Luc 15
1 Les collecteurs
d'impôts et les pécheurs s'approchaient tous de lui pour l'écouter.
2 Et les Pharisiens et les scribes
murmuraient; ils disaient: «Cet homme-là fait bon accueil aux pécheurs et mange
avec eux!»
3 Alors il leur dit cette parabole:
(…)
11 Il dit encore: «Un homme avait
deux fils.
12 Le plus jeune dit à son père:
‹Père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir.› Et le père leur partagea
son avoir.
13 Peu de jours après, le plus
jeune fils, ayant tout réalisé, partit pour un pays lointain et il y dilapida
son bien dans une vie de désordre.
14 Quand il eut tout dépensé, une
grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans
l'indigence.
15 Il alla se mettre au service
d'un des citoyens de ce pays qui l'envoya dans ses champs garder les porcs.
16 Il aurait bien voulu se remplir
le ventre des gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui en
donnait.
17 Rentrant alors en lui-même, il
se dit: ‹Combien d'ouvriers de mon père ont du pain de reste, tandis que moi,
ici, je meurs de faim!
18 Je vais aller vers mon père et
je lui dirai: Père, j'ai péché envers le ciel et contre toi.
19 Je ne mérite plus d'être appelé
ton fils. Traite-moi comme un de tes ouvriers.›
20 Il alla vers son père. Comme il
était encore loin, son père l'aperçut et fut pris de pitié: il courut se jeter
à son cou et le couvrit de baisers.
21 Le fils lui dit: ‹Père, j'ai
péché envers le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d'être appelé ton
fils...›
22 Mais le père dit à ses serviteurs:
‹Vite, apportez la plus belle robe, et habillez-le; mettez-lui un anneau au
doigt, des sandales aux pieds.
23 Amenez le veau gras, tuez-le,
mangeons et festoyons,
24 car mon fils que voici était
mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé.› «Et ils se
mirent à festoyer.
25 Son fils aîné était aux champs.
Quand, à son retour, il approcha de la maison, il entendit de la musique et des
danses.
26 Appelant un des serviteurs, il
lui demanda ce que c'était.
27 Celui-ci lui dit: ‹C'est ton
frère qui est arrivé, et ton père a tué le veau gras parce qu'il l'a vu revenir
en bonne santé.›
28 Alors il se mit en colère et il
ne voulait pas entrer. Son père sortit pour l'en prier;
29 mais il répliqua à son père:
‹Voilà tant d'années que je te sers sans avoir jamais désobéi à tes ordres; et,
à moi, tu n'as jamais donné un chevreau pour festoyer avec mes amis.
30 Mais quand ton fils que voici
est arrivé, lui qui a mangé ton avoir avec des filles, tu as tué le veau gras
pour lui!›
31 Alors le père lui dit: ‹Mon
enfant, toi, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi.
32 Mais il fallait festoyer et se
réjouir, parce que ton frère que voici était mort et il est vivant, il était
perdu et il est retrouvé.› »
Prédication :
A cette lecture qui nous est recommandée par le lectionnaire, nous pouvons ajouter deux autres courtes paraboles :
4
«Lequel d'entre vous, s'il a cent brebis et qu'il en perde une, ne laisse pas
les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller à la recherche de
celle qui est perdue jusqu'à ce qu'il l'ait retrouvée?
5
Et quand il l'a retrouvée, il la charge tout joyeux sur ses épaules,
6
et, de retour à la maison, il réunit ses amis et ses voisins, et leur dit:
‹Réjouissez-vous avec moi, car je l'ai retrouvée, ma brebis qui était perdue!›
7
Je vous le déclare, c'est ainsi qu'il y aura de la joie dans le ciel pour un
seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui
n'ont pas besoin de conversion.
8
«Ou encore, quelle femme, si elle a dix pièces d'argent et qu'elle en perde
une, n'allume pas une lampe, ne balaie la maison et ne cherche avec soin
jusqu'à ce qu'elle l'ait retrouvée?
9
Et quand elle l'a retrouvée, elle réunit ses amies et ses voisines, et leur dit:
‹Réjouissez-vous avec moi, car je l'ai retrouvée, la pièce que j'avais perdue!›
10
C'est ainsi, je vous le déclare, qu'il y a de la joie chez les anges de Dieu
pour un seul pécheur qui se convertit.»
Avec lesquelles nous avons un tout homogène – et une
longue lecture pour une prédication. Que nous commençons comme une
devinette : quelle ressemblance y a-t-il entre une brebis, un pécheur, une
pièce d’argent, et un fils ? C’est une devinette et elle tourne autour
d’un seul verbe qui figure au deuxième verset de notre lecture. Le point commun
dans notre texte entre une brebis, un pécheur, une pièce d’argent, et un fils
c’est faire bon accueil – plein de
sens possibles, accueillir, en effet, mais aussi attendre, prendre sur soi,
recevoir de pied ferme. Jésus donc fait bon accueil aux pécheurs, et mange avec
eux. On le lui reproche âprement… Dans un monde que des soi-disant purs parce
qu’observants, religieux, autoproclamés, partagent en deux, eux, et les autres,
Jésus bouleverse les frontières et les usages. Il fait bon accueil, il
fréquente, il va chez eux, il parle avec eux, il mange avec eux…
Pour méditer sur ce bon accueil, nous avons quatre
petites affaires, une brebis, un pécheur, une pièce d’argent, et un fils. A qui
ferons-nous bon accueil ?
Une pièce d’argent ? Une pièce perdue pour laquelle
toute la maison est retournée. Absurdement : le temps de retourner toute
la maison aurait pu être un temps travaillé et rémunéré. Sauf que ça n’est pas
une pièce que cherche la femme, mais cette pièce-là précisément, même si cette
pièce-là est exactement semblable à toutes les autres pièces. La qualité
cependant de cette pièce est d’être perdue. Puis retrouvée. A cette pièce la
femme va réserver bon accueil. Après avoir présupposé que cette pièce pouvait
être cherchée et trouvée, elle lui réserve bon accueil, et la fête avec ses
amis.
Ce qu’on fait pour une pièce, le fait-on pour une
brebis ? La brebis se perd toute seule. Et lorsque la prend l’angoisse de
sa solitude, elle se met à bêler lamentablement. Ça peut aider à la retrouver.
Et le berger de la parabole va laisser absurdement 99 autres bêtes pour aller
cherche la 100ème, nous le savons bien. Et c’est celle-là qu’il
cherche, singularisée par son égarement… ou bien c’est un berger qui, comme on
dit, connaît chacune de ses bêtes. Il la retrouve. Une brebis, c’est un être
vivant, et même si c’est assez peu intelligent ça l’est toujours plus qu’une
pièce d’argent… Une brebis n’est peut-être pas capable de repentir, peut-être
un peu plus qu’une pièce d’argent… A cette brebis, le berger fait le meilleur
accueil. Après avoir présupposé que cette brebis était encore vivante, pouvait
être cherchée et trouvée, il lui réserve bon accueil et fait une fête avec ses
amis.
Et un pécheur ? Réserver bon accueil à un pécheur.
Jésus ne se fatigue pas à dire ce qu’est un pécheur. Tellement la définition va
de soi : un pécheur c’est quelqu’un avec qui l’on n’a rien à voir. Ceci
dit, à supposer qu’on s’intéresse à la conversion des pécheurs pour une vie
meilleure, on ne peut rien entreprendre si l’on commence justement par ne rien
entreprendre, par rejeter. Faute du meilleur accueil, rien n’est possible. Même
si ça ne marche pas non plus après le meilleur des accueils. Combien de fois
faut-il réserver le meilleur accueil à quelqu’un qui va mal pour qu’il commence
à aller mieux ? « Je ne te dis pas sept fois, mais 70 fois sept
fois. » Le pécheur est un vivant dont la vie change, et qui a conscience
du changement. C’est en quoi il est différent d’une brebis et d’une pièce
d’argent. Encore faut-il l’accueillir
Et cet homme qui avait deux fils, combien de fois leur
avait-il réservé le meilleur accueil, à l’un comme à l’autre, avant que le plus
jeune décide de partir ? Nous connaissons bien l’histoire. Et le père
réserva le meilleur de tous les accueils possible au fils cadet. Sur la survie
de ce fils, ne disons rien. Prenons le point de vue le plus simple, le fils se
souille, se repent, et repenti retourne chez son père. L’accueil du père est
mérité, et démesuré. Prenons le point de vue du père : le fils cadet est
mort. Et des morts on ne sait rien, sinon qu’ils ne sont rien. Ni la pièce, ni
la brebis, ni le pécheur ne sont morts. C’est un mort que le père accueille. La
possibilité d’accueillir, que nous voyons être entière chez le père, tient à
une espérance lancée jusqu’au-delà de la mort. Accueillir le mort au-delà de la
mort, le renouveler, et jouir avec lui du meilleur des repas possible est la
forme la plus élevée qui soit du meilleur accueil.
Les Pharisiens et les Scribes, ceux qui murmuraient parce
que Jésus faisait bon accueil aux pécheurs et mangeait avec eux… qu’ont-ils
pensé des paraboles de Jésus ? Ont-ils accueilli en eux ces
paraboles ? Nous ne le savons pas. Ne pas savoir ce que deviennent nos
paroles, nos témoignages, et les laisser aller leur propre chemin, cela fait
partie du bon accueil que nous pouvons prodiguer à nos contemporains.