dimanche 9 juillet 2017

Mon joug est doux (Matthieu 11,25-30) Hier spreken we Nederlands - English spoken too !

Hier spreken we Nederlands ! 

Well, this is English. 
Thanks to Elisabeth and Robert for considerable help !
Yesterday's sermon is here in French, English and Dutch. 

Last week's sermon in Dutch has been added  to the previous page.


Thank you for reading and God bless you.

http://www.protestants-lecreusot-autun.fr/

Matthieu 11
25 En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit: «Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout-petits.
26 Oui, Père, c'est ainsi que tu en as disposé dans ta bienveillance.
27 Tout m'a été remis par mon Père. Nul ne connaît le Fils si ce n'est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n'est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler.
28 «Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos.
29 Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez le repos de vos âmes.
30 Oui, mon joug est doux et mon fardeau léger.»

Prédication
            Oui, mon joug est doux et mon fardeau léger, dit Jésus. Nous devrions être heureux de lire cela. J’espère que nous le sommes. Mais si nous considérons que Jésus a été le premier – et certainement le seul – à porter son propre joug, et si nous considérons aussi comment cela a fini – sur la croix – son joug n’a pas dû être si doux, ni son fardeau si léger.

            Cependant, si nous considérons que ces paroles sont les paroles de Jésus, nous devons nous appliquer à essayer de comprendre ce qu’il a voulu dire.

            Il était très en colère à ce moment-là. Parce que Jean le Baptiste lui avait envoyé ses propres disciples pour lui demander s’il était Celui qu’ils attendaient, ou s’ils devaient continuer à attendre.
            Comment pouvaient-ils reconnaître que Jésus était – ou n’était pas – Celui qu’ils attendaient ? Comment auraient-ils dû le reconnaître ? Pureté ? Conformité religieuse ? Enseignement brillant ? Puissance de guérison ? D’autres que Jésus étaient certainement purs et sains, religieusement conformes, brillants enseignants, puissants thérapeutes, et plus encore. Mais puisque la question de Jean le Baptiste met Jésus en colère, ces merveilleuses compétences ne peuvent pas être des critères décisifs. Et puisqu’elles ne sont pas des critères décisifs, elles ne peuvent pas être reconnues comme le joug et le fardeau de Jésus, ni donc comme le joug ou le fardeau que les chrétiens devraient porter.

            Nous ne voulons cependant pas dire que les Chrétiens devraient vivre leur vie et laisser le monde et les gens exactement tout comme ils sont, sans rien dire, ni sans intervenir en aucune façon. Jésus lui-même ne s’est jamais comporté ainsi. Mais il n’a jamais agi de sorte qu’il fût considéré comme Celui que les gens attendaient. Ce qu’il a fait devait être fait, non pour lui-même, pour son propre prestige parce qu’il avait un problème d’image personnelle. Ce qu’il fit fut fait juste pour ceux pour qui il le fit, et c’est tout. Ce qui doit être fait doit être fait, et lorsque cela est fait, ce n’est pas comme un devoir, mais comme cette étrange sorte de devoir qui n’est ni un joug ni un fardeau.

            Jésus était en colère à cause de la question de Jean le Baptiste. Mais la question de Jean est un thème qui devait – et qui doit toujours – être abordé : le joug de Jésus. Le joug de Jésus n’est pas un joug qu’il aurait dû porter comme un quelconque joug moral ou religieux que les gens portent afin de mériter honneurs et réputation, voire même pour être reconnu comme Messie, ou pour être sauvé. Le joug de Jésus, celui qu’il porte lui-même, est au contraire un ‘anti-joug anti-fardeau, gratuit, désintéressé, non-forcé… joug d’engagement total’. Mais il n’est pas du tout évident que la plupart des gens aient été – ou soient – à la recherche de ce joug.
            Etre chrétien c’est être disciple de Jésus Christ. Ce qui signifie apprendre à être disciple. Les chrétiens sont, pendant toute leur vie, des apprentis, parfois des apprentis à la nuque raide et à la tête dure. Que Dieu leur soit en aide.

            Mais il y a une autre raison pour laquelle Jésus était en colère. Il avait accompli beaucoup de miracles, mais trop de gens avaient juste haussé les épaules, et poursuivi leur propre chemin, comme si les miracles étaient des événements ordinaires, c'est-à-dire aussi comme si les événements ordinaires n’étaient pas d’une certaine manière toujours des miracles. Il y a quelque chose que les gens très distingués et les je-sais-tout ne saisissent absolument jamais, mais qui est tout à fait clair pour les gens vraiment simples, ou pour les petits enfants : les miracles sont des miracles, mais les événements ordinaires aussi ne sont pas moins que des miracles.
        Alors quelque chose d’autre doit ici être bien compris. Le joug de Jésus concerne la vie ordinaire, la joie et l’émerveillement. Un émerveillement que les gens ordinaires sont capables de ressentir, et un émerveillement que chacun est capable de produire, librement et gratuitement, chaque jour. Dans ce sens, le joug de Jésus est doux, et son fardeau très léger.
            Ceci devrait être connu, et bien compris, par les chrétiens et par tous ces soi-disant religieux. Mais les je-sais-tout ne le savent jamais. Que Dieu leur soit en aide.


            Que Dieu nous vienne aussi en aide. Amen
Matthew 11
25 At that time Jesus said, "I thank you, Father, Lord of heaven and earth, because you have hidden these things from the wise and the intelligent and have revealed them to infants;
 26 yes, Father, for such was your gracious will.
 27 All things have been handed over to me by my Father; and no one knows the Son except the Father, and no one knows the Father except the Son and anyone to whom the Son chooses to reveal him.
 28 "Come to me, all you that are weary and are carrying heavy burdens, and I will give you rest.
 29 Take my yoke upon you, and learn from me; for I am gentle and humble in heart, and you will find rest for your souls.

 30 For my yoke is easy, and my burden is light."

Sermon :
            For my yoke is easy, and my burden is light, said Jesus. We should be happy to read this. I hope we are. But as far as we consider that Jesus was the first – and surely the only one – to carry his own yoke, and as far as we consider how his life ended – crucified – his yoke must have not be so easy, neither his burden so light…

            However, as far as we seriously consider that these words are Jesus’ words, we must try hard to find what he meant.
           
            He was quite angry at that time. For the reason that John the Baptist sent him his own disciples to ask if he was the One they were expecting, of if they had to carry on waiting.
            How could they recognize that Jesus was – or wasn’t – the One they were expecting? How should have they recognized Jesus? Purity? Religious correctness? Brilliance in teaching? Power in healing? Others were surely pure and holy, religiously correct, brilliant in teaching, powerful in healing, and so on. And as Jesus is angry with the question of John disciples, those marvelous abilities cannot be decisive criterions. And as they are not decisive criterions, they cannot be recognized as Jesus yoke and burden, and then as yoke or burden that Christians should carry.

            We don’t mean here that Christians should live their lives and leave the world and the people just as they are, without intervening in any way. Jesus himself never behaved that way. But he never acted in order to be considered as the One people were waiting for. What he did had to be done, not for himself, not for his own prestige because he had a personal image problem. What he did was done only for those for whom he did what he did, and that’s all. What has to be done has to be done, and when it’s done it’s not as a duty, but as that strange kind of duty which is neither yoke nor burden.

            Jesus was angry because of John’s question. But John’s question is an issue that needed – and still needs – to be addressed: the yoke of Jesus. The yoke of Jesus is not a yoke that he should have carried as any other kind of moral of religious yoke that people carry, in order to win honor and reputation, or even to be seen as messiah or to be saved… The yoke of Jesus, the one he himself carries, is on the contrary a ‘gratuitous disinterested unforced non-yoke non-burden of ultimate concern’. But it seems unlikely that most people were – or are – actually seeking for this yoke…
            To be a Christian is to be a disciple of Jesus Christ. It means discipleship, and discipleship is learning. Christians are lifetime learners, sometimes stiff-necked and hard-headed learners. May God help them!

            But there is another reason why Jesus was angry. Many miracles had occurred by him, and too many people had just shrugged their shoulders and had gone their own way as if miracles were ordinary acts; that is as if ordinary acts were not always in a way miracles. There is something that sophisticates and know-it-all never never catch, but which is quite obvious to real ordinary people, or infants: miracles are miracles, but ordinary events are nothing less than miracles too.
            Something more has to be understood here. The yoke of Jesus is related to ordinary life, joy and wonder. A wonder that ordinary people are able to feel, and a wonder that everyone is able to produce, freely and gracefully, every day. In this way, Jesus yoke is easy, and is burden very light.
            This should be known, and well understood by Christians… and by all so-called religious people. But know-it-all never know it at all. May God help them.


 May God help us too. Amen

Mattheüs 10
25 In dienzelfden tijd antwoordde Jezus en zeide: Ik dank U, Vader! Heere des hemels en der aarde! dat Gij deze dingen voor de wijzen en verstandigen verborgen hebt, en hebt dezelve den kinderkens geopenbaard.
26 Ja, Vader! Want alzo is geweest het welbehagen voor U.
27 Alle dingen zijn Mij overgegeven van Mijn Vader; en niemand kent den Zoon dan de Vader, noch iemand kent den Vader dan de Zoon, en dien het de Zoon wil openbaren.
28 Komt herwaarts tot Mij, allen die vermoeid en belast zijt, en Ik zal u rust geven.
29 Neemt Mijn juk op u, en leert van Mij, dat Ik zachtmoedig ben en nederig van hart; en gij zult rust vinden voor uw zielen.
30 Want Mijn juk is zacht, en Mijn last is licht.

Preek
Want het juk dat ik u opleg, is zacht en de last die ik u te dragen geef, is licht, zei Jezus. We moeten blij worden als we dit lezen. Ik hoop dat we dat zijn. Maar voor zover wij geloven dat Jezus de eerste was - en zeker de enige - die zijn eigen juk moest dragen, en voor zover we nadenken over hoe het eindigde - gekruisigd - was zijn juk niet zo zacht geweest, noch zijn last zo licht.

Echter, als wij geloven dat deze woorden, de woorden van Jezus zijn, moeten we proberen te begrijpen wat hij bedoelde.

Hij was erg boos op dat moment. Omdat Johannes de Doper zijn eigen leerlingen had gestuurd om hem te vragen of hij degene was die ze verwachten, of dat ze moeten blijven wachten.
Hoe konden ze weten dat Jezus degene was – of juist niet - die ze verwachten? Hoe zouden ze hem kunnen herkennen? Zuiverheid? Religieus gedrag? Briljant lesgeven? Genezende kracht? Anderen waren zeker zuiver en gelovig, religieus correct, briljante leraren, goed in genezingen, en nog veel meer. Maar omdat de vraag van Johannes de Doper Jezus boos maakt, kunnen deze prachtige vaardigheden niet de doorslaggevende maatstaven zijn. En als ze geen doorslaggevende maatstaven zijn, kunnen we ze niet zien als het juk en de last van Jezus, of als het juk of de last die christenen moeten dragen.

We bedoelen niet dat christenen gewoon hun leven moeten leiden en de wereld en de mensen precies zo moeten laten zoals ze zijn, zonder iets te zeggen, of zonder in te grijpen op wat voor een manier ook. Jezus heeft zich zo nooit gedragen. Maar hij heeft ook nooit zo gehandeld, om te worden gezien als Degene die de mensen verwachten. Wat hij deed, moest worden gedaan, niet voor zichzelf, niet voor zijn eigen aanzien omdat zijn reputatie niet goed zou zijn. Wat hij deed, was voor hen waarvoor hij het deed, en meer niet. Wat er moet gebeuren, moet worden gedaan, en wanneer het wordt gedaan, dan niet als een plicht, maar als een bijzondere opdracht die geen juk of een last is.

Jezus was boos door de vraag van Johannes. Maar de vraag van Johannes is een onderwerp dat moest - en nog steeds moet - worden besproken: het juk van Jezus. Het juk van Jezus is niet een juk, dat hij zou moeten dragen als een of ander moreel of religieus juk, dat mensen dragen om eerbied en status te verwerven, of zelfs om te worden herkend als Messias, of om gered te worden…. Het juk van Jezus, dat hij zelf draagt, is eerder het tegenovergestelde van een juk en van een last, vrijblijvend, belangeloos, ongedwongen ... juk van totale toewijding. Maar het is niet helemaal helder of de meeste mensen op zoek waren - of zijn - naar dat juk.
Christen zijn betekent dat je een discipel van Jezus Christus bent. Dit betekent leren hoe je een discipel kunt zijn. Christenen zijn hun hele leven leerlingen, stagiairs soms eigenwijs en hardleers. Laat God hen tot steun zijn.

Maar er is nog een reden waarom Jezus boos was. Hij had veel wonderen verricht, maar veel mensen hadden alleen maar hun schouders opgehaald en gingen hun eigen weg, alsof wonderen heel gewoon waren. Het is net alsof gewone voorvallen niet op een of andere manier altijd wonderen waren. Het is iets dat heel voorname mensen en allesweters absoluut nooit zullen begrijpen, maar het is heel duidelijk voor heel eenvoudige mensen, of voor kleine kinderen: de wonderen zijn wonderen, maar ook alledaagse gebeurtenissen zijn niet minder dan wonderen.
Maar er is nog iets anders dat we goed moeten begrijpen. Het juk van Jezus betreft het gewone leven, de dagelijkse vreugde en verwondering. Een wonder dat gewone mensen kunnen ervaren, en een wonder waartoe iedereen in staat is, vrijwillig, gratis en dagelijks. In die zin is het juk van Jezus zacht en zijn last heel licht.
Dit moeten we weten en dit moet goed begrepen worden door christenen….. en door alle zogenaamde gelovigen. Maar de allesweters zullen het nooit weten. Laat God hun tot steun zijn.

Dat God ons helpe.
Amen

dimanche 2 juillet 2017

A qui appartiens-tu ? (Matthieu 10,34-42)

Summer, holidays, Burgondy... the little parish of "Le Creusot et disséminés" holds sunday services in French, English and Dutch. I'm cooking my sermons in English, before translating them into French. Then our dear Elisabeth and Robert translate them into Dutch. Hard work, great joy. Image of the universal church. Well... here we are, with both English and French, Dutch on request... (http://www.protestants-lecreusot-autun.fr/le-pasteur/)

En premier, le texte et le sermon en anglais, puis le texte et le sermon en français.
Matthew 10
34 "Do not suppose that I have come to bring peace to the earth. I did not come to bring peace, but a sword.
35 For I have come to turn " 'a man against his father, a daughter against her mother, a daughter-in-law against her mother-in-law--
36 a man's enemies will be the members of his own household.'
37 "Anyone who loves his father or mother more than me is not worthy of me; anyone who loves his son or daughter more than me is not worthy of me;
38 and anyone who does not take his cross and follow me is not worthy of me.
39 Whoever finds his life will lose it, and whoever loses his life for my sake will find it.
40 "He who receives you receives me, and he who receives me receives the one who sent me.
41 Anyone who receives a prophet because he is a prophet will receive a prophet's reward, and anyone who receives a righteous man because he is a righteous man will receive a righteous man's reward.
42 And if anyone gives even a cup of cold water to one of these little ones because he is my disciple, I tell you the truth, he will certainly not lose his reward."
Gospel, sweet and cozy ?

Sermon
 :
            This is quite a difficult text, a rough text, far from this kind of sweet and cozy thing the gospel is sometimes supposed to be. No peace here, but a sword. No friends, even home, but enemies. Apparently no mercy, but a saviour, and perhaps a salvation, which must be deserved…

            There must have been something totally controversial with Jesus for that kind of words had to be told, and for that kind of a text happened to be written. In fact, that controversial thing came before Jesus, a long time before Jesus.
As soon as God became to be known by Israël, as soon as Israël became able to understand what the name of God actually meant, what the worship of God required, in terms of refusal of idolatry, in terms of righteousness (in fact it is the same thing), the controversial thing had already come.
            What is the thing? The thing is a question : “Whom do you belong to?” There are many ways to ask this single question.  “Whom do you worship? And for what purpose?”  Or: “What’s your ultimate concern?” Yourself? Your parents? Your children? Your tribe? An anonymous neighbor?  Or God? As we see many answers are possible. And God must have been, since the beginning, the most beautiful of theses answers, but the less likely.
           
            Jesus must be chosen, as God must be chosen. And that means – as it always meant – gratuity in worship, and righteousness everywhere else. No special personal expectation from God in worship, except that his will be done, or it is idolatry. No special indulgence or preferential treatment for anyone, that would be unrighteousness, and idolatry too, idolatry meaning that what’s done is done in the expectation of retribution.
Gospel as a fight ? 
            It is often assumed that this text deals with the enmity between Jesus and Pharisees, or between Christians and some Jews, and is some kind of a prophecy on persecutions to come. We can agree. But we must understand it more deeply.
            First, the real choice of God, such as Prophets did, or Abraham did, or as Moses did, has always appeared to relatives totally foolish, and in a way scandalous. Because it is strictly personal, and so deep, and sometimes beyond understanding.
            Second, the choice of God is beyond understanding, especially for those who have no idea of what the choice of God actually means, or those who do not want to have any idea of it. What I mean here is that if, let us say, Christians, had really chosen God in Christ, and if their, let us say, Jewish opponents had really chosen God, there would have never been any enmity at all between them. They would have received each other, as prophets, as righteous man, as brothers and sisters, as sons and daughters of the same and only God.

            But that didn’t happened. The question is: “Could it happen?” Let us say yes, and no, and yes.
            Yes, it could. As surely as Abraham’s choice is really, totally, deeply his own choice, as far as he obeys God, as surely as he’s able to be faithful, it’s yes. As surely as Moses intercedes for his people despite of the abomination of the gold calf, it’s yes.  As surely as Jesus says “Father, forgive them, for they do not know what they do.”, it’s yes, because of them, because of many others, known and unknown faithful people who happened to choose God, it’s yes.
            But the world is as we know it, and those many seem to be desperately quite few. And maybe we are not one of those. So, it’s no.
            However, we cannot accept this. It should be yes. And for what is ours, it must be yes.

May we choose God in Christ, and may God himself help us. Amen

Gospel, climbing, fighting, and beauty
Matthieu 10
34 «N'allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais bien le glaive.
35 Oui, je suis venu séparer l'homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère:
36 on aura pour ennemis les gens de sa maison.
37 «Qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi; qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi.
38 qui ne se charge pas de sa croix et me suit n’est pas digne de moi
39 Qui aura assuré sa vie la perdra et qui perdra sa vie à cause de moi l'assurera.
40 «Qui vous accueille m'accueille moi-même, et qui m'accueille, accueille celui qui m'a envoyé.
41 Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète, et qui accueille un juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste.
42 Quiconque donnera à boire, ne serait-ce qu'un verre d'eau fraîche, à l'un de ces petits en sa qualité de disciple, en vérité, je vous le déclare, il ne perdra pas sa récompense.»

Prédication :
            C’est un texte plutôt difficile, et rude, très différent de cette chose douce et confortable que l’Evangile est parfois supposé être. Il n’y a pas de paix, mais une épée. Pas d’amis, même chez soi, mais des ennemis. Apparemment pas de pitié, mais un sauveur et peut-être un salut… qui doit être mérité.

            Il doit y avoir eu quelque chose de très polémique au sujet de Jésus pour que ce genre de parole ait dû être dit, et pour que ce genre de texte ait dû être écrit. En fait, cette chose très polémique a commencé avant Jésus, très longtemps avant Jésus.
            Aussitôt que Dieu fut connu par Israël, aussitôt qu’Israël devint capable de comprendre ce que signifiait réellement le nom de Dieu, ce qu’exigeait le culte de Dieu en tant que refus de l’idolâtrie, en tant que justice (en fait c’est la même chose), la chose polémique était déjà là.
            Qu’est-ce que cette chose ? Cette chose est une question : « A qui appartiens-tu ? » Il y a bien des manières de poser cette unique question. « A qui rends-tu un culte ? Et avec quel objectif ? » Ou : « Quel est ton engagement ultime ? » Toi-même ? Tes parents ? Tes enfants ? Ta tribu ? Un prochain anonyme ? Ou Dieu ? Comme nous le voyons, il y a bien des réponses possibles. Et Dieu a dû être, depuis le commencement, la plus belle de ces réponses, mais la moins évidente.

            Jésus doit être choisi, tout comme Dieu doit être choisi. Et cela signifie – cela a toujours signifié – la gratuité dans le culte, et la droiture partout ailleurs. Aucune attente personnelle de la part de Dieu, excepté que sa volonté soit faite, ou alors c’est de l’idolâtrie. Aucun indulgence spéciale ou traitement de faveur pour qui que ce soit, ce serait de l’injustice, et de l’idolâtrie aussi, idolâtrie signifiant que ce qui est fait est fait dans l’attente d’une rétribution.

            Il est souvent supposé que ce texte parle de l’inimitié entre Jésus et les Pharisiens, ou entre les Chrétiens et certains Juifs, et qu’il est une sorte de prophétie sur les persécutions à venir. Nous pouvons être d’accord. Mais nous devons le comprendre plus profondément.
            Premièrement, le vrai choix de Dieu, celui que les prophètes ont fait, ou Moïse, ou Abraham, apparaît toujours insensé pour les proches, et d’une certaine manière aussi scandaleux. Parce que c’est un choix strictement personnel et profond, parfois totalement au-delà de toute compréhension possible.
            Secondement, le choix de Dieu est au-delà de toute compréhension possible, tout spécialement pour ceux qui n’ont aucune idée de ce que le choix de Dieu signifie réellement, ou qui ne veulent en avoir aucune idée. Ce que nous voulons dire ici c’est que si les Chrétiens – disons les Chrétiens – avaient réellement choisi Christ, et si leurs opposants – disons les Juifs – avaient réellement choisi Dieu, il n’y aurait jamais eu d’inimitié du tout entre eux. Ils se seraient accueillis les uns les autres comme prophètes, comme justes, comme frères et sœurs, fils et filles du même et unique Dieu. 

            Mais cela ne s’est pas produit. La question est : « Cela pouvait-il se produire ? » Disons que oui, que non, et que oui.

            Oui, cela aurait pu se produire. Aussi vrai que le choix d’Abraham est réellement, totalement et profondément son propre choix, aussi vrai qu’il obéit à Dieu, aussi vrai qu’il est capable d’être fidèle, c’est oui. Aussi vrai que Moïse intercède pour son peuple en dépit de l’abomination du veau d’or, c’est oui. Aussi vrai que Jésus dit « Père, pardonne-leur, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font », c’est oui. Choisir Dieu est – oui ! – possible à cause d’eux et à cause de beaucoup d’autres, fidèles, connus et inconnus, qui ont choisi Dieu.
       Mais le monde est tel que nous le connaissons, et ces ‘beaucoup d’autres’ semble être désespérément peu nombreux. Peut-être même que nous n’en sommes pas. Alors, c’est non.
            Pourtant, nous ne pouvons pas consentir à cela. Cela devrait être oui. Pour ce qu’il en est de nous, ce doit être oui.

            Puissions-nous choisir Dieu en Christ, et que Dieu lui-même nous soit en aide. Amen


  
Preek
Het is een nogal moeilijke en harde tekst, heel anders dan het zachte en aangename dat het Evangelie soms lijkt te zijn. Er is geen vrede, maar het zwaard. Geen vrienden, zelfs niet thuis, maar vijanden. Blijkbaar geen genade, maar een heiland en misschien een redding ... die verdiend moet worden.

Er moet iets heel controversieels zijn geweest voor Jezus om zo’n toespraak te houden, en dat deze tekst geschreven moest worden. In feite is dit, wat zeer omstreden is, al gebeurd in de tijd voor Jezus, al heel lang voor Jezus.
Zodra God werd gekend door Israël, zo was Israël in staat om te begrijpen wat de naam van God eigenlijk betekende, dat dat de aanbidding van God vereiste, en ook de afwijzing van afgoderij, maar ook gerechtigheid (wat in feite hetzelfde is): de controverse was er al.
Wat is dat dan? Het gaat om een vraag: "Aan wie behoor je?" Er zijn vele manieren om deze ene vraag te stellen. "Wie vereer je? En met welk doel?" Of: "Wat is je ultieme betrokkenheid? "Jezelf? Je ouders? Je kinderen? Je hele familie? Een anonieme naaste? Of God? Zoals wij het zien, zijn er vele antwoorden mogelijk. En vanaf het begin zou God het mooiste antwoord zijn, de mooiste van de voorbeelden, maar de minst voor de hand liggende.

Jezus moet worden gekozen, zoals God moet worden gekozen. En dat betekent – en dat heeft het altijd betekend - vrij in aanbidding en overal elders gerechtigheid. Er zijn geen persoonlijke verwachtingen van de kant van God, behalve dat Zijn wil geschiede, of anders is het afgoderij. Er is voor niemand een speciale gunst of een voorkeursbehandeling - dat zou onrecht en ook afgoderij zijn, afgoderij in die zin dat wat er gedaan wordt, gedaan wordt in het vooruitzicht van een beloning.

Vaak wordt aangenomen dat deze tekst gaat over de vijandschap tussen Jezus en de Farizeeërs, of tussen Christenen en sommige Joden, en dat het een soort profetie is over de vervolgingen die gaan komen. Daar kunnen we het mee eens zijn. Maar we moeten het meer diepgaand begrijpen.
Ten eerste, de echte keuze voor God, zoals de profeten deden, of Mozes of Abraham, lijkt altijd dwaas voor naasten, en op een bepaalde manier ook aanstootgevend. Want het is een strikt persoonlijke en diepgaande keuze, soms volledig onbegrijpelijk.
Ten tweede, de keuze voor God gaat alle begrip te boven, vooral voor degenen die geen idee hebben wat de keuze voor God werkelijk betekent, of voor hen die daar niet eens een idee van willen hebben. Wat we hier willen zeggen is dat als - laten we zeggen - de Christenen werkelijk hadden gekozen voor Christus, en als hun tegenstanders - laten we zeggen de Joden – werkelijk hadden gekozen voor God, er nooit vijandschap tussen hen geweest zou zijn. Ze zouden elkaar als profeten, als rechtvaardigen hebben aanvaard, als broeders en zusters, zonen en dochters van dezelfde en enige God.

Maar dat gebeurde niet. De vraag is: "Zou het kunnen gebeuren?" Laten we zeggen ja, nee en ja.
Ja, het zou kunnen gebeuren. Net zo waar als de keuze van Abraham echt, diep en volledig zijn eigen keuze is, zo waar als hij God gehoorzaamt, even waar als hij in staat is om trouw te zijn, dus ja. Zo waar als Mozes voorspraak doet voor zijn volk, ondanks de gruwel van het gouden kalf, dan is het ja. Zo waar als Jezus zei: "Vader, vergeef het hun, want zij weten niet wat zij doen", dan is het ja. Het is ja door de keuze voor God, die mogelijk is dankzij hen en dankzij  vele anderen, bekende en onbekende gelovigen, die voor God kozen.
Maar de wereld is zoals wij die kennen, en die 'vele anderen' lijken er armzalig weinig te zijn. Misschien horen wij er ook niet bij. Dus, is het nee.
Toch kunnen we dat niet accepteren. Het moet ja worden. Voor zover het aan ons is, moet het ja zijn.
Mogen wij voor God kiezen in Christus, en dat God Zelf ons daarbij helpt.

Amen




dimanche 18 juin 2017

Le pain de vie (Jean 6,48-66)

Avant de méditer sur le pain de vie, méditer un peu sur la faim...
Jean 6
48 Je suis le pain de vie.
49 Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts.
50 Tel est le pain qui descend du ciel, que celui qui en mangera ne mourra pas.
51 «Je suis le pain vivant qui descend du ciel. Celui qui mangera de ce pain vivra pour l'éternité. Et le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie.»
52 Sur quoi, les Juifs se mirent à discuter violemment entre eux: «Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger?»
53 Jésus leur dit alors: «En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas en vous la vie.
54 Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour.
55 Car ma chair est vraie nourriture, et mon sang vraie boisson.
56 Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui.
57 Et comme le Père qui est vivant m'a envoyé et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mangera vivra par moi.
58 Tel est le pain qui est descendu du ciel: il est bien différent de celui que vos pères ont mangé; ils sont morts, eux, mais celui qui mangera du pain que voici vivra pour l'éternité.»
59 Tels furent les enseignements de Jésus, dans la synagogue, à Capharnaüm.
60 Après l'avoir entendu, beaucoup de ses disciples commencèrent à dire: «Cette parole est rude! Qui peut l'écouter?»
61 Mais, sachant en lui-même que ses disciples murmuraient à ce sujet, Jésus leur dit: «C'est donc pour vous une cause de scandale?
62 Et si vous voyiez le Fils de l'homme monter là où il était auparavant...?
63 C'est l'Esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie.
64 Mais il en est parmi vous qui ne croient pas.» En fait, Jésus savait dès le début quels étaient ceux qui ne croyaient pas et qui était celui qui allait le livrer.
65 Il ajouta: «C'est bien pourquoi je vous ai dit: ‹Personne ne peut venir à moi si cela ne lui est donné par le Père.› »
66 Dès lors, beaucoup de ses disciples s'en retournèrent et cessèrent de faire route avec lui.
Prédication : 
            Souvenons-nous. Moïse, obéissant au commandement de Dieu, avait fait sortir les Hébreux d’Egypte et les avait emmenés au désert, vers la Terre Promise. Au désert, il n’y avait rien à manger. Dieu, pour nourrir son peuple, avait fait pleuvoir une sorte de pain, directement du ciel : la manne. Ainsi donc, les Hébreux ont-ils mangé la manne pendant tout le temps qu’ils étaient au désert, puis, lorsqu’ils sont entrés en Terre Promise, la manne a cessé de tomber du ciel. Elle n’était plus nécessaire, puisque la Terre Promise est un pays où coulent le lait et le miel. Belle histoire…
                       
Dans le texte que nous avons lu, Jésus ne prend pas la parole seulement pour raconter la belle histoire de la manne. Reprenons ce qu’il dit : « Au désert, vos pères ont mangé la manne et ils sont morts ». Cette phrase semble signifier qu’ils sont morts au désert, bien qu’il y eût la manne. On pourrait traduire : ils ont mangé la manne, mais ils sont morts. Il y a effectivement une génération entière qui a été nourrie de manne au désert, et qui est pourtant aussi morte au désert.
Cette génération est morte au désert, pas de dénutrition, puisqu’il y avait la manne. Morte, de vieillesse, d’usure, de l’épuisante vie au désert… sans avoir atteint la Terre Promise. En fait, cette génération a vu la Terre Promise, y a même envoyé des espions (Nombres 12-14), puis cette génération a refusé d’y entrer. Faute de confiance en elle-même… faute de confiance en Dieu. Ou peut-être faute d’avoir bien compris ce qu’était la manne… ou ce qu’était la Terre Promise, ou encore faute d’avoir compris que la Terre Promise est toujours là où la manne est donnée. Là où la manne est donnée, où que ce soit, et quelle que soit la forme que prend la manne, là est la Terre Promise. 

La manne était donnée par Dieu. Elle tombait du ciel. Chacun ne pouvait en recueillir le matin que ce qui suffisait à sa consommation de la journée. Si l’on faisait un stock, cela pourrissait instantanément. La manne allait-elle tomber du ciel de nouveau le lendemain ? Nous qui connaissons l’histoire, nous savons que oui ; mais pas les Hébreux. Pour eux, la manne était là pour la journée en cours ; mais pour le lendemain, il en allait de leur foi en Dieu. Des millénaires plus tard, un théologien luthérien, l’un de ceux qui ont écrit le plus profondément sur la foi (Dietrich Bonhoeffer), allait écrire ceci : « Je crois que Dieu veut nous donner dans toute situation difficile la force de résistance dont nous avons besoin. Mais il ne la donne pas d’avance, afin que nous ne comptions pas sur nous-mêmes, mais sur lui seul. » La manne avait donc bien entendu pour fonction que les corps survivent. Mais la manière dont Dieu la faisait tomber du ciel, un jour après l’autre, sans qu’on puisse la stocker, cela avait  pour fonction l’apprentissage de la foi.
Les Hébreux ont-ils appris à croire ? Pas tous. Une génération est morte au désert, nourrie par la manne, faute d’avoir cru que Dieu lui serait en aide pour l’entrée en Terre Promise tout comme il l’avait été pour la sortie d’Egypte. La génération suivante, elle, est entrée en Terre Promise, avec la foi qui était la sienne.

Pourquoi Jésus rappelle-t-il tout cela ? Pourquoi se présente-t-il comme pain vivant descendu du ciel (comme la manne) ? Et pourquoi insiste-t-il tellement sur la nécessité de manger sa chair et boire son sang ?
Il y a plusieurs manières de manger, et plusieurs verbes pour le dire. Il y a des plats longuement et savamment élaborés, qu’on peut d’ailleurs manger en gourmet, émerveillé et reconnaissant, ou avec snobisme, ou comme un glouton, voire comme un porc. On voit de tout, même dans les meilleurs restaurants. On peut aussi manger tout simplement, entendons par là juste manger ce qui est donné, au moment où cela est donné et comme cela est donné. C’est d’ailleurs ce que suggère le verbe grec que nous avons ici. Il évoque un aliment simple reçu et consommé avec une très grande simplicité, et dans une très grande reconnaissance, mais si simple qu’elle ignore presque son nom.
Tout cela nous ramène à la manne et à Jésus, pain vivant descendu du ciel : manger ce qui est donné, aujourd’hui, avec simplicité et reconnaissance. Pas de mystère, pas d’initiation savante, ni de contrôle institutionnel. Simplement recevoir le corps et le sang du Christ vivant, c'est-à-dire vivre de sa vie, tout comme Jésus lui-même vit de la vie du Père. Aujourd’hui, et chaque jour, simplement un jour après l’autre.

Si Jésus parle de la manne, c’est qu’il a bien compris quelque chose qui concerne la plupart des gens qui le suivent : ils ne croient pas. Et si Jean l’évangéliste insiste sur la manne, sur Jésus comme pain vivant, et sur la nécessité de manger sa chair et de boire son sang… c’est que Jean l’évangéliste a en face de lui certaines personnes qui pensent avoir toujours mérité que la manne leur soit envoyée ; c’est aussi que l’évangéliste a en face de lui d’autres personnes qui pensent posséder un savoir supérieur sur le Fils et le Père ; c’est encore parce qu’il a en face de lui d’autres gens qui pensent que ce grand mystère du partage du pain et du vin leur confère une dignité supérieure. Jean l’évangéliste, après Jésus, constate que tous ces comportements religieux, religieusement corrects, sont tristement dénués de foi. 

Il faut toujours se souvenir de la manne. C’est une question de foi, une question essentielle. Après s’en être bien souvenu, tout ce que Jésus dit de lui-même et sur la foi tient en très peu de mots : je vis par le Père. Pour nous, cela peut-être ramené à trois mots : par la foi. Ou à deux mots latins : sola fide.
Vivre par la foi, c’est vivre exclusivement de la parole, de la chair et du sang du Fils. C’est en vivre sans jamais les posséder au-delà du besoin d’une journée, ni même d’une heure, mais en croyant que le vital sera donné au bon moment, c'est-à-dire au moment que Dieu choisira. 

Mais y a-t-il quelqu’un qui voudra croire ? En revenant au texte que nous avons lu, nous voyons bien ce qu’il y a de tendu lorsque Jésus reprend des propos qu’il a déjà tenus : nul ne peut venir à moi si cela ne lui est donné par le Père. Sans doute veut-on croire, et sans doute croit-on ; mais, dit Jésus, nul ne peut croire si cela ne lui a été donné par le  Père.
Toute volonté humaine aspirant à croire, aspirant à vivre par la foi, reçoit la foi d’en-haut, et toujours de nouveau. Ceci parce que l’homme est l’homme et parce que Dieu est Dieu. Parce que ce n’est pas la chair qui se fait Verbe, mais le Verbe qui se fait chair. Et aussi pour que nul ne s’enorgueillisse.
Et bien l’orgueil de beaucoup de ceux qui suivaient Jésus a dû être bien meurtri : ils ont planté là le Maître et sont partis.

Jean Zumstein, grand commentateur de l’évangile de Jean a intitulé l’un de ses livres L’apprentissage de la foi. On n’en finit jamais d’apprendre à croire ; on n’en finit jamais d’apprendre à ne compter que sur Dieu seul.

Notre foi est aujourd’hui ce qu’elle est, et notre volonté de croire est aussi ce qu’elle est. Nous sommes des apprentis. Que la parole, le corps et le sang du Christ soient notre manne, notre pain de ce jour. Amen

dimanche 11 juin 2017

La doctrine de la Trinité (Matthieu 28,1-20)

Téhéran... même si, après les attentats, on a entendu bien des sottises, à Téhéran comme à Londres, à Paris, à Nice, à Liverpool, il y a des gens par terre qui gémissent, et d'autres qui ne gémiront plus jamais. Ils passaient, ils étaient là... et maintenant, ils baignent dans leur sang...
Matthieu 28
1 Après le sabbat, au commencement du premier jour de la semaine, Marie de Magdala et l'autre Marie vinrent voir le sépulcre.
2 Et voilà qu'il se fit un grand tremblement de terre: l'ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s'assit dessus.
3 Il avait l'aspect de l'éclair et son vêtement était blanc comme neige.
4 Dans la crainte qu'ils en eurent, les gardes furent bouleversés et devinrent comme morts.
5 Mais l'ange prit la parole et dit aux femmes: «Soyez sans crainte, vous. Je sais que vous cherchez Jésus, le crucifié.
6 Il n'est pas ici, car il est ressuscité comme il l'avait dit; venez voir l'endroit où il gisait.
7 Puis, vite, allez dire à ses disciples: ‹Il est ressuscité des morts, et voici qu'il vous précède en Galilée; c'est là que vous le verrez.› Voilà, je vous l'ai dit.»
8 Quittant vite le tombeau, avec crainte et grande joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples.
9 Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit: «Je vous salue.» Elles s'approchèrent de lui et lui saisirent les pieds en se prosternant devant lui.
10 Alors Jésus leur dit: «Soyez sans crainte. Allez annoncer à mes frères qu'ils doivent se rendre en Galilée: c'est là qu'ils me verront.»

11 Comme elles étaient en chemin, voici que quelques hommes de la garde vinrent à la ville informer les grands prêtres de tout ce qui était arrivé.
12 Ceux-ci, après s'être assemblés avec les anciens et avoir tenu conseil, donnèrent aux soldats une bonne somme d'argent,
13 avec cette consigne: «Vous direz ceci: ‹Ses disciples sont venus de nuit et l'ont dérobé pendant que nous dormions.›
14 Et si l'affaire vient aux oreilles du gouverneur, c'est nous qui l'apaiserons, et nous ferons en sorte que vous ne soyez pas inquiétés.»
15 Ils prirent l'argent et se conformèrent à la leçon qu'on leur avait apprise. Ce récit s'est propagé chez les Juifs jusqu'à ce jour.

16 Quant aux onze disciples, ils se rendirent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre.
17 Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais quelques-uns eurent des doutes.
18 Jésus s'approcha d'eux et leur adressa ces paroles: «Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre.
19 Allez donc: de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,

20 leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps.»


Votre enfant va être baptisé
au nom du Père qui lui a donné le souffle de la vie.

Il va être baptisé au nom du Fils. 
Jésus-Christ, mort et ressuscité pour lui/elle,
l'appelle à son service.

Il va être baptisé au nom du Saint-Esprit
qui fera naître en lui la foi, l'espérance et l'amour.

Prédication : 
            Ce texte est lu, en général, pour Pâques. Nous ne sommes pas le dimanche de Pâques, mais huit semaines après Pâques. Pâques manifeste le Fils, Jésus, comme Christ ressuscité. Nous sommes aussi une semaine après la Pentecôte, où se manifeste généreusement l’Esprit. C’est le dimanche de la Trinité.
Père, Fils et Saint-Esprit ont été manifestés aux humains. L’Eglise les fête ensemble, pour la raison que dans la foi de l’Eglise, le  Père, le Fils et le Saint-Esprit forment ensemble un seul Dieu.
            La chose pourtant n’est pas simple à comprendre : comment Dieu qui est censé être un et unique peut-il être en même temps trois, chacun des trois étant entièrement Dieu ? Et bien, je ne vais pas vous donner la réponse. Et je vais même vous faire un aveu : la réponse, je ne la connais pas, je ne veux pas la connaître.
            Où donc les chrétiens sont-ils allés chercher cette histoire de Trinité ? Dans la Bible. Les textes de la Bible, premier ou ancien testament, ont été lus, relus et interprétés par les auteurs chrétiens des premiers siècles, qui ont donné le second ou nouveau testament. Cela s’est fait dans un grand foisonnement d’idées, dans un grand désordre, avec de grands conflits, et bien des violences. Puis une sorte de synthèse a eu lieu, une sorte de consensus a été trouvé, autour de la doctrine de la Trinité. A un moment de l’histoire, disons vers le IVème siècle de notre ère, cela a pu ramener une paix qui était gravement compromise par des conflits apparemment doctrinaux, mais dans les faits essentiellement politiques. Et soyons le plus honnête possible : certains n’ont pas voulu de cette synthèse.
Il ne faut pas leur donner raison ou tort. Ils n’en ont pas voulu au titre des doctrines et des convictions, des positions… qui étaient les leurs. Reste seulement à savoir comment ils ont traité ceux qui avaient accepté cette synthèse, et comment ceux qui avaient accepté cette synthèse les ont traités, eux qui l’avaient rejetée.
            Vous sentez bien avec ceci que ce n’est pas seulement la question de la Trinité qui doit nous préoccuper ; la Trinité, c’est juste une doctrine… La question qui doit nous préoccuper, c’est la question de l’usage qui est fait des doctrines.

             Nous disions à l’instant qu’il ne fallait pas donner raison ou tort à ceux qui n’ont pas voulu de la doctrine de la Trinité. Reprenons ces mots et disons qu’il faut leur donner raison, sur un point au moins : la doctrine de la Trinité ne dit pas tout. Elle est une synthèse, mais pas une synthèse sans reste.
            Vous avez bien entendu tout à l’heure que nous baptisons au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Le Père, créateur, donne le souffle de la vie, il crée, et garde sa création. Le Fils, Jésus, reconnu par certains comme Christ, consacre sa vie à l’humanité, comme personne ne l’a fait. Il enseigne subversivement, il guérit, il nourrit, fait de l’ombre à certains de ses contemporains, est mis à mort pour cela, et ramené à la vie par le Père créateur ; le Fils appelle des humains à vivre une telle vie de consécration, et ceux qui répondent à son appel en appelleront d’autres aussi. Le Saint-Esprit vient au secours de ces humains de bonne volonté, mais souvent trop faibles, trop veules ou trop lâches, et il fait naître en eux invinciblement la foi, l’espérance et l’amour. Cela, vous l’avez entendu tout à l’heure…
            Mais tout a-t-il été dit de Dieu lorsque cela a été dit ? Les plus belles parts sans doute de ce que les humains ont dit de Dieu on été rassemblées dans la doctrine de la Trinité. Mais le reste ? Quel reste ? Dieu courroucé qui extermine l’humanité entière moins une seule famille (Genèse 6 et suivants), les descendants de cette famille reproduisant exactement ce qu’il y eut de mépris entre les peuples (Genèse 8), ça n’y est pas.  Dieu qui punit sur les fils l’iniquité des pères (Exode 20), ça n’y est pas. Dieu qui exige de son peuple la pureté la plus extrême et qui commande la mise à mort de tous ceux qui ne sont pas exactement conformes (Lévitique 20), ça n’y est pas. Quant au mystère du mal qui frappe, comme ça, et prend sur chaque génération sa moisson d’innocents (Job 1), ça n’y est pas non plus… Et la punition ultime, dans un étang de souffre et de feu, de ceux qui n’auront pas choisi le Christ Jésus (Apocalypse), ça n’y est pas non plus. Pourtant, des textes bibliques mettent aussi cela en avant et même, pour certains textes, proposent des mises en œuvre radicales, dont la purification ethnique, sous commandement de Dieu et en son nom. Rien de tout cela, qui est pourtant dit de Dieu, sur Dieu, et qui est aussi canonique, ne se retrouve dans la Trinité.
A ce tableau sinistre, ajoutons encore qu’il s’est trouvé, et qu’il se trouve encore, ici ou là, des gens pour crier haut et fort que « la vérité ne se mélange pas avec l’erreur »... et l’erreur, c’est toujours l’autre. Nous n’avons pas connaissance que d’aucuns mettent aujourd’hui en œuvre les sinistres commandements du 20ème chapitre du Lévitique quoi qu’il ne fasse pas bon être homosexuel dans certaines parties chrétiennes du Nigéria… On ne s’entretue plus trop entre chrétiens, il est vrai. Mais d’autres tuent et s’entretuent, avec le même nom de Dieu à la bouche, d’autres versets, et d’autres doctrines.           

Toutes les doctrines ne se valent pas, c’est entendu. Ce n’est pas là-dessus que nous réfléchissons aujourd’hui. Nous réfléchissons sur le Dieu dont parlent les chrétiens, la Trinité, et l’usage qu’on peut en faire.
Avec la Trinité, nos anciens ont fait un choix : le Père est créateur, créateur de tous ; le Fils est serviteur, serviteur de tous ; l’Esprit-Saint, don du Père et du Fils est promis à tous. La doctrine de la Trinité ne dit pas tout de Dieu, loin s’en faut, elle donne une image de Dieu, et il y a toujours un risque que certains se trompent sur l’usage qu’on peut faire d’une image. Ainsi, au XVIe siècle, on a brûlé des gens pour avoir contesté cette image. Ainsi, au XXIe siècle, certains la contestent encore, et d’autres regardent les premiers comme des parjures… Mais la Trinité, cette proposition sur Dieu, si elle reçue juste pour ce qu’elle est, est plus qu’une proposition sur Dieu. Elle est la proposition d’un monde. Et pour qui reçoit cette proposition, elle est aussi une interpellation, la suggestion d’un choix de vie.

Choix de vie !
En pensant au Père, créateur : créer, inventer, entreprendre, être libre, en demeurant toujours habités par le souci des autres, tous enfants du même Père, et en demeurant aussi toujours habités par le souci de la création.
En pensant au Fils, serviteur : se laisser interpeler, réfléchir, contester s’il le faut, servir plutôt que se servir, aider, soulager, sans choisir qui l’on aide… même si la tâche paraît infinie, et même si cela coûte en terme de réputation.
En pensant au Saint-Esprit, consolateur : ne jamais cesser d’y croire, espérer, toujours, et partager l’espérance, persister dans le témoignage et l’action, même s’il semble parfois qu’on œuvre en pure perte.

Puissions-nous tous choisir de vivre ainsi. C’est au nom de ces choix que nous baptisons, que nous prêchons, et que nous agissons.
Que le Dieu qui est un, unique, Père, Fils et Saint-Esprit, nous soit en aide. Amen


dimanche 4 juin 2017

l'expérience spirituelle et la doctrine (Actes 2)

Londres, Kaboul... et ne pas oublier
Actes 2
1 Quand le jour de la Pentecôte arriva, ils se trouvaient réunis tous ensemble.
2 Tout à coup il y eut un bruit qui venait du ciel comme le souffle d'un violent coup de vent: la maison où ils se tenaient en fut toute remplie;
3 alors leur apparurent comme des langues de feu qui se partageaient et il s'en posa sur chacun d'eux.
4 Ils furent tous remplis d'Esprit Saint et se mirent à parler d'autres langues, comme l'Esprit leur donnait de s'exprimer.
5 Or, à Jérusalem, résidaient des Juifs pieux, venus de toutes les nations qui sont sous le ciel.
6 À la rumeur qui se répandait, la foule se rassembla et se trouvait en plein désarroi, car chacun les entendait parler sa propre langue.
7 Déconcertés, émerveillés, ils disaient: «Tous ces gens qui parlent ne sont-ils pas des Galiléens?
8 Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle?
9 Parthes, Mèdes et Elamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, du Pont et de l'Asie,
10 de la Phrygie et de la Pamphylie, de l'Égypte et de la Libye cyrénaïque, ceux de Rome en résidence ici,
11 tous, tant Juifs que prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons annoncer dans nos langues les merveilles de Dieu.»
12 Ils étaient tous déconcertés, et dans leur perplexité ils se disaient les uns aux autres: «Qu'est-ce que cela veut dire?»
13 D'autres s'esclaffaient: «Ils sont pleins de vin doux.»
14 Alors s'éleva la voix de Pierre, qui était là avec les Onze; il s'exprima en ces termes: «Hommes de Judée, et vous tous qui résidez à Jérusalem, comprenez bien ce qui se passe et prêtez l'oreille à mes paroles.
15 Non, ces gens n'ont pas bu comme vous le supposez: nous ne sommes en effet qu'à neuf heures du matin;
16 mais ici se réalise cette parole du prophète Joël:
17 Alors, dans les derniers jours, dit Dieu, je répandrai de mon Esprit sur toute chair, vos fils et vos filles seront prophètes, vos jeunes gens auront des visions, vos vieillards auront des songes;
18 oui, sur mes serviteurs et sur mes servantes en ces jours-là je répandrai de mon Esprit et ils seront prophètes.
19 Je ferai des prodiges là-haut dans le ciel et des signes ici-bas sur la terre, du sang, du feu et une colonne de fumée.
20 Le soleil se changera en ténèbres et la lune en sang avant que vienne le jour du Seigneur, grand et glorieux.
21 Alors quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.
22 «Israélites, écoutez mes paroles: Jésus le Nazôréen, homme que Dieu avait accrédité auprès de vous en opérant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez,
23 cet homme, selon le plan bien arrêté par Dieu dans sa prescience, vous l'avez livré et supprimé en le faisant crucifier par la main des impies;
24 mais Dieu l'a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n'était pas possible que la mort le retienne en son pouvoir. (…)
36 «Que toute la maison d'Israël le sache donc avec certitude: Dieu l'a fait et Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous aviez crucifié.»
 37 Le coeur bouleversé d'entendre ces paroles, ils demandèrent à Pierre et aux autres apôtres: «Que ferons-nous, frères?»
 38 Pierre leur répondit: «Convertissez-vous: que chacun de vous reçoive le baptême au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés, et vous recevrez le don du Saint Esprit.
 39 Car c'est à vous qu'est destinée la promesse, et à vos enfants ainsi qu'à tous ceux qui sont au loin, aussi nombreux que le Seigneur notre Dieu les appellera.»
 40 Par bien d'autres paroles Pierre rendait témoignage et les exhortait: «Soyez sauvés, disait-il, de cette engeance pervertie.»
 41 Ceux qui accueillirent sa parole reçurent le baptême, et il y eut environ trois mille personnes ce jour-là qui se joignirent à eux.

Prédication :
         Que se passe-t-il à Pentecôte ? A question simple, réponses – au pluriel – simples. Ils sont tous remplis d’Esprit Saint et se mettent à parler d’autres langues, comme l’Esprit leur donne de s’exprimer (Actes 2). Jésus envoie sur eux ce que son Père a promis (Luc 24). Ils reçoivent une puissance, celle du Saint Esprit (Actes 1). La prophétie se réalise (Joël 3). Ce sont des réponses simples, des réponses bibliques. Et à ces réponses il est possible d’ajouter d’autres réponses simples, qui portent sur le commencement de l’existence de l’Eglise. A toutes ces réponses bien connues, et bien reçues, nous allons associer le beau mot de doctrine.
            Mais ce n’est pas à ces réponses que nous allons nous intéresser maintenant. Je vous demande de faire un effort, non pas de mémoire, mais d’oubli. Nous assistons à la scène sans rien connaître de la Bible et dans des dispositions plutôt bienveillantes. Que se passe-t-il ?
            Nous voyons et nous entendons des gens qui sont en train de vivre ensemble une expérience extatique. Leurs visages sont particulièrement lumineux et des sons articulés sortent de leur bouche. D’autres gens, témoins de la scène, reconnaissent ces sons comme des éléments liturgiques émis dans divers idiomes. Cette expérience ressemble à une ivresse alcoolique, ce que certains ne manquent pas de faire remarquer. Puis un homme prend la parole et propose une interprétation très bien raisonnée… une doctrine, en somme.
            Ce qui se passe à Pentecôte peut être ramené à deux notions, expérience spirituelle et doctrine, et aux relations qui peuvent exister entre ces deux notions . 

             Pourquoi ce point de départ un peu froid ? C’est que, par deux fois ces dernières semaines il m’est arrivé de devoir réfléchir sur ce qu’on appelle aujourd’hui « christianisme post-confessionnel ». C’est une expression un peu vague, un peu à la mode.
Elle a pu servir à décrire le comportement de certaines confessions chrétiennes qui, face à un péril grave, mettent de côté leur oppositions traditionnelles et s’allient, ou s’unissent, pour mieux résister. C’est par exemple ce qu’ont fait des Luthériens, des Réformés et des ‘Unis’ qui, en 1934, à Barmen, se sont prononcés d’une seule voix pour le Christ contre le Führer.
Mais cette même expression peut servir à décrire le comportement de personnes qui ne se revendiquent d’aucune confession chrétienne particulière et récoltent un bout de liturgie par-ci, un peu d’éthique par-là, une convivialité ailleurs, en se servant selon leur convenance dans les rayons grands ouverts du marché libre de la religion. C’est une réalité d’aujourd’hui, et ce n’est pas forcément négativement qu’il faut l’envisager.
C’est dans un troisième sens que, ces dernières semaines, l’expression « post-confessionnel » est parvenue à mes oreilles. Il s’agissait, dans la bouche de ceux qui l’employaient, d’affirmer que le christianisme post-confessionnel a pour composante essentielle l’expérience spirituelle, et qu’il est la voie à suivre, pour le renouveau des Eglises, et pour leur Unité. Il y a là-dessous deux thèses : « seule l’expérience spirituelle unit » (une thèse positive), et « ce sont les doctrines qui divisent » (une thèse négative). Mais est-ce vrai ?
Nous allons réfléchir un peu à cela, dans le cas de la Pentecôte du livre des Actes des Apôtres.

« Seule l’expérience spirituelle unit », dit-on. Mais ce n’est pas l’expérience spirituelle de Pentecôte qui fait que le groupe des premiers disciples est uni, ni qu’il sera uni aux convertis de ce jour-là. Uni, le groupe des premiers disciples l’est déjà, de par son histoire commune, de par l’attente commune. Mais au moment précis de l’expérience spirituelle, il n’y a rien d’autre qu’une extase… ils sont hors d’eux-mêmes. Or ceux qui sont hors d’eux-mêmes n’ont rien de commun avec personne. L’expérience spirituelle n’unit pas. Elle est donnée à qui elle est donnée et le mode de communion groupale qu’elle appelle n’a rien à voir avec l’unité. Comment l’expérience spirituelle, en tant que telle, pourrait-elle intégrer ceux qui ne la vivent pas ? Et puis, imaginez à la tête de ce groupe une personne moins bien intentionnée que Pierre, une personne ombrageuse, ou manipulatrice. Qu’adviendrait-il alors entre le groupe des extatiques et le groupe des moqueurs ? Défiance, le ton monte, échauffourées, bataille rangée, émeute, et, à Jérusalem en ce temps, cela signifie aussi bain de sang, l’occupant Romain ayant pour habitude de ramener le calme manu militari. L’expérience spirituelle unit-elle ? Non. Elle ne peut unir personne. Aussi, si nous entendons quelqu’un dire que seule l’expérience spirituelle unit, il nous faut toujours nous demander quelles sont ses intentions et ses projets.
Ce n’est pas pour disqualifier l’expérience spirituelle que nous parlons ainsi. L’Esprit souffle où il veut. Mais affirmer que seule l’expérience spirituelle unit est faux. Si Pentecôte, dans le récit des Actes des Apôtres, est une expérience d’unité et d’une unité qui unit ceux qui ont vécu l’expérience spirituelle et ceux qui ne l’ont pas vécue, c’est parce que viennent se conjuguer heureusement l’expérience spirituelle et le discours de Pierre, c'est-à-dire la doctrine.
De ceci nous pouvons déduire qu’il est faux de dire que ce sont les doctrines qui divisent. Plutôt donc que d’incriminer les doctrines, mieux vaut interroger l’usage qui en est fait. Qu’aurait été l’expérience de Pentecôte, à Jérusalem, si Pierre n’avait pas pris la parole ainsi qu’il l’a fait ? Nous l’avons déjà évoqué. Son discours, c'est-à-dire sa doctrine, a, ce jour-là, à Jérusalem, une vertu régulatrice, et structurante. Elle ouvre à un dialogue. Elle interpelle, elle répond aussi. Et surtout, surtout, elle laisse chacun des auditeurs libre de rejoindre, ou de ne pas rejoindre, ce tout nouveau mouvement. Pierre agit donc ce jour-là non pas comme un gardien, ou un manipulateur, mais comme témoin vivant de ce qu’il annonce. Les divisions ne viennent pas des doctrines mais de l’usage qui en est fait.
Il arrive cependant, c’est vrai, que les cœurs s’endurcissent, que les discours se figent, et que la doctrine devienne instrument de domination. Cela arrivera, même dans le livre des Actes des Apôtres. Or, lorsque cela arrive, on observe que l’expérience spirituelle est renouvelée. Ainsi les diacres, dont un certain Etienne, juste destinés au service des tables, pas du tout censés enseigner, l’enseignement étant comme réservé aux Apôtres… les diacres vont prêcher. Ainsi aussi l’Esprit Saint sera répandu sur des Païens, avant leur baptême, avant leur catéchisme, sans l’assentiment des Apôtres… Et à chaque fois que la doctrine apostolique du moment est mal utilisée, et risque de stériliser l’Eglise, l’expérience spirituelle la déborde, la conteste, et la renouvelle.

Résumons. Ce sont des doctrines qui divisent, entend-on dire parfois. Mais c’est seulement l’usage qui en est fait qui peut diviser. Elles structurent aussi des mouvements qui, autrement, partiraient à vau l’eau sous la domination de gens peu recommandables. Il nous faut justement veiller, demander à Dieu qu’il envoie son Esprit pour que ce qui structure notre pensée et notre Eglise demeure une parole vivante et jamais ne devienne un carcan.
C’est l’expérience spirituelle qui seule unit, entend-on dire parfois. Mais c’est faux. La vertu négative de l’expérience spirituelle est qu’elle isole, qu’elle est intense mais hors langage. Sa vertu positive lorsqu’elle advient, c’est de contester, d’interpeler, et parfois de féconder.

Puissions-nous veiller à tout cela. Et, si nous venons à faillir en notre veille, que le Seigneur envoie son Esprit. Amen
Raymond Depardon, San Clemente, 1979