Actes 2
1 Quand le jour de la
Pentecôte arriva, ils se trouvaient réunis tous ensemble.
2 Tout à coup il y eut un bruit qui
venait du ciel comme le souffle d'un violent coup de vent: la maison où ils se
tenaient en fut toute remplie;
3 alors leur apparurent comme des
langues de feu qui se partageaient et il s'en posa sur chacun d'eux.
4 Ils furent tous remplis d'Esprit
Saint et se mirent à parler d'autres langues, comme l'Esprit leur donnait de
s'exprimer.
5 Or, à Jérusalem, résidaient des
Juifs pieux, venus de toutes les nations qui sont sous le ciel.
6 À la rumeur qui se répandait, la
foule se rassembla et se trouvait en plein désarroi, car chacun les entendait
parler sa propre langue.
7 Déconcertés, émerveillés, ils
disaient: «Tous ces gens qui parlent ne sont-ils pas des Galiléens?
8 Comment se fait-il que chacun de
nous les entende dans sa langue maternelle?
9 Parthes, Mèdes et Elamites,
habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, du Pont et de
l'Asie,
10 de la Phrygie et de la
Pamphylie, de l'Égypte et de la Libye cyrénaïque, ceux de Rome en résidence
ici,
11 tous, tant Juifs que prosélytes,
Crétois et Arabes, nous les entendons annoncer dans nos langues les merveilles
de Dieu.»
Pentecôte, il est inévitable que nous parlions du Saint Esprit, lequel, conformément à ce que dit la Bible, descendit un certain jour sur les disciples assemblés. Inévitable que nous parlions du Saint Esprit, que nous célébrions la Cène, que nous accueillions des catéchumènes… Mais pourquoi ?
Pourquoi ce signe, pourquoi ces signes ? Je me souviens d’un homme qui, à la sortie d’un culte de dimanche de Pentecôte, m’avait soutenu que le Saint Esprit n’était pas là pendant ce culte. Et comme j’avais demandé comment il le savait, il m’avait répondu, ce brave homme, que les fidèles n’avaient pas parlé en langues. Ceux donc qui ont reçu le Saint Esprit doivent parler en langues, sinon…
Mais pourquoi ? Le récit du livre des Actes des Apôtres, tel que nous l’avons lu, oblige-t-il ses lecteurs ? Oblige-t-il le Saint Esprit ? Et si le Saint Esprit répandu sur les fidèles rassemblés le 24 mai 2026 15 rue de la Liberté, Vincennes leur inspirait de préparer de la confiture de figues…
Il est inévitable, ou presque – mais ne vous risquez pas trop – que nous parlions du Saint Esprit, c’est Pentecôte. Alors, parlons-en un peu. Il est certes Esprit qui fait que des humains proclament les merveilles de Dieu et que d’autres humains les entendent proclamées, ces merveilles, chacun dans son propre idiome. Mais ça serait infiniment trop peu de ne dire que cela, tout comme il était infiniment trop peu de dire que parler en langues était le signe nécessaire et suffisant de la présence de l’Esprit.
Alors, oui, célébrez les merveilles de Dieu, mais vous n’aurez pas dit grand chose du Saint Esprit. Car il est aussi celui qui est donné pour le pardon, et même pas à Pentecôte, puisque l’Evangile de Jean rapporte qu’il fut donné le soir de la Résurrection, et pour le pardon des péchés.
Alors, aussi, pardonnez les péchés, mais vous n’aurez pas tout dit du Saint Esprit, parce qu’ailleurs dans le même Évangile, il est donné pour la consolation des affligés.
Ajoutez donc, avec l’Épître aux Galates, qu’il est donné pour l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, la douceur, la maîtrise de soi. Vous n’avez pas tort et je me dis que, cette liste étant ce qu’elle est, tous n’ont pas reçu le Saint Esprit, à commencer par moi.
Mais ça n’est pas tout. Ça ne sera jamais tout. Parce qu’il est donné aussi, toujours dans l’Evangile de Jean, pour la vérité et pour la liberté.
En préparant cette prédication, et en réfléchissant sur le Saint Esprit, je me souviens du 11ème chapitre du livre des Nombres. L’un des livres qui racontent le voyage des Hébreux entre Egypte et Terre promise, l’initiation à une liberté que, de toute évidence, les voyageurs redoutent voire méprisent. Dieu leur envoie de son Esprit, Esprit qui les mène à prophétiser, mais que tout de suite, ils réfrènent : ils s’arrêtent de prophétiser, 70 appelés, 3 de reste. L’Esprit se met-il à souffler dans le crâne d’hommes qui n’ont pas respecté la procédure, le règlement et le rituel, que d’autres hommes veulent faire cesser le scandale d’un Esprit indocile. Ce qui fait que, sans doute, en fait de Saint Esprit, de louange, de liberté voire de Réforme, vous avez bientôt des ronchons qui parlent aux ronchons et qui défendent becs et ongles des rituels qui sont – comme tout le monde le sait bien – établis depuis toujours et même depuis avant l’invention de Dieu par les humains. Livre des Nombres, 11ème chapitre.
Cette liberté est aussi l’un des motifs principaux du livre des Actes des Apôtres. Car ce groupe d’humains, cette toute jeune Eglise, ne cesse de chercher à se réglementer, à s’instituer, à inventer le baptême, la sainte doctrine, le respect de la Loi, la circoncision des païens, les Diacres et on ne sait quoi encore, et le Saint Esprit, lui, ne cesse de se moquer éperdument des institutions, et se répand ailleurs, et autrement, et même par ceux qui n’ont pas la charge de prêcher, et même sur ceux qui ne sont pas baptisés.
Fort mauvais élève, ce Saint Esprit, ne connaît pas le catéchisme, n’est pas capable de défendre la sainte Doctrine, ne mérite ni considération, ni absolution.
Et pourtant, Moïse souhaita un jour que l’Esprit fut à ce point répandu sur le peuple que Dieu ait un peuple de prophètes, c'est-à-dire, très précisément, un peuple qui savourerait sa liberté, un peuple qui verrait partout la bénédiction de Dieu, et même dans la frugalité de l’existence au désert, un peuple en mouvement qui n’exigerait rien, ni de son Dieu, ni de ses semblables, et qui se ferait serviteur de la promesse. Oui, Moïse souhaita concrètement cela, mais il disparut dans la foi en apercevant, de loin seulement, la Terre promise, la terre de la promesse. Ça n’était pas la fin des temps.
Pour revenir à l’apôtre Pierre, il reconnut la fin des temps dans l’émerveillement d’Actes 2 ; il reconnut la réalisation de la même promesse, reprise, renouvelée, répétée après chaque trahison. Et dans l’enthousiasme il dit, c’est maintenant, et c’est le Saint Esprit. Il fallait être gonflé comme Pierre, et singulièrement inspiré pour affirmer ainsi la chose, car Pierre, comme Moïse, comme tous les autres, ont parfois, après l’inspiration, de sérieux maux de tête.
Retour à cette liberté, liberté comme nom du Saint Esprit, dont chacun se réclame et presque personne ne veut… Si bien que, si nous devions proclamer quelque chose, ce pourrait être une sorte de moratoire sur tout propos portant sur la doctrine, sur l’inspiration, sur la Cène et les temps de sa célébration, sur les institutions ecclésiastiques... Nous devrions, au nom de la liberté de l’Esprit, nous interdire pendant un certain temps de tout argument qui justifierait nos prises de positions, nos avis et nos traditions, nous devrions même nous interdire de nous réclamer de la Réforme et des Réformateurs... les étudier, tout au plus, jusqu’à en être familiers.
Séjourner ainsi dans le tabernacle, dans la demeure de Dieu car, oui, la demeure de Dieu est là où règnent la justice sociale et la droiture, là où les taux d’intérêts n’appauvrissent pas les pauvres, là où les grands avocats défendent les petites gens, là où le voisin estime le voisin… tabernacle à ciel ouvert, là est la demeure de Dieu, et il n’y a pas de doctrine contre ça. Ceux qui ont ouvert leurs portes, leurs bras et leurs cœurs ont accueilli la vie et ont accueilli le Saint Esprit, ils l’ont fait connaître aussi, parfois sans le nommer comme nous le nommons, autres traditions, autres rythmes que les nôtres, mais ce fut sans grande importance, car la vie ne s’y trompa pas.
Qu’il en soit toujours ainsi. Amen.
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