dimanche 25 septembre 2016

C'est pendant la vie (Luc 16,19-31) qu'il faut apprendre à vivre


Luc16
19 «Il y avait un homme riche qui s'habillait de tissus rares et de linge de luxe et qui s’étourdissait sans cesse en de brillants festins.
20 Or, un pauvre du nom de Lazare gisait couvert d'ulcères au porche de sa demeure.
21 Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche; mais c'étaient plutôt les chiens qui venaient lécher ses ulcères.
22 «Or le pauvre mourut et fut emporté par les anges au côté d'Abraham; le riche mourut aussi, mais fut enterré.
23 Au séjour des morts, comme il était à la torture, il leva les yeux et vit de loin Abraham avec Lazare dans son sein.
24 Alors il s'écria: ‹Abraham, mon père, aie pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l'eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre le supplice dans ces flammes.›
25 Abraham lui dit: ‹Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu ton bonheur durant ta vie, comme Lazare le malheur; et maintenant il trouve ici la consolation, et toi la souffrance.
26 De plus, entre vous et nous, il a été disposé un grand abîme pour que ceux qui voudraient passer d'ici vers vous ne le puissent pas et que, de là non plus, on ne traverse pas vers nous.›
27 «Le riche dit: ‹Je te prie alors, père, d'envoyer Lazare dans la maison de mon père,
28 car j'ai cinq frères. Qu'il les avertisse pour qu'ils ne viennent pas, eux aussi, dans ce lieu de torture.›
29 Abraham lui dit: ‹Ils ont Moïse et les prophètes, qu'ils les écoutent.›
30 L'autre reprit: ‹Non, Abraham, mon père, mais si quelqu'un vient à eux de chez les morts, ils se convertiront.›

31 Abraham lui dit: ‹S'ils n'écoutent pas Moïse, ni les prophètes, même si quelqu'un ressuscite des morts, ils ne seront pas convaincus.› »

Prédication :
De ce texte, nous allons parler en trois temps. Tout d’abord pour dire par deux fois ce qu’il n’est pas. Puis essayer de dire pour dire ce qu’il est.

  1. Ce n’est pas une prédication de la rétribution
Il serait tentant de faire de ce texte une prédication qui porterait sur le jugement et la rétribution. Les uns vont au paradis, et les autres en enfer. Le paradis, c’est le sein d’Abraham, quelque chose de doux, tiède et confortable ; l’enfer c’est plein de flammes, on y est seul, et on y souffre atrocement. Oui, il serait tentant de faire de ce texte une prédication de la rétribution, mais ce serait une prédication très pauvre. Elle serait juste basée sur l’antipathie qu’inspire le riche, sur la pitié qu’inspire le pauvre, et sur l’indignation que provoque le spectacle de leurs confrontations. Or, rien dans le texte n’est reproché au riche qui lui vaille de finir en enfer, et rien non plus dans le texte n’est mis au crédit du pauvre qui lui mérite d’arriver au paradis…
Ce serait même une sottise de prêcher que seule l’indigence totale, que seule la misère noire… est l’infaillible chemin qui mène paradis. Si tel était le cas, si l’enfer vous faisait peur et que le paradis vous tentait, vous sauriez ce qui vous reste à faire. Mais vous ne l’avez jamais fait, et vous ne le ferez pas.
Alors, où irez-vous, où irons-nous, après notre mort ? Dieu seul sait qui nous sommes, Lui seul sait ce que valent ultimement nos vies, et il fera de nous, selon Sa justice, ce qu’il voudra.
Ce texte n’est pas une prédication sur la rétribution.

  1. Ce n’est pas une théorie recevable de l’au-delà
      Il part  d’une situation sociale extrêmement simple. D’un côté, la richesse absolue, bouffie d’elle-même, isolée de tout le reste. De l’autre côté, la misère absolue, livrée au besoin essentiel du corps humain, et amaigrie jusqu’au néant. Et nous observons que cette situation sociale extrêmement simple est juste reconduite, mais inversée, dans l’au-delà. L’abîme qui sépare après leur mort le riche anonyme et le pauvre Lazare est tout aussi infranchissable que ce qui les séparait de leur vivant.
S’agissant de ces deux hommes, de leurs situations respectives toutes simples dans le récit, sans aucune interaction l’une avec l’autre, la représentation de l’au-delà inversant simplement ce qui est vécu ici-bas pourrait être cohérente. Mais s’agissant de vies réelles, ordinaires et plus complexes, qui interagissent entre elles, aux destins plus sinueux, aux actes parfois ambigus ou énigmatiques, qu’y a-t-il qui se puisse simplement inverser ? Nous ne le savons pas, nous ne pouvons même pas l’imaginer.
En tant que théorie de l’au-delà, notre parabole est simpliste, et pas recevable. En fait, nous ne savons pas de quoi cela sera fait. Une fois encore, Dieu seul le sait.

  1. Mais il  ne suffit pas de dire ce que ce n’est pas ce texte.
Les frontières qui séparent le riche et le pauvre sont infranchissables, après la mort, et avant la mort. Il y a dans le texte une autre frontière qui semble infranchissable. Pour préciser ce qu’est cette frontière, considérons que le riche réclame un miracle à Abraham, mais qu’Abraham le renvoie aux Saintes Ecritures, à Moïse et aux Prophètes. « S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, même si quelqu’un ressuscite des morts, ils ne seront pas convaincus. » Convaincus de quoi, ou convertis à quoi ? Cet homme riche, et ses frères, ont une existence totalement centrée sur elle-même, totalement absorbée dans la satisfaction d’elle-même, totalement et hermétiquement séparée d’autres existences, non pas celle du pauvre seulement, mais de toutes les autres, même celles qui sont moins dramatiques que celle du pauvre Lazare.
Il y a entre cet homme riche et la vie, la vraie vie, une frontière infranchissable ; tellement infranchissable qu’on pourrait même presque affirmer que, de son vivant, l’homme riche est déjà mort. Alors, pour lui, c’est trop tard. Même dans la mort, il voit Lazare, et le considère comme un domestique... Nous pouvons juste espérer qu’il ne soit pas trop tard pour que ses frères s’ouvrent à la vie. C’est seulement pendant la vie qu’on peut apprendre à vivre...
Mais est-ce qu’un miracle, est-ce que le miracle suprême d’une résurrection, pourrait les persuader de s’ouvrir, même un tout petit peu, à la vraie vie ? Non, dit Abraham, catégorique. Sans doute, dans la vie de ces gens-là, la résurrection de Lazare ne nourrirait pas la foi, ni l’espérance, ni l’amour, mais alimenterait l’avidité, l’envie, et l’illusion de ne jamais devoir mourir. Et puis, si les pauvres qui meurent de faim se mettaient à ressusciter, pourquoi donc ces gens-là, qui sont riches, devraient-ils s’arrêter de bâfrer ?
Ceci étant dit, des miracles, il en arrive. Notre protestantisme n’est que peu porté là-dessus. Mais nos frères catholiques romains, infiniment prudents sur ce sujet, en constatent parfois et ils reconnaissent en Eglise que la puissance et la miséricorde de Dieu peut s’exercer miraculeusement. Mais ça n’est pas seulement ainsi que s’exercent la puissance et la miséricorde de Dieu. Moïse et les Prophètes, si l’on veut bien ouvrir ces livres et les lire, ne sont pas des catalogues de miracles. Les livres de Moïse et des Prophètes rapportent certes comment Dieu fait grâce à certaines personnes et leur révèle son amour, mais ces livres rapportent aussi que la mission de ces mêmes personnes est de se mettre gratuitement au service de leurs semblables, parfois pour vivre ensemble des grandes choses, comme traverser la Mer à pied sec, mais le plus souvent dans l’ordinaire des jours. Quarante années dans le désert, c’est infiniment plus long, plus lent, plus ordinaire, et plus simple, que les quelques grands miracles rapportés entre Exode et Deutéronome. Dieu est là, pourtant, chaque jour.
Alors on voit parfois triompher Moïse et les Prophètes, mais aussi on les voit hésiter, peiner, douter... Jamais ils ne se désolidarisent du peuple, de l’ordinaire humain, laid, versatile, ou juste faible ; jamais on ne voit Moïse et les Prophètes se couper de la vraie vie. Et ils font cela pour rien… La Bible ne nous les montre jamais au paradis.
 
Cela, c’est écrit dans Moïse et les Prophètes. Mais il n’est pas suffisant que cela soit écrit. « Qu’ils les écoutent… », ordonne Abraham. Ecouter Moïse et les Prophètes, c’est reconnaître et recevoir personnellement la grâce de Dieu, vivre de la fidélité de Dieu, en vivre dans l’ordinaire d’une vie ordinaire, ce qui se fait authentiquement lorsque la grâce et la fidélité de Dieu sont partagées concrètement et gratuitement avec les autres. Oui, c’est cela, écouter Moïse et les Prophètes.
Mais voilà, comment passe-t-on de la lecture à l’écoute ? Qu’est-ce qui doit arriver, pour que les gens entendent un peu cette voix qui ordonne et fait que les yeux et les cœurs s’ouvrent qu’on change un peu de vie, non pas pour s’éviter les tourments de l’enfer mais juste pour partager ensemble la promesse et la réalité de la divine grâce et de la vie ?
S’agissant des cinq frères de l’homme riche de notre parabole, la mort du pauvre Lazare n’aura pas suffi… La mort de leur frère n’aura pas suffi non plus. Mais qu’est-ce qui peut percer des cuirs aussi durs ? Quand donc écouteront-ils Moïse et les Prophètes ? Jamais ? On aimerait bien qu’ils les écoutent un jour.
Quant aux disciples de Jésus, que leur faudra-t-il pour que leurs yeux et leurs cœurs s’ouvrent ? Le drame de Gethsémanée, l’horreur de l’avoir trahi, et la croix…

Et nous autres qui pouvons parfois avoir le cœur si dur ? 


Puissions-nous écouter Moïse et les Prophètes. Les écouter chaque jour. Notre vie en sera embellie, et pas la nôtre seulement. Puissions-nous vivre ! Et puissent aussi vivre les pauvres Lazare de notre temps.

Que Dieu nous soit en aide. Amen

lundi 19 septembre 2016

Un gérant pas si malhonnête que ça (Luc 16,1-13)

Luc 16
1 Puis Jésus dit à ses disciples: «Un homme riche avait un gérant qui fut accusé devant lui de dilapider ses biens.
2 Il le fit appeler et lui dit: ‹Qu'est-ce que j'entends dire de toi? Rends les comptes de ta gestion, car désormais tu ne pourras plus gérer mes affaires.›
3 Le gérant se dit alors en lui-même: ‹Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gérance? Bêcher? Je n'en ai pas la force. Mendier? J'en ai honte.
4 Je sais ce que je vais faire pour qu'une fois écarté de la gérance, il y ait des gens qui m'accueillent chez eux.›
5 Il fit venir alors un par un les débiteurs de son maître et il dit au premier: ‹Combien dois-tu à mon maître?›
6 Celui-ci répondit: ‹Cent jarres d'huile.› Le gérant lui dit: ‹Voici ton reçu, vite, assieds-toi et écris cinquante.›
7 Il dit ensuite à un autre: ‹Et toi, combien dois-tu?› Celui-ci répondit: ‹Cent sacs de blé.› Le gérant lui dit: ‹Voici ton reçu et écris quatre-vingts.›
8 Et le maître fit l'éloge du gérant trompeur, parce qu'il avait agi avec habileté. En effet, ceux qui appartiennent à ce monde sont plus habiles vis-à-vis de leurs semblables que ceux qui appartiennent à la lumière.
9 «Eh bien! moi, je vous dis: faites-vous des amis avec l'Argent trompeur pour qu'une fois celui-ci disparu, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.
10 «Celui qui est digne de confiance pour une toute petite affaire est digne de confiance aussi pour une grande; et celui qui est trompeur pour une toute petite affaire est trompeur aussi pour une grande.
11 Si donc vous n'avez pas été dignes de confiance pour l'Argent trompeur, qui vous confiera le bien véritable?
12 Et si vous n'avez pas été dignes de confiance pour ce qui vous est étranger, qui vous donnera ce qui est à vous?

13 «Aucun domestique ne peut servir deux maîtres: ou bien il haïra l'un et aimera l'autre, ou bien il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent.»

Prédication : 
            Quel sentiment éprouvons-nous pour le gérant dont on nous parle dans cette parabole ? Les commentateurs en général éprouvent à son égard des sentiments de sympathie, un peu comme on éprouve des sentiments de sympathie pour ceux qui volent les riches pour donner aux pauvres. Alors nous passons bien volontiers sur le fait qu’il dilapidait des biens qui n’étaient pas les siens, qu’il falsifiait des créances donc grugeait une fois de plus son employeur, et qu’avec cela il allait s’attirer les bonnes grâces des débiteurs... D’ailleurs, comment n’éprouverions-nous pas de la sympathie pour lui, vu que son employeur lui-même l’approuve et que Jésus semble bien l’approuver aussi.
            Mais cette sympathie que nous éprouvons devrait nous être un peu suspecte. Le gérant dilapidait les biens de son maître qui était riche, mais, tous les riches ne sont pas des rapaces. En plus, et quoi qu’on en pense, un vol est un vol et il y a un commandement du Décalogue à ce sujet. Et enfin, le vocabulaire employé par Jésus semble suggérer qu’il y a une forme de rétribution éternelle pour cet homme et pour ceux qui agissent comme lui d’une manière intéressée…
            Alors, oui, ce gérant nous est sympathique. Mais cette sympathie a un prix : le Décalogue est mis de côté. Et, en plus, si l’on pense qu’en raison de ses actes, cet homme va recevoir une rétribution éternelle, le salut pourrait bien n’être plus dû à la grâce de Dieu, mais à l’agir calculateur des hommes.
            La sympathie qu’on éprouve pour ce gérant habile devient, à cette étape, un peu encombrante… Peut-être que nous pouvons entreprendre de relire cette parabole…
Demeure éternelle...
             Un connaisseur du monde palestinien antique m’a un jour signalé que ceux qui occupaient la fonction de gérant n’étaient pas rétribués par ceux qui les employaient. Les richesses de leurs employeurs étaient mises à leur disposition, et eux, gérants, se payaient sur d’éventuels bénéfices. Bénéfices de quoi ? Dans la parabole, bénéfices de prêts… On prête des jarres d’huile, on prête des sacs de blé. A quels taux d’intérêt prêtait-on dans le monde palestinien antique ? On parle de plusieurs dizaines de %, voire de plusieurs centaines de % par an, selon les marchandises. Disons, pour faire simple, 100% pour des denrées assez périssables, comme l’huile. Au taux annuel de 100%, celui qui devait 100 jarres d’huile n’en avait emprunté que 50. Alors si, au lieu de 100 jarres, c’est 50 qui se trouve être écrit sur le livre, l’homme riche n’est pas grugé de son capital puisque 50 jarres lui reviendront, mais le gérant, lui, ne récupère rien… et il n’a pas volé son maître.
            Seconde observation, sous une forme moins arithmétique. Il n’est pas écrit que ce gérant avait dilapidé les biens de son maître. Il en fut accusé, c’est cela qui est écrit, il fut diffamé. Et la chose fut-elle prouvée ? Non. Le maître apparemment se contenta des « On m’a dit que… », et il tranche, immédiatement, contre son gérant, sur la base d’une rumeur.
            Troisième observation : les débiteurs n’ont rien promis, et c’est seulement le gérant qui a imaginé qu’une fois qu’il aurait été écarté des affaires, une fois qu’il aurait perdu son job, ces gens-là lui seraient reconnaissants. Que valent les promesses qui n’ont même pas été faites ? Et en plus, vu sa manière de moduler les dettes, qui deviendra inévitablement connue, ce gérant risque bien de ne plus jamais trouver d’employeur.

            Au terme de ces trois observations, ce gérant est-il vraiment malhonnête, rusé, et indigne, ou bien est-il profondément honnête et droit ? Et la louange dont le couvre son maître est-elle celle d’un bon perdant qui rit de l’arnaque minable dont il a été victime, ou bien est-ce la louange d’un homme qui vient de recevoir une précieuse leçon de vie, louange dont il couvre celui qui lui a donné cette leçon ?
Groenland, Cap Ameli, Thors cafe, demeure éternelle          
Il faut choisir, choisissons : ce gérant était un homme honnête et droit qui, accusé à tort, donne à ses contemporains, avant de disparaître, une précieuse leçon de vie dont il gage la valeur par sa propre vie.

         Cette leçon porte sur l’argent et le pouvoir qu’il donne. L’argent est certes appelé par Luc « argent trompeur », mais avec cette parabole, nous avons vu que tous les usages possibles de l’argent ne sont pas nécessairement tous aliénants. Ceci doit nous rappeler les récits des tentations de Jésus (Luc 4), car le pouvoir y apparaît comme diabolique et aliénant : « Je te donnerai tout ce pouvoir avec la gloire de ces royaumes, parce que c'est à moi qu'il a été remis et que je le donne à qui je veux, dit le diable, toi donc, si tu te prosternes, tu l'auras tout entier.  » Ce que Jésus réfute, « C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, et à lui seul tu rendras un culte. », et il gagera par sa propre existence ces usages non aliénants du pouvoir. De la même manière, si l’argent est appelé « argent trompeur », tous les usages possibles de l’argent ne sont pas des usages trompeurs et aliénants. Le gérant en fait la démonstration… Mais la leçon ne porte pas seulement sur l’argent. L’argent va, vient, arrive et repart ; la fortune est éphémère, tout comme sont éphémères, tout comme peuvent être trompeurs, aliénants, les institutions humaines, les versets bibliques, le sens des mots, la bonne santé, la joliesse et la vie…

Mais pourtant, il y a, dit Jésus, des « demeures éternelles ». Et ces demeures éternelles, enseigne-t-il, peuvent être bâties de main d’homme, avec des composants éphémères et fragiles, possiblement trompeurs ou aliénants, mais qui sont les seuls dont disposent les humains que nous sommes. Ces demeures éternelles – liens indéfectibles – sont bâties lorsque les humains, renonçant personnellement à l’usage aliénant des pouvoirs, des idées, et des choses, les mettent au service de l’élargissement de leurs semblables, font cela en en payant le prix et sans attendre la moindre gratification, la moindre récompense, pour ce qu’ils sont fait.
Nous pouvons, enseignement de notre Seigneur, gagé par son engagement et sa vie, bâtir quelque chose de pérenne en usant de ce qui est éphémère d’une manière appropriée, ce que fit le gérant de la parabole.

Alors, qu’éprouvons-nous maintenant pour le gérant de la parabole ? Notre sympathie un peu roublarde et vaguement complice est, je pense, derrière nous. Bien sûr, il va rester que ce gérant a imaginé qu’il serait un jour rétribué pour ce qu’il avait fait de bon… mais qui peut dire qu’il n’imagine pas cela ?  Alors c’est une forme de reconnaissance que nous éprouvons maintenant. Nous pouvons même, tout comme le fit son maître, en faire un éloge, comme on fait l’éloge parfois de ceux qui nous ont donné une précieuse et véritable leçon de vie. Nous sommes, en bien des manières, débiteurs de ce gérant tout comme nous sommes débiteurs de notre Seigneur.
Cette dette, nous ne pouvons pas la rembourser. Mais à bien y penser, elle ne nous pèse pas, elle nous porte, elle ne nous abaisse pas, elle nous élève. Et en nous souvenant de ce qu’a fait cet homme, nous pouvons entendre aussi l’exhortation de notre Seigneur : « Va, toi, et fais de même. »
Amen  

dimanche 11 septembre 2016

Dire non à Dieu (Exode 32,7-14)

Le 11 septembre 2016 est l'anniversaire des 15 ans des attentats... Evoquer ces événements? Presque juste en face de Carnegie Hall, il y a une petite caserne de pompiers. Le nombre de plaques commémoratives fixées là sur les murs, chacune au nom d'un homme mort le 11 septembre 2001, ramené à la taille de cette petite caserne, suggère que tous ceux qui étaient là sont partis, et qu'aucun n'est revenu...
Mémorial du 11 septembre
Exode 32,7-14
7 Le SEIGNEUR adressa la parole à Moïse: «Descends donc, car ton peuple s'est corrompu, ce peuple que tu as fait monter du pays d'Égypte.
8 Ils n'ont pas tardé à s'écarter du chemin que je leur avais prescrit; ils se sont fait une statue de veau, ils se sont prosternés devant elle, ils lui ont sacrifié et ils ont dit: Voici tes dieux, Israël, ceux qui t'ont fait monter du pays d'Égypte.»
9 Et le SEIGNEUR dit à Moïse: «Je vois ce peuple: eh bien! c'est un peuple à la nuque raide!
10 Et maintenant, laisse-moi faire: que ma colère s'enflamme contre eux, je vais les anéantir et je ferai de toi une grande nation.»
11 Mais Moïse apaisa la face du SEIGNEUR, son Dieu, en disant: «Pourquoi, SEIGNEUR, ta colère veut-elle s'enflammer contre ton peuple que tu as fait sortir du pays d'Égypte, à grande puissance et à main forte?
12 Pourquoi les Égyptiens diraient-ils: ‹C'est par méchanceté qu'il les a fait sortir! pour les tuer dans les montagnes! pour les supprimer de la surface de la terre!› Reviens de l'ardeur de ta colère et renonce à faire du mal à ton peuple.
13 Souviens-toi d'Abraham, d'Isaac et d'Israël, tes serviteurs, auxquels tu as juré par toi-même, auxquels tu as adressé cette parole: Je multiplierai votre descendance comme les étoiles du ciel, et tout ce pays que j'ai dit, je le donnerai à votre descendance, et ils le recevront en héritage pour toujours.»
14 Et le SEIGNEUR renonça au mal qu'il avait dit vouloir faire à son peuple.

Quelqu'un, sur le fil, entre les Twin Towers
Prédication : 
            Le Seigneur renonça au mal qu’il avait dit vouloir faire à son peuple. Et il y renonça après un dialogue avec Moïse. Moïse avait donc le pouvoir de faire changer Dieu d’avis…
            Et nous allons, pendant un petit instant, oser étendre cette conclusion à la prière : prier peut faire changer Dieu d’avis.
            De là à vous promettre que si vous priez, Dieu vous exaucera, il n’y a qu’un pas… mais peut-on franchir ce pas ?

            Je voudrais vous faire observer que le texte biblique que nous venons de lire est d’une indiscrétion grave. Il y a quelque chose d’extrêmement personnel, d’intime, l’intimité de Moïse et de Dieu, qui nous est dévoilé. Et nous sommes là, avec notre conclusion générale sur la prière, uniquement fondée sur une indiscrétion concernant l’expérience intime d’une seule personne. Cela pour vous indiquer qu’une telle conclusion est bien fragile… et vous le savez bien, qu’une telle conclusion est bien fragile. Sans même réfléchir, vous savez bien qu’il y a des gens qui, dans un moment critique de leur existence, ont prié pour quelque chose de réellement important, pour eux-mêmes, pour autrui, pour la fin d’une guerre, pour avoir un enfant, pour ne pas perdre un enfant, ou un proche, ou pour leur propre survie, et ça n’a rien changé, et Dieu n’a pas changé d’avis.

            Est-ce à dire que Dieu s’en fiche, ou que Dieu, c’est du flan ? On peut le dire, et cela reviendrait à dire non. Cela pourrait être un non facile, trop vite prononcé… cela pourrait être un non difficile. Qu’est-ce qu’un non facile ? Qu’est-ce qu’un non difficile ? Il y a justement les deux dans notre texte.
           
            Nous commençons par le non facile. Quelqu’un, dans le texte biblique, prononce un non facile. Ce quelqu’un, c’est Dieu. Parce que ce peuple qu’il a lui-même choisi n’est pas à la hauteur de ses espérances, Dieu s’apprête à dire non, et à l’exterminer. Dieu s’apprête donc à changer de peuple parce que ce peuple ne le satisfait pas. Mais ce peuple, enfin, c’est lui-même qui l’a suscité, puis libéré ! Et il l’effacerait à l’occasion d’une faute grave ? Mais, tout de même, est-ce parce qu’il est Dieu que Dieu a suscité et libéré ce peuple, ou bien est-ce pour se prouver à lui-même qu’il est Dieu ? Ce serait trop facile, et indigne de Dieu que d’effacer son peuple. Mais ça n’est pas tout, et ça n’est même pas le pire. Non seulement Dieu s’apprête à agir comme un gosse capricieux, comme un vulgaire roitelet agit avec ses courtisans, mais en plus il cherche à séduire Moïse, son chouchou, en lui proposant un marché ignoble : effacer tout le monde sauf lui, et faire de lui, Moïse, et de sa descendance la grande nation dont lui, Dieu, rêve... Nous avons appelé cela le non facile, le non qui utilise sa force pour écraser et humilier la faiblesse, qui se choisit et flatte un chouchou, et qui change de peuple comme de chemise…
            Nous ne savons pas ce que Moïse a pu penser du marché que lui proposait Dieu. Mais ce marché était une tentation considérable. Même Noé, qui savait bien ce que Dieu tramait, n’embarqua dans son arche que sa propre famille. Est-ce que l’humanité issue de Noé et de ses fils fut meilleure que celle d’avant ? Est-ce qu’un peuple issu de Moïse aurait été meilleur que le premier peuple ? Deux fois non… mais telle n’est pas la question posée. La tentation de Moïse est une tentation redoutable. Et Moïse dit non. Moïse dit non, et c’est cela, le  non difficile. Moïse renonce à une postérité, à une récompense… Moïse dit, en substance, à Dieu : « Non ! Pas sans eux. Je n’irai pas sans ce peuple qui est le tien. » Moïse dit cela, met en jeu toute sa renommé et toute sa postérité ; il le dit tout comme, au sujet du salut, tout chrétien qui a bien compris la doctrine de la grâce seule doit affirmer que si une seule personne doit manquer à l’appel des sauvés, son propre salut personnel ne l’intéresse pas. Et l’on sait qu’à la fin du voyage, Moïse ne vit la terre promise que de loin. Pour celui qui avait dit à Dieu « Non ! Pas sans eux ! » ce fut finalement eux, mais sans lui. Tel est le non difficile, le non qui fait qu’on s’engage pour l’humanité.

            Qu’allons-nous maintenant retenir ? Que le non facile est souvent précédé d’une sorte de oui facile. On peut en effet dire facilement oui à telle image de Dieu et en changer comme on change de chemise, ou de robe, parce que ça ne marche pas comme on veut, parce que ça n’exauce pas, qu’il y a une tâche, ou un accroc, ou que ça n’est plus à la mode. On en choisit une autre, et on recommence.
Une image de Dieu n’est pas Dieu. Et si l’on dit oui à une image de Dieu, ce n’est pas encore à Dieu qu’on a dit oui. Peut-être même que, dans une vie, on prononce plusieurs oui et plusieurs non faciles avant d’oser un non difficile, avant d’oser dire oui à Dieu. Et lorsque c’est à Dieu réellement qu’on a dit oui, c’est l’entreprise d’une vie entière… au service du peuple de Dieu, lorsqu’il s’agit de Moïse et des Hébreux. Et alors le oui à Dieu et le oui au prochain coïncident, aussi vrai que dans ces textes le prochain d’un Fils d’Israël est un autre fils d’Israël.
Mais lorsque sont dépassées en Christ les frontières des peuples et des cultures, le oui difficile à Dieu et le oui à l’humanité coïncident autant que coïncident l’amour de Dieu et l’amour du prochain.

Puissions-nous, chaque fois que cela sera nécessaire, prononcer le non difficile que Moïse opposa à une certaine image de Dieu.
Puissions-nous prononcer le oui difficile que Dieu attend.

Que Dieu nous soit en aide. Amen. 

Philippe Petit, entre les deux tours, le 7 août 1974. Pour ne pas oublier...

jeudi 28 juillet 2016

Père Jacques Hamel.

Père Jacques Hamel, assassiné le 26 juillet 2016
Requiescat in pace
Les ministres des cultes, pasteurs, prêtres, rabbins, imams, popes, sont des cibles... Et puisque dans la tradition de l'Eglise protestante unie de France, il arrive qu'officient de plein droit des gens qui ne sont pas ministres, ces gens-là aussi sont des cibles. Les assaillants potentiels ne disposent pas de l'intelligence nécessaire pour faire la différence entre les uns et les autres.

Je voudrais avoir une pensée fraternelle pour toutes celles et tous ceux qui vont officier, maintenant que la menace est devenue parfaitement évidente.

Lorsque les assassins entreront dans le Temple, lorsque nous aurons à marcher dans la vallée de l'ombre de la mort, que ferons-nous, comment réagirons-nous ? Nul ne le sait. Mais chacun peut relire le Psaume 23.

Notre seule force de résistance est de continuer à officier publiquement, ouvertement, profondément... et de persister à aller au culte, aujourd'hui plus que jamais !

La bêtise, la violence, le meurtre, ne pourront jamais l'emporter sur l'Evangile. Christ est ressuscité, il est vivant pour les siècles des siècles.

Et puis, parce qu'il faut continuer à faire ce que nous avons à faire... méditons :

2 Samuel 24
1 La colère du SEIGNEUR s'enflamma encore contre les Israélites, et il excita David contre eux en disant: «Va, dénombre Israël et Juda.»
Ce que David fit faire. Son chef des armées, Joab, avait bien quelques doutes…Mais David était roi et il avait du personnel pour le satisfaire. Or, quand ce fut fait… 10 David sentit son coeur battre après qu'il eut ainsi dénombré le peuple. David dit au SEIGNEUR: «C'est un grave péché que j'ai commis. Mais maintenant, SEIGNEUR, daigne passer sur la faute de ton serviteur, car j'ai agi vraiment comme un fou.»
11 Quand David se leva le lendemain matin, la parole du SEIGNEUR avait été adressée au prophète Gad, le voyant de David, en ces termes:
12 «Va dire à David: Ainsi parle le SEIGNEUR: Je fais peser sur toi trois menaces. Choisis l'une d'elles et je l'exécuterai.»

Et parmi ces menaces, David choisit trois jours de peste…

15 Le SEIGNEUR envoya donc la peste en Israël depuis ce matin-là jusqu'au temps fixé, et il mourut, parmi le peuple, de Dan à Béer-Shéva, soixante-dix mille hommes.
 16 L'ange étendit la main vers Jérusalem pour la détruire, mais le SEIGNEUR renonça à sévir et dit à l'ange qui exterminait le peuple: «Assez! Maintenant, relâche ton bras.» Or l'ange du SEIGNEUR était auprès de l'aire d'Arauna le Jébusite.
 17 David parla au SEIGNEUR, quand il vit l'ange qui frappait dans le peuple. Il dit: «C'est moi qui ai péché et c'est moi qui ai commis une faute, mais ces brebis, qu'ont-elles fait? Que ta main soit sur moi et sur ma famille!»
 18 Gad alla trouver David, en ce jour-là, et il lui dit: «Monte ériger un autel au SEIGNEUR sur l'aire d'Arauna le Jébusite.»
 19 David monta comme l'avait dit Gad, selon l'ordre du SEIGNEUR.
 20 Arauna regarda et vit le roi et ses serviteurs qui s'avançaient vers lui. Arauna sortit et se prosterna devant le roi, la face contre terre.
 21 Arauna dit: «Pourquoi mon seigneur le roi vient-il chez son serviteur?» David répondit: «Pour t'acheter l'aire, afin d'y bâtir un autel au SEIGNEUR. Ainsi le fléau sera retenu loin du peuple.»
 22 Arauna dit à David: «Que mon seigneur le roi prenne ce qui lui plaît pour offrir l'holocauste. Tu vois, les boeufs fourniront l'holocauste, le traîneau et l'attelage des boeufs fourniront le bois.»
 23 Tout cela, le roi Arauna le donna au roi. Arauna dit au roi: «Que le SEIGNEUR, ton Dieu, veuille t'agréer!»
 24 Mais le roi dit à Arauna: «Non, je tiens à te l'acheter pour son prix, et je ne veux pas offrir au SEIGNEUR, mon Dieu, des holocaustes qui ne coûtent rien.» David acheta donc l'aire et les boeufs pour cinquante sicles d'argent.
 25 Là, David bâtit un autel au SEIGNEUR et il offrit des holocaustes et des sacrifices de paix. Le SEIGNEUR se montra propice au pays, et le fléau fut retenu loin d'Israël.
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Le battage des céréales est l’opération par laquelle on sépare le grain de l’appareil végétal qui l’a porté. Cette opération se faisait très anciennement à l’aide d’un fléau. Et l’on achevait l’opération en projetant en l’air, un jour de vent, les produits obtenus. Le grain, plus dense que la paille broyée, retombait à peu près sur place, alors que les débris de paille étaient entraînés plus loin par le vent. Les aires de battage étaient donc souvent situées sur des lieux élevés.
L’archéologie nous a enseigné que ces aires étaient des lieux très sacrés, faisant l’objet de toutes sortes d’interdits et de toutes sortes de dévotions. La présence sur ces aires de ce qui est à la fois nourriture et semence, de ce qui est fruit du travail et de la chance aussi, de ce qui est donc précieux entre tout pour la survie du groupe a dû être la raison de cette sacralisation. On évitait d’y répandre du sang ; les femmes, avec l’insondable mystère qu’elles portent, n’y étaient pas les bienvenues ; et les étrangers, nécessairement impurs, pas d’avantage que les femmes. Un peuple qui perdait son aire de battage était un peuple condamné… peut-être pas condamné à disparaître, mais au moins condamné à une condition subalterne, de domestique, voire d’esclave.
On peut imaginer qu’une épidémie qui ravagea un temps la très ancienne Palestine avait épargné, on ne sait évidemment pas pourquoi, le peuple appelé « Jébusites », peuple qui semble avoir été celui qui, le premier peuplait les collines élevées de Judée là où, un jour on érigerait Jérusalem et son Temple. Leur aire de battage, lieu de ce miracle, n’en fut que plus sacrée, plus réputée, voire plus enviée par d’autres peuples. Les Jébusites ont perdu un jour leur aire de battage, ce sont les « Israélites » qui s’en sont emparé et qui ont, comme il se doit, installé là leur propre Dieu et leur propre culte. Les chrétiens n’ont pas fait autre chose lorsqu’ils ont installé leurs première Eglises sur d’anciennes sources sacrées, ou lorsqu’ils ont sculpté des croix au sommet d’antiques menhirs…
Avec le chapitre 24 du second livre de Samuel, nous avons sous les yeux un possible substrat très ancien de ce qui est l’une des légendes de la fondation de Jérusalem. La manière dont les Israélites sont devenus propriétaires du lieu n’a pas dû avoir la courtoisie que lui donne la rédaction finale du texte.
Cela évidemment ne disqualifie pas le reste de l’histoire qui nous est ici comptée…

La dernière étude biblique de la série « Dieu punit-il ? » portait sur ce chapitre, un chapitre difficile.

Dieu, pour pouvoir punir son peuple contre lequel il est en colère, conduit David à pécher. Nous avons un Dieu étrange, scandaleux, qui punit collectivement donc indistinctement, et substitutivement.
Autre point difficile dans ce texte, l’épidémie ayant cessé aussi subitement qu’elle a commencé, épargnant un lieu précis, on construit là un édifice cultuel, et on y offre des sacrifices, tout en faisant entendre que par ces moyens, l’épidémie cessa… et que donc ce genre de moyens est propre à prévenir et à juguler toutes sortes de fléaux. Et donc les lieux de cultes doivent être construits et fréquentés afin de flatter ou d’apaiser un Dieu vindicatif, profondément injuste, et pervers. Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire.

Pourquoi en arrive-t-on à imaginer, et à défendre des idées aussi embarrassantes sur Dieu et sur la nécessité de la religion ?
Ce genre d’idée donne un pouvoir fou à ceux qui les mettent en avant, un pouvoir fou qu’ils exercent sur ceux qui les croient et auxquels elles apportent une sorte de soulagement aliénant, tout en leur coupant toute envie de réfléchir et de combattre ;
Ce genre d’idée peut émerger dès lors qu’on se pose la question du mystère du mal et qu’on veut trouver des raisons humaines ou divines là où il n’y en a pas ; le mal frappe, puis s’éloigne, il est sans raisons, il est sans pourquoi ;
Ce genre d’idée émerge dès lors que la perspective religieuse dans laquelle on s’inscrit est une perspective égoïste qu’on peut ainsi énoncer : punis-les, ils le méritent bien, mais pas moi donc, épargne moi…

Que faire de ce texte ? En repérer les points scandaleux… Réduire ce texte à ces points scandaleux et rejeter le tout ? C’est tentant… Mais ce serait dommage.

Il y a, dans ce texte, deux moments qui viennent subvertir l’ensemble :
Premier moment, lorsque David réclame que le prix de la faute soit payé par lui, et non par le peuple ; il vient s’immiscer une notion qui s’oriente vers une individualisation de la sanction : punis moi, moi (et ma famille), mais pas eux, pas ce peuple, dit David… Et au passage, nous avons à réfléchir sur la nature de la faute de David : sa faute, est-ce d’avoir fait dénombrer son armée, comme si Dieu n’était pas en mesure, le moment venu, de susciter l’armée nécessaire ? ou la faute de David n’est-elle pas plutôt d’avoir manqué de discernement, et de ne pas avoir envoyé balader, au nom de la foi, même son propre Dieu ? En réfléchissant un peu, nous avons à nous demander si le grand péché de David n’est pas d’avoir préféré Dieu à la foi en Dieu…
Deuxième moment, lorsque David refuse que lui soit donné, que ne lui coûtent rien, le terrain et le sacrifice. Et là, justement, David choisit de répondre de la grâce par un engagement qui est totalement le sien. Et l’on suggère que la grâce certes est gratuite – autant qu’il est fortuit que l’épidémie se soit arrêtée là plutôt qu’ailleurs – mais que reconnaître et accepter authentiquement cette grâce comme grâce divine ne peut être qu’une démarche personnelle et engageante. En plus, David signale ici quel est l’usage juste des lieux de culte : lieux de mémoire, de reconnaissance et d’engagement personnels.

Et puis, il y a un troisième moment, que je ne voudrais pas laisser dans l’ombre, qui est que lorsque Dieu vous parle directement d’homme à homme, avant d’obéir bille en tête et d’exiger l’acquiescement d’un courtisan – Joab réagit comme un courtisan – mieux vaut demander le discernement d’un frère… ou d’une institution. Le discernement viendra dans cette royale affaire, mais un peu trop tard, hélas, pour ceux qui, entre temps, seront tombés sous le fléau.
Dieu punit-il ? Cet étrange et difficile chapitre vient nous interroger, profondément. Impossible de répondre oui, ou de répondre non, comme s’il s’agissait d’une généralité, d’un savoir absolu. Il avait quelque chose contre son peuple (premier verset du chapitre), nous ne savons même pas quoi.
Dieu punit-il est une question qu’on peut toujours se poser. Des réponses bibliques massivement positives existent. Des réponses bibliques massivement négatives existent aussi. Avec ce chapitre – et après avoir lu et médité quelques autres chapitres au fil de l’année – cette question simple doit s’ouvrir sur une question plus complexe : Que feras-tu, personnellement, que ferez-vous, collectivement, devant Dieu et avec Dieu, de ce que la vie vous réservera, à vous et à vos semblables, de difficile, voire de terrible ? Répondre que Dieu punit est peut-être la réponse d’un moment, lorsqu’il faut tâcher seulement survivre et ne pas totalement sombrer. Mais après, plus tard, ce moment peut et doit s’ouvrir sur une certaine espérance.

"Ils" voudraient bien que nous sombrions dans ce dans quoi "ils" ont eux-mêmes sombré. Mais savent-ils seulement qu'ils ont sombré ? La jouissance de la haine, l'épouvantable jouissance des assassins, ne laisse aucune part à un discernement. Et bien, nous ne sombrerons pas! 
Quelle espérance avons-nous ? Celle qu'on ne mésuse jamais parmi nous des lieux sacrés, des textes sacrés, des cérémonies, du nom de Dieu, de la puissance dont on dispose...
Que Dieu nous soit en aide.











dimanche 24 juillet 2016

Apprends-nous à prier ! (Luc 11,1-13)

Depuis que mon ami le Père Patrick Royannais a mis cette liste en ligne sur son blog, elle s'est encore allongée... Et pendant combien de temps encore  s'allongera-t-elle ?
•  1er janvier 2016, Afghanistan, Kaboul, 3 morts
•  1er janvier 2016, Israël, Tel Aviv, 2 morts
•  2 janvier 2016, Inde, 7 morts
•  5 janvier 2016, Nigéria, nord est, 7 morts
•  7 janvier 2016, Lybie, au moins 65 morts
•  11 janvier 2016, Irak, Bagdad et Mouqdadiyah, 32 morts
•  12 janvier 2016, Turquie, Istanbul, 10 morts
•  13 janvier 2016, Pakistan, Quetta, plusieurs morts
•  14 janvier 2016, Indonésie, Jakarta, 4 morts
•  15 janvier 2016, Somalie, Base militaire, 63 morts
•  15 janvier 2016, Burkina Faso, Ouagadougou, 30 morts
•  17 janvier 2016, Afghanistan, Djalalabad, 14 morts
•  19 janvier 2016, Pakistan, Peshawar, au moins 11 morts
•  20 janvier 2016, Pakistan, université de Charsadba, 21 morts
•  20 janvier 2016, Afghanistan, Kaboul, au moins 7 morts
•  20 janvier 2016, Somalie, Mogadiscio, au moins 19 morts
•  22 janvier 2016, Egypte, Le Caire, 9 morts
•  25 janvier 2016, Cameroun, Bodo, 29 morts
•  26 janvier 2016, Syrie, Homs, au moins 24 morts
•  27 janvier 2016, Nigéria, Chibok, au moins 13 morts
•  27 janvier 2016, Egypte, Sinaï, 4 morts
•  29 janvier 2016, Arabie Saoudite, Al-Ahsa, 4 morts
•  29 janvier 2016, Nigéria, Gombi, 10 morts
•  31 janvier 2016, Syrie, sud de Damas, au moins 70 morts
•  31 janvier 2016, Tchad, région des Grands Lacs, 3 morts
•  2 février 2016, Somalie, 1 mort
•  6 février 2016, Pakistan, Quetta, 9 morts
•  9 février 2016, Syrie, Damas, 9 morts
•  9 février 2016, Nigéria, camp de Dikwa, 58 morts
•  12 février 2016, Mali, Kidal et Tombouctou, 6 morts
•  19 février 2016, Cameroun, Mémé, au moins 20 morts
•  21 février 2016, Syrie, Damas et Homs, plus de 150 morts
•  27 février 2016, Afghanistan, Asadabad et Kaboul, 25 morts
•  29 février 2016, Somalie, Baidoa, 30 morts
•  29 février 2016, Irak, Bagdad, au moins 40 morts
•  4 mars 2016, Yémen, Aden, au moins 16 morts
•  6 mars 2016, Irak, sud de Bagdad, au moins 47 morts
•  7 mars 2016, Tunisie, Ben Guerdane, 18 morts
•  13 mars 2016, Côte d’Ivoire, Grand Bassam, 18 morts
•  16 mars 2016, Nigéria, Maiduguri, 25 morts
•  19 mars 2016, Turquie, Istanbul, 4 morts
•  22 mars 2016, Belgique, Bruxelles, 35 morts
•  25 mars 2016, Yémen, Aden, au moins 22 morts
•  25 mars 2016, Irak, au sud de Bagdad, au moins 30 morts
•  27 mars 2016, Pakistan, Lahore, 72 morts
•  2 avril 2016, Arabie Saoudite, Ryad, 1 mort
•  19 avril 2016, Afghanistan, Kaboul, 64 morts
•  7 juin 2016, Turquie, Istanbul, 11 morts
•  9 juin 2016, Israël, Tel-Aviv, 4 morts
•  12 juin 2016, Etats-Unis, Orlando, 49 morts
•  13 juin 2016, France, Magnanville, 2 morts
•  27 juin 2016, Liban, frontière est, 5 morts
•  28 juin 2016, Turquie, Istanbul, 45 morts
•  30 juin 2016, Cameroun, Djakan, une dizaine de morts
•  2 juillet 2016, Bangladesh, Dacca, au moins 20 morts
•  3 juillet 2016, Irak, Bagdad, 292 morts (certains disent 1000)
•  4 juillet 2016, Arabie Saoudite, Médine, 4 morts
•  5 juillet 2016, Syrie, Hassaké, au moins 16 morts
•  14 juillet 2016, France, Nice, 84 morts

La liste n’est peut-être pas exhaustive. Il s’agit des attentats menés par des islamistes depuis le début 2016. Le nombre de morts est approximatif ; des blessés peuvent décéder après le décompte. Ne sont a priori pas comptés les terroristes décédés. Il faut ajouter des dizaines de centaines de blessés.
Luc 11
1 Il était un jour quelque part en train de prier. Lorsqu’il s’interrompit, un de ses disciples lui dit: «Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l'a appris à ses disciples.»

2 Il leur dit: «Quand vous priez, dites: Père, puisse ton nom être sanctifié, puisse ton règne venir,
3 notre pain le plus essentiel, donne-le nous un jour après l’autre,
4 remets-nous nos péchés, tout comme nous aussi nous remettons (leurs dettes) à ceux qui sont nos obligés, et ne nous mène pas au cœur de la tentation.»

5 Jésus leur dit encore: «Si l'un de vous a un ami et qu'il aille le trouver au milieu de la nuit pour lui dire: ‹Mon ami, j’ai besoin de trois pains, 6 parce qu'un de mes amis m'est arrivé de voyage et je n'ai rien à mettre devant lui›, 7 et si l'autre, de l'intérieur, lui répond: ‹Ne m'ennuie pas! Maintenant la porte est fermée; mes enfants et moi nous sommes couchés; je ne puis me lever pour te donner du pain›, 8 je vous le déclare: même s'il ne se lève pas pour lui en donner parce qu'il est son ami, eh bien, parce que l'autre est impudent, il se lèvera pour lui donner ce dont il a besoin.
9 «Quant à moi je vous dis: Demandez, on vous donnera; cherchez, vous trouverez; frappez, on vous ouvrira.
10 En effet, quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, et à qui frappe on ouvrira.
11 Quel père parmi vous, si son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu de poisson? 12 Ou encore s'il demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion?

13 Si donc vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent.»

Prédication : 
« Apprends-nous à prier, comme Jean l’a appris à ses disciples », la demande fut faite un jour à Jésus.
            La forme de cette demande nous signale que les groupes religieux de ce temps-là se distinguaient les uns des autres par la forme de leurs prières, par le style de leur piété. Nous n’avons pas à nous étonner de cela… ça n’a pas changé depuis : les groupes religieux se distinguent encore aujourd’hui les uns des autres par la forme de leurs prières et par le style de leur piété… Ils se distinguent ainsi, même s’ils semblent s’adresser tous au même Dieu. C’est sur le fond de cette soi-disant unicité de Dieu que l’un de mes amis avait un jour publiquement énoncé que « si nous avions tous le même Dieu, nous prierions tous de la même manière ». Cette affirmation un peu provocante avait pour but d’inviter un auditoire très diversifié à s’interroger non seulement sur la forme des prières, mais aussi sur les liens parfois obscurs qui existent, dans le cœur de ceux qui prient, entre la forme de leurs prières, l’identité qu’ils se donnent, et les dispositions profondes de leurs cœurs.
Nous ne savons pas quelles furent les prières spécifiques que Jean (le Baptiste) enseigna à ses adeptes. Mais ce qui est clair avec le texte que nous lisons, c’est que même si la demande initiale adressée à Jésus a pour objet une prière qui serait spécifique à ses propres disciples, Jésus ne s’est pas contenté d’une prière de plus, qui aurait permis à ses disciples de se reconnaître entre eux et de se distinguer des « autres ». Jésus ne va pas leur apprendre une prière seulement, il va aussi leur apprendre à prier.
D’ailleurs, disons-le tout de suite, si une prière, quelle qu’elle soit, a pour un groupe l’unique fonction d’être un marqueur inamovible, une identité, une spécificité absolue… elle est sans aucune portée, parce qu’elle se donne formellement comme plus importante que Dieu lui-même.
Pour aller plus loin encore, mais dans un sens positif, une prière à Dieu, que ce soit une prière d’action de grâce, de louange, ou de demande – et ici nous avons une prière de demande – une prière à Dieu ne peut avoir pour destinataire que Dieu seul, aura pour objet ce qui ne peut être accompli que par Dieu seul, et sera formulée par des gens qui ne comptent que sur Dieu seul.

Avec ceci, et devant le texte que nous venons de lire, nous avons trois questions à nous poser : 1. Est-ce que la prière que Jésus propose à ses disciples satisfait aux trois critères que nous venons d’énoncer ? ; 2. Est-ce que l’enseignement que Jésus donne avec cette prière est de nature à orienter valablement ceux qui prient ? ; 3. Est-il possible que quelqu’un ait un jour prié, ou prie un jour, authentiquement, cette prière ?

Nous nous demandons d’abord si la prière que Jésus propose à ses disciples est bien une prière à Dieu.
En la relisant, nous verrons aisément qu’elle a effectivement Dieu pour seul destinataire… et que Dieu seul peut l’exaucer. En effet (en reprenant point par point) :
Même si les humains peuvent révérer le nom de Dieu, respecter le nom de Dieu en ne le prononçant jamais, en s’efforçant s’ils le prononcent que ce ne soit pas en vain, pour n’importe quelle raison, même s’ils peuvent agir au nom de Dieu, Dieu seul, parce qu’il est Dieu, peut sanctifier son propre nom.
Même si les humains peuvent tenter d’agir pour plus de justice, et peuvent tenter de lutter contre le mal et contre les effets du mal, Dieu seul peut faire advenir son règne.
Même si les humains peuvent partager leurs richesses, le pain et la parole qui édifie et qui console, Dieu seul sait ce qui est essentiel ; et cet essentiel, Lui seul peut le donner, et cela ne peut être reçu que de Lui, un jour après l’autre, comme la vie.
Les humains peuvent effectivement délier de leurs dettes ceux de leurs semblables qui sont leurs obligés, et ce faisant les considérer  comme frères, comme égaux, et non pas comme inférieurs ; mais la justification du pécheur n’appartient qu’à Dieu seul : Dieu seul peut remettre aux humains leurs péchés.
Il est important que ceux qui croient en Dieu restent toujours serviteurs de Dieu. La tentation, la tentation par excellence, c’est pour les croyants de s’imaginer que Dieu est leur serviteur ; c’est imaginer que Dieu leur doit quelque chose parce qu’ils ont convenablement prié, ou parce que c’est écrit dans la Bible. La tentation est là, toujours, qui menace la foi. Et bien Dieu seul peut guider les chemins de ceux qui croient, les éclairer, les redresser, et faire en sorte qu’en dépit des faiblesses des croyants, ceux-ci ne soient pas conduits au cœur de la tentation, là où ils ne peuvent que céder…
Dieu seul est donc bien formellement l’unique  destinataire de la prière que Jésus propose à ses disciples, et Lui seul est en mesure de l’exaucer.
Formellement, tout va bien. Mais on ne peut pas se contenter du formalisme. Jésus ne donne pas seulement à ses disciples une prière particulière. Il leur donne aussi un enseignement, parce que toute prière particulière, même formellement parfaite, peut être salie, voire trahie, par l’utilisation qui en est faite.
Dans quel état d’esprit prie-t-on ? Et que va-t-on recevoir, reconnaître, accepter, ou pas… comme exaucement de cette prière ?
La petite parabole que Jésus raconte à cette occasion a pour but de faire réfléchir sur les conditions de la demande et sur l’exaucement de la prière. Un impudent vient clamer en pleine nuit qu’il a sans délai besoin de trois pains. Certes l’hospitalité est sacrée en Orient. Et elle a une dimension collective, parce qu’elle est sacrée. Mais cela ne peut justifier l’imprévoyance, et moins encore l’impudence. Un engagement individuel conséquent est exigible. Même si, finalement, quelqu’un se lève pour donner ces trois pains, l’impudent a failli. Et ce n’est pas de trois pains seulement dont il a besoin ; rien dans la parabole ne signale qu’il va recevoir ces trois pains, ou pas, ou tout autre chose. Il recevra ce dont il a besoin. C’est que Dieu n’est pas un domestique qu’on sonne lorsqu’une envie nous prend. Dieu exauce, il n’en faut pas douter. Mais il est Dieu et, lorsqu’on prie, c’est à Lui qu’il faut s’en remettre. Comment et quand exaucera-t-il ?
A quiconque demande à Dieu, il sera donné. Mais peut-être pas ce qui était demandé, peut-être tout autre chose. Mais reste à savoir si celui qui demande reconnaîtra ensuite ce qu’il aura reçu comme un don de Dieu.
Ainsi aussi quiconque cherche vraiment, dans la Bible, dans la prière et dans la foi, non pas exige confirmation de ce qu’il prétend savoir… quiconque cherche vraiment et s’adresse à Dieu, trouvera. Mais reste à savoir s’il reconnaîtra comme réponse de Dieu ce qu’il aura trouvé.
Quant à celui qui frappe à une porte qu’il ne peut ouvrir lui-même, elle lui sera ouverte. Mais il ne sait pas quel chemin aura été dessiné par Dieu pour lui derrière cette porte. Et reste donc à savoir s’il franchira cette porte et prendra ce chemin.

En plus de la prière qu’il recommande, Jésus donne tout cet enseignement. Et cet enseignement invite ceux qui prient à bien disposer leurs cœurs, de sorte que leur prière soit bien une prière adressée à Dieu, et de sorte qu’ils reconnaissent comme exaucement de leur prière tout ce qui adviendra.
 Mais ceux qui prient – nous autres qui prions – peuvent-ils disposer ainsi leurs cœurs ? Peuvent-ils, sans l’aide de Dieu, aller jusqu’au bout d’un travail de purification de soi, de mise à disposition de soi et d’ouverture ? Demander à Dieu qu’il donne l’Esprit Saint c’est reconnaître que, sans l’aide de Dieu, nous ne pouvons pas, par nos propres forces, faire que notre prière soit une prière purement adressée à Dieu et reconnue comme exaucée par Lui. Prier comme Jésus l’enseigne, cela exige une transformation de nos personnes. Nous pouvons certes travailler à cette transformation, par notre méditation, par notre engagement, par notre effort d’ouverture. Mais il nous faut aussi laisser cette transformation advenir en nous.
Que recevrons-nous ? Où cela nous mènera-t-il ? Les disciples ne savaient pas où cela les mènerait. Lorsqu’effectivement ils ont reçu l’Esprit Saint, ils ont dit ce qu’ils n’avaient jamais pensé dire, fait ce qu’ils n’avaient jamais pensé faire… Et vécu comme jamais ils n’avaient pensé vivre.
Nous aspirons à être disciples du Christ. Alors, demandons par-dessus tout à Dieu qu’il nous donne l’Esprit Saint. Et laissons-nous transformer par Lui. Amen