dimanche 20 mai 2018
dimanche 6 mai 2018
Dieu est amour (1 Jean 4,7-10 et Jean 15,9-17)
Alléluia
41-22. Louons Dieu le Créateur
1.
Louons Dieu le Créateur ! Il sema partout des fleurs, Nous offrant le grand
honneur D’être enfants de son lignage. Il nous pétrit de ses mains, Nous donna
le beau jardin Où jouer nos lendemains D’hommes faits à son image.
2.
Louons Christ le Rédempteur ! Qui vint pour chasser nos peurs, Nous donner le
vrai bonheur Des enfants de son Royaume. Il s’égale aux plus petits, Les
accueille et leur sourit, S’émerveille et les bénit Pour chanter la joie des
psaumes.
3.
Appelons le Saint-Esprit Qui insuffle en nous la vie, Nous éclaire et nous
conduit Pour aimer le nom du Père. Lui l’Esprit de liberté, Le chemin de vérité
De qui vient toute unité Comblera ceux qui espèrent.
Louange
et prière 75. Gloire, gloire à l’Eternel
1. Gloire, gloire à
l’Eternel! Qu’un cantique solennel Qu’un cantique solennel De nos cœurs monte à
son trône. Quand il crée, oh! qu’Il est grand! Quand Il crée, oh! qu’Il est
grand! Qu’Il est juste en punissant, Qu’Il est bon quand Il pardonne!
2. Il commande… et le
néant Tressaille au premier accent Tressaille au premier accent De sa parole
vivante; Et des astres radieux Et des astres radieux Sa main jette dans les
cieux La poussière étincelante.
3. Il accuse et le
pécheur, Devant cet accusateur Devant cet accusateur Sent sa profonde misère ;
Il s’écrie en son effroi, Il s’écrie en son effroi Montagnes tombez sur moi
Cachez-moi de sa colère.
4. Mais l’âme à qui le
Seigneur S’est donné pour Rédempteur S’est donné pour Rédempteur Goûte une paix
ineffable; Objet d’un si grand amour Objet d’un si grand amour Elle se donne en
retour À ce Sauveur adorable.
5. Ô Dieu! Que tes
rachetés Toujours chantent les bontés Toujours chantent les bontés De celui qui
leur pardonne! Gloire, gloire à l’Eternel! Gloire, gloire à l’Eternel! Ce
cantique solennel Montera jusqu’à son trône!
1 Jean 4
7 Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, car
l'amour vient de Dieu, et quiconque aime vient de Dieu et connaît de Dieu.
8 Qui n'aime pas n'a pas connu Dieu, puisque Dieu est
amour.
9 Voici comment a été manifesté l'amour de Dieu au milieu
de nous: Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par
lui.
10 Voici ce qu'est l'amour: ce n'est pas nous qui avons
aimé Dieu, c'est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime d'expiation
pour nos péchés.
Jean 15
9 Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés;
demeurez dans mon amour.
10 Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans
mon amour, comme, en gardant les commandements de mon Père, je demeure dans son
amour.
11 «Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et
que votre joie soit parfaite.
12 Voici mon commandement: aimez-vous les uns les autres
comme je vous ai aimés.
13 Nul n'a d'amour plus grand que celui qui pose là sa vie
pour ses amis.
14 Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous
commande.
15 Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur
reste dans l'ignorance de ce que fait son maître; je vous appelle amis, parce
que tout ce que j'ai entendu auprès de mon Père, je vous l'ai fait connaître.
16 Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous
ai choisis et posés là pour que vous alliez, que vous portiez du fruit et que
votre fruit demeure: si bien que tout ce que vous demanderez au Père en mon
nom, il vous l'accordera.
17 Ce que je vous commande, c'est de vous aimer les uns les
autres.
Prédication :
Nous avons chanté deux cantiques sur
une même mélodie (de Samuel Webbe le Jeune, 1770-1843). Plus d’un siècle sépare
ces deux textes. J’aime la mélodie de ces cantiques ; c’est probablement
la première mélodie de cantique que j’ai connue, j’étais alors tout enfant.
Elle est un des sommets de ma petite spiritualité. Ces choses-là ne se
discutent pas.
Les deux textes parlent de Dieu,
n’est-ce pas ? Mais de quel Dieu ? Tentons de ramener la théologie de
chacun des deux cantiques à un seul mot. Pour le premier, Louons Dieu le Créateur (Pasteur Louis Lévrier (1923-2004) en
1999), ce serait le mot liberté (il sème à profusion). Pour Gloire gloire à l’Eternel (Dr Lamouroux
(1794-1866), ce serait le mot ordre (il crée, il accuse, il punit, il
pardonne).
Les deux cantiques se rencontrent sur le thème de la rédemption… encore
que la rédemption de la fin du XXè siècle ne soit qu’effacement des peurs, là
où celle du XIXè efface des péchés…
Vous pouvez avoir une préférence pour un texte, ou pour l’autre… Si
vous n’êtes pas décidés à cet instant, gardez la feuille de culte et revenez-y
plus tard.
Ces deux cantiques vous ont été aujourd’hui proposés pour introduire
une réflexion sur les images de Dieu et les images des hommes – gardez bien en
vous l’idée que toute image de Dieu va avec une image de l’homme. Dieu, il est
comment ? Liberté ? Ordre ? Et pour quel homme est-il ceci ou
plutôt cela ?
Dans les deux textes bibliques que
nous avons lus, le mot amour et le verbe aimer ne cessent d’être répétés. Dieu
est amour. Les traditions conservées par l’évangile de Jean et les trois épîtres
de Jean ne cessent de parler d’amour, de Dieu qui est amour, et de ce qu’est
aimer.
Dieu, comment a-t-il aimé ?
L’évangile de Jean répond dès ses tout premiers versets. Au commencement… le
Verbe est Dieu, et le Verbe s’est fait chair. La lumineuse univocité du Verbe
est devenue équivoque comme la chair seule peut l’être. Bien plus encore que de
devenir chair, ce qui pourrait laisser penser à une forme de conservation ou de
réversibilité, comprenons qu’elle s’y anéantit. Plus encore que se dessaisir
d’elle-même, elle se pose là sans se donner aucun moyen de se reprendre. Et
c’est ainsi que Dieu aime. Et c’est ainsi qu’il envoie son Fils – avec lequel
il est un – comme victime expiatoire pour les péchés des hommes, ce qui
signifie très clairement qu’à partir du moment où ce sacrifice est accompli,
Dieu, qui aime, n’a plus rien à exiger des humains. Aimer, dans cette perspective,
dans cette tradition, c’est se poser là, y être à merci, comme offrande
radicale, dans l’impuissance la plus absolue. Pour tâcher d’être un peu plus
clair, Dieu qui aime, Dieu qui est amour, se donne totalement aux humains et
leur dit « Faites de moi ce que vous voudrez ».
Les auteurs de cantiques dont nous avons parlé tout à l’heure ont fait
de Dieu ce qu’ils voulaient.
![]() |
| Comme l'argile entre les mains du potier, ils ont fait de l'argile exactement ce qu'ils voulaient |
En en faisant de Dieu ce qu’ils
voulaient, ces auteurs ont aussi dépeint l’homme – le croyant – tel qu’ils le veulent.
Dans Louons Dieu le Créateur, le
croyant idéal est un être humain libéré de toute peur, ouvert, joyeux et militant
œcuménique ; c’est un croyant d’après le Concile, une croyant idéal de la
seconde moitié du XXème siècle. Dans Gloire,
gloire à l’Eternel, le croyant idéal est un être humain qui a vécu toutes
sortes de troubles et qui, libéré de ces troubles, mène, après un long et
difficile combat, une vie enfin paisible et ordonnée.
Qu’en est-il de nos textes
bibliques ? Quel croyant ? L’unique commandement, celui qui, dans
l’évangile de Jean, résume toute l’aventure humaine divine du Verbe qui se fait
chair, c’est « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai
aimés ». Comment Jésus les a-t-il aimés ? Il les a aimés comme le
Père l’a aimé. Et comment le Père l’a-t-il aimé ? En envoyant son Fils en
victime d’expiation pour les péchés. Dieu a aimé les humains en se posant là en
toute impuissance et en disant « faites de moi ce que vous voudrez ».
Aimer ainsi correspond à l’obéissance à l’unique commandement de Jésus. Aimer
ainsi est l’idéal du disciple, l’idéal du chrétien. Le chrétien pose là sa vie,
au service de son semblable, au service de la communauté, dans un engagement
total et irréversible. Il proclame son désir d’obéir et de servir ; il déclare
en somme son amour… C’est cela, l’idéal du chrétien. Et lorsque cet idéal est
partagé, lorsque les chrétiens s’aiment les uns les autres, c’est aussi l’idéal
de la vie de la communauté. C’est un idéal, c’est même radical.
C’est si radical que nous nous
posons une première question : pour quelles raisons cela a-t-il été pensé
et écrit ? Dans le nouveau Testament, il y a un autre texte qui parle
admirablement de l’amour, c’est la première épître aux Corinthiens. On se rend
assez vite compte que l’hymne à l’amour du chapitre 13 est un écrit de
circonstances. Les chrétiens de Corinthe ont prêté énormément d’attention aux
dons personnels de l’Esprit, et ont laissé de côté la vie de la communauté…
Paul tente de remédier à cela en énonçant que si l’on n’a pas l’amour, tout le
reste ne vaut rien. De la même manière, dans l’évangile de Jean, et surtout dans
l’épître, on parle beaucoup d’amour du prochain, mais beaucoup aussi de
connaissance de Dieu. Ce qui laisse supposer que des groupes ont consacré tant
de leur énergie et de leurs dévotions à parvenir
à une connaissance de Dieu qu’ils en aient oublié la communauté, le prochain,
le frère… L’épître serait un écrit de circonstances, qui, en fonction justement
des circonstances, développe un point qu’elle juge essentiel, et invite à y
revenir : aimer. Avec quel succès ? Nous avons de bonnes raisons de
penser que l’auteur des Epîtres de Jean a échoué. C'est-à-dire que son
interpellation n’a pas été entendue, et que les groupes qui se consacraient
entièrement à rechercher la connaissance de Dieu – au détriment de la vie
communautaire – se sont détachés du grand courant de l’Eglise, centrés sur leur
seule recherche, se sont vraisemblablement épuisés et perdus.
Ils se sont épuisés et perdus, et de
cette aventure il est resté les écrits que sont l’évangile de Jean et les trois petites épîtres. Et à nous autres il est resté et reste une
interpellation radicale : aimons-nous les uns les autres, posons-là nos
vies, mettons-nous totalement à disposition les uns des autres… Cette
interpellation radicale découle de l’affirmation non moins radicale que Dieu
est amour. C'est-à-dire que si nous entendons nous en tenir, s’agissant de
Dieu, à l’unique affirmation qu’il est amour, et qu’il n’est rien d’autre
qu’amour, c’est ainsi qu’il nous faut absolument et résolument vivre.
Est-ce donc ce que nous
affirmons ? Est-ce ainsi que nous vivons ? Non… pas vraiment, plus ou
moins. Pas du tout ? Pas tout à fait… Vous hésitez. Le prédicateur hésite.
Nous sentons bien qu’à vouloir produire une confession de foi simple et
univoque, nous produisons en même temps une éthique totalement impraticable,
une éthique qui incessamment nous accuse…
Mais nous sentons bien aussi que
cette exhortation à l’amour et au service est pertinente tant pour la vie
personnelle que pour la vie communautaire.
Alors ? Alors, si nous sommes
un tant soit peu touchés par cette exhortation, mais pas seulement par elle, il
est possible que ce qui nous accuse ne nous écrase pas, mais bien plutôt nous
stimule.
Ainsi, au nom de Jésus Christ nous pouvons demander au Père qu’il fasse
grandir en nous l’amour. C’est même, dans le sens de notre texte, la seule
chose que nous puissions demander au Père au nom du Fils. Et il nous
l’accordera. Amen
dimanche 15 avril 2018
Où donc est-il écrit ... (Luc 24,35-48)
Luc 24
35 Et eux (les pèlerins d'Emmaüs) racontèrent (aux disciples) ce qui s'était passé sur la
route et comment ils l'avaient reconnu (Jésus) à la fraction du pain.
36 Comme ils parlaient ainsi, Jésus fut présent au
milieu d'eux et il leur dit: «La paix soit avec vous.»
37 Effrayés et remplis de crainte, ils pensaient
voir un esprit.
38 Et il leur dit: «Quel est ce trouble et pourquoi
ces objections s'élèvent-elles dans vos cœurs?
39 Regardez mes mains et mes pieds: c'est bien moi.
Touchez-moi, regardez; un esprit n'a ni chair, ni os, comme vous voyez que j'en
ai.»
40 À ces mots, il leur montra ses mains et ses
pieds.
41 Comme, sous l'effet de la joie, ils restaient
encore incrédules et comme ils s'étonnaient, il leur dit: «Avez-vous ici de quoi
manger?»
42 Ils lui offrirent un morceau de poisson grillé.
43 Il le prit et mangea sous leurs yeux.
44 Puis il leur dit: «Voici les paroles que je vous
ai adressées quand j'étais encore avec vous: il faut que s'accomplisse tout ce
qui a été écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes.»
45 Alors il leur ouvrit l'intelligence pour
comprendre les Écritures,
46 et il leur dit: «C'est comme il a été écrit: le
Christ souffrira et ressuscitera des morts le troisième jour,
47 et on prêchera en son nom la conversion et le
pardon des péchés à toutes les nations, à commencer par Jérusalem.
48 C'est vous qui en êtes les témoins.
Prédication :
Reprenons deux versets, 44 et 46. « Il faut
que s’accomplisse tout ce qui a été dit de moi dans la Loi de Moïse, les
Prophètes et les Psaumes », et « C’est comme il a été écrit : le
Christ souffrira et ressuscitera des morts le troisième jour. »
Où donc ceci est-il
écrit ? Consultons des Bibles savantes, celles qui ont des références dans
les marges et des notes en bas de page. Nous nous attendons à une profusion de renvois
à de nombreux versets bibliques de l’Ancien Testament. Nous trouvons… nous ne
trouvons rien. Nous sommes étonnés. Nous espérions au moins quelques fragments
du Psaume 22, ou d’Esaïe 52, ou d’Osée 6. Mais non. Nous ne trouvons aucun
renvoi.
Il y a juste la version
ZeBible (traduction en français courant, avec guide de lecture) pour considérer
ces deux versets comme une invitation à relire la Bible – entendez l’Ancien
Testament – à la lumière de la résurrection, mais ça n’est pas ce que nous
cherchons ni ce que Jésus annonce. Jésus n’annonce pas que le nouveau éclaire l’ancien mais au contraire, que l’ancien précède et explique le nouveau.
Bref, si nous sommes en
quête d’une correspondance littérale, nous faisons fausse route. Et pourtant,
Luc l’évangéliste proclame cet accomplissement. Alors, que s’accomplit-il
ici ?
Pour répondre à cette
question, il nous faut nous demander ce que nous retenons de fondamental dans
l’Ancien Testament, non pas un ou deux versets, mais dans l’ensemble. Ici, je ne peux que vous faire une
proposition toute personnelle. Cette
proposition tient en deux grands volets théologiques.
(1) Dieu observe son peuple, constate qu’il n’est
pas tel qu’il le voudrait, et donc Dieu corrige ce peuple en lui infligeant toutes
sortes de maux. Parmi ces maux, l’épidémie, la famine, la domination étrangère,
l’exil…
(2) Dieu aime inlassablement son peuple ;
quelles que soient les avanies de l’histoire, et quelles que soient les égarements
de ce peuple, il le rassemble, le ramène, le protège et le bénit.
Je ne veux faire aucune synthèse entre ces deux
théologies, celle du jugement impitoyable et celle de la bienveillance infinie.
Si vous voulez un texte qui dise les deux en même
temps, voici Exode 20, 5-6 : « (Je suis ton Dieu), poursuivant la
faute des pères chez les fils sur trois et quatre générations – s'ils me
haïssent – et prouvant sa
fidélité à des milliers de générations – si elles m'aiment et gardent mes
commandements ».
Ces deux théologies sont exposées simultanément
par l’Ancien Testament et j’aimerais suggérer – non pas prouver mais suggérer
seulement – qu’elles ne sont pas séparables l’une de l’autre… qu’elles ne
devraient jamais être séparées l’une de l’autre… que si elles sont séparées
l’une de l’autre elles sont anéanties l’une comme l’autre, l’une par
l’autre ; mais ensemble, elles se fécondent mutuellement.
C’est ce que nous retenons
et ce par quoi nous revenons à la lecture de Luc.
Nous devons maintenant
nous demander comment en Jésus tout cela, c'est-à-dire le cœur de l’Ancien
Testament, est accompli, et mené, concernant l’humanité entière, à une
indépassable plénitude.
Cela suppose que nous
considérions, que nous affirmions même, que ce qui est écrit de Jésus de
Nazareth est susceptible de concerner profondément l’humanité. C’est assez
audacieux – il nous faut bien prendre garde à ce que cette audace ne soit pas
une insoutenable prétention. Que dirons-nous donc, avec hésitation ? En
reprenant l’inspiration qui est la nôtre en parcourant l’Ancien Testament, nous
dirons que partout où de grandes promesses sont suivies de grandes trahisons et
de grands repentirs, l’Evangile – en tant que Nouveau Testament – est
susceptible de concerner individuellement chaque être humain et collectivement
tout groupe humain. Nous reprenons notre lecture en considérant les deux
théologies mentionnées ci-dessus.
(1) En Jésus vivant, mort et ressuscité, il y a un
jugement. Ce n’est pas seulement aux premiers disciples que s’adresse ce
jugement : ils n’ont pas compris leur maître, ne l’ont pas défendu, et
l’ont abandonné. Ce jugement concerne toutes celles et ceux qui ont entendu
parler du Christ. L’histoire du monde est là pour l’indiquer, l’état du monde
est là pour le confirmer : les humains se sont rendus, et se rendent
encore coupables, de grands abandons, de grandes trahisons, de grands massacres
et génocides. Jésus vivant, sa vie, son enseignement, sont le nom du jugement. Ce
jugement concerne tous les humains – ou presque – et aussi toutes les institutions
ecclésiastiques, ou séculières – comme l’ONU – les grandes et les petites…
toutes étant en quelque manière plus intéressées par leurs traditions et leur
survie que par le message de l’Evangile. Pour un Martin Luther King, pour une
Mère Teresa, combien de légions de Tartuffes, ou seulement
d’indifférents ?
Lorsqu’on voit jusqu’où va l’engagement de Jésus, lorsqu’on
comprend même un peu son enseignement, lorsqu’on saisit jusqu’à quel point il
fait don de lui-même, on ne peut qu’être confondu. Combien de fois les perles
auront-elles été données à des cochons ? Combien de fois son enseignement
aura-t-il été transmis et ignoré, sa personne invoquée et bafouée ?
Combien de fois encore faudra-t-il qu’il meure ? Et combien de fois
faudra-t-il encore qu’il ressuscite ?
Pour tous ceux qui le connaissent, Jésus de
Nazareth est leur jugement. C’est ainsi que l’Ancien Testament donne à
comprendre le Nouveau.
(2) Cependant ça n’est pas tout. En Jésus vivant,
mort et ressuscité, il y a une inépuisable source de bénédiction. Son
enseignement, même mille fois ignoré, demeure accessible : les Saintes
Ecritures sont le livre le plus diffusé dans le monde. L’enseignement de Jésus
ne cesse d’inspirer des humains, connus, ou inconnus, célèbres ou anonymes :
d’authentiques témoins du ressuscité ne cessent d’apparaître dans l’histoire.
La résurrection du Fils de Dieu ne s’épuise pas en
une fois au matin de Pâques, mais elle advient encore et encore, concrètement,
dans des vies abimées, bouleversées. Elle advient non seulement comme espérance
mais aussi comme réalité d’une vie renouvelée. Elle est autant de possibilités
nouvelles, de chemins nouveaux, de pardon, de repentir et de réconciliation.
C’est ainsi aussi que l’Ancien Testament donne à
comprendre le Nouveau.
Mais, direz-vous, tout ce langage est le langage
de l’Alliance. Qu’est-ce qui change
entre l’une et l’autre ? Ce qui change, c’est que le monde s’est
ouvert. Certaines composantes du Judaïsme de l’Antiquité avaient commencé à
penser l’universel, à se penser comme religion de justice et de paix pour
l’humanité. IHVH qui était un Dieu ethnique est devenu, en Jésus Christ, et
dans le monde gréco-latin, un Dieu universel. Par son Messie – si l’on veut
parler de Messie – qui a été cet homme-là, Dieu s’est adressé à tout homme, et
l’intuition universalisante de certains maîtres juifs est devenue une espérance
possible pour chaque être humain. Une branche du Judaïsme du premier siècle a
été capable de transmettre cette espérance au plus grand nombre. Et c’est de
cette branche-là que nous sommes issus.
Vous pourrez objecter que cette intuition
universalisante a été capable d’horreurs, de massacres et de persécutions. Et vous
aurez raison. Mais ces horreurs n’épuisent pas la théologie de la divine
miséricorde. Les deux théologies dont nous parlons sont inséparables, pour le
pire, et pour le meilleur, c’est la conviction qui nous porte maintenant.
Qui mettra le meilleur en œuvre ? La réponse
est en toutes lettres dans le texte. « On prêchera (au nom du Christ) la
conversion et le pardon des péchés à toutes les nations (…). C’est vous –
auditeurs, lecteurs – qui en êtes les témoins. » Amen
dimanche 8 avril 2018
Bienheureux ceux qui, ayant lu, ont cru (Jean 20,19-31)
Jean 19
19 Le soir de ce même jour qui était le premier de
la semaine, alors que, par crainte des Juifs, les portes de la maison où se
trouvaient les disciples étaient verrouillées, Jésus vint, il se tint au milieu
d'eux et il leur dit: «La paix soit avec vous.»
20 Tout en parlant, il leur montra ses mains et son
côté. En voyant le Seigneur, les disciples furent tout à la joie.
21 Alors, à nouveau, Jésus leur dit: «La paix soit
avec vous. Comme le Père m'a envoyé, à mon tour je vous envoie.»
22 Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur
dit: «Recevez l'Esprit Saint;
23 ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur
seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus.»
24 Cependant Thomas, l'un des Douze, celui qu'on
appelle Didyme, n'était pas avec eux lorsque Jésus vint.
25 Les autres disciples lui dirent donc: «Nous avons
vu le Seigneur!» Mais il leur répondit: «Si je ne vois pas dans ses mains la
marque des clous, si je n'enfonce pas mon doigt à la place des clous et si je
n'enfonce pas ma main dans son côté, je ne croirai pas!»
26 Or huit jours plus tard, les disciples étaient à
nouveau réunis dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vint, toutes
portes verrouillées, il se tint au milieu d'eux et leur dit: «La paix soit avec
vous.»
27 Ensuite il dit à Thomas: «Avance ton doigt ici et
regarde mes mains; avance ta main et enfonce-la dans mon côté, cesse d'être
incrédule et deviens un homme de foi.»
28 Thomas lui répondit: «Mon Seigneur et mon Dieu.»
29 Jésus lui dit: «Parce que tu m'as vu, tu as cru;
bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru.»
30 Jésus a fait sous les yeux de ses disciples bien
d'autres signes qui ne sont pas écrits dans ce livre.
31 Ceux-ci ont été écrits pour que vous croyiez que
Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour que, en croyant, vous ayez la vie
en son nom.
Prédication :
Tout texte, toute histoire écrite,
doit avoir une fin. Cette vérité concerne les évangiles. Comment terminer un
évangile dont le principal protagoniste, Jésus de Nazareth, a accompli moult
miracles et surtout, après avoir été mis à mort, ressuscite ? On n’imagine
évidemment pas qu’il ressuscite pour mourir de nouveau. Et on n’imagine pas non
plus qu’une fois ressuscité, il demeure les bras croisés et sans rien faire
devant le spectacle de la misère du monde. Alors l’évangile n’a pas de fin ;
il est appelé à enfler, à devenir une
lourde collection d’apparitions et de miracles. C’est d’ailleurs ce que sont
certains des textes dits apocryphes : de lourdes et pittoresques
collections de miracles toujours les mêmes. Et c’est aussi un peu le cas de la
fin de nos évangiles. Le merveilleux appelle le merveilleux, le miracle le
miracle, jusqu’au point où le merveilleux de l’Ascension s’impose pour enfin
clore l’affaire. Gagne-t-on vraiment en crédibilité en ajoutant toujours un
miracle après un autre miracle ? Pas sûr…
Marc, dans sa version la plus
ancienne, fait disparaître le ressuscité, et les femmes (Marc 16,8). Souvenez-vous :
les femmes ayant constaté que le tombeau était vide, et ayant entendu la
proclamation d’un ange, s’enfuient et ne disent jamais rien à personne. De la
même manière, Jean, dans une version très courte, fait entrer Pierre dans le
tombeau, fait dire au narrateur : « il vit et il crut », avant
de renvoyer les disciples chez eux (Jean 20,10).
Ces deux fins très courtes, et paradoxales, invitent les lecteurs à
poursuivre eux-mêmes et sans tarder l’aventure de l’Evangile. Nous avons parlé
de cela la semaine dernière.
Dans une version un peu plus longue, Jean va faire de Marie-Madeleine
la seule et unique personne qui rencontre le ressuscité, parle avec lui avant
qu’elle n’aille témoigner vers les disciples. Apparemment sans suite, comme
nous l’avons déjà vu. C’est une des fins possibles de l’évangile de Jean.
L’évangile de Jean a six fins possibles… Nous venons de lire bout à bout la
troisième et la quatrième. Ces deux fins mettent en question les apparitions du
Ressuscité et la mission de ceux qui auront cru, et mettent en question aussi
les miracles.
Avec Thomas, il y a quelque chose d’important à dire, et cette chose
c’est : « Bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru. » Ne
pas avoir vu, c’est ne pas avoir vu le Christ ressuscité. C’est aussi ne pas
avoir vu le tombeau vide. C’est aussi ne pas avoir vu les miracles accomplis
par Jésus. N’avoir pas vu, c’est au fond n’avoir personnellement aucune autre
attestation de l’existence du Messie que celle constituée par le texte lui-même. C’est la
situation de celles et ceux qui, dès trois ou quatre générations après les
faits, n’ont rien d’autre que… l’évangile de Jean, lu seul ou en communauté.
C’est notre situation : nous avons l’évangile de Jean. Bien sûr
nous avons plus que le texte que nous lisons ce matin puisque, en plus, nous avons le chapitre 21 et les trois autres
évangiles. Mais tout de même, nous n’avons qu’eux. Formellement, nous n’avons
rien d’autre que des textes, et nous sommes tous parfaitement égaux dans cette
situation : nous n’avons rien vu.
Nous pouvons penser que, lorsque cette fin de l’évangile de Jean a été
écrite, il y avait encore de très vieilles gens qui prétendaient avoir été et
être les seuls véritables témoins des événements. Nous pouvons aussi penser
qu’il y avait aussi de plus jeunes gens qui se targuaient de visions spéciales
et de savoirs particuliers. Et bien la fin de l’évangile de Jean, telle que
nous l’envisageons maintenant, vient essayer de mettre un point final à toutes
sortes de révélations spéciales et personnelles et sans doute aussi à mettre
fin à des miracles et autres apparitions. La situation mise en place est
la suivante : vous n’avez – nous n’avons – rien vu, mais, par contre, nous
avons lu ; nous avons lu l’évangile de Jean.
Rien n’est à voir. Il n’y aura plus jamais rien à voir, mais chacun pourra
ouvrir le livre, et lire.
Et maintenant, voici une
question : que faisons-nous lorsque nous lisons ? Déjà, avant même de
commencer à lire, nous présupposons qu’il y a quelque chose d’intéressant dans
le texte que nous nous apprêtons à lire. Nous savons qu’il va y avoir des
éléments merveilleux. Nous consentons par avance – adultes que nous sommes – à
la présence de ce merveilleux (des morts qui sortent de leur tombeau, des
vivants qui passent à travers les murs, des malades qui guérissent…). Tous ces
merveilleux événements vont arriver dans le texte. Alors nous lisons ; et lorsque
nous lisons, tout un monde se déploie sous nos yeux, le monde du texte. Nous,
lecteurs, en imagination, nous devenons spectateurs de ce monde, spectateurs
des actions qui s’y déroulent, auditeurs des propos qui sont tenus, interpellés
par les commentaires qui sont faits, juges des personnages ; nous sommes
tout cela.
Nous sommes donc en imagination plongés dans ce monde, non pas avec la
possibilité d’y intervenir, mais avec la possibilité sans limite d’interroger,
de réfléchir, de rembobiner l’action, de la revivre, etc.
Et puis, vient un certain moment où nous cessons de lire, nous
refermons le livre. Le texte demeure ce qu’il est, inchangé. Mais nous ?
Le lecteur ? Que lui arrive-t-il ? Je ne peux pas me prononcer à
votre place, mais, peut-être, le lecteur aura-t-il été touché, changé. Peut-être
profondément touché. Au point de croire ? Nous lisons l’évangile de Jean…
Peut-être. « Bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru », c’est ce
qui est écrit. Bienheureux ceux qui, en ayant lu, ont cru !
Ainsi, ceux qui ont lu ont eu l’occasion de voir en imagination ce que
Thomas a vu, d’entendre ce qu’il a entendu, d’être confondu et confus comme
Thomas le fut. Convoque-t-on Dieu ? A-t-on – avons-nous – des conditions à
lui poser ? Sommes-nous les maîtres et lui, le serviteur ? Et bien,
en lisant cette finale, nous répondons – à notre honte – que oui, que parfois nous
exigeons du Ressuscité des preuves de sa résurrection. Et l’amour dont parle si
souvent Jésus dans l’évangile de Jean, son amour par lequel il aime, consent – même en tant qu’amour divin –
à cet abaissement : il apparaît. Mais nous pouvons aussi réaliser l’énormité de notre demande
et, peut-être, renoncer à cette demande. Nous pouvons commencer à croire.
Nous pouvons aussi en imagination assister à de grands miracles. Et
comprendre que le miracle appelle plus souvent un autre miracle qu’il n’appelle
la foi. Alors nous pouvons lire que 7 miracles sont nécessaires et suffisants.
En choisissant de ne transmettre que 7 miracles fondamentaux, Jean suggère au
lecteur de lire, et de méditer : pourquoi 7, pourquoi ces 7 là, et
pourquoi pas d’autres, et pourquoi, ayant en imagination assisté précisément à
ces 7-là le lecteur se trouve-t-il puissamment incité à prendre une décision.
Voilà. Cette finale de l’évangile de Jean est sous nos yeux. Nous la
lisons, nous la méditons – c’est encore la lire – et nous la commentons – c’est
toujours la lire – et nous refermons le livre. Je pense que nous ne sommes pas
tout à fait indemnes. Il reste l’émerveillement – nous avons lu un texte marqué
par le merveilleux. Mais aussi, nous nous sommes enfermés avec les disciples
apeurés, nous avons senti l’odeur de leur peur, et le Seigneur et Dieu s’est
tout de même présenté en personne, une première fois, puis huit jours plus tard,
une seconde fois. Nous avons, en imagination, perçu son souffle et entendu ses
paroles… Et alors ? Avons-nous
cru ?
Nous nous sommes souvenus des 7 miracles fondamentaux. Et si nous ne
nous en sommes pas souvenus, nous allons rouvrir le livre, lire encore et nous
demander pourquoi 7, ces 7 là et pas un de plus, doivent suffire pour croire.
Enfin, nous allons nous demander ce qu’est cette foi, ce croire dont
parle Jean. Et bien, justement, croire, avoir la vie en son nom, c’est avoir
une vie qui ne s’arrête pas sur l’apparent échec qu’est la mort de Jésus de
Nazareth, mais qui le voit vivant et agissant avec ceux qui croient. Et qui
s’en émerveille.
Que cette vie soit notre vie. Amen
dimanche 1 avril 2018
Elles ne dirent rien à personne (Marc 16,1-8) Pâques
Marc 16
1 Quand le sabbat fut passé, Marie de Magdala,
Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des aromates pour aller
l'embaumer.
2 Et de grand matin, le premier jour de la semaine,
elles vont à la tombe, le soleil étant levé.
3 Elles se disaient entre elles: «Qui nous roulera
la pierre de l'entrée du tombeau?»
4 Et, levant les yeux, elles voient que la pierre
est roulée; or, elle était très grande.
5 Entrées dans le tombeau, elles virent, assis à
droite, un jeune homme, vêtu d'une robe blanche, et elles furent saisies de
frayeur.
6 Mais il leur dit: «Ne vous effrayez pas. Vous
cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié: il est ressuscité, il n'est pas ici;
voyez l'endroit où on l'avait déposé.
7 Mais allez dire à ses disciples et à Pierre: ‹Il
vous précède en Galilée; c'est là que vous le verrez, comme il vous l'a dit.› »
8 Elles sortirent et s'enfuirent loin du tombeau,
car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées; et elles ne dirent rien à
personne, car elles avaient peur.
![]() |
| Il faudrait relire aussi Marc 8.31-33, Marc 9.30-32, Marc 10.32-34 et Marc 14.26-28. Relire, se souvenir, et raconter. |
Prédication :
« …et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur »
Fin du dernier texte lu ce matin. Et fin de l’évangile de Marc dans sa version
la plus ancienne. Une fin pitoyable : trois femmes ont vu le tombeau vide
et entendu la parole de l’ange mais elles s’enfuient, se taisent à jamais, et
il n’y a aucune apparition du ressuscité. Ajoutez à ceci que les disciples ont
disparu dans la nature et vous avez le bilan de l’évangile de Marc. On se
demande si c’est la peine d’en parler…
Bien entendu, si vous prenez vos Bibles, vous allez voir, dans
l’évangile de Marc, que Jésus apparaît de multiples façons (Marc 16.9 et
suivants), ce qui peut rassurer. Ouf, il y a bien des attestations de la
résurrection. Mais toutes les bonnes Bibles vous signaleront à cet endroit
qu’il est manifeste que ces apparitions sont des ajouts au texte
original : ce n’est pas la même langue grecque, ni le même style, ni le
même auteur. Ce sont des rajouts, canoniques, oui, mais des rajouts tout de même…
La question à laquelle nous nous attaquons est celle des attestations
de la résurrection de Jésus Christ Fils de Dieu. Quelqu’un demande « d’où
tiens-tu que Jésus est ressuscité ? » et l’on répond « des gens
l’ont vu, c’est écrit dans la Bible ». C’est vrai, Marc, dans son état
final, ainsi que Matthieu, Luc et Jean introduisent, chacun dans son récit, des
apparitions du ressuscité. Et pour certains lecteurs, cela va suffire pour
prouver la résurrection. Pourtant prétendre que les récits bibliques de la
résurrection constituent des preuves de la résurrection, c’est faire montre
d’une naïveté considérable. C’est exactement comme affirmer que Dieu a créé
l’univers en 6 jours calendaires il y a 6000 ±100 années, et s’est reposé le septième jour,
c’est écrit dans la Bible…
Le génie de l’évangile de Marc dans sa première écriture, c’est
d’attester la résurrection – d’en donner une attestation, un témoignage – sans
jamais que n’apparaisse le ressuscité. Mais que se passe-t-il alors dans l’évangile
de Marc qui atteste la résurrection ?
Pour tâcher de l’expliquer un peu, je voudrais commencer par vous faire
remarquer que, dans l’évangile de Marc, lorsque Jésus ayant fait un miracle
commande qu’on se taise, tout le monde en parle. Pourtant, si Jésus commande
qu’on taise ses miracles, c’est qu’il souhaite que sa messianité ne soit pas
confondue avec sa puissance miraculeuse. C’est qu’il souhaite que sa messianité
survive à sa disparition. La foi au Fils de Dieu, comme la foi en Dieu le Père,
doit être en mesure de répondre positivement de leur silence et de leur absence,
et de répondre autre chose que c’est dans leur absence même qu’ils se rendent
le plus présents. La preuve par le miracle n’est guère solide, la preuve par
l’absence l’est encore moins…
La preuve par la présence présente aussi bien des inconvénients. Si Jésus
ressuscité apparaît une fois il faudra, pour susciter l’adhésion du plus grand
nombre, que beaucoup d’apparitions aient lieu. Heureux ceux qui, sans avoir vu,
ont cru, est-il écrit, dans l’évangile de Jean. Mais Jean, hélas dirais-je
aujourd’hui, dit cela après – et avant – tout un tas d’apparitions… Marc est plus
conséquent, et plus radical. Nous pouvons estimer que pour Marc, dans sa
version la plus ancienne, une apparition du ressuscité est le plus grand poison
de la foi en la résurrection.
Aussi affirmons-nous que la fuite et le silence des femmes apparaissent
comme le meilleur moyen possible pour que la foi des disciples en la
résurrection du Fils de Dieu ne soit pas fondée sur le vent d’apparitions. Mais
sur quoi cette foi va-t-elle se fonder ?
Nous allons répondre. Qui sont les disciples de Jésus ? Ces gens
sont des Hébreux et, depuis l’aube des temps, la survie spirituelle des Hébreux
– leur foi – leur survie tout court parfois – tient à l’obéissance à deux
commandements très simples : souviens-toi, raconte. Et vous savez bien
que, pour les Hébreux, le verbe raconter ne signifie pas seulement faire un
reportage exact et circonstancié, mais tâcher aussi d’interpréter, de donner à
comprendre, ce qui se passe.
Et que se passe-t-il donc,
lorsqu’on lit l’évangile de Marc dans sa version la plus ancienne ? Il est
manifeste, l’existence même de l’évangile de Marc indique clairement, que, après
la mort du Fils de Dieu, il y a eu chez ses disciples, envers et contre tout,
en l’absence de toute apparition du Ressuscité… il y a eu une activité – réflexion,
écriture, prédication – qui correspondait à l’enseignement et à l’exemple reçus
du Maître. L’actualité de la résurrection du Fils de Dieu, ce n’est pas
l’activité du Fils de Dieu après sa mort, mais l’activité des disciples du Fils
de Dieu après que celui-ci soit mort.
Alors quelle attestation, voire quelle preuve, avons-nous donc de la
résurrection du Fils de Dieu ? Nous avons pour attestation l’évangile de
Marc dans sa version la plus ancienne. Et nous devons cet évangile à quelques
braves hébreux qui ont fait ce que tout hébreu peut faire lorsque son monde
s’écroule : se souvenir, raconter. C’est ce qu’ils ont fait et c’est ce
que fait pour nous le texte lui-même. En refusant toute apparition merveilleuse
du Fils de Dieu à Pâques, et en parlant pourtant de sa résurrection, Marc veut
orienter le regard de son lecteur sur tout le reste essentiel de la vie de
Jésus. En somme, pour Marc, celui qui apparaît sous l’identité de Jésus de
Nazareth et se fait baptiser dans le Jourdain (Marc 1.9), c’est le Ressuscité.
Et il ne cesse d’apparaître pendant tout le récit. Et qui donc le fait
apparaître ? L’auteur, les auteurs du texte – béni soit leurs noms !
Et après l’auteur du texte, vient le lecteur du texte. Lorsqu’il lit, puis
se souvient, lorsqu’il raconte, c'est-à-dire met en œuvre ce qu’il a reçu et
compris, il rend présent et visible le Fils de Dieu ressuscité.
Nous allons finir en revenant à notre point de départ :
« Elles sortirent et s’enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes
tremblantes et bouleversées ; et elles ne dirent jamais rien à personne,
car elles avaient peur. »
Que reste-t-il à faire, si l’on tout de même voir le Fils de Dieu
Ressuscité ? Recommencer dans la joie et sans tarder la lecture, au début,
en Marc 1.1 : « Commencement de l’évangile de Jésus Christ Fils de
Dieu ». Ce verset est le titre de tout l’ouvrage. De Marc 1.1 à Marc 16.8,
nous n’avons que le commencement de l’évangile de Jésus Christ Fils de Dieu.
La suite de l’évangile, il nous appartient de l’écrire, c'est-à-dire de
la penser, de la vivre et de la raconter. Qu’il en soit ainsi. Amen
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