier; mais la bale, il la brûlera au feu qui ne s'éteint pas.»

18 Ainsi, avec bien d'autres exhortations encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.

19 Mais Hérode le tétrarque, qu'il blâmait au sujet d'Hérodiade, la femme de son frère, et de tous les forfaits qu'il avait commis,

20 ajouta encore ceci à tout le reste: il enferma Jean en prison.

 21 Or comme tout le peuple était baptisé, Jésus, baptisé lui aussi, priait; alors le ciel s'ouvrit;

22 l'Esprit Saint descendit sur Jésus sous une apparence corporelle, comme une colombe, et une voix vint du ciel: «Tu es mon fils, le bien aimé, en toi je me reconnais.» {aujourd’hui je t’ai engendré}

 23 Jésus, à ses débuts, avait environ trente ans. Il était, à ce qu’on disait, fils de Joseph, fils de Héli, 24 fils de Matthat, fils de Lévi, fils de Melchi, fils de Iannaï, fils de Joseph, (…) 37 fils de Mathousala, fils de Hénoch, fils de Iaret, fils de Maléléel, fils de Kaïnam, 38 fils d'Enôs, fils de Seth, fils d'Adam, fils de Dieu.

Prédication :

            Au jour du baptême de Jésus, une voix du ciel se fait entendre. Mais qu’a-t-elle vraiment dit ? Les trois premiers évangiles sont unanimement d’accord pour que cette voix parle. Ils sont même tous  presque d’accord pour que cette voix annonce que Jésus est le Fils de Dieu. Mais ils ne sont pas tous d’accord pour qualifier cette filiation. Ce désaccord est même à l’intérieur même de chaque évangile. S’agissant seulement de Luc, certains des plus anciens témoins proposent : «…aujourd’hui, je t’ai engendré. », et d’autres témoins autre chose : « …en toi je me reconnais. ».

            Si c’est au jour de son baptême que Dieu engendre Jésus en tant que son Fils, cela signifie que jusque là Jésus n’était pas son Fils. Mais si au jour du baptême Dieu proclame qu’en Jésus il se reconnaît, cela signifie que Jésus était déjà en quelque manière supérieur à Dieu auparavant… mais depuis quand ? Souvenons-nous d’un court échange entre Marie et l’ange. Marie : « Mais comment cela se fera-t-il, puisque je n’ai point eu de rapport avec un homme ? » L’ange à Marie : « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu (et on n’a pas l’article). » (Luc 1,34-35) Jésus est-il Fils de Dieu depuis que la puissance du Très Haut a couvert Marie de son ombre ? Difficile de répondre oui ; parce que l’ange dit : il sera appelé Fils de Dieu ; l’ange ne dit pas qu’il sera le Fils de Dieu. L’ange suggère ainsi que Fils de Dieu n’est pas une qualité qui n’appartient qu’à un seul homme, mais un titre attribué à certains hommes particulièrement consacrés à Dieu. Non, l’ange ne dit pas de Jésus qu’il est le Fils de Dieu. Faut-il alors chercher plus loin encore en remontant l’évangile de Luc, et en remontant le temps ? On ne trouvera rien, presque rien…Et le seul constat que nous pouvons faire est que l’évangile de Luc prend acte d’un décalage qui a eu lieu. On appelait Fils de Dieu des hommes distingués, appelés aussi Messie (Psaume 2,7), qui s’étaient particulièrement consacrés à Dieu. C’est attesté dans des écrits qui ont précédé de quelques siècles les évangiles ; et l’on affirme un jour que Jésus a été le Fils de Dieu (et en disant le Fils de Dieu, on laisse entendre qu’il n’y en a pas eu d’autre et qu’il n’y en aura pas d’autres).

            Jésus est-il devenu le Fils de Dieu au jour de son baptême ? Ou bien l’était-il depuis toujours ? Nous n’allons pas trancher là où le texte biblique lui-même hésite. Ce qui nous est proposé ce matin, lecteurs de l’évangile de Luc, c’est, à partir du baptême de Jésus, de le reconnaître comme le Fils de Dieu, unique.

            Reconnaissons-le donc comme unique Fils de Dieu. A quoi cela nous engage-t-il ? À approfondir notre lecture en nous demandant comment Jésus va être unique, et à quoi le fait d’être le Fils de Dieu va le conduire.

            Quand donc Jésus va-t-il de nouveau être appelé le Fils de Dieu ?

  1. Il va être appelé Fils de Dieu – mais sans l’article – dans la généalogie qu’on donne de lui. Et cette généalogie est précédée d’un « à ce qu’on disait… ». Mais ça n’est qu’une généalogie… les généalogies sont instables, et celle-ci, comme toutes les autres, ne peut guère valoir grand-chose : « il était, à ce qu’on croyait… » crédulité.
  2. Jésus va aussi être appelé Fils de Dieu lors du récit des tentations. Il n’est pas appelé le Fils de Dieu, comme si ces tentations étaient celles de tous ceux qui se consacrent à Dieu, si peu que ce soit. On peut dire aussi que c’est par provocation que le diable l’appelle seulement Fils de Dieu et non pas le Fils de Dieu… C’est bien de toute manière Jésus qui est ici tenté, et d’une manière particulièrement redoutable.
    1. Il est tenté de faire ce qu’il veut des choses, pour se contenter lui-même. Et il ne cèdera pas.
    2. Il est tenté de faire ce qu’il veut des humains, également pour se contenter lui-même. Et il ne cèdera pas.
    3. Il est tenté de faire ce qu’il veut de Dieu, toujours pour se contenter lui-même. Et il ne cèdera pas. Le Fils de Dieu n’exige rien de Dieu, mais reçoit tout de Dieu. Le Fils de Dieu est pur serviteur.
  3. Les démons que Jésus chasse l’appellent le Fils de Dieu (Luc 4,41)… mais il les empêche de parler, parce qu’ils le connaissent. Et leur connaissance n’est pas une reconnaissance. Parce qu’elle relève d’un savoir, et non pas d’une confession de foi.
  4. Et la dernière fois qu’il sera appelé le Fils de Dieu, ce sera par ses accusateurs… par ceux qui l’ont condamné sans jamais vouloir l’entendre, et pour ne jamais l’entendre en tant justement que le Fils de Dieu.

 

Être le Fils de Dieu c’est, dans l’évangile de Luc, déclarer insignifiante la généalogie, refuser tout exercice égoïste du pouvoir, réduire au silence ceux qui savent, et enfin c’est garder le silence devant les hypocrites et les meurtriers.

Être le Fils de Dieu, en somme, dans l’évangile de Luc, ça ne se revendique pas, ça ne se crie pas, ça ne se sait pas. Tout se passe comme si l’évangile de Luc avait souhaité que la qualité du Fils de Dieu ne puisse qu’être entraperçue… Mais pourquoi ?

Nous avons parlé d’un glissement de sens. Fils de Dieu désignait des hommes particulièrement consacrés à Dieu… mais affirmer d’un homme particulier qu’il est le Fils de Dieu revient à minimiser le rôle des autres, et à affirmer qu’il n’y en aura plus d’autre.

Probablement que, dans l’histoire, l’affirmation que Jésus était le Fils de Dieu est-elle devenue très rapidement une pierre d’achoppement entre des humains se réclamant pourtant du même Dieu. Est-il, oui ou non, le Fils de Dieu ? S’il l’est, comment l’est-il ? Qu’il soit le Fils de Dieu est d’ailleurs une affirmation qui divise encore aujourd’hui. Peut-être pas les chrétiens entre eux, encore que… mais entre monothéistes, c’est une toute autre affaire. Pourquoi a-t-elle divisé, et pourquoi divise-t-elle encore ? Qu’est-ce qu’affirmer que Jésus est le Fils de Dieu ? Est-ce une confession de la foi, résolue mais modeste, d’une personne, qui dit « je crois… », ou l’affirmation catégorique et non discutable d’un savoir révélé et absolu ? Est-ce de la théologie et de la liturgie, ou est-ce une certaine manière de vivre ?

Luc, il est peut-être le premier des auteurs chrétiens à le faire, invite ses lecteurs à réfléchir sérieusement sur ces dernières questions. Luc ne récuse pas du tout que Jésus soit le Fils de Dieu, mais il démonte très efficacement tout ce qui pourrait ressembler à des preuves, à des auto-affirmations ; il conteste tout ce qui pourrait obliger à professer, tout ce qui pourrait permettre de prétendre qu’on sait, et Luc, finalement, ne laisse de qu’à ce que j’appellerai la décision de croire.

Puissions-nous prendre, et toujours reprendre la décision de croire. Amen  

samedi 4 janvier 2025

Epiphanie ça veut dire Bonne Année (Matthieu 2,1-12)

Matthieu 2

1 Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem

 2 et demandèrent: «Où est le roi des Juifs qui vient de naître? Nous avons vu son astre à l'Orient et nous sommes venus lui rendre hommage.»

 3 À cette nouvelle, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui.

 4 Il assembla tous les grands prêtres et les scribes du peuple, et s'enquit auprès d'eux du lieu où le Messie devait naître.

 5 «À Bethléem de Judée, lui dirent-ils, car c'est ce qui est écrit par le prophète:

 6 Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'es certes pas le plus petit des chefs-lieux de Juda: car c'est de toi que sortira le chef qui fera paître Israël, mon peuple.»

 7 Alors Hérode fit appeler secrètement les mages, se fit préciser par eux l'époque à laquelle l'astre apparaissait,

 8 et les envoya à Bethléem en disant: «Allez vous renseigner avec précision sur l'enfant; et, quand vous l'aurez trouvé, avertissez-moi pour que, moi aussi, j'aille lui rendre hommage.»

 9 Sur ces paroles du roi, ils se mirent en route; et voici que l'astre, qu'ils avaient vu à l'Orient, avançait devant eux jusqu'à ce qu'il vînt s'arrêter au-dessus de l'endroit où était l'enfant.

 10 À la vue de l'astre, ils éprouvèrent une très grande joie.

 11 Entrant dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie, sa mère, et, se prosternant, ils lui rendirent hommage; ouvrant leurs coffrets, ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe.

 12 Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner auprès d'Hérode, ils se retirèrent dans leur pays par un autre chemin.

Prédication :

1.  le savoir, et son usage

            Des Mages de l’Orient ont vu dans les étoiles que le Roi des Juifs venait de naître, et ils ont fait un voyage pour venir l’adorer. La naissance du roi des juifs était inscrite dans les étoiles. Et si nous nous généralisons un peu, cela signifie qu’une observation compétente de phénomènes naturels peut nous renseigner sur ce que Dieu veut faire et fait.

            Mais nous pouvons nous demander comment ces gens ont fait le lien entre ce qu’ils ont vu dans les étoiles et l’événement en question. Car il y a un écart vraiment important entre lever le nez vers le ciel pour y voir ce qu’on y voit, et l’interprétation de ce qui est vu : le roi des Juifs vient de naître. Qu’est-ce qui peut bien combler cet écart ?

            Il y a, dans le texte de l’adoration des mages, un savoir empirique qui est reconnu par le texte biblique. Pour interpréter une observation, il faut un savoir. Et l’appellation ‘roi des Juifs’ étant typiquement ‘juive’, et l’observation des étoiles étant typiquement ‘chaldéenne’, nous pouvons affirmer que les traditions juives et chaldéennes se sont un jour croisées au point que ce savoir s’est élaboré… semble-t-il dans des formes divinatoires.

            Or, les pratiques divinatoire sont souvent méprisées, voire condamnées, par les auteurs bibliques… que se passe-t-il donc ici ? Pourquoi sont-elles légitimées ? Il ne s’agit pas de divination ordinaire, il ne s’agit pas de savoir pour dominer, mais de savoir pour adorer. Précisons : il est une forme de savoir qui n’est nullement condamnable – bibliquement s’entend… parce que son usage est bon. Et donc, Matthieu 2, seul l’usage du savoir est discuté… Comment Hérode fera-t-il usage de ce même savoir ? (Nous n’avons pas lu le récit du massacre… mais vous le connaissez)

            Il y a ainsi deux usage du même savoir :

            Soit reconnaître la grandeur de Dieu et s’incliner devant elle… même si – surtout si – la grandeur de Dieu devant laquelle s’incliner peut être le berceau d’un enfant qui pour vous n’a même pas encore de nom… Cette divine grandeur peut être absolument tout ce que vous voulez d’absolument ordinaire, de totalement banal, mais à quoi vous affectez une valeur de salut… une banalité dans laquelle vous repérez l’agir de Dieu, et à quoi votre acte va correspondre…

            Soit chercher à conserver pour soi le pouvoir donné par le savoir, à n’importe quel prix – fut-il celui de la vie d’autrui – et par n’importe quel moyen…

2.  des trous dans le savoir

            Reprenons : un certain savoir est inscrit dans les étoiles et dans les traditions : des mages ont su observer et interpréter… mais ils se sont trompés de destination. Ils ont pris un ticket pour Jérusalem… le texte fonctionne ainsi, les mages fonctionnent ainsi : les rois ne peuvent naître que dans les capitales.

            Les mages avaient ce préjugé – comme nous en avons – et le savoir des mages avait un trou. Dans ce trou, le savoir de Jérusalem et de son roi s’est exprimé… avec le drame qui s’ensuit, et la critique que nous avons mise en œuvre continue de s’exercer.

            Notez en passant que si le savoir des mages concerne le TEMPS – quand le roi des Juifs doit naître – celui des Jérusalémites concerne le LIEU – où le roi des Juifs doit naître… peut-être pour nous signifier qu’en matière de savoir, il faut toujours s’y mettre à plusieurs – surtout lorsqu’il s’agit des affaires divines – faute de quoi l’on est toujours à côté de la plaque…

3.  se mettre en route : l’Esprit

            Un savoir est inscrit, et les mages ont su le “ lire ” mais pas entièrement l’interpréter… encore qu’ils aient su se mettre en route. Il y a un miracle là-dedans, c’est que ces gens se sont mis en route. Comment ? Et pourquoi ? Pas de réponse vraiment claire dans Matthieu 2.

            Il n’est pas illicite de chercher du secours chez d’autres auteurs (Ephésiens 3,5) : Il n'a pas été manifesté aux fils des hommes dans les autres générations, comme il a été révélé maintenant par l'Esprit aux saints apôtres et prophètes de Christ. La traduction oppose la manifestation à la révélation, la continuité extérieure à l’événement intérieur. Disons que savoir ce qui doit être fait et entreprendre de le faire sont deux choses très différentes. Savoir que le roi des Juifs est né, et se mettre en route pour l’adorer sont deux choses différentes.

            L’auteur des Éphésiens ne nous le fait pas dire, qui explique que le Christ, dont l’existence était objet de savoir pour les générations, est maintenant révélé par l’Esprit à ceux à qui il est révélé. L’intervention de l’Esprit, vous pouvez dire bon vouloir de Dieu n’est pas une notion théologique, mais une notion pratique. Vous pouvez dire aussi : intervention de l’Esprit.

4.  pour arriver où ?

            Voilà, ils se sont mis en route et ils ne sont pas au bout de leurs peines. On ne passe pas sans résistance du savoir – même juste – à l’action juste.

            Supposons qu’ils soient partis de Babylonie… combien faut-il de temps, avec les moyens de l’époque, pour rallier Jérusalem ? Pour 1200km, 40 jours n’est pas un résultat aberrant. Pour eux comme pour nous, il faut le temps biblique qu’il faut. Et l’on n’est pas encore à bon port, puisqu’il faut à la fin être renseigné sur la destination finale… La dernière étape – très courte – est la plus dangereuse, la plus incertaine. Cette dernière étape est celle qui met en péril l’objet tout proche de notre adoration.

            Car l’Esprit nous pousse à mettre en œuvre des décisions qui relèvent de notre savoir, mais notre savoir est troué… et si nous nous attendons à quelque chose, c’est autre chose qui peut venir… par exemple comme de n’être pas seul. Et ça n’est pas toujours Hérode qu’on rencontre.

            Et s’il s’agit finalement pour nous de savoir où nous mène cette vie, où nous mènent les choix que nous ferons, s’il nous faut savoir – pour nous comme pour ceux que nous aimons – si nos choix finalement ne leur nuiront pas, il nous faut dire et affirmer que le Seigneur veillera sur nous, et sur eux. Nous ne marchons pas finalement par le savoir, mais dans l’Esprit, c’est à dire par la foi.