samedi 4 juin 2022

Pentecôte, quelques réflexions sur l'Esprit Saint, sur ceux qui s'en réclament (Actes 2,1-11, plus...)

 Romains 8

8 Sous l'empire de la chair on ne peut plaire à Dieu.

 9 Or vous, vous n'êtes pas sous l'empire de la chair, mais de l'Esprit, puisque l'Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu'un n'a pas l'Esprit du Christ, il ne lui appartient pas.

 10 Si Christ est en vous, votre corps, il est vrai, est voué à la mort à cause du péché, mais l'Esprit est votre vie à cause de la justice.

 11 Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus Christ d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels, par son Esprit qui habite en vous.

 12 Ainsi donc, frères, nous avons une dette, mais non envers la chair pour devoir vivre de façon charnelle.

 13 Car si vous vivez de façon charnelle, vous mourrez; mais si, par l'Esprit, vous faites mourir votre comportement charnel, vous vivrez.

 14 En effet, ceux-là sont fils de Dieu qui sont conduits par l'Esprit de Dieu:

 15 vous n'avez pas reçu un esprit qui vous rende esclaves et vous ramène à la peur, mais un Esprit qui fait de vous des fils adoptifs et par lequel nous crions: Abba, Père.

 16 Cet Esprit lui-même atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu.

 17 Enfants, et donc héritiers: héritiers de Dieu, cohéritiers de Christ, puisque, ayant part à ses souffrances, nous aurons part aussi à sa gloire.

 

Actes 2

1 Quand le jour de la Pentecôte arriva, ils se trouvaient réunis tous ensemble.

 2 Tout à coup il y eut un bruit qui venait du ciel comme le souffle d'un violent coup de vent: la maison où ils se tenaient en fut toute remplie;

 3 alors leur apparurent comme des langues de feu qui se partageaient et il s'en posa sur chacun d'eux.

 4 Ils furent tous remplis d'Esprit Saint et se mirent à parler d'autres langues, comme l'Esprit leur donnait de s'exprimer.

 5 Or, à Jérusalem, résidaient des Juifs pieux, venus de toutes les nations qui sont sous le ciel.

 6 À la rumeur qui se répandait, la foule se rassembla et se trouvait en plein désarroi, car chacun les entendait parler sa propre langue.

 7 Déconcertés, émerveillés, ils disaient: «Tous ces gens qui parlent ne sont-ils pas des Galiléens?

 8 Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle?

 9 Parthes, Mèdes et Elamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, du Pont et de l'Asie,

 10 de la Phrygie et de la Pamphylie, de l'Égypte et de la Libye cyrénaïque, ceux de Rome en résidence ici,

 11 tous, tant Juifs que prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons annoncer dans nos langues les merveilles de Dieu.»

 

Jean 14

15 «Si vous m'aimez, vous vous appliquerez à observer mes commandements;

 16 moi, je prierai le Père: il vous donnera un autre Consolateur qui restera avec vous pour toujours.

 17 C'est lui l'Esprit de vérité, celui que le monde est incapable d'accueillir parce qu'il ne le voit pas et qu'il ne le connaît pas. Vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous et il est en vous.

 18 Je ne vous laisserai pas orphelins, je viens à vous.

 19 Encore un peu, et le monde ne me verra plus; vous, vous me verrez vivant et vous vivrez vous aussi.

 20 En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père et que vous êtes en moi et moi en vous.

 21 Celui qui a mes commandements et qui les observe, celui-là m'aime: or celui qui m'aime sera aimé de mon Père et, à mon tour, moi je l'aimerai et je me manifesterai à lui.»

 22 Jude, non pas Judas l'Iscariote, lui dit: «Seigneur, comment se fait-il que tu aies à te manifester à nous et non pas au monde?»

 23 Jésus lui répondit: «Si quelqu'un m'aime, il observera ma parole, et mon Père l'aimera; nous viendrons à lui et nous établirons chez lui notre demeure.

 24 Celui qui ne m'aime pas n'observe pas mes paroles; or, cette parole que vous entendez, elle n'est pas de moi mais du Père qui m'a envoyé.

 25 Je vous ai dit ces choses tandis que je demeurais auprès de vous;

 26 le Consolateur, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit.


 Prédication : 

            Je vous parlais, la semaine dernière, de Rabbi Eliezer ben Hyrcanos, sage juif de première importance, qui fut excommunié par ses collègues pour avoir fait appel à une voix du ciel. La voix du ciel avait pourtant parlé en sa faveur. Mais un autre Maître de première importance, Rabbi Yehoshua ben Hanania, avait objecté : « Elle n’est pas au ciel ! »

            Vous vous demandez peut-être sur quoi portait les débats qui avaient opposé si méchamment ces deux maîtres… lorsque vous le saurez vous trouverez cela peut-être d’une incroyable futilité. Mais avant cela, et puisque Rabbi Yehoshua dit "Elle n’est pas au ciel", nous nous demandons ce qui n’est pas au ciel.

            Pour ces maîtres et pour leurs disciples, en ce temps-là (contemporains de Jésus de Nazareth), c’était une évidence, ce qui n’est pas au ciel, c’est la Torah, la Loi de Moïse. Elle n’est pas au ciel, parce qu’elle n’est plus au ciel, et elle n’est plus au ciel depuis qu’elle a été donnée, toute entière, une et parfaite, par Dieu, au Sinaï, à Moïse. Ce qui a une conséquence : puisque la Torah – la Loi – a été donnée toute entière, il n’y a rien d’autre que Dieu doive dire et ajouter. La Torah, écrite et orale ayant été transmise, recopiée et mémorisée  avec infiniment de sérieux, c’est à partir d’elle, et d’elle seule, qu’il convient que les hommes méditent sur leur condition et préparent leur décisions… rien que la Loi, toute la Loi, et la réflexion des hommes. Tels étaient la pensée et le sous bassement de pensée de ces hommes-là.  

            Rabbi Eliezer donc, fut excommunié, mais au fond, pourquoi ? Pour avoir contraint Dieu à parler en sa faveur, pour se l’être mis dans la poche ? Non. D’autres que lui étaient en ce temps capables de tels prodiges. Il fut excommunié pour avoir rompu le pacte de pensée qui le liait à ses collègues, et donc pour avoir rompu une barrière symbolique essentielle, entre une forme cinglante, spontanée et autoritaire d’expression, c’est à dire ce qui est en haut, et qui tombe tout à coup d’en-haut , et une forme lente, dialoguale, et travaillée d’expression, c’est à dire ce qui est en bas, qui prend le temps de la réflexion et du débat. Tout cela, c’est ce que Rabbi Yeoshua avait résumé en cette simple formule : « Elle n’est pas au ciel. »

           

             Pentecôte, bien d’autres textes qu’Actes 2,1-11 parlent du Saint Esprit, et nous en avons lu un intéressant échantillon, qui est générateur d’un intéressant faisceau de problèmes.

            Dans l’épître aux Romains, cet Esprit dont Paul parle – Esprit tout court – est-il le même que l’Esprit du Christ, et que l’Esprit de Dieu, esprits dont il parle aussi ?

            Idem dans l’évangile de Jean : le Consolateur, ou le Défenseur (Paraclet) est-il le même que l’esprit qui souffle où il veut (Jean 3), le même que l’esprit que reçoivent les disciples le soir de Pâques, lorsque Jésus souffle sur eux, qui est un esprit de pardon ?

            Dans l’Ancien Testament, est-ce le même Esprit, celui qui plane sur les eaux de la Genèse

            Le même Esprit que celui que Matthieu introduit dans son institution du baptême, « …baptisez-les au nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit. »

            Oui ? Le même esprit ? Et bien, à la première personne du singulier, je ne le pense pas. Ce que je pense, c’est que des générations d’écrivains dont les textes ont été recueillis dans la Bible ont eu à qualifier les manifestations de piété des groupes qu’ils observaient, des manifestations du genre spontanées et d’autres plutôt du genre très travaillées – avec évidemment plein de nuances entre les deux. Ils auraient plutôt associé la présence du Saint Esprit aux formes spontanées d’expression. L’exemple de cela que nous connaissons le mieux est justement celui que nous avons lu, Actes 2,1-11. Dans de fragment célébrissime, emblème de Pentecôte, lu chaque année… c’est bien – nous avons vraiment l’habitude de le considérer ainsi, c’est bien de l’Esprit Saint dont il s’agit. Mais pourquoi ce fragment sacro-saint s’arrête-t-il au verset 11 ?

            Voici trois versets de plus : 12Ils étaient tous déconcertés, et dans leur perplexité ils se disaient les uns aux autres: «Qu'est-ce que cela veut dire?» 13D'autres s'esclaffaient: «Ils sont pleins de vin doux.» 14Alors s'éleva la voix de Pierre, qui était là avec les Onze; il s'exprima en ces termes: «Hommes de Judée, et vous tous qui résidez à Jérusalem, comprenez bien ce qui se passe et prêtez l'oreille à mes paroles »… et s’ensuit un discours argumenté, structuré… et donc s’exprime une pensée construite, très élaborée, 26 versets, juste après les exclamations spontanées du groupe des premiers disciples.

            Et voici une question : faut-il choisir, dans le texte des Actes, pour Pentecôte, entre l’expression spontanée qui vient comme tombée du ciel, et l’expression travaillée, bien élaborée, mélange d’Écritures Saintes et de sagesse humaine ? Choisir, c’est renoncer, dit-on parfois. En choisissant les 11 premiers versets, avec cette expression dans tous les dialectes de la terre, c’est bien entendu une forme d’universalité qui est choisie, une universalité simple et immédiate – en somme ce à quoi aspirait Rabbi Eliezer en faisant descendre la voix du ciel. Mais on laisse de côté la lente élaboration de la foi commune – on laisse en somme de côté Rabbi Yehoshua. Ça n’est peut être pas bien grave, mais, tout de même, est-ce le modèle d’Eglise auquel aspirait Jésus Christ, ou après Lui les Apôtres ? C’est très difficile – et hasardeux – de répondre à la place de Jésus Christ… Mais on l’a vu plus souvent enseigner qu’on ne l’a vu faire des miracles, et on l’a entendu souvent commander qu’on ne dise rien sur les miracles… Jésus Christ aurait-il été du côté de Rabbi Yehoshua, du côté de la lente et fraternelle construction de l’Eglise, lente et fraternelle élaboration, sans pour autant exclure de rares moments de claire spontanéité ? Il est assez tentant de le penser.

 

            Pourtant, même si les textes du jour ne proposent que Actes 2,1-11 et laissent de côté l’enseignement magistral de Pierre, il nous est proposé aussi Romains 8,8-17, et Jean 14,15-26 ; en les lisant tout à l’heure, nous avons mis de la durée dans nos lectures de Pentecôte portant sur le Saint Esprit. Dans les versets de Jean, l’Esprit Saint, appelé Défenseur ou Consolateur, va venir. Dans les versets de Romains, il est déjà venu. Et puisque les lecteurs que nous sommes trouvent ces textes déjà tout écrits, ils ont à se demander au présent ce que signifient ces temps des verbes dans les textes bibliques.

            Cette entreprise devrait pouvoir suffire pour échapper à la tentation à laquelle Rabbi Eliézer succomba : tentation de soulever soi-même et pour son propre profit un coin de ce voile sacré qui masque ce que l’homme ne peut revendiquer de connaître pour lui-même, mais dont la connaissance lui est parfois donnée d’en-haut.

            Sœurs et frères, puissions-nous à notre tour prendre le temps d’une longue construction de la communauté, et puisse, Dieu voulant, la connaissance d’en-haut nous être donnée en son temps. Amen

samedi 28 mai 2022

La gloire d'Etienne (Actes 7,55-60) ou l'unité de l'homme et de Dieu

Actes 7

55 Mais lui, rempli d'Esprit Saint, fixait le ciel: il vit la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu.

 56 «Voici, dit-il, que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu.»

 57 Ils poussèrent alors de grands cris, en se bouchant les oreilles. Puis, tous ensemble, ils se jetèrent sur lui, 58 le traînèrent hors de la ville et se mirent à le lapider. Les témoins avaient posé leurs vêtements aux pieds d'un jeune homme appelé Saul.

 59 Tandis qu'ils le lapidaient, Étienne prononça cette invocation: «Seigneur Jésus, reçois mon esprit.»

 60 Puis il fléchit les genoux et lança un grand cri: «Seigneur, ne leur compte pas ce péché.» Et sur ces mots il mourut. 


Prédication : 

            Etienne n’était pas destiné au ministère de la Parole, il faisait partie de ces hommes qu’on avait choisis pour veiller au partage équitable entre tous des biens dont disposait la communauté. C’est aux Apôtres qu’était réservé l’enseignement… La toute jeune Eglise de Jérusalem avait ainsi déjà ses règlements. Mais les règlements sont faits pour être transgressés, et transgressés ils furent, notamment par Etienne. Car l’un des fils directeurs des Actes des Apôtres, c’est que toute règle édictée par telle autorité autorisée, même celle des Apôtres…, telle règle sera toujours transgressée par l’Esprit Saint. Or, Etienne était « un homme plein de foi et d’Esprit Saint », « plein de grâce et de puissance, (qui) opérait des prodiges et des signes remarquables parmi le peuple. » Nul ne l’avait appelé à cela. Nul ne l’avait non plus envoyé vers tel ou tel groupe, les Affranchis, les Cyrénéens, les Alexandrins – chaque groupe avait semble-t-il sa propre synagogue. Mais une rencontre eut lieu. Certains estimèrent qu’il blasphémait, et, par la force, ils le conduisirent au Sanhédrin, autorité autorisée à trancher en matière d’enseignement religieux à l’intérieur du Temple.

Ils produisirent de faux témoins… et au bout du parcours, il y eut un homme mort par lapidation, Etienne. Etienne est le premier martyr de l’histoire chrétienne.

            Mais pourquoi Etienne est-il mort ? Il est mort parce qu’on lui a jeté des pierres jusqu’à ce qu’il en meure. Et on lui a jeté des pierres parce qu’il avait « exaspéré » les autorités… plus fortement, ceux qui l’écoutaient eurent un accès de haine. La haine est un sentiment violent, sentiment qui exige la suppression de ce qui le suscite. Mais qu’est-ce qui avait suscité la haine de ces gens ? Le discours d’Etienne, qui est le plus long des discours des Actes des Apôtres ? Peut-être, peut-être pas, car les prédicateurs spontanés devaient être assez nombreux dans le Temple et sur les parvis du Temple (le syndrome de Jérusalem existait déjà), et les juges du Sanhédrin – grand tribunal – étaient habitués à entendre reproches et insultes. Ça n’est pas le discours d’Etienne donc, mais la vision d’Etienne.

            En fait, on ne sait pas vraiment ce qu’Etienne voit, mais il dit « Voici que je vois les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. » Ce qui arrive à Etienne, il le décrit comme une vision, mais c’est infiniment plus qu’une vision. Le tribunal religieux ne s’y trompe pas, qui ne crie même pas au blasphème mais se bouche carrément les oreilles avant de pousser des cris inarticulés. L’utilisation par Etienne du langage de la vision, dans un pays où Dieu n’est pas représentable, est le signe disons d’un événement considérable : Etienne, plus la gloire de Dieu, avec Jésus à sa droite, cela fait éclater les conventions en vigueur. En Etienne, et en Dieu, il se passe ceci : l’homme et Dieu sont un. Chose que le Tribunal ne pouvait déjà pas accepter si cela arrivait à l’un des siens ; et c’est pour cette raison qu’à la même période qu’Etienne, Rabbi Eliezer ben Hyrcanos – un personnage d’une importance considérable – fut excommunié et tous ses jugements annulés ; comment le tribunal pourrait-il accepter cela d’Etienne, un inconnu ?

            Alors on se saisit d’Etienne, on le traina hors de la ville, et il fut lapidé. Pour cette horrible scène, le rédacteur des Actes a repris le vocabulaire de la crucifixion de Jésus, pour bien signifier à quel point l’homme, le Christ et Dieu sont en ces matières absolument confondus. Et s’il s’agissait d’employer le langage de l’évangile de Jean, nous pourrions énoncer qu’ils sont un. Qu’en est-il de cette unité ? (6 courtes remarques)

 

            1. D’abord, cette unité embrasse toute l’histoire, d’une manière d’ailleurs originale (nous relirons, une autre fois, l’ensemble du discours d’Etienne).

            2. Ensuite, cette unité ne laisse personne de côté. Les gens auxquels Etienne s’adresse ont des origines extrêmement diversifiés. L’ambition – ou plutôt la proposition – de cette unité est bien une unification – mais on sent bien que c’est une unification qui n’est pas une uniformisation (si l’on voulait d’ailleurs adresser une réserve aux Apôtres s’agissant de leur conduite des affaires de la communauté, ça serait qu’ils visent un peu – un peu trop ? – à l’uniformisation…)

            3. Cette unité donc, est inclusive – le mot est trop à la mode – mais elle est aussi critique. Cette unité est critique, c'est-à-dire, pour tous ceux dont elle s’approche elle fait office « d’opérateur de vérité ». La vérité n’est pas toujours la bienvenue et son apparition dans le paysage est assez souvent le signe de prochaines turbulences, voire de violence. Etienne en fera les frais…

            4. L’unité de Dieu et de l’homme se donne entièrement à l’homme, elle se donne entièrement à celui qui parle, et elle se donne entièrement aussi à ceux qu’elle approche et qui entendent. Pour elle-même, il n’y a pas de défense, pas d’abri. Elle s’abandonne, pour le meilleur, et quoi qu’il arrive. Elle n’oblige au fond absolument personne, et surtout pas ceux auxquels elle s’adresse pourtant au premier chef.

            5. Et s’il advient qu’on la traine hors de la ville et qu’elle doive payer de sa vie le prix de ce qu’elle est, le prix de la grâce et de la vérité, le prix de l’unité de l’homme et de Dieu, on la voit prier Dieu de n’imputer aucun péché à ses bourreaux. Cette prière ne s’adresse pas à un Dieu qui serait lointain et puissant et qui viendrait venger ses serviteurs martyrs – au point où nous en sommes, il ne peut plus en être question – cette prière est un cri d’amour de l’homme pour l’homme.

            6. Et finalement, cette lecture, dans les Actes des Apôtres, vient nous rappeler quelques lectures, dans l’évangile de Jean, évangile dans lequel il est question du Verbe qui s’est fait chair, de l’unité du Père et du Fils, de l’unité des disciples et de leur maître, de l’engagement absolu de l’un envers les autres et des autres les uns envers les autres. Et le mot qui revient, et revient, et le verbe qui va avec ce mot, c’est amour, et c’est aimer. L’évangile de Jean n’a pas le monopole des propos sur l’amour (ni Paul aux Corinthiens).

 

            A tous ces textes nous pouvons adresser quelques questions. L’amour dont ils parlent peut-il l’emporter ? L’unité de l’homme et de Dieu peut-elle être défaite ? Et les violents, ceux qui font de Dieu une hydre toujours en quête de chair vivante à dévorer, vont-ils fatalement l’emporter ?

            Ceux qui nous ont suggéré nos lectures de ce jour se sont arrêtés à « Et sur ces mots, (Etienne) mourut » Fin de l’aventure d’Etienne ; l’unité de l’homme et de Dieu semble avoir été défaite. A proximité de la scène du meurtre, on nous signale la présence d’un jeune homme appelé Saul. « Saul était de ceux qui approuvaient ce meurtre » On nous raconte aussi qu’une violente persécution éclata contre l’Eglise. Était-ce la fin ? Oui, fin de certains qui, comme Etienne, payeraient de leur vie la profondeur de leur engagement. Fin aussi pour plusieurs autres, car hier comme aujourd’hui les persécuteurs massacrent, et il n’y a jamais de distinction lorsqu’on massacre.  Et pourtant, s’agissant de ce jeune Saul, vous savez qu’après une expérience personnelle bouleversante il devint Paul, voyageur infatigable et apôtre des Païens : l’unité de l’homme et de Dieu se fit un jour en lui et ne se défit plus jamais. Quant à cette Eglise persécutée, ses membres survivants se dispersèrent, et allèrent de lieu en lieu, annonçant la bonne nouvelle de la Parole. Et ça n’était que le début de l’aventure.

                       

            Que conclurons-nous ? Cette unité de l’homme et de Dieu, dont nous parlons depuis tout à l’heure, peut toujours se faire en telle personne. Elle le peut toujours, aujourd’hui comme hier et, c’est notre acte de foi aujourd’hui, ne cessera jamais de toujours se faire à nouveau. Joie pour nous tous. Amen


samedi 21 mai 2022

La gloire de Pierre (Actes des Apôtres 15,1-29 - une très longue lecture)

Actes 15

1 Certaines gens descendirent alors de Judée, qui enseignaient aux frères: «Si vous n’êtes pas circoncis selon la loi de Moïse, disaient-ils, vous ne pouvez pas être sauvés.»

 2 Un conflit en résulta, et des discussions assez graves opposèrent Paul et Barnabas à ces gens. On décida que Paul, Barnabas et quelques autres monteraient à Jérusalem trouver les apôtres et les anciens à propos de ce différend.

 3 L'Église d'Antioche pourvut à leur voyage. Passant par la Phénicie et la Samarie, ils y racontaient la conversion des nations païennes et procuraient ainsi une grande joie à tous les frères.

 4 Arrivés à Jérusalem, ils furent accueillis par l'Église, les apôtres et les anciens, et ils les mirent au courant de tout ce que Dieu avait réalisé avec eux.

 5 Des fidèles issus du pharisaïsme intervinrent alors pour soutenir qu'il fallait circoncire les païens et leur prescrire d'observer la loi de Moïse.

 6 Les apôtres et les anciens se réunirent pour examiner cette affaire.

 7 Comme la discussion était devenue vive, Pierre intervint pour déclarer: «Vous le savez, frères, c'est par un choix de Dieu que, dès les premiers jours et chez vous, les nations païennes ont entendu de ma bouche la parole de l'Évangile et sont devenues croyantes.

 8 Dieu, qui connaît les cœurs, leur a rendu témoignage, quand il leur a donné, comme à nous, l'Esprit Saint.

 9 Sans faire la moindre différence entre elles et nous, c'est par la foi qu'il a purifié leurs cœurs.

 10 Dès lors, pourquoi provoquer Dieu en imposant à la nuque des disciples un joug que ni nos pères ni nous-mêmes n'avons été capables de porter?

 11 Encore une fois, c'est par la grâce du Seigneur Jésus, nous le croyons, que nous avons été sauvés, exactement comme eux!»

 12 Il y eut alors un silence dans toute l'assemblée, puis l'on écouta Barnabas et Paul raconter tous les signes et les prodiges que Dieu, par leur intermédiaire, avait accomplis chez les païens.

 13 Quand ils eurent achevé, Jacques à son tour prit la parole: «Frères, écoutez-moi.

 14 Syméon vient de nous rappeler comment Dieu, dès le début, a pris soin de choisir parmi les nations païennes un peuple à son nom.

 15 Cet événement s'accorde d'ailleurs avec les paroles des prophètes puisqu'il est écrit:

 16 Après cela, je viendrai reconstruire la hutte écroulée de David. Les ruines qui en restent, je les reconstruirai, et je la remettrai debout.

 17 Dès lors le reste des hommes cherchera le Seigneur, avec toutes les nations qui portent mon nom. Voilà ce que dit le Seigneur, il réalise ainsi ses projets

 18 connus depuis toujours.

 19 «Je suis donc d'avis de ne pas accumuler les obstacles devant ceux des païens qui se tournent vers Dieu.

 20 Écrivons-leur simplement de s'abstenir des souillures de l'idolâtrie, de l'immoralité, de la viande étouffée et du sang.

 21 Depuis des générations, en effet, Moïse dispose de prédicateurs dans chaque ville, puisqu'on le lit tous les sabbats dans les synagogues.»

 22 D'accord avec toute l'Église, les apôtres et les anciens décidèrent alors de choisir dans leurs rangs des délégués qu'ils enverraient à Antioche avec Paul et Barnabas. Ce furent Judas, appelé Barsabbas, et Silas, des personnages en vue parmi les frères.

 23 Cette lettre leur fut confiée: «Les apôtres, les anciens et les frères saluent les frères d'origine païenne qui se trouvent à Antioche, en Syrie et en Cilicie.

 24 Nous avons appris que certains des nôtres étaient allés vous troubler et bouleverser vos esprits par leurs propos; ils n'en étaient pas chargés.

 25 Nous avons décidé unanimement de choisir des délégués que nous vous enverrions avec nos chers Barnabas et Paul,

 26 des hommes qui ont livré leur vie pour le nom de notre Seigneur Jésus Christ.

 27 Nous vous envoyons donc Judas et Silas pour vous communiquer de vive voix les mêmes directives.

 28 L'Esprit Saint et nous-mêmes, nous avons en effet décidé de ne vous imposer aucune autre charge que ces exigences inévitables:

 29 vous abstenir des viandes de sacrifices païens, du sang, des animaux étouffés et de l'immoralité. Si vous évitez tout cela avec soin, vous aurez bien agi. Adieu!»

Prédication

            Si vous n’êtes pas circoncis selon la loi de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés.

            Le lecteur va bien entendu se demander de quoi il s’agit d’être sauvé. Et il ne trouvera guère de réponse (ni ici, ni ailleurs dans les Actes), ce qui peut signifier que la réponse allait de soi, non seulement pour ceux qui enseignaient la nécessité de la circoncision, mais aussi pour ceux qui enseignaient qu’elle n’était pas nécessaire. Sauvé, mais de quoi ? Sauvé de tout péril dans cette vie ? Non. Les humains savent depuis toujours que les rites même les plus éprouvés ne confèrent aucune protection  sérieuse contre toutes sortes de malheurs. Sauvé, pour bénéficier du sort le meilleur dans l’au-delà ? Ce sont des choses qu’on entend dire, mais elles sont, de par leur nature, assez difficilement vérifiables.

            Mais il devait y avoir quelque chose d’évident, voire capital, pour les uns comme pour les autres, peut-être la même chose pour les uns comme pour les autres, qui fit que la discussion s’envenima.

            Mais quoi ?

 

            Tout au début, c’est une affaire religieuse. C’est l’ancienne religion des enfants d’Israël qui, suite à la prédication de Jésus de Nazareth, était sortie du cadre des synagogues et du Temple, et s’était grande ouverte aux païens. Cette ouverture à vrai dire avait commencé, pour ce qu’on sait, commencé depuis assez longtemps et l’on pouvait rencontrer des convertis au judaïsme, c'est-à-dire des païens convertis observants. Étaient-ils, ces gens-là, refoulés sur le seuil des lieux de culte ? Et bien, s’agissant de jeunes groupes rassemblés à Antioche au nom de Jésus Christ et ayant vécu l’expérience de Pentecôte, il semble que la question de la circoncision n’ait pas été porteuse d’un enjeu particulier. Jusqu’au moment où…

            Pourquoi un conflit éclate-t-il, et pourquoi des discussions assez graves ont-elles lieu ? Pourquoi Paul et Barnabas d’un côté, et les prédicateurs de la circoncision de l’autre côté, ne parvenaient-ils pas à s’entendre ? Question d’influence et de domination sur les personnes… ça n’est pas glorieux, mais c’est le plus facile à imaginer. Soyons un peu naïfs en espérant que la raison peut tout régler. Et supposons qu’il y a, tant chez Paul que chez les circonciseurs, une sorte de fond impensé.

            Au fond, Paul et Barnabas sont des enthousiastes. Ils voient bien que Dieu s’en est allé se trouver des enfants parmi les païens, ils voient bien que Dieu a grandement béni les nouvelles communautés qui ne cessent de croitre et de se répandre, ils voient bien qu’à ces païens Dieu donne le Saint Esprit tout comme aux Fils d’Israël. Partout où ils passent, Paul et Barnabas rapportent ces faits, et le témoignage qu’ils donnent ne fait que contribuer à la croissance de l’ensemble. Et tout se passe très bien, à cause de l’enthousiasme, bien sûr, mais aussi parce que ces communautés sont homogènes – elles sont sans doute des groupes très bigarrés, mais l’enthousiasme les homogénéise. Dans cet enthousiasme, ou oublie, on ne pense pas, que ce Dieu a un langage plus élaboré que les balbutiement des gens émus, que ce Dieu a une histoire et que cette histoire va, fatalement, à un moment où à un autre, venir faire valoir ses droits. Là sont les limites de l’enthousiasme… et là aussi est le fond impensé de Paul et de Barnabas.

 

            Et pendant ce temps, les tenants de la circoncision, et, autant le dire tout de suite, tenants de toute la Loi de Moïse, dont manifestement certains se sont donnés à Christ et ont reçu l’Esprit Saint, pensent que cette foi nouvelle est certes un nouveau rameau de l’arbre généalogique des enfants d’Israël, mais qu’en tant que ce nouveau rameau de cet arbre-là, il ne peut ni ne doit se dispenser d’observer la loi de Moïse, circoncision, bien entendu, et tout le reste des commandements, écrits et oraux. Observance sans dérogation possible, il en va du salut et, pour une fois, nous allons dire ce qu’il en est de ce salut : c’est un salut qui est lié à une notion d’ordre, l’ordre divin de la création tel que révélé dans la Loi, la Loi enseignant aussi comment habiter cette création, c'est-à-dire le mode d’emploi de la vie. Et l’on comprend assez aisément l’importance de cela : il en va de la vie, et il en va de Dieu (c’est la même chose), et il en va de l’humanité de chaque homme. Mais – et c’est là le fond impensé des tenants de la circoncision : si Dieu a pris la liberté de se révéler aux païens, et s’il lui a plu de leur donner son Esprit Saint, esprit par nature remuant et créatif, est-ce pour qu’ils (les païens) en viennent à la froide et méthodique pureté de l’observance de toute la Loi ?

 

            En tout cas, deux grandes tendances se font face, et s’affrontent, à Antioche, et à Jérusalem. La rupture est-elle inévitable ? La discussion, en tout cas, est une discussion au sommet : Paul, Pierre, Jacques, plus des « fidèles issus du pharisaïsme », soutenant qu’il faut circoncire les païens et leur prescrire d’observer la loi de Moïse. Pensons ici que tous sont bien juifs et que même si, comme Paul, ils s’octroient avec la loi des libertés considérables, ils connaissent parfaitement l’origine de cette loi et l’histoire de l’observance de cette loi. Ils savent sans doute que la rigidité des opinions en présence peut conduire au schisme.

            C’est Pierre qui va, ici, être particulièrement inspiré, et qui va faire une œuvre réellement pastorale. Il écoute, certainement, tout ce qui se dit, mais il a surtout une intuition d’une profondeur et d’une honnêteté considérables. Au lieu d’utiliser son intelligence pour récuser la tradition des autres, c’est sa propre tradition qu’il interroge. Écoutez bien : « 10 pourquoi tenter Dieu en imposant à la nuque des disciples un joug que ni nos pères ni nous-mêmes n'avons été capables de porter ? ». Pierre est grand lorsqu’il affirme cela. Il interroge sa tradition, on ne peut plus profondément. Il le fait sans fanfaronnade, il le fait avec l’honnêteté du pécheur vraiment repentant, en mettant au tout premier plan la grâce du Seigneur Jésus, unique grâce qui sauve, les Juifs comme les païens. Grâce qui sauve, elle sauve de ce qu’on appelle tenter Dieu, c'est-à-dire faire peser sur les épaules d’autrui, et au nom de Dieu, toutes sortes obligations, religieuses, alimentaires, en prétendant que le salut est acquis à ceux qui les observeront… Non, dit Pierre en substance, on peut décider d’observer ceci ou cela, on peut même se l’imposer, mais on ne devra jamais l’imposer à qui que ce soit, et surtout pas dans la perspective du salut.

            De ce moment où Pierre est grand, retenons que chacun peut – et peut-être doit – examiner ses propres orientations religieuses à l’aune de la liberté conquise en Dieu par Jésus Christ.

 

            Et qu’advint-il ensuite ? Ces gens qui avaient prêché à Antioche aux chrétiens d’origine païenne qu’ils devaient être circoncis, que devinrent-ils ? Et ceux qui, à Jérusalem, étaient d’origine pharisienne, que devinrent-ils ? Nous ne le savons pas. Nous savons que tous ces groupes aux complexes racines hébraïques étaient prompts à s’enflammer, et prompts à se diviser. Mais nous ne savons pas si, à Jérusalem, et à Antioche, des gens qui observaient la loi de Moïse et d’autres qui ne l’observaient pas auront su vivre en sœurs et frères dans une unique et essentielle adoration de Jésus Christ, et dans une unique action de grâce pour la grâce faite par Dieu en Jésus Christ. Nous ne le savons pas. Le livre des Actes des Apôtres ne nous dit pas tout.

            Mais il nous dit, au moins, comment examiner notre propre tradition pour que nous puissions vivre et témoigner de ce que nous avons reçu, par grâce. Amen


samedi 30 avril 2022

En guerre avec Dieu (Jean 21,15-19 et Actes 5,27-41)

Jean 21

 15 Après le repas, Jésus dit à Simon-Pierre: «Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci?» Il répondit: «Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime», et Jésus lui dit alors: «Pais mes agneaux.»

 16 Une seconde fois, Jésus lui dit: «Simon, fils de Jean, m'aimes-tu?» Il répondit: «Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime.» Jésus dit: «Sois le berger de mes brebis.»

 17 Une troisième fois, il dit: «Simon, fils de Jean, m'aimes-tu?» Pierre fut attristé de ce que Jésus lui avait dit une troisième fois: «M'aimes-tu?», et il reprit: «Seigneur, toi qui connais toutes choses, tu sais bien que je t'aime.» Et Jésus lui dit: «Pais mes brebis.

 18 En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais jeune, tu nouais ta ceinture et tu allais où tu voulais; lorsque tu seras devenu vieux, tu étendras les mains et c'est un autre qui nouera ta ceinture et qui te conduira là où tu ne voudrais pas.»

 19 Jésus parla ainsi pour indiquer de quelle mort Pierre devait glorifier Dieu; et après cette parole, il lui dit: «Suis-moi.»

Actes des Apôtres 5

27 Ils les amenèrent donc, les présentèrent au Sanhédrin et le Grand Prêtre les interrogea:

 28 «Nous vous avions formellement interdit, leur dit-il, d'enseigner ce nom-là, et voilà que vous avez rempli Jérusalem de votre doctrine; vous voulez donc faire retomber sur nous le sang de cet homme!»

 29 Mais Pierre et les apôtres répondirent: «Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes.

 30 Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus que vous aviez exécuté en le pendant au bois.

 31 C'est lui que Dieu a exalté par sa droite comme Prince et Sauveur, pour donner à Israël la conversion et le pardon des péchés.

 32 Nous sommes témoins de ces événements, nous et l'Esprit Saint que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent.»

 33 Exaspérés par cette déclaration, ils envisagèrent de les faire mourir.

 34 Mais un homme se leva dans le Sanhédrin: c'était un Pharisien du nom de Gamaliel, un docteur de la Loi estimé de tout le peuple. Il ordonna de faire sortir un instant les prévenus,

 35 puis il déclara: «Israélites, prenez bien garde à ce que vous allez faire dans le cas de ces gens. 36 Ces derniers temps, on a vu surgir Theudas: il prétendait être quelqu'un et avait rallié environ quatre cents hommes; lui-même a été tué, tous ceux qui l'avaient suivi se sont débandés, et il n'en est rien resté.

 37 On a vu surgir ensuite Judas le Galiléen, à l'époque du recensement: il avait soulevé du monde à sa suite; lui aussi a péri, et tous ceux qui l'avaient suivi se sont dispersés.

 38 Alors, je vous le dis, ne vous occupez donc plus de ces gens et laissez-les aller! Si c'est des hommes en effet que vient leur résolution ou leur entreprise, elle disparaîtra d'elle-même;

 39 si c'est de Dieu, vous ne pourrez pas les faire disparaître. N'allez pas risquer de vous trouver en guerre avec Dieu!» Se rangeant à son avis,

 40 ils rappelèrent les apôtres, les firent battre de verges et, après leur avoir enjoint de ne plus prononcer le nom de Jésus, ils les relâchèrent.

 41 Les apôtres quittèrent donc le Sanhédrin, tout heureux d'avoir été trouvés dignes de subir des outrages pour le Nom.

Prédication

            Une remarque, pour commencer, sur la manière de choisir les textes bibliques, remarque sur l’évangile de Jean 21.19, qui se finit ainsi : « … et après cette parole, Jésus dit à Pierre, "Suis-moi". » L’extrait que nous avons lu s’arrête sur cet ordre. Dimanche prochain, autre texte… Et ainsi la figure qui domine la fin de l’évangile de Jean est la figure de Pierre, qui aime Jésus plus que tout, et plus que tous les autres, Pierre auquel est (donc) confié, par Jésus, le soin et la conduite de ses frères.

            Bien sûr, chacun peut donner foi à ces versets plus qu’à tous les autres, et considérer que la mission ainsi donnée à Pierre par le Ressuscité vaut aussi pour tous les successeurs de Pierre, pour les siècles des siècles. (Et si nous nous souvenons tout à coup que Jésus est un Fils d’Israël, et non pas un Fils d’Athènes, un hébreu plutôt qu’un gréco-latin, alors il nous faudra reconnaître que pour les siècles des siècles ne signifie pas toujours et quoi qu’il en soit, mais tant que sera vive la mémoire de l’alliance.) En attendant les siècles des siècles nous pouvons lire la suite du 21è chapitre de l’évangile de Jean, suite pour l’instant opportunément  coupée. Pierre est certainement tout à fait d’accord pour obéir à l’ordre de Jésus et pour endosser la responsabilité de ses frères, mais il a un problème et ce problème s’appelle Jean. Pierre fait volte-face et voit l’autre disciple – Jean – celui que Jésus aimait. Et Pierre, désignant Jean, demande à Jésus : « Et lui ? » Nous pouvons accentuer un peu le trait : « Et lui, alors ? » Et l’on se demander si vraiment Pierre qui aime Jésus plus que tous les autres aime aussi cet autre disciple ; on se demande si Pierre voit en ce disciple un frère, ou un concurrent.

            Même si, dans ce verset, Pierre se montre tout à fait inamical, Jésus, lui, ne prononce aucun jugement. Il fait part à Pierre de ce que Jean vivra, peut-être, jusqu’à son retour, et il renouvelle l’ordre déjà donné à Pierre : « Toi, suis-moi ! » Répéter, c’est fixer la notion, et Pierre est un berger tout à fait débutant.

            Mais même si ces quelques versets peuvent régler la question de la primauté de Pierre, il s’y passe autre chose. Jean vivrait – voire vivra – jusqu’au retour de Jésus ? Y aurait-il là la promesse d’un dernier croyant, comme il y a dans d’autres traditions la promesse du dernier des justes ? Pourquoi pas. Lorsque le monde, Églises comprises, serait devenu fou, il en resterait toujours un, quelque part, dernier disciple du Christ, dernier et premier à partir duquel tout pourrait recommencer…

            Il y a une troisième manière de comprendre ces versets, d’un côté ce que Pierre représente, et de l’autre côté ce que Jean représente. Pierre, représentant une Eglise ordonné, pyramidale, soudée par des structures réputées saintes et perpétuelles, gouvernée par un seul berger… et Jean de l’autre côté représentant une Eglise – ou des Églises – de dimensions modestes, soudées par une convergence des sentiments, par la convergence de l’amour. Et pour toujours, si nous comprenons ainsi l’évangile de Jean, ces deux formes de l’unique Église cohabiteront… pourvu qu’elles s’estiment… pourvu qu’elles s’aiment.

 

            Voilà. J’ai pensé que cette méditation sur l’évangile de Jean serait juste une méditation sur ce qu’est le texte biblique : juste une histoire qui a été recueillie et qu’on rapporte à des fins d’édification, ou une sorte de traité destiné à prouver que les formes et la prédication de l’Eglise doivent être ceci, et pas cela…

            Je pensais donc proposer une méditation introductive avant de lire et de commenter quelques phrases du chapitre cinq du livre des Actes. Mais l’introduction a pris un peu de volume. Ceci dit, les quelques phrases des Actes, les voici : 1. Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. (Qu’est-ce que cela signifie ?) 2. Si c’est des hommes que viennent la volonté et les entreprises des apôtres, cela disparaîtra ; mais si c’est de Dieu… (Que signifie venir des hommes, et venir de Dieu ?) 3. N’allez pas risquer de vous trouver en guerre avec Dieu (que signifie être en guerre avec Dieu ?).

            Ces phrases – ou expressions – ont-elles une signification propre, c'est-à-dire hors contexte ?

           

            Pierre et les apôtres prêchent – avec succès – dans le Temple. Libre prédication, c’était ainsi au moins jusqu’à un certain point. Mais ils prêchent au nom de Jésus, un homme que les dignitaires du Temple ont assassiné. Ils prêchent la résurrection et la miséricorde divine. Les dignitaires du Temple entendent dans cette prédication une accusation portée contre eux.

            Aux dignitaires qui leur interdisent pour la seconde fois de prêcher le nom de Jésus, les Apôtres répliquent « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. » Ils reconnaissent en cela avoir désobéi et reconnaissent aussi leur intention de continuer à désobéir, et donc de continuer à prêcher au nom de Jésus Christ. Et cela c’est simplement le récit. Mais la phrase, en elle-même, signifie-t-elle quelque chose ? D’un côté, les apôtres, qui revendiquent leur droit de prêcher, sans aucunement revendiquer un droit exclusif. De l’autre côté, les autorités du Temple qui, elles, entendent bien se débarrasser des apôtres et de ce qu’ils prêchent. Et, voyez-vous, tous pourraient bien dire qu’il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Sauf que certains pensent qu’ils sont les seuls à obéir à Dieu, et ils s’arrogent à ce titre tous les droits, dont vie ou mort. Notre génération le sait bien, les égorgeurs affirment qu’ils obéissent à Dieu plutôt qu’aux hommes. Alors, quel est le lieu où l’on obéit à Dieu plutôt qu’aux hommes ? Là où l’on reconnaît que d’autres peuvent vivre, croire et prier autrement que nous-mêmes, là où l’on n’est pas discriminé en raison de son sexe, ou de la couleur de sa peau, là où l’on est concrètement sœurs et frères… là on a probablement compris qu’il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Et alors là aussi la prédication des apôtres n’est pas un parement mais une éthique responsable. Et ce qui est alors prêché c’est que des conversions sont possibles, et que Dieu pardonne.

            C’est dans ce sens que prêchent et œuvrent les apôtres, c’est aussi dans ce sens qu’ils sont détestés et que les dignitaires du Temple veulent les mettre à mort. Cependant, mettre les gens à mort, ça ne suffit pas toujours pour effacer leurs idées. Si c’est des hommes que viennent leur volonté et leur entreprise, cela disparaîtra ; mais si c’est de Dieu… Nous savons déjà que les œuvres et la volonté des apôtres passeront ce moment critique, celui de la confrontation avec les autorités religieuses de Jérusalem, mais nous savons aussi que le Temple sera détruit. Est-ce suffisant pour dire que le Temple était une entreprise humaine et que la prédication des apôtres était une entreprise divine ? Non. Car on peut toujours dire des choses pareilles et se prononcer ainsi doctement le lendemain sur les événements de la veille. Sauf que la question n’est pas hier, mais maintenant. Maintenant, ce que prêchent les apôtres, maintenant, ce que nous prêchons, est-ce des hommes, ou est-ce de Dieu ? La réponse à cette question d’actualité, nous l’avons abordée déjà. Va-t-on laisser aux gens, va-t-on affirmer que notre droit de vivre suppose et impose la discrimination, la persécution voire la destruction des autres ? Va-t-on au contraire leur laisser a minima le droit et la possibilité de vivre, et d’adorer ?

            Si les apôtres et leur prédication viennent de Dieu, vous ne pourrez pas les faire disparaître, dit le sage Pharisien Gamaliel. Et il ajoute : « n’allez pas risquer d’être trouvés en guerre avec Dieu. » C’est encore – troisième pour aujourd’hui, et dernière – une phrase qui trouve tout à fait bien sa place dans ce qui serait juste une histoire, parce qu’elle évoque justement un Dieu, un Monsieur Dieu courroucé parce qu’on porte atteinte à son saint projet (être en guerre contre Lui), et dont il est facile d’imaginer la réplique, sur le mode évidemment de la punition, d’un Dieu du ciel, éclairs à la main. On peut toujours faire ça. Mais être trouvé en guerre avec Dieu c’est, si nous comprenons bien, être en guerre avec l’idée que Dieu peut revêtir quantité de vêtements, que Dieu relève de quantité de manières de dire, dans le passé, dans le passé, et dans le futur, que Dieu est le souverain signe de l’humanité des hommes, que Dieu dure plus longtemps que Dieu, et que le désastre le plus absolu que puisse engendrer l’humanité n’exclut ni le pardon ni la conversion… et que de tout cela, de tout ce qu’est Dieu, les humains sont capables de parler, et ils sont capables de le mettre en œuvre, ensemble et pour le meilleur.

 

            Et comment finir cette méditation ? Notre méditation s’est un peu éloignée de l’histoire. Revenons à l’histoire. Et Gamaliel dit à ses collègues du Sanhédrin (Tribunal religieux suprême) : « N'allez pas risquer de vous trouver en guerre avec Dieu!» Se rangeant à son avis, 40 ils rappelèrent les apôtres, les firent battre de verges et, après leur avoir ordonné de ne plus prononcer le nom de Jésus, ils les relâchèrent. 41 Les apôtres quittèrent donc le Sanhédrin, tout heureux d'avoir été trouvés dignes de subir des outrages pour le Nom. »

            Tout heureux… il n’est pas de notre propos maintenant de discuter du martyre et des mérites du martyre. Nous ouvrons les yeux et sur la Bible, et sur le monde. Puissent aujourd’hui les humain vivre ensemble, réconciliés, frères, obéissant à Dieu, en paix avec Lui et les uns avec les autres. Amen.

samedi 23 avril 2022

Actes des Apôtres, quelle évangélisation ? (Actes 5,12-16)

 

Actes 5

12 Beaucoup de signes et de prodiges s'accomplissaient dans le peuple par la main des apôtres. Ils se tenaient tous, unanimes, sous le Portique de Salomon,

 13 mais personne d'autre n'osait s'agréger à eux; le peuple faisait pourtant leur éloge,

 14 et des multitudes de plus en plus nombreuses d'hommes et de femmes se ralliaient, par la foi, au Seigneur.

 15 On en venait à sortir les malades dans les rues, on les plaçait sur des lits ou des civières, afin que Pierre, au passage, touche au moins l'un ou l'autre de son ombre.

 16 La multitude accourait aussi des localités voisines de Jérusalem, portant des malades et des gens que tourmentaient des esprits impurs, et tous étaient guéris.

Prédication : 

            Nous venons de lire un court extrait des Actes des Apôtres, 5 versets. Et dans ces 5 versets, il y a un fragment qui est, pour moi, essentiel.

            Avant de dire quel est ce fragment, j’en appelle à votre mémoire.

           

            Souvenez-vous, souvenons-nous. Au commencement des Actes des Apôtres, il y a les disciples de Jésus. Il y a Jésus ressuscité qui promet à ses disciples qu’une force viendra bientôt sur eux, une force avec laquelle ils deviendront témoins de l’Évangile, d’abord à Jérusalem, puis dans le reste d’Israël, puis à Rome, puis dans le monde entier.

            Le propos du livre des Actes des Apôtres est donc de rapporter ce qu’on peut appeler la première évangélisation du monde romain (à l’est de l’empire romain, il y avait un autre empire, l’empire parthe, mais dans la Bible nous n’avons pas de récit d’une première évangélisation de l’empire parthe).

            50 jours après Pâques, c’est Pentecôte, fête juive, Chavouot, fête du début de la moisson, et du don de la Loi, l’un des trois pèlerinages annuels au Temple, qui amène un monde fou à Jérusalem.

            C’est ce jour-là que s’accomplit la promesse faite par Jésus. L’esprit descend, ceux qui le reçoivent se mettent à parler des langues et autre idiomes qu’ils n’ont jamais appris, mais que comprennent les étrangers… L’esprit descend. Mais sur qui descend-il ? Nous pensons d’habitude à un groupe constitué des Apôtres et d’autres gens, hommes et femmes, qui les accompagnaient depuis plus ou moins longtemps. Mais en lisant, nous voyons que ceux qui reçoivent l’esprit sont des ils, ou eux, pronoms neutres, et nous pouvons tout à fait attacher le don de l’esprit aux seuls Apôtres, évoqués d’ailleurs, eux seuls, juste avant et juste après Pentecôte… Sur qui donc l’esprit descend-il à cette étape ? N’y aurait-il pas là, mal dissimulé, un privilège apostolique ? (nous laissons ça de côté pour l’instant).

            Retour au récit. Suite à ce tumulte, Pierre prend la parole et donne un beau discours, qui est en fait un beau catéchisme, catéchisme à la suite duquel trois mille personnes se convertissent, reçoivent le baptême, et rejoignent les rangs des Apôtres. Quant aux Apôtres eux-mêmes, ayant reçu l’esprit saint, ils se rangent pour l’heure silencieusement semble-t-il, derrière Pierre.

            (ce qui est étonnant, c’est que certains fragments des Actes mettent en scène Pierre seul, d’autres Pierre et Jean – avec préséance de Pierre – et d’autres les Apôtres, de manière collégiale ; et c’est donc, pour le lecteur, comme si l’unité, et l’unanimité, des Apôtres, et donc de l’Eglise, n’allaient absolument pas de soi ; c’est comme si la supériorité et la primauté de Pierre faisaient l’objet de discussions, voire de disputes ; nous allons revenir là-dessus).

 

            Et maintenant, relisons, Actes 5 « 12 Beaucoup de signes et de prodiges s'accomplissaient dans le peuple par la main des apôtres. Ils se tenaient tous, unanimes, sous le Portique de Salomon, 13 mais personne d'autre n'osait s'agréger à eux; le peuple faisait pourtant leur éloge, 14 et des multitudes de plus en plus nombreuses d'hommes et de femmes se ralliaient, par la foi, au Seigneur. »

            De ces trois versets nous retenons ceci : « Mais personne d’autre n’osait s’agréger à eux » Eux, ce sont les Apôtres. Nous avons déjà parlé de la possible première communauté chrétienne, et de ceux qui la composaient. Mais nous n’avons pas pris le temps de nous rappeler que, pour que cette communauté vive, tous les biens étaient mis en commun… Un engagement considérable. Nous n’avons pas non plus pris le temps de nous rappeler un épisode dérangeant, celui d’un homme, Ananias, et de sa femme, Saphira qui, membres de la première communauté apostolique, avaient vendu un champ et qui, d’un commun accord, n’avaient pas fait don à la communauté de l’intégralité du produit de la vente… Pierre, extra lucide et super puissant, les ayant confondus, l’homme et la femme furent foudroyés sur place.

            Et là, le lecteur s’inquiète, car devenir membre de cette communauté s’avère être tout à coup extrêmement exigeant et extrêmement dangereux. Et c’est donc tout comme nous avons lu, et comme nous lisons encore : « 12 Beaucoup de signes et de prodiges s'accomplissaient dans le peuple par la main des apôtres. (…) 13 mais personne d'autre n'osait s'agréger à eux ; le peuple faisait pourtant leur éloge (…) »       Seriez-vous, sœurs et frères, devenu membres d’une communauté exigeant l’assiduité, l’unité, l’unanimité, la soumission et la pauvreté, le tout sous peine de mort ? Personne d’autre n’osait s’agréger à eux. On parle ici des Apôtres, même si l’ombre de Pierre n’est pas loin.  En tout cas, les gens se détournent…

            Ils se détournent des Apôtres, au profit manifestement d’un autre mode de vie communautaire.  Ils se rassemblaient et se ralliaient, par la foi, au Seigneur (par la foi et non par le catéchisme). Ce qui signifie qu’ils avaient confiance dans le fait que quelque chose de bon pouvait leur arriver, de la part du Seigneur – entendons miraculeusement – au passage de tel apôtre, surtout Pierre – mais que de l’enseignement des Apôtres ils ne voulaient pas, tout comme ils ne voulaient pas de l’engagement des Apôtres.

            Que devient alors l’évangélisation ? Les Apôtres sont off… Ne reste que l’évangélisation de l’ombre de Pierre. « 15 On en venait à sortir les malades dans les rues, on les plaçait sur des lits ou des civières, afin que Pierre, en passant, touche au moins l'un ou l'autre de son ombre. » Et ça marche. «  16 La multitude accourait aussi des localités voisines de Jérusalem, portant des malades et des gens que tourmentaient des esprits impurs, et tous étaient guéris. »

 

            Et, dans le livres des Actes, toute une discussion va être menée, à savoir quel modèle communautaire – disons ecclésiastique – sera privilégié. Soit le modèle historique,  apostolique, son enseignement, sa discipline, son autorité et sa hiérarchie, ou un modèle spontané qui voit les communautés se former sur le mode d’une joie extraordinaire, dont on partage l’attente et la venue.

 

            … mais personne n’osait s’agréger à eux. C’est le bout de verset dont je souhaitais parler. Il trace une sorte de frontière, entre une foi qui pourrait être professée, mais pas vécue, et une foi qui ne pourrait être que vécue, mais pas professée.

            Je me souviens d’un cours d’histoire ancienne qui portait le titre « Orthodoxie et hérésies » (orthodoxie ne désigne pas ici les chrétiens orientaux mais les confessions de foi reçues unanimement dans les premiers siècles de l’ère chrétienne). Un cours passionnant, parce que l’enseignant avait introduit l’idée que ce qu’on professe – la confession de foi – c’est ce qu’on vit, et qu’il faut que la foi qu’on professe ne soit pas réservée à des champions (ascètes, vivant au fond du désert, ou perchés au sommet d’une colonne…), mais reste en somme vivable pour le plus grand nombre. En conséquence de quoi, disait-il, l’orthodoxie n’est pas une doctrine qui aurait été brutalement imposée, mais une proposition de vie qui aurait été laborieusement élaborée, avec le souci du peuple, des petites gens et des grandes personnes. L’orthodoxie serait donc le beau fil de la fraternité.

            Nous pourrons essayer de nous en souvenir lorsque, dans quelques instants, nous lirons le Symbole des Apôtres. Amen. 



samedi 16 avril 2022

Il est ressuscité, on n'a jamais parlé d'autre chose que de ça (Jean 20,1-9 ; Colossiens 3,1-4 ; Actes 10,34-43)

Jean 20

1 Le premier jour de la semaine, à l'aube, alors qu'il faisait encore sombre, Marie de Magdala se rend au tombeau et voit que la pierre a été enlevée du tombeau.

 2 Elle court, rejoint Simon-Pierre et l'autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit: «On a enlevé du tombeau le Seigneur, et nous ne savons pas où on l'a mis.»

 3 Alors Pierre sortit, ainsi que l'autre disciple, et ils allèrent au tombeau.

 4 Ils couraient tous les deux ensemble, mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau.

 5 Il se penche et voit les bandelettes qui étaient posées là. Toutefois il n'entra pas.

 6 Arrive, à son tour, Simon-Pierre qui le suivait; il entre dans le tombeau et considère les bandelettes posées là

 7 et le linge qui avait recouvert la tête; celui-ci n'avait pas été déposé avec les bandelettes, mais il était roulé à part, dans un autre endroit.

 8 C'est alors que l'autre disciple, celui qui était arrivé le premier, entra à son tour dans le tombeau; il vit et il crut.

 9 En effet, ils n'avaient pas encore compris l'Écriture selon laquelle Jésus devait se relever d'entre les morts.


Actes 10

34 Alors Pierre ouvrit la bouche et dit: «Je me rends compte en vérité que Dieu est impartial,

 35 et qu'en toute nation, quiconque le craint et pratique la justice trouve accueil auprès de lui.

 36 Son message, il l'a envoyé aux Israélites: la bonne nouvelle de la paix par Jésus Christ, lui qui est le Seigneur de tous les hommes.

 37 «Vous le savez. L'événement a gagné la Judée entière; il a commencé par la Galilée, après le baptême que proclamait Jean;

 38 ce Jésus issu de Nazareth, vous savez comment Dieu lui a conféré l'onction d'Esprit Saint et de puissance; il est passé partout en bienfaiteur, il guérissait tous ceux que le diable tenait asservis, car Dieu était avec lui.

 39 «Et nous autres sommes témoins de toute son oeuvre sur le territoire des Juifs comme à Jérusalem. Lui qu'ils ont supprimé en le pendant au bois,

 40 Dieu l'a ressuscité le troisième jour, et il lui a donné de manifester sa présence,

 41 non pas au peuple en général, mais bien à des témoins nommés d'avance par Dieu, à nous qui avons mangé avec lui et bu avec lui après sa résurrection d'entre les morts.

 42 Enfin, il nous a prescrit de proclamer au peuple et de porter ce témoignage: c'est lui que Dieu a désigné comme juge des vivants et des morts;

 43 c'est à lui que tous les prophètes rendent le témoignage que voici: le pardon des péchés est accordé par son Nom à quiconque met en lui sa foi.»

Colossiens 3

1 Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu;

 2 c'est en haut qu'est votre but, non sur la terre.

 3 Vous êtes morts, en effet, et votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu.

 4 Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire.            Pâques, résurrection, Jésus s’est relevé d’entre les morts, pour le dire à la manière de l’évangile de Jean.

Prédication            

Les textes qui nous sont offerts aujourd'hui constituent un riche bouquet ; échantillon de ce bouquet :

- la résurrection selon Jean (une partie seulement) pour savoir qui fut le premier croyant,

- une question dans les Actes : qui peut être légitimement prédicateur de la bonne nouvelle de la résurrection (une discussion serrée à la manière de Luc, auteur des Actes des Apôtres) (de Actes 10, je retrouve les notes d’une étude biblique de mars 2019, qui dut être passionnée) (comme ont été passionnées, au 16ème siècle, les discussions de nos pères de la Réforme sur ce sujet : qui peut légitimement prêcher, juger, et absoudre),

- comment doit vivre celui qui croit en la résurrection (à la manière assez mystique de l’épître aux Colossiens) (et avec l’un des verbes les plus difficiles à traduire de toute la Bible),

- et puis ceci « c’est à lui que tous les Prophètes rendent le témoignage que voici "le pardon des péchés est accordé par son Nom à quiconque met en lui sa foi" et « ils n’avaient pas encore compris l’Écriture selon laquelle Jésus devait se relever d’entre les morts. »

            Ce qui fait une sorte de bouquet de quatre fleurs, quatre roses rouges dans un merveilleux vase de cristal, pour parler de la résurrection. Chacune de ces roses a ses propres nuances de rouge, et pourrait connaître de multiples descriptions. Parlons ce matin de l’Écriture, et des Prophètes.

           

            Et commençons par l’Écriture, celle selon laquelle « Jésus devait se relever d'entre les morts ». Il semble qu’il n’y ait aucun doute sur l’existence d’une telle Écriture, et il semble aussi qu’il n’y ait aucun doute sur ce que cette Écriture apporte. Ce qu’apporte cette Écriture, c’est que Jésus doit se relever d’entre les morts. Et, bien sûr, chacun pourra ouvrir sa Bible et chercher où il est écrit que Jésus doit se relever d’entre les morts. Se relever d’entre les morts, c’est l’expression qu’emploie l’évangile de Jean pour dire ressusciter (ressusciter, resurgere, c’est un verbe latin qui connaîtra une grande postérité, et qui alimentera, en devenant le nom résurrection, le passage du verbe au substantif, et, pour le dire le plus simplement possible, le passage de l’événement au dogme ; et par dogme nous entendons ici une obligation de croire).

            Que Jésus, couché parmi les morts, se relève d’entre les morts, et qu’une Écriture le dise, cela ne fait aucun doute pour l’auteur de l’évangile de Jean. Et c’est très étonnant. Quelle Écriture ? Nous ouvrons nos concordances, et nous regardons bien dans les marges des éditions savantes du Nouveau Testament. Et nous trouvons des références de versets, quelque chose que d’autres ont pensé avant nous. Mais en même temps que nous que nous découvrons ces références, nous trouvons une question : se relever d’entre les morts, est-ce que cela se ramène à la correspondance entre deux versets, l’un plus ancien que l’autre ? Peut-être bien – et ne boudons pas sur ces versets. Le réconfort (le réconfort, mais peut-être pas la satisfaction) que peut apporter une simple recherche, une simple méditation de la Bible, n’est pas à rejeter. C’est possible – ainsi en a voulu notre Dieu – et le négliger, pire, le rejeter, serait une grave offense faite à Dieu (nous le disons avec Calvin).

            Et donc, que Jésus doive se relever d’entre les morts, cela est établi par certaine Écriture (singulier ou pluriel), et cela ne fait pas de doute pour l’auteur de l’évangile de Jean (je me demande toujours s’il faut dire l’auteur uniquement, ou l’auteur et les copistes, copistes qui se sont souvent pris pour des auteurs, alors qu’on ne leur demandait que de copier). Pas de doutes pour l’auteur, pas de doutes non plus s’agissant de l’Écriture pour deux personnages au moins, Pierre et Jean… mais ils n’avaient pas compris que Jésus devait se relever d’entre les morts.

            Jésus, donc, devait se relever d’entre les morts. Il devait… c’est le verbe devoir, à l’imparfait, qui est un temps du passé. Il le devait, il l’a fait, il ne le doit plus, il est ressuscité, et Alléluia ! Mais en interrogeant les traducteurs, on sent qu’il y a une hésitation… et l’on finit par se rendre compte que le verbe devoir n’est pas à l’imparfait, mais au présent. Au présent donc, selon l’Écriture, Jésus doit se relever d’entre les morts.

            Et voici donc où en sont les disciples que nous sommes : aujourd’hui  (Vincennes, 17 avril 2022), l’Écriture l’affirme, Jésus doit se relever d’entre les morts. Comprenons-nous cela ? Cet incroyable événement, c’est à lui qu’il incombe de l’accomplir. La responsabilité des relevailles de Jésus lui incombe totalement. C’est même un devoir perpétuel. C’est un devoir au bénéfice duquel s’est trouvé, se trouve et se trouvera chaque croyant.

            Et lorsque nous nous demandons (ou demanderons) quel est ce bénéfice, nous pouvons nous souvenir de Pierre et Jean et du spectacle de leur course au tombeau, ça commence toujours dans un certain affolement, avant que l’on jouisse d’un bénéfice de joie et de sérénité, un bénéfice dont on ne sait vraiment jamais exactement d’où il vient.

            Ainsi donc en est-il de Jésus qui, selon l’Écriture, doit se relever d’entre les morts.

           

             Tout ceci jusqu’à présent sur l’Écriture (au singulier), mais ajoutons quelques mots sur tous les Prophètes.

            Tous les Prophètes, entendons d’abord les trois grands livres que sont Ésaïe, Jérémie, et Ezéchiel, plus les 12 petits, ainsi (dans certaines classifications) que Josué, Juges, Samuel (1 et 2) et Rois (1 et 2)… un ensemble considérable de 21 livres donc l’auteur des Actes des Apôtres a l’audace de dire que tous rendent le même témoignage : « Le pardon des péchés est accordé par son Nom à quiconque met en lui sa foi. » Ici, les verbes sont au présent… Ce qui nous intéresse, plus que ce présent, et plus que le message, c’est qu’il soit affirmé que le chœur de ces 21 livres est intégralement engagé dans cette unique proclamation.

            Sur une durée de 8 à 9 siècles, il n’y aurait pas eu, sur le fond, d’autre affirmation, d’autre leçon à retenir que « Le pardon des péchés est accordé par son Nom à quiconque met en lui sa foi. » Rien d’autre à retenir, selon Luc. Le message a ainsi circulé. Est-ce parce que les gens ont cru que l’aventure de ce peuple ne s’est achevée et que son espérance, non contente de ne pas s’éteindre, est allée se chercher des fidèles ailleurs et parmi les nations ? Non. Il y a là infiniment plus que la foi des gens.

            Il y a là, une fois encore, des phrases au présent. Il y a là l’infini d’une proclamation, infini auquel répond l’infini de l’espérance, et l’infini de la paix.

            Puissions-nous goûter à ces infinis.