jeudi 24 avril 2025

Jeudi et Vendredi (célébrations de semaine sainte)


 

JEUDI SAINT 2025 – Marc 14

                                    MUSIQUE

 

OUVERTURE

            Nous lisons ce soir le 14ème chapitre de l’évangile de Marc, et en chantant des chants qui ne font pas tous partie du répertoire de la Passion, pour nous mémorial de notre attente, toujours exaucée, jamais satisfaite...

 

PRIERE

            Notre Dieu, notre Père, loué sois-tu de nous avoir donné ton Fils, Jésus Christ,

            Permets que nous l’entendions, que nous l’écoutions, que nous le comprenions.

            Permets que, pendant cette semaine sainte, nous ne fermions pas les yeux sur ce qu’il est, ni sur ce que nous sommes.

            Donne-nous des cœurs disponibles, des cœurs accueillants.

            Amen

 

TOB  Mark 14:1 La Pâque et la fête des pains sans levain devaient avoir lieu deux jours après. Les grands prêtres et les scribes cherchaient comment arrêter Jésus par ruse pour le tuer.

 2 Ils disaient en effet: «Pas en pleine fête, de peur qu'il n'y ait des troubles dans le peuple.»

 

                                    CHANT : 31/02 Le sauveur va naître

 

 3 Jésus était à Béthanie dans la maison de Simon le lépreux et, pendant qu'il était à table, une femme vint, avec un flacon d'albâtre contenant un parfum de nard, pur et très coûteux. Elle brisa le flacon d'albâtre et lui versa le parfum sur la tête.

 4 Quelques-uns se disaient entre eux avec indignation: «À quoi bon perdre ainsi ce parfum ?

 5 On aurait bien pu vendre ce parfum-là plus de trois cents pièces d'argent et les donner aux pauvres ! » Et ils s'irritaient contre elle.

 6 Mais Jésus dit: «Laissez-la, pourquoi lui faire de la peine ? C'est une bonne œuvre qu'elle vient d'accomplir pour moi.

 7 Des pauvres, en effet, vous en avez toujours avec vous, et quand vous voulez, vous pouvez leur faire du bien. Mais moi, vous ne m'avez pas pour toujours.

 8 Ce qu'elle pouvait faire, elle l'a fait: d'avance elle a parfumé mon corps pour l'ensevelissement.

 9 En vérité, je vous le déclare, partout où sera proclamé l'Évangile, dans le monde entier, en souvenir d’elle, on racontera aussi ce qu’elle a fait. »

 

                                    CHANT : 31/17 2-3 Ô mon peuple prend courage

 

 10 Judas Iscariote, l'un des Douze, s'en alla chez les grands prêtres pour leur livrer Jésus.

 11 À cette nouvelle, ils se réjouirent et promirent de lui donner de l'argent. Dès lors Judas chercha le meilleur moment pour le livrer. 

            Les pouvoirs en place voulaient se débarrasser de Jésus, discrètement, et avant la fête, pour qu’il n’y a pas de tumulte… et pour cela il leur fallait un traitre. Ce traitre fut Judas.

 

 12 Le premier jour des pains sans levain, où l'on immolait la Pâque, ses disciples lui disent: «Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque?»

 13 Et il envoie deux de ses disciples et leur dit: «Allez à la ville; un homme viendra à votre rencontre, portant une cruche d'eau. Suivez-le

 14 et, là où il entrera, dites au propriétaire: ‹Le Maître dit: Où est ma salle, où je vais manger la Pâque avec mes disciples?›

 15 Et lui vous montrera la pièce du haut, vaste, garnie, toute prête; c'est là que vous ferez les préparatifs pour nous.»

 16 Les disciples partirent et allèrent à la ville. Ils trouvèrent tout comme il leur avait dit et ils préparèrent la Pâque.

 

                                    MUSIQUE

 

 17 Le soir venu, il arrive avec les Douze.

 18 Pendant qu'ils étaient à table et mangeaient, Jésus dit: «En vérité, je vous le déclare, l'un de vous va me livrer, un qui mange avec moi.»

 19 Pris de tristesse, ils se mirent à lui dire l'un après l'autre: «Serait-ce moi?»

 20 Il leur dit: «C'est l'un des Douze, qui plonge la main avec moi dans le plat.

 21 Car le Fils de l'homme s'en va selon ce qui est écrit de lui, mais malheureux l'homme par qui le Fils de l'homme est livré! Il vaudrait mieux pour lui qu'il ne soit pas né, cet homme-là!»

 

                                    CHANT 49/13 strophes 1 et 2  Reste avec nous

 

 22 Pendant le repas, il prit du pain et, après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit, le leur donna et dit: «Prenez, ceci est mon corps.»

 23 Puis il prit une coupe et, après avoir rendu grâce, il la leur donna et ils en burent tous.

 24 Et il leur dit: «Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, versé pour la multitude.

 25 En vérité, je vous le déclare, jamais plus je ne boirai du fruit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai, nouveau, dans le Royaume de Dieu.»

 

                                    PARTAGE DU PAIN ET DE LA COUPE

 

 26 Après avoir chanté les psaumes, ils sortirent pour aller au mont des Oliviers.

 27 Et Jésus leur dit: «Tous, vous allez tomber, car il est écrit: Je frapperai le berger, et les brebis seront dispersées.

 28 Mais une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée.»

 29 Pierre lui dit: «Même si tous tombent, eh bien! pas moi!»

 30 Jésus lui dit: «En vérité, je te le déclare, toi, aujourd'hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m'auras renié trois fois.»

 31 Mais lui affirmait de plus belle: «Même s'il faut que je meure avec toi, non, je ne te renierai pas.» Et tous en disaient autant.

 

                                    CHANT 44/11 strophes 1 et 4 Entre tes mains j’abandonne

 

 32 Ils arrivent à un domaine du nom de Gethsémani et il dit à ses disciples: «Restez ici pendant que je prierai.»

 33 Il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean. Et il commença à ressentir frayeur et angoisse.

 34 Il leur dit: «Mon âme est triste à en mourir. Demeurez ici et veillez.»

 35 Et, allant un peu plus loin, il tombait à terre et priait pour que, si possible, cette heure passât loin de lui.

 36 Il disait: «Abba, Père, à toi tout est possible, écarte de moi cette coupe! Pourtant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux!»

 37 Il vient et les trouve en train de dormir; il dit à Pierre: «Simon, tu dors! Tu n'as pas eu la force de veiller une heure!

 38 Veillez et priez afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation. L'esprit est plein d'ardeur, mais la chair est faible.»

 39 De nouveau, il s'éloigna et pria en répétant les mêmes paroles.

 40 Puis, de nouveau, il vint et les trouva en train de dormir, car leurs yeux étaient appesantis. Et ils ne savaient que lui dire.

 41 Pour la troisième fois, il vient; il leur dit: «Continuez à dormir et reposez-vous! C'en est fait. L'heure est venue: voici que le Fils de l'homme est livré aux mains des pécheurs.

 42 Levez-vous! Allons! Voici qu'est arrivé celui qui me livre.»

 

                                    MUSIQUE

 

 43 Au même instant, comme il parlait encore, survient Judas, l'un des Douze, avec une troupe armée d'épées et de bâtons, qui venait de la part des grands prêtres, des scribes et des anciens.

 44 Celui qui le livrait avait convenu avec eux d'un signal: «Celui à qui je donnerai un baiser, avait-il dit, c'est lui! Arrêtez-le et emmenez-le sous bonne garde.»

 45 Sitôt arrivé, il s'avance vers lui et lui dit: «Rabbi.» Et il lui donna un baiser.

 46 Les autres mirent la main sur lui et l'arrêtèrent.

 47 L'un de ceux qui étaient là tira l'épée, frappa le serviteur du Grand Prêtre et lui emporta l'oreille.

 48 Prenant la parole, Jésus leur dit: «Comme pour un hors-la-loi, vous êtes partis avec des épées et des bâtons pour vous saisir de moi!

 49 Chaque jour, j'étais parmi vous dans le temple à enseigner et vous ne m'avez pas arrêté. Mais c'est pour que les Écritures soient accomplies.»

 

 50 Et tous l'abandonnèrent et prirent la fuite.

 51 Un jeune homme le suivait, n'ayant qu'un drap sur le corps. On l'arrête,

 52 mais lui, lâchant le drap, s'enfuit tout nu.

 

                                    CHANT 33/18 les trois strophes  Splendeur et gloire

 

 53 Ils emmenèrent Jésus chez le Grand Prêtre. Ils s'assemblent tous, les grands prêtres, les anciens et les scribes.

 54 Pierre, de loin, l'avait suivi jusqu'à l'intérieur du palais du Grand Prêtre. Il était assis avec les serviteurs et se chauffait près du feu.

 55 Or les grands prêtres et tout le Sanhédrin cherchaient contre Jésus un témoignage pour le faire condamner à mort et ils n'en trouvaient pas.

 56 Car beaucoup portaient de faux témoignages contre lui, mais les témoignages ne concordaient pas.

 57 Quelques-uns se levaient pour donner un faux témoignage contre lui en disant:

 58 «Nous l'avons entendu dire: ‹Moi, je détruirai ce sanctuaire fait de main d'homme et, en trois jours, j'en bâtirai un autre, qui ne sera pas fait de main d'homme.› »

 59 Mais, même de cette façon, ils n'étaient pas d'accord dans leur témoignage.

 60 Le Grand Prêtre, se levant au milieu de l'assemblée, interrogea Jésus: «Tu ne réponds rien aux témoignages que ceux-ci portent contre toi?»

 61 Mais lui gardait le silence; il ne répondit rien. De nouveau le Grand Prêtre l'interrogeait; il lui dit: «Es-tu le Messie, le Fils du Dieu béni?»

 62 Jésus dit: «Je le suis, et vous verrez le Fils de l'homme siégeant à la droite du Tout-Puissant et venant avec les nuées du ciel.»

 

 63 Le Grand Prêtre déchira ses habits et dit: «Qu'avons-nous encore besoin de témoins!

 64 Vous avez entendu le blasphème. Qu'en pensez-vous?» Et tous le condamnèrent comme méritant la mort.

 65 Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, à lui couvrir le visage, à lui donner des coups et à lui dire: «Fais le prophète!» Et les serviteurs le reçurent avec des gifles.

 

                                    MUSIQUE

 

 66 Tandis que Pierre était en bas, dans la cour, l'une des servantes du Grand Prêtre arrive.

 67 Voyant Pierre qui se chauffait, elle le regarde et lui dit: «Toi aussi, tu étais avec le Nazaréen, avec Jésus!»

 68 Mais il nia en disant: «Je ne sais pas et je ne comprends pas ce que tu veux dire.» Et il s'en alla dehors dans le vestibule.

 69 La servante le vit et se mit à redire à ceux qui étaient là: «Celui-là, il est des leurs!»

 70 Mais de nouveau il niait. Peu après, ceux qui étaient là disaient une fois de plus à Pierre: «À coup sûr, tu es des leurs! et puis, tu es galiléen.»

 71 Mais lui se mit à jurer avec des imprécations: «Je ne connais pas l'homme dont vous me parlez!»

 72 Aussitôt, pour la deuxième fois, un coq chanta. Et Pierre se rappela la parole que Jésus lui avait dite: «Avant que le coq chante deux fois, tu m'auras renié trois fois.» En y repensant, il pleurait.

 

Méditation

Voici Jésus tout seul,

Pas une main amie

Pas un visage connu

Et personne qui se tienne à ses côtés pour le défendre

 

Pourquoi ?

 

A-t-il parlé en vain ?

Ses paroles étaient-elles insuffisamment convaincantes ?

Ou trop obscures ?

 

A-t-il manqué de gentillesse ?

Ou de générosité ?

 

A-t-il été trop peu performant ?

Ou trop performant ?

 

Non… nous répondons non, et non encore.

Et nous finissons par buter sur notre première question.

 

Pourquoi ?

 

S’agissant des humains,

Il y a ceux qui voulaient le suivre,

Il y a ceux qui voulaient lui nuire,

Il y a aussi la foule des indifférents, ceux qui se contentent de se taire, ou ceux qui hurlent avec les loups,

Il n’y en a pas d’autres.

 

A cette étape de la vie de Jésus

Il n’y a personne pour redire ses paroles,

Personne pour se réclamer de lui…

 

Pourquoi ?

 

Ce devait être un engagement trop important,

Un enseignement trop compliqué,

Des polémiques trop dangereuses.

 

Alors Jésus est tout seul

 

Si nous avons suivi ses disciples dans toute cette histoire,

Il nous reste la mémoire de ses gestes

Il nous reste le souvenir de ses paroles,

Plus le pain et le vin partagés

Et nous ne comprenons pas trop

 

Il nous reste aussi les larmes de Pierre

Que nous comprenons,

Et qui sont peut-être les nôtres.

 

Voici Jésus tout seul, qui ne peut plus rien pour ses disciples,

Le Fils de Dieu n’est plus à leur côté

 

Que faire ?

Se souvenir, se raconter, attendre et prier

 

PRIERE

Barth, Se présenter devant Dieu, p.39 Item 2

            Seigneur notre Dieu ! Nous te louons et nous te remercions d’avoir voulu, dans ta miséricorde incompréhensible, t’abaisser si bas en ton Fils bien-aimé, par amour pour nous, afin de nous élever si haut en lui par amour pour toi. Nous te louons et nous te remercions pour le dessein prodigieux que tu as formé en faveur de ton peuple d’Israël et des Nations, parmi lesquelles tu as choisi nos pères. Nous te louons et nous te remercions pour notre élection gratuite et pour notre vocation. Nous ne louons et nous te remercions d’être aussi le Dieu des réprouvés et de ceux qui n’ont pas été appelés et de ne pas cesser de prendre paternellement soin de nous.

            Fais que nous ne nous lassions pas de te reconnaître et de t’adorer dans tous ces mystères. Permets-nous d’accueillir avec foi la Parole par laquelle tu veux te glorifier et nous donner la béatitude éternelle, la paix et la joie, et cela dans cette vie déjà.

            Nous te prions pour ton Eglise, ici et dans tous les pays.

            Nous te prions pour ceux qui exercent l’autorité dans le monde entier.

            Nous te prions pour les pauvres, pour les malades, les prisonniers, mes défaillants, les affligés, pour tous ceux qui souffrent et dont toi seul, peut-être, connais la souffrance, afin que tu les consoles par ta présence et par l’espérance de ton Royaume. Amen

 

                                    OFFRANDE

MUSIQUE pendant l’OFFRANDE

 

Notre Père

 

                                    CHANT 33/21 1-2-3-4 O Jésus ta croix domine

 

Et que le Seigneur vous bénisse et vous garde

Jusqu’au jour qu’il aura choisi pour la manifestation de son règne.

Qu’il vous donne la foi

Dans l’attente de la résurrection

Qu’il vous donne la paix

Amen

 

                                    MUSIQUE

 

 

VENDREDI SAINT 2025 – Marc 15

 

                                    MUSIQUE

 

                                    45/05 – (684)

                                    Ô Jésus ma joie

 

OUVERTURE

            Ô, Jésus ma joie… au plein milieu de la Passion, nous chantons – je vous fais chanter : Ô Jésus ma  joie. 

            Telle est la situation dans le texte de la Passion : c’est la nuit, c’est presque le matin, la comparution de Jésus devant le gouverneur romain est imminente. Et nous connaissons un peu la suite.

            Nous savons aussi que notre recueil de cantiques est pauvre en cantiques de lamentation. Nos anciens auraient-ils négligé quelque chose ? Auraient-ils eu peur de cet épisode terrible qu’est la fin de la Passion ?

            Ou bien, nous auraient-ils lancé comme une espèce de défi, ou même une sorte d’encouragement ? Encouragement à la joie. La joie : paisible recollection de soi… trouver la paix, comme ça, et accueillir la joie, dans l’instant ? C’est peut-être plutôt l’esquisse d’un chemin de paix, quelques premiers pas sur le chemin où la mort passe et où l’on espère que la vie, elle aussi, passera encore.

 

PRIERE

            Notre Dieu, notre Père, loué sois-tu de nous avoir donné Jésus, Roi des Juifs, Fils de Dieu

            Permets que nous l’entendions, que nous le voyons, que nous le comprenions.

            Donne-nous des cœurs disponibles, des cœurs accueillants.

            Amen

                                    MUSIQUE : CHORAL

 

Évangile selon Marc 15

1 Dès le matin, les grands prêtres tinrent conseil avec les anciens, les scribes et le Sanhédrin tout entier. Ils lièrent Jésus, l'emmenèrent et le livrèrent à Pilate.

 2 Pilate l'interrogea: «Es-tu le roi des Juifs?» Jésus lui répond: «C'est toi qui le dis.»

 3 Les grands prêtres portaient contre lui beaucoup d'accusations.

 4 Pilate l'interrogeait de nouveau: «Tu ne réponds rien? Vois toutes les accusations qu'ils       portent contre toi.»

 5 Mais Jésus ne répondit plus rien, de sorte que Pilate était étonné.

 6 À chaque fête, il leur relâchait un prisonnier, celui qu'ils réclamaient.

 7 Or celui qu'on appelait Barabbas était en prison avec les émeutiers qui avaient commis un meurtre pendant l'émeute.

 8 La foule monta et se mit à demander ce qu'il leur accordait d'habitude.

 9 Pilate leur répondit: «Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs?»

 10 Car il voyait bien que les grands prêtres l'avaient livré par jalousie.

 11 Les grands prêtres excitèrent la foule pour qu'il leur relâche plutôt Barabbas.

 12 Prenant encore la parole, Pilate leur disait: «Que ferai-je donc de celui que vous appelez le roi des Juifs?»

 

                             44/02 (655) 1-2-3

                             Seigneur je t’abandonne

 

13 De nouveau, ils crièrent: «Crucifie-le!»

 14 Pilate leur disait: «Qu'a-t-il donc fait de mal?» Ils crièrent de plus en plus fort: «Crucifie-le!»

 15 Pilate, voulant contenter la foule, leur relâcha Barabbas et il livra Jésus, après l'avoir fait flageller, pour qu'il soit crucifié.

 16 Les soldats le conduisirent à l'intérieur du palais, c'est-à-dire du prétoire. Ils appellent toute la cohorte.

 17 Ils le revêtent de pourpre et ils lui mettent sur la tête une couronne d'épines qu'ils ont tressée.

 18 Et ils se mirent à l'acclamer: «Salut, roi des Juifs!»

 

                             45/01 (680) 1-2-3

                             Ta volonté Seigneur mon Dieu

 

 19 Ils lui frappaient la tête avec un roseau, ils crachaient sur lui et, se mettant à genoux, ils se prosternaient devant lui.

 20 Après s'être moqués de lui, ils lui enlevèrent la pourpre et lui remirent ses vêtements. Puis ils le font sortir pour le crucifier.

 21 Ils réquisitionnent pour porter sa croix un passant, qui venait de la campagne, Simon de Cyrène, le père d'Alexandre et de Rufus.

 22 Et ils le mènent au lieu-dit Golgotha, ce qui signifie lieu du Crâne.

 23 Ils voulurent lui donner du vin mêlé de myrrhe, mais il n'en prit pas.

 24 Ils le crucifient, et ils partagent ses vêtements, en les tirant au sort pour savoir ce que chacun prendrait.

 25 Il était neuf heures quand ils le crucifièrent.

 26 L'inscription portant le motif de sa condamnation était ainsi libellée: «Le roi des Juifs».

 

                             33/18 (418) 1-2-3

                             Splendeur et gloire

 

 27 Avec lui, ils crucifient deux bandits, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche.

 28

 29 Les passants l'insultaient hochant la tête et disant: «Hé! Toi qui détruis le sanctuaire et le rebâtis en trois jours,

 30 sauve-toi toi-même en descendant de la croix.»

 31 De même, les grands prêtres, avec les scribes, se moquaient entre eux: «Il en a sauvé d'autres, il ne peut pas se sauver lui-même!

 32 Le Messie, le roi d'Israël, qu'il descende maintenant de la croix, pour que nous voyions et que nous croyions!» Ceux qui étaient crucifiés avec lui l'injuriaient.

                                   

                                    MUSIQUE CHORAL

 

 33 À midi, il y eut des ténèbres sur toute la terre jusqu'à trois heures.

 34 Et à trois heures, Jésus cria d'une voix forte: «Eloï, Eloï, lama sabaqthani?» ce qui signifie: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?»

 35 Certains de ceux qui étaient là disaient, en l'entendant: «Voilà qu'il appelle Elie!»

 36 Quelqu'un courut, emplit une éponge de vinaigre et, la fixant au bout d'un roseau, il lui présenta à boire en disant: «Attendez, voyons si Elie va venir le descendre de là.»

 37 Mais, poussant un grand cri, Jésus expira.

 38 Et le voile du sanctuaire se déchira en deux du haut en bas.

                                   

                                    SILENCE

            Dieu aurait ainsi abandonné son Fils ? Nous imaginons Dieu, comme ça, filant à l’anglaise, prenant discrètement congé de son fils, et s’en retournant dans des cieux très éloignés, là où aucune prière ne l’atteint. Ce que nous pouvons faire en imagination au moins. Notre imagination est souvent fertile lorsqu’il s’agit de Dieu… notre imagination est diversement fertile, pour les choses appelant la louange elle produit plus volontiers que pour les choses appelant la lamentation et les larmes. La prière humaine, dans ses formes liturgiques, est asymétrique. Que peut-on prier – qui peut-on prier – lorsque le chaos et la douleur sont présents ?

            Et le crucifié, Roi des Juifs, qu’a-t-il pensé, au bout de son supplice, lorsque tout, absolument tout s’est écroulé et qu’il n’a même pas vu l’ombre d’un seul de ses disciples pour lui indiquer qu’il n’avait pas œuvré en vain ?

            Dieu m’a abandonné, a-t-il crié, et prié, une prière vide pour une espérance vide et en face du néant. C'est-à-dire que – pardonnez-moi le propos – c’est foutu… le meilleur des enseignements a été donné par le meilleur des maîtres, la chair, le sang, la science, la rhétorique, pour rien, absolument et définitivement rien, une détresse à la hauteur de l’engagement, car lorsque l’engagement est total, la détresse est totale.

                 

                             33/17 (655) 1-2-3

                             Jésus qui mourut pour moi

 

Marc 15 39 Le centurion qui se tenait devant lui, voyant qu'il avait ainsi expiré, dit: «Vraiment, cet homme était Fils de Dieu.»

 40 Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance, et parmi elles Marie de Magdala, Marie, la mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé,

 41 qui le suivaient et le servaient quand il était en Galilée, et plusieurs autres qui étaient montées avec lui à Jérusalem.

 42 Déjà le soir était venu, et comme c'était un jour de Préparation, c'est-à-dire une veille de sabbat,

 43 un membre éminent du conseil, Joseph d'Arimathée, arriva. Il attendait lui aussi le Règne de Dieu. Il eut le courage d'entrer chez Pilate pour demander le corps de Jésus.

 44 Pilate s'étonna qu'il soit déjà mort. Il fit venir le centurion et lui demanda s'il était mort depuis longtemps.

 45 Et, renseigné par le centurion, il permit à Joseph de prendre le cadavre.

 46 Après avoir acheté un linceul, Joseph descendit Jésus de la croix et l'enroula dans le linceul. Il le déposa dans une tombe qui était creusée dans le rocher et il roula une pierre à l'entrée du tombeau.

 47 Marie de Magdala et Marie, mère de José, regardaient où on l'avait déposé.

                                   

                                    MUSIQUE : musique  33/28 Were you there when they crucified my Lord

 

            Et voici qu’aux voix qui ont parlé du Roi des Juifs, des voix que nous qualifierons d’autochtones, plus Pilate, gouverneur romain, habitué à discuter avec les autorités de Jérusalem et de Judée, à ces voix, donc, vient s’ajouter une autre voix, pour parler de Jésus, une autre appellation, un autre titre, Fils de Dieu. Ça n’est pas une appellation nouvelle, mais elle est rare dans l’évangile de Marc. Et surtout cette appellation fait partie du premier verset de l’évangile, qui est un titre, un projet. Marc 1,1 : « Commencement de l’Évangile de Jésus Christ Fils de Dieu ».

            Et à la fin – ou presque fin – fin de la passion – et donc conclusion de l’évangile, ce qu’on vous explique, ce qu’on vous invite à croire au sujet de cet homme-là : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu »

            Entre les deux Marc 1,1 et Marc 15,39 et donc dans les versets que nous méditons, Jésus est Roi des Juifs. Ce qui met sous nos yeux une question, Roi des Juifs, Fils de Dieu, est-ce la même chose ?

            Roi des Juifs en tout cas, c’est assez compréhensible. Non pas une royauté politique ou hiératique, tout le monde le sait, mais roi des Juifs, c’est une manière de s’en tenir aux Écritures, avec une foi et une application haussées jusqu’à l’obstination, c’est une générosité portée jusqu'à l’effacement de soi, c’est une fraternité portant d’ailleurs au-delà des frontières ethniques, nationales et confessionnelles, c’est tout cela, Roi des Juifs.

            Mais Fils de Dieu ? C’est un centurion romain qui le dit au pied de la croix. Un Romain ? Qu’est-ce qu’un Romain commis d’office au pied d’un crucifix, avec pour titulus le roi des Juifs peut comprendre à cette affaire entre Juifs ? Quelque chose, pas grand-chose, mais suffisamment pour essayer de dire ce qu’il ressent. Ce qu’il ressent, il le traduit en langue et en culture religieuse romaines. Le centurion romain s’essaie à la théologie.

            Ce qui donne fils de Dieu, qui est le bagage d’un centurion romain. Car les dieux romains sont capables d’enfanter, et les enfants des dieux romains peuvent mourir.

            Quant à Marc, le premier des évangiles, dont on dit parfois que c’est à Rome qu’il a été formé, il essaie de porter les croyants à croire ensemble, de les porter à la fraternité, tous enfants d’un même Dieu, en assimilant diverses formes des dieux, du juif, et du romain. Et les discussions œcuméniques qui ont lieu depuis lors n’ont fait que suivre cette voie, cette méthode.

 

Offrande

                             MUSIQUE pendant l’offrande

 

NOTRE PERE

 

                             43/07 (642) 1-2-3 : Venez au prince de la vie

 

Bénédiction

                                    MUSIQUE DE FIN

 


samedi 19 avril 2025

Et il vit et il crut (Jean 20,1-9)

                                  

Jean 20

1 Le premier jour de la semaine, à l'aube, alors qu'il faisait encore sombre, Marie de Magdala se rend au tombeau et voit que la pierre a été enlevée du tombeau.

 2 Elle court, rejoint Simon-Pierre et l'autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit: «On a enlevé du tombeau le Seigneur, et nous ne savons pas où on l'a mis.»

 3 Alors Pierre sortit, ainsi que l'autre disciple, et ils allèrent au tombeau.

 4 Ils couraient tous les deux ensemble, mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau.

 5 Il se penche et voit les bandelettes qui étaient posées là. Toutefois il n'entra pas.

 6 Arrive, à son tour, Simon-Pierre qui le suivait; il entre dans le tombeau et considère les bandelettes posées là

 7 et le linge qui avait recouvert la tête; celui-ci n'avait pas été déposé avec les bandelettes, mais il était roulé à part, dans un autre endroit.

 8 C'est alors que l'autre disciple, celui qui était arrivé le premier, entra à son tour dans le tombeau; il vit et il crut.

 9 En effet, ils n'avaient pas encore compris l'Écriture selon laquelle Jésus devait se relever d'entre les morts.


Prédication : 

            Et la lecture qui nous est proposée se finit là, « Ils n’avaient pas encore compris l’Écriture selon laquelle Jésus devait se relever d’entre les morts », lecture qui laisse de côté diverses apparitions célèbres, une affaire de jardinier putatif et finalement Jésus est reconnu, et finalement surtout la résurrection est convenablement attestée et peut être reconnue. Avec de telles attestation, on ne peut qu’adhérer, parce que ces apparitions, ces attestations d’apparitions emportent la raison – ou plutôt le raisonnement. Et plus le texte se poursuit, plus les apparitions se multiplient et plus la résurrection s’inscrit dans l’histoire du temps long des communautés chrétiennes, communautés de ceux qui affirment qu’il est ressuscité d’entre les morts, lui entre tous, l’unique absolu, un dans l’histoire des communautés humaines, qui revient de la mort. Et savez-vous qu’un des Pères de l’Eglise s’était appuyé, pour établir la résurrection, sur le mythe – ou plutôt la légende – du Phénix, qu’il situait au fin fond du monde connu, sud de l’Égypte à l’époque, pour expliquer que Jésus revive. Réinscrire Jésus donc dans le temps long de la narration historique, tel est le sens possible de cette noria d’apparitions du ressuscité…

            Mais le choix du texte nous oriente vers une autre voie – une voie qui n’est à proprement parler pas une voie, qui n’est pas un chemin qu’on pourrait suivre même si, de fait, Pierre et l’autre disciple suivent un chemin. Je ne sais pas si vous avez vu que l’un et l’autre se font la course, au plus rapide, au plus perspicace, au plus curieux. C’en est même presque burlesque, et on les verrait bien, tant l’un que l’autre, sous les traits de grands acteurs burlesques qui au comble de l’étonnement pour une raison quelconque, regardent face caméra avec leurs yeux plein d’étonnement. Qui, de Keaton ou de Chaplin est le meilleur à ceux jeu-là ?

            En tout cas, cette course à deux, avec top départ à Marie de Magdala, opère comme une dislocation du récit. Le recueillement probablement de rigueur en des circonstances particulièrement tragiques – il y a un mort, et ce mort c’est Jésus – exigerait – le recueillement – une marche assez lente et mesurée, une démarche adaptée, en somme une marche de procession. Nous n’avons pas entendu dire qu’il existe, dans les rituels que l’humanité a inventés, un seul cortège qui se passe au pas de course. On est recueilli devant la mort, et l’on prend son temps – le temps de la mort – et vue temps que dure la mort, les cortèges ne peuvent pas être rapides. D’ailleurs il y a un certains temps qu’il est nécessaire de pouvoir passer dans les cimetières afin qu’un certain travail de détachement puisse avoir lieu, 45 minutes dans notre culture. Vous voyez que, ramené aux dimensions des cimetières, ça fait une marche très lente. Rien à voir avec la course entre Pierre et le disciple que Jésus aimait. S’il doit y avoir une ressemblance entre eux et nos processions d’aujourd’hui, c’est que chacun fait son petit bout de chemin avant l’autre, l’autre profitant du chemin déjà ouvert pour avancer à son tour un petit plus. Ce qui relève toutefois encore du récit, du temps long.

            Or, il y a tout autre chose dans le récit qui nous est proposé. C’est une chose qui est tout autre, une chose qui n’est pas une chose, dont il est très difficile de parler, d’ailleurs l’auteur de l’évangile de Jean prend seulement quatre mots pour dire cette chose qui n’est pas une chose : l’autre disciple enta dans le tombeau, et il vit et il crut. Quatre mots, les verbes sans pronoms, la répétition du et, et clac, le récit est tellement tendu qu’il claque comme un élastique, et entre ces deux morceaux de texte quelque chose d’inouï est manifesté, la résurrection. La résurrection, dans le texte, c’est une question de style, et l’auteur de l’évangile a trouvé un style propre à exprimer…

            La résurrection, c’est ce qui fait que l’être humain passe de il vit à il crut. Avant d’en dire un peu plus nous avons ici une réponse à la question de norias d’images et d’apparitions qu’on nous a évités en ce beau dimanche de Pâques. La résurrection, si nous avons bien compris, c’est le passage de il vit à il crut, et bien si c’est bien cela qui nous arrive, si c’est bien ce passage-là qui a lieu ce matin dans nos chants et nos prières, et bien nous n’avons pas besoin d’apparitions, la résurrection est au-delà de ce qui se voit, elle n’en a pas besoin. Elle est même au-delà de toute compréhension.

            Nous revenons maintenant au verset 9 de notre texte, qui semble suggérer que cette course entre les deux disciples et son aboutissement eurent lieu parce « qu’ils n’avaient pas encore compris l’Écriture selon laquelle Jésus devait se relever d’entre les morts. »

            Voyez-vous, si nous cherchions dans les Écritures l’Écriture selon laquelle Jésus devait, ou doit, se relever d’entre les morts, nous devrions cherche longtemps avant de ne rien trouver. Les textes ne parlent pas de ça comme ça, comme une correspondance entre le récit du temps long et les faits relatés. Je crois pourtant que le texte, s’agissant de la résurrection, ne parle presque de ça, c'est-à-dire de la possibilité que la vie revienne, que la grâce ne soit pas éteinte, que la résurrection soit cet instant de grâce après lequel croire redevient possible, croire, c'est-à-dire avancer.

            Mais cela ne relève pas du fait de comprendre l’Écriture, comme on comprend une explication, ou une démonstration, et alors on peut répéter et avoir une bonne note à l’examen. Ce texte, là où il évoque la résurrection, c’est il vit et il cru, ne demande pas à être compris, mais à être en quelque sorte pénétré, peut-être ingéré, pour devenir une expérience en nous – et je n’hésite pas à le dire, je crois que celui qui s’investit de tout son cœur dans la lecture de ce fragment peut faire l’expérience de ce que texte proclame.

            Ainsi, la résurrection, en ce jour, au moment où nous fêtons Pâques, correspond bien sûr à toutes sortes de manifestations historiques dont les récits s’inscrivent dans le temps longs de l’histoire qu’on appelle souvent histoire sainte, mais elle est aussi une promesse toujours actuelle parce qu’inscrite dans de discrets recoins des langues humaines, ainsi que nous avons lu : et il vit, et il crut.

 

 

samedi 12 avril 2025

Quand les pierres crieront (Luc 19,28-40)

 

Luc 19

28 Sur ces mots, Jésus partit en avant pour monter à Jérusalem.

 29 Or, quand il approcha de Bethphagé et de Béthanie, vers le mont dit des Oliviers, il envoya deux disciples

 30 en leur disant: «Allez au village qui est en face; en y entrant, vous trouverez un ânon attaché que personne n'a jamais monté. Détachez-le et amenez-le.

 31 Et si quelqu'un vous demande: ‹Pourquoi le détachez-vous?› vous répondrez: ‹Parce que le Seigneur en a besoin.› »

 32 Les envoyés partirent et trouvèrent les choses comme Jésus leur avait dit.

 33 Comme ils détachaient l'ânon, ses maîtres leur dirent: «Pourquoi détachez-vous cet ânon?»

 34 Ils répondirent: «Parce que le Seigneur en a besoin.»

 35 Ils amenèrent alors la bête à Jésus, puis jetant sur elle leurs vêtements, ils firent monter Jésus;

 36 et à mesure qu'il avançait, ils étendaient leurs vêtements sur la route.

 37 Déjà il approchait de la descente du mont des Oliviers, quand tous les disciples en masse, remplis de joie, se mirent à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu'ils avaient vus.

 38 Ils disaient: «Béni soit celui qui vient, le roi, au nom du Seigneur! Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux!»

 39 Quelques Pharisiens, du milieu de la foule, dirent à Jésus: «Maître, reprends tes disciples!»

 40 Il répondit: «Je vous le dis: si eux se taisent, ce sont les pierres qui crieront.»


Prédication : 

            Dans le texte que nous venons de lire, et qui rapporte l’histoire d’une procession royale, il y a deux problèmes, les premiers mots, et les derniers mots.

            Les premiers mots, ceci : « Sur ces mots, Jésus partit … pour Jérusalem ». Et comme souvent, nous allons revenir sur ces mots, justement, une parabole, peut-être la plus dure de toutes les paraboles de la Bible. Ça ressemble à la parabole des talents, mais augmentée de plusieurs éléments : le maître part au loin pour se faire couronner roi de son propre pays, et il confie des richesses à tels serviteurs avec pour tâche de faire du business jusqu’à son retour ; ce que les serviteurs feront avec plus ou moins de bonheur ; le maître est suivi dans on voyage par un groupe d’intrigants qui ne veulent pas du couronnement ; le couronnement a lieu, le maître rentre chez lui, règle les cas de ses serviteurs et la parabole se finit ainsi, parole de Jésus, « 27 Quant à mes ennemis, ces gens qui ne voulaient pas que je règne sur eux, amenez-les ici et égorgez-les devant moi.› »

            C’est une finale de parabole absolument violente. Et si l’on a en mémoire les petites affaires de graines qui germent, de petits moutons et de gentilles pièces perdues et retrouvées, donc des paraboles, les paraboles en somme, auxquelles nous sommes finalement habituées, on se trouve ici bien surpris… On nous dit que pour interpréter les paraboles il faut s’imaginer dans tous les rôles de tous les personnages, mais là, qu’allons-nous faire ? Et c’est dans la bouche de Jésus, avec quoi semble-t-il il cloua le bec de tout le monde pour un certain temps et s’avança vers Jérusalem pour mettre en scène cet épisode que nous connaissons sous le nom des Rameaux.

 

            La chronique romaine nous rapporte qu’Archelaüs, fils d’Hérode le Grand, se rendit à Rome pour se faire couronner par l’Empereur, et revint au pays avec un certain titre. Archelaüs fut un très mauvais roi. Quant à la punition sanglante, elle fut infligée une fois au moins dans l’histoire biblique par l’Empereur Nabuchodonosor au roi Sédécias qui avait comploté et s’était rebellé contre lui. Ces attestations historiques donnent un certain poids au récit. Mais il nous faut tâcher de comprendre ce que ça signifie lorsque c’est mis dans la bouche de Jésus et à un tournant de son ministère. Or, justement, cette parabole nous suggère qu’il y a un certain retournement, un retournement majeur, de la parole aux actes, et ces actes portent la mort en eux. Le maître part se faire couronner, c'est-à-dire qu’il respecte les formes juridiques en vigueur, mais dès qu’il a sa couronne, il se transforme en un tyran sanguinaire. Il n’y a pas de commentaire à faire sur cette transformation. Ça arrive comme ça, parfois, les puissants ne résistent pas à la tentation.

            Jésus parle ainsi de son couronnement à venir, vous savez ce que sera sa couronne. Quelle sorte de maître, quelle sorte de roi sera-t-il ? Pour nous poser cette question, nous devons faire l’effort de ne pas nous souvenir de tout ce que nous savons déjà. Nous sommes capables de comprendre en partie au moins les annonces de la passion, que c’est pour bientôt… que ça se passe à Jérusalem, mais nous ne savons pas comprendre l’incroyable violence des propos de Jésus. Nous restons bouche bée.

 

            Là-dessus, il y a une procession royale, ou humblement royale, tout comme l’a imaginée le prophète Zacharie (9,9-10). Peu de choses à dire là-dessus : le Messie entre à Jérusalem avec tout un tapage. Quelqu’un m’avait appris que ça n’avait pas pu être une grande foule, et que si les Pharisiens avaient réclamé le silence, c’était pour éviter que le tapage ne devienne tumulte et que la troupe romaine ne vienne remettre de l’ordre avec ses méthodes à elle, sanglantes encore une fois. Mais la scène reste fantastique et énigmatique. « Si eux se taisent, ce sont les pierres qui crieront. » Qu’est-ce que veut dire cette phrase obscure ? Elle signifie que ce que les humains sont empêchés de dire, les choses les vocifèrent. Et nous avons quelque chose comme ça dans le prophète Habacuc (2,11) : « Malheur à celui qui commet pour sa maison des rapines injustes (…) car la pierre des murailles crie et la poutre de la charpente lui répond. » Les choses sont – thèse un rien animiste – animées, et elles sont des témoins infaillibles de nos vies.

            Or donc si les disciples sont empêchés de crier leur joie, ce sont les pierres qui crieront. Pourquoi les pierres ? Et pas les poutres de la toiture ? Les pierres en question pourraient bien être les pierres du chemin, ou des maisons, ou même les pierres du Temple, allusion faite à sa beauté, allusion faite aussi à sa destruction prochaine et inévitable. Destruction qui signera la fin du culte sous sa forme sacrificielle, et qui signera le commencement d’une autre manière d’adorer, dans laquelle la réflexion du croyant trouvera la meilleure place.

            Alors, il y a une question qui se pose : qu’est-ce qui est porteur de la louange et de l’adoration, les monuments, ou les humains ? Et pour parler comme Paul aux Corinthiens, le temple du Saint Esprit, est-ce le Temple, ou le corps de l’être humain ? Halte-là les pierres donc, du moins tant que les corps sont libres de louer Dieu, et si cette liberté se perd, que les pierres prennent le relais. Et c’est ainsi que la louange à Dieu ne pourra jamais cesser.

 

            Et dans le rapport à cette louange, et dans le rapport à nos frères les humains, quelle sœur, quel frères seront nous ? Et bien puissions-nous toujours porter la louange et vivre selon ce qu’elle exprime.

            Amen