samedi 16 janvier 2021

Formation de la première communauté chrétienne (Jean 1,35-43)


 Jean 1
35 Le lendemain, Jean se tenait là, de nouveau, avec deux de ses disciples. 36 Regardant Jésus qui passait, il dit : " Voici l'agneau de Dieu. " 37 Les deux disciples entendirent ses paroles et suivirent Jésus.

38 Jésus se retourna et, voyant qu'ils le suivaient, leur dit : " Que cherchez-vous ? " Ils lui dirent : "Rabbi - ce qui veut dire Maître -, où demeures-tu ? " 39 Il leur dit : " Venez et voyez. " Ils vinrent donc et virent où il demeurait, et ils demeurèrent auprès de lui de jour-là. C'était environ la dixième heure.

40 André, le frère de Simon-Pierre, était l'un des deux qui avaient entendu les paroles de Jean et suivi Jésus. 41 Il rencontre en premier lieu son frère Simon et lui dit : " Nous avons trouvé le Messie " - ce qui veut dire Christ. 42 Il l'amena à Jésus. Jésus le regarda et dit : " Tu es Simon, le fils de Jean ; tu t'appelleras Céphas " - ce qui veut dire Pierre.

43 Le lendemain, Jésus résolut de partir pour la Galilée ; il rencontre Philippe et lui dit : " Suis-moi ! "

Prédication

            « Le lendemain, Jean (le Baptiste) se tenait là, de nouveau, avec deux de ses disciples. Et voyant Jésus qui passait, il dit : « Voici l’agneau de Dieu. » Les versets de l’évangile de ce dimanche commencent par le lendemain ; et notre curiosité nous fait nous demander ce qu’il en est de la veille.

            En lisant ce qui a trait à la veille, nous tombons sur : « Le lendemain, il (Jean le Baptiste) voit Jésus venir à lui et il dit : « Voici l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. » Et c’est ainsi que nous apprenons qu’à partir de l’avant-veille tout « cela se passait à Béthanie, au-delà du Jourdain, où Jean le Baptiste baptisait.

            Pendant ces trois jours, c’est là que ça se passe, là où se tient Jean le Baptiste, là où se tiennent aussi ses disciples. Ils se tiennent en ce lieu-là.

           

            Ils se tiennent, fixement, en ce lieu-là ; or (nous lisons), « voyant Jésus qui passait », Jean le Baptiste dit "Voici l’Agneau de Dieu". Prêtons attention à ceci : « Voyant Jésus qui passait… » Cela fait contraste avec ce que nous venons justement de voir : des hommes qui se rassemblent sur le même lieu avant-hier, hier, et aujourd’hui, et un autre homme qui, lui, passe. Il y a donc ici un contraste fort entre Jean le Baptiste et Jésus : le contraste qu’il y a entre l’immobile et le mouvement… Même si, dans ce tableau très simple que nous dépeignons, Jean le Baptiste et ses disciples représentent l’immobile, Jean le Baptiste trouve en lui  ce qu’il faut d’énergie, et peut-être de courage, pour une prise de parole et il dit : « Voici l’agneau de Dieu. »

            Laissons quelques instants Jean le Baptiste et projetons-nous quelques siècles plus tôt, lorsqu’un petit gars de rien du tout appelé Samuel faisait son apprentissage d’homme de Dieu auprès d’un vieux prêtre du nom d’Éli, au sanctuaire de Silo. A Silo, très ancien site où se pratiquait le culte et où se rendait la justice, tout s’était figé, puis gâté. Les fils du vieux prêtre étaient décadents, leur père était un faible, et Dieu n’allait pas tarder à parler. Dieu n’allait pas tarder à parler, mais qui allait authentifier la divine parole ? Lorsque Dieu appelle enfin Samuel, c’est le vieux prêtre Éli qui saura authentifier la divine parole, et, avec un courage inouï, il exigera que l’enfant fasse connaître exactement tout ce que Dieu aura dit… et ce que Dieu dit ce jour-là condamnait sans pitié aucune Éli le prêtre et ses vauriens de fils. Il y a souvent, dans la Bible, une association pleine de vérité entre la douceur de l’appel et l’exigence de la mission…

            Revenons à Jean le Baptiste et à ses disciples qui sont là, et à Jésus qui passe. Bien qu’immobile, Jean trouve en lui l’inspiration et la force de dire : « Voici l’agneau de Dieu. » Et il s’ensuit sans délai que « les disciples (de Jean le Baptiste), entendant ces paroles, suivirent Jésus ». Pour Jésus, deux disciples de plus, ses premiers disciples, et pour Jean le Baptiste, deux disciples de moins… Retenons ici que la parole inspirée, la parole de vérité, celle qui dit le Christ et montre le Christ, rapproche du Christ ceux qui l’entendent, et les éloigne en même temps de ceux qui la disent. Et ainsi, de fixes qu’ils étaient, les deux disciples de Jean le baptiste deviennent mobiles : ils suivent Jésus.

            Nous nous réjouissons de ce que ces deux premiers disciples, entendant ce que dit leur maître, se mettent en mouvement, et suivent Jésus. Ils suivent donc Jésus, et nous lisons : « Jésus se retourna et, voyant qu’ils le suivaient, leur dit : "Que cherchez-vous ?" » Et ils répondent : « Rabbi, où demeures-tu ? » Cette question vient alimenter notre réflexion sur l’immobile et le mouvement. Ces deux disciples se sont certes mis en mouvement pour suivre Jésus, mais la demande qu’ils adressent à leur nouveau maître est une demande de demeurer, de rester là quelque part. C’est comme s’ils changeaient de maître comme on change de maison. Et les voici, ces deux disciples, prêts à une nouvelle immobilité. C’est leur faiblesse qui se manifeste là, faiblesse d’une foi trop jeune, qui certes veut bien suivre le Christ, mais qui ne saisit pas encore que suivre le Christ est une aventure de chaque jour, et qui préfère donc le certain à l’incertain, le je sais au je crois. 

            Ceci dit, même Jésus demeure quelque part. « Vous voulez savoir où je demeure ? Venez et vous verrez. » Nous n’avons aucune idée de ce lieu où Jésus demeurait ce jour-là. Nous pouvons dire que c’était assez grand pour trois. Nous ne savons pas ce qui s’y est dit. Mais nous savons que, immédiatement après, les deux premiers disciples appelèrent d’autres disciples. Même Jésus demeure quelque part, avons-nous dit. Mais nous allons ajouter que Jésus ne demeure jamais longtemps au même endroit. Lisons encore : « Le lendemain, Jésus voulut s’en aller vers la Galilée ; il trouve Philippe et lui dit : "Suis-moi !" » Et Philippe, qui semble n’avoir été disciple de personne avant d’être appelé par Jésus est projeté d’emblée dans ce mouvement sans fin, dans cette aventure de la foi qu’est de suivre Jésus.

 

            Arrivé à ce moment de la lecture de l’évangile de Jean, nous pouvons voir une petite communauté : Jésus, et quatre hommes. N’hésitons pas à appeler Eglise cette première communauté. Est-elle unie ? Deux de ces hommes sont porteurs d’une confession de foi particulière, qu’ils tiennent de Jean le Baptiste : « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. » Comment les deux autres hommes vont-ils recevoir cette confession de foi ? Nous ne le savons pas. Nous voyons seulement quatre hommes qui suivent Jésus en direction de la Galilée. Ils n’ont pas tous été appelés de la même manière, mais tous ils ont choisi de suivre Jésus. Et de ce point de vue, ils sont unis.

            Cette petite première Église est unie. Nous savons que son unité va être mise à l’épreuve… Mais pour l’heure, elle est unie dans une forme très essentielle de l’unité. Tous ont choisi de suivre Jésus, même si tous n’ont pas reçu le même appel, et même si tous n’ont pas reçu le même appel, c’est ensemble qu’ils vont le suivre.

           

            Sœurs et frères, nous sommes juste un peu plus de quatre et nous n’avons pas tous reçu le même appel. Cependant le Christ, l’Agneau de Dieu, celui dont il est écrit dans la Loi et les Prophètes, l’unique Fils de Dieu et Messie, Jésus de Nazareth en Galilée, nous appelle tous à ne pas rester sur place, nous appelle à marcher à sa suite. Ensemble suivons-le donc ! Amen



samedi 9 janvier 2021

L'évangile, Jean Baptiste, la discontinuité (Marc 1,1-15)

Marc 1 : 1 Commencement de l'Évangile de Jésus Christ Fils de Dieu:

2 Ainsi qu'il est écrit dans le livre du prophète Esaïe, Voici, j'envoie mon messager en avant de toi, pour préparer ton chemin. 3 Une voix crie dans le désert: Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.

4 Jean le Baptiste parut dans le désert, proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés. 5 Tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui; ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en confessant leurs péchés. 6 Jean était vêtu de poil de chameau avec une ceinture de cuir autour des reins; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. 7 Il proclamait: «Celui qui est plus fort que moi vient après moi, et je ne suis pas digne, en me courbant, de délier la lanière de ses sandales. 8 Moi, je vous ai baptisés d'eau, mais lui vous baptisera d'Esprit Saint.»

 9 Or, en ces jours-là, Jésus vint de Nazareth en Galilée et se fit baptiser par Jean dans le Jourdain. 10 À l'instant où il remontait de l'eau, il vit les cieux se déchirer et l'Esprit, comme une colombe, descendre sur lui. 11 Et des cieux vint une voix: «Tu es mon Fils bien-aimé, il m'a plu de te choisir.» 12 Aussitôt l'Esprit pousse Jésus au désert. 13 Durant quarante jours, au désert, il fut tenté par Satan. Il était avec les bêtes sauvages et les anges le servaient.

14 Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée. Il proclamait l'Évangile de Dieu et disait :15 «Le temps est accompli, et le Règne de Dieu s'est approché: convertissez-vous et croyez à l'Évangile.»

Prédication

Pour toute ma vie je me rappellerai l’ordre des gares entre Charleville-Mézières et Paris, trajet du premier train que je pris tout seul – je devais avoir 8 ans – sans discontinuité – c'est-à-dire sans changement ni correspondance – le voyage durait trois heures 30. C’était un train direct, sur une ligne directe.

Une ligne directe est une ligne jalonnée par un ensemble de gares qui sont de même nature… On ne pense jamais à ces choses-là, à la nature d’une gare, à ce à quoi une gare tient sa nature de gare…

Dans notre recueil de cantiques, Alléluia, la référence 32/31 porte le titre "Écoutez ! Un saint cantique". C’est un chant de Noël dont la première strophe finit ainsi : « La Loi conduit à la grâce, Et Moïse à Jésus Christ. »

Y a-t-il une ligne directe, et des trains directs, pour aller de la Loi à la grâce, et aussi pour aller de Moïse à Jésus Christ ? Pour qu’il y ait des lignes directes, il faudrait que la Loi soit de même nature que la grâce, et que Moïse soit de même nature que Jésus Christ. Et nous pressentons que ça n’est pas le cas, il doit y avoir quelque chose de discontinu.

Mais alors, comment peut-on parler de la grâce, si l’on a toujours parlé de la Loi ? Et comment peut-on parler de Jésus Christ, si l’on a toujours parlé de Moïse et des prophètes ?

 

Avec ces questions simples, nous sommes projetés au cœur du problème posé par les versets que nous venons de lire dans l’évangile de Marc. Et ce problème est : comment peut-on parler de Jésus Christ ?

En fait, ce doit être LE problème posé par l’évangile de Marc, dans toute sa totalité, du 1er au 16ème chapitre. Un problème vraiment difficile.

C’est un problème tellement difficile, celui de devoir parler de quelque chose de tellement inédit, que Marc a inventé un genre littéraire nouveau pour parler d’un homme – de cet homme-là, Jésus, de son message, et de la transmission de son message. Ce genre littéraire porte le même nom que le message qu’il véhicule, et ce nom c’est évangile.

Plus encore qu’un problème, la rédaction d’un évangile est un défi : peut-on parler de quelque chose d’inouï, de sorte que cela soit compréhensible, et que cela ne cesse pas pour autant d’être inouï ? L’auteur de l’évangile de Marc a relevé le défi. 

Nous nous intéressons à quelques versets de ce défi, ceux dans lesquels Jean le Baptiste parle de Jésus. Sous nos yeux, dans nos oreilles, Jésus, et Jean Baptiste, Jean Baptiste avant Jésus, ce que Jean Baptiste annonce, et comment il parle de Jésus…

CONTINUITE

Parlons d’abord de continuité. Jean le Baptiste est vêtu comme un prophète, vit comme un prophète et prêche d’abord comme un prophète : l’urgence des temps à venir appelle une conversion et un pardon des péchés, un baptême est le moyen de ce pardon. Il n’y a rien d’original à cette étape, l’on est juste en régime de continuité. Mais c’est le discontinu qui nous intéresse.

DISCONTINUITES

            Là où les autres prophètes ou prédicateurs annonceraient le jugement de Dieu puis s’arrêteraient, Jean le Baptiste continue. Il parle d’un autre homme, et de cet autre homme il dit quatre choses que nous allons tâcher de comprendre comme des discontinuités :

  1. De celui qui vient, Jean le Baptiste dit : Il est plus fort que moi

Si l’on pensait ici en termes de continuité, cela signifierait par exemple que Jésus est plus fort comme orateur, et plus fort aussi comme faiseur de miracles. Il y a, dans notre patrimoine biblique, des textes qui rapportent des concours de miracles entre prophètes. Le prophète de Dieu, Élie, est plus fort que les prophètes de Baal, et nous savons comment ça finit… Ce genre de comparaison en plus fort que finit toujours par des assassinats.

Jésus est plus fort que Jean le Baptiste, soit, il est plus fort en prédication, en enseignements et en miracles, mais c’est d’une autre force qu’il s’agit, une force sans laquelle prédication, enseignements et miracles ne sont que compétitions stériles. Comment appellerons-nous cette force ? La force du serviteur ? La force de l’amour ? En laquelle il n’y a  nulle comparaison parce qu’en elle, tout est don.

  1. De celui qui vient, Jean le Baptiste dit : Il vient après moi

N’allons pas penser que Jean le Baptiste arrive à 18h45 et que Jésus n’arrive qu’à 20h. C’est peut-être effectivement une question de chronologie, mais pas d’une manière essentielle.

Jésus ne vient pas seulement après, il vient aussi comme dans le sillage du Baptiste. Cette image est encore trop marquée par la continuité. Imaginons que le Baptiste, par ses paroles et par son baptême, fait des sortes de trous dans le langage habituel, et dans les idées reçues… et Jésus peut ainsi venir par ces sortes de trous.

Faites droits ses sentiers, avons-nous lu aussi, mais ça n’est pas vraiment droits qu’il faut comprendre. Imaginez un chemin bien large et redressé, et un autre chemin, une piste à peine visible, perpendiculaire au grand chemin, avec une intersection à peine visible… Repérez ces petites intersections, car c’est de là qu’il peut venir ; mais ces intersections sont si peu repérables que vous serez toujours surpris qu’il vienne.

Alors, oui, il vient après, dans le sens où une sorte de quête et de défrichage préalables sont nécessaires, et il vient aussi toujours tout autrement qu’on l’imagine.

  1. De celui qui doit venir, Jean le Baptiste dit : Je ne suis pas digne, en me baissant, de délier la lanière de ses sandales.

Rituel d’accueil pour les voyageurs de ce temps-là, ôter les sandales du voyageur et lui laver les pieds. Ce n’était sans doute pas le maître de maison qui s’en chargeait. Une femme, ou un esclave… Entre un maître et un esclave, l’écart était réellement un écart de nature. Les notions de mérite, de volonté et de liberté ne concernaient absolument pas les esclaves.

Jean le Baptiste se voit, par rapport à celui qui doit venir, comme moins encore qu’un esclave, il se voit comme esclave d’un esclave.

En même temps, si nous voyons Jean le Baptiste comme un homme, humain comme nous le sommes, alors celui qui doit venir est plus qu’un maître, plus que le maître d’un maître ; celui qui doit venir est un maître dont la qualité ne se remarque pas à la condescendance avec laquelle il s’adresserait à ses contemporains, il est maître de l’enseignement et des actes de puissance, mais sa qualité est essentiellement d’être maître de la bonté.

  1. De celui qui doit venir – de celui qui vient – Jean le Baptiste dit à ses auditeurs qu’il les baptisera d’Esprit Saint.

Du baptême de Jean le Baptiste, nous pouvons dire qu’il s’accompagnait d’un engagement à ne plus pécher : appel à un amour du prochain tel qu’expliqué dans les cinq premiers livres de la Bible, un amour du prochain plutôt ethnique, et orienté dans une perspective égalitaire, et dans une perspective de justice, surtout en matière de commerce. Et on est bien là dans la continuité.

Nous ne savons pas vraiment dire ce qu’est le baptême d’Esprit Saint, et nous ne voulons pas nous hâter vers Luc et les Actes pour y acquérir un certain savoir. Il est plus intéressant ici, avec Marc, d’imaginer une sorte de première communauté ethnique plus ou moins incapable de s’ouvrir à des femmes, à des esclaves et à des païens. Nous imaginons la résistance à cette ouverture, résistance très forte parce qu’elle concerne des êtres de nature différente.

Et nous imaginons un autre baptême, que seul donnerait celui qui vient, un baptême qui serait suffisamment puissant et profond pour que  ces gens deviennent égaux, deviennent frères…

Ce baptême, affirment Jean le Baptiste, et Marc l’auteur de l’évangile, seul le donnera celui qui vient, seul le donne celui qui vient. Et nous pouvons penser que c’est en vivant comme il a vécu, et en invitant à vivre comme il a vécu que Jésus indique le sens de ce baptême.

Le baptême du Saint Esprit est toujours présenté par Jésus, proposé par Jésus et à recevoir de Jésus.


            Pour parler d’une rupture, d’une discontinuité, nous avons toujours besoin du langage de la continuité. Et nous n’y pouvons rien. Ainsi en va-t-il du langage, ainsi en va-t-il de la vie, il n’existe pas d’écriture structurée de la discontinuité.

En va-t-il ainsi de la foi ? Nous pourrions méditer sur chacun des moyens que nous avons pour dire notre foi. La liturgie, la prédication, l’étude, l’engagement fraternel… Tout cela contribue-t-il à la compréhension, à la réception et à la  manifestation de l’Évangile ?

Même si la réponse pressentie est volontiers positive, nous ne pouvons pas être trop certains, ni trop sûrs de nous-mêmes.

Car l’évangile dont nous vivons, et que nous prêchons, est toujours l’aiguillon qui nous éprouve et nous stimule, et tout en même temps il est la parole qui nous comble. Amen



samedi 2 janvier 2021

Seulement les mages (Matthieu 2:1-10)

Matthieu 2

1 Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem 2 et demandèrent: «Où est le roi des Juifs qui vient de naître? Nous avons vu son astre à l'Orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui.»

3 À cette nouvelle, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui. 4 Il assembla tous les grands prêtres et les scribes du peuple, et s'enquit auprès d'eux du lieu où le Messie devait naître. 5 «À Bethléem de Judée, lui dirent-ils, car c'est ce qui est écrit par le prophète : 6 Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'es certes pas le plus petit des chefs-lieux de Juda: car c'est de toi que sortira le chef qui fera paître Israël, mon peuple.»

7 Alors Hérode fit appeler secrètement les mages, se fit préciser par eux l'époque à laquelle l'astre apparaissait, 8 et les envoya à Bethléem en disant: «Allez vous renseigner avec précision sur l'enfant; et, quand vous l'aurez trouvé, avertissez-moi pour que, moi aussi, j'aille me prosterner devant lui.»

9 Sur ces paroles du roi, ils se mirent en route; et voici que l'astre, qu'ils avaient vu à l'Orient, avançait devant eux jusqu'à ce qu'il vînt s'arrêter au-dessus de l'endroit où était l'enfant. 10 À la vue de l'astre, ils éprouvèrent une très grande joie. 11 Entrant dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie, sa mère, et, étant tombés  à genoux, ils se prosternèrent devant lui ; ouvrant leurs coffrets, ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe.

12 Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner auprès d'Hérode, ils se retirèrent dans leur pays par un autre chemin.

Prédication

            Dans l’évangile de Matthieu, qui est allé à Bethléem se prosterner devant le Roi des Juifs qui venait de naître ? Les mages… et eux seulement. Le texte biblique ne précise aucunement quel était le nombre des mages venus d’Orient pour se prosterner devant l’enfant Jésus. Eux seuls y sont allés. Étonnant.

Étonnant, car lorsque les mages sont arrivés à Jérusalem en sachant que le Roi des Juifs venait de naître, ils ne savaient pas où il venait de naître. Par contre, ils ont trouvé là des gens qui savaient où le Roi des Juifs devait naître, mais qui ne savaient pas quand. Il s’est produit, après la mise en commun de ces savoirs, que tous savaient où et quand le Roi des Juifs était né : à Bethléem (10km au sud de Jérusalem, moins de deux heures de marche, moins d’une heure si l’on est pressé…).

Tous ont su, c'est-à-dire les mages, le roi Hérode, les grands prêtres et les scribes du peuple, et tout Jérusalem… La capitale juive tout entière est au courant, et personne alors n’entreprend de marcher deux heures pour aller se prosterner devant le Roi des Juifs qui vient de naître, personne que ces mages, étrangers. Nous pouvons légitimement nous demander pourquoi.

Nous allons tâcher de répondre à ce pourquoi.

 

Pour que quelqu’un aille se prosterner devant le Roi des Juifs, il faut qu’il ait parcouru un certain nombre d’étapes. Ces étapes sont autant de conditions que nous examinons. Pour aller se prosterner devant le Roi des Juifs, il faut :

  1. Savoir que les Juifs existent avec des traditions et des textes sacrés qui leurs sont propres ; et c’est un savoir que tous partagent dans notre texte, Juifs et mages. Nous retenons un mot, pour cette étape : existence.
  2. Il faut savoir aussi que le Dieu des Juifs est différent de tous les autres dieux, et qu’il est même toujours différent de tous les dieux possibles. Il ne peut être représenté, ne peut être réduit à une image, et son nom ne peut être prononcé… Ce qui est un savoir que les mages peuvent posséder autant que les Juifs, pourvu qu’ils soient lecteurs des Saintes Écritures. Et nous retenons un autre mot : différence.
  3. Il faut comprendre que cette différence radicale invite nécessairement à une ouverture vers l’universel. Le Dieu des Juifs ne peut pas être seulement un dieu national ou ethnique, moteur d’une espérance nationale... Sa différence radicale invite à une éthique particulière, une éthique qui ne peut pas être une éthique de possession et de domination, mais une éthique qui, même si elle est capable de s’affirmer face aux dominations et aux puissances, doit être faite de modestie et être orientée vers le partage, une éthique qui fonde une espérance pour le monde. Cela, tant les Juifs que les mages peuvent aussi le savoir, s’ils méditent les Saintes Écritures. Nous retenons maintenant le mot : ouverture.
  4. Avoir compris qu’il y aura un homme qui sera Roi des Juifs, c'est-à-dire que quelqu’un, un Juif, accomplira les Écritures. Et avoir compris aussi que par cet homme le Judaïsme s’ouvrira totalement aux Païens (et les mages sont Païens). C’est aussi une conviction que Juifs et Païens peuvent posséder, du fait toujours de leur lecture des Saintes Écritures. Et c’est encore un autre mot que nous retenons : accomplissement.
  1. Pour aller se prosterner devant le Roi des Juifs, il faut que toutes ces conditions soient réunies. Mais il faut aussi que le Roi des Juifs soit né, et qu’on sache qu’il soit né. Au début de notre récit, seuls les Mages venus d’Orient le savent. Et comment l’ont-ils su ? Les Mages d’Orient observent les étoiles et, comme nous l’avons lu, ils disent : « Nous avons vu son astre à l’Orient... », ou encore « Nous avons vu son astre se lever… ». Ce n’est pas le mouvement répété des astres qui a signalé aux Mages la naissance du Roi des Juifs, mais une singularité dans le cortège des astres, une singularité qu’ils ont su repérer et interpréter. Nous pouvons imaginer que leur science des astres couplée à leur science des Saintes Écritures a permis cette identification. Peut-être cela signifie-t-il qu’il faut toujours qu’un savoir en interroge un autre, qu’un savoir en féconde un autre, pour qu’un événement singulier et significatif soit identifié pour ce qu’il est… La discussion qui peut s’ouvrir ici pourrait être passionnante, mais nous la laissons là. Les Mages apportent à Jérusalem le savoir qu’ils ont : le Roi des Juifs vient de naître. Et dès lors, ce savoir sera partagé par tous. Mais seuls les Mages se décideront à faire le trajet restant. Et retenons enfin le mot : décision.

C’est ainsi que les Mages d’Orient se sont mis en route, et se sont trompé de lieu. Ils connaissaient le moment, mais pas l’endroit.

L’aventure de la foi en Dieu – le Dieu d’Israël – ou la quête du Roi des Juifs pour aller se prosterner devant Lui – est une aventure : la décision de se mettre en chemin y est essentielle. Pour arriver où ? On ne le sait. On ne le sait pas d’avantage qu’Abraham ne savait où était la terre promise lorsqu’il répondit à l’appel de Dieu et se mit en chemin.

Et c’est en chemin que les Mages reçurent le reste des informations, de la part d’Hérode… Ceux qui sont en quête du Roi des Juifs pour aller se prosterner devant Lui peuvent avoir confiance : il peut arriver que même les ennemis du Roi des Juifs leur montrent le bon chemin. Retenons alors le mot : providence.

Pourquoi les Mages d’Orient ont-ils été seuls à se rendre à Bethléem ? La réponse est à la fois simple et terrible : parce qu’ils étaient Païens. Étant Païens, leur espérance, rapport au Roi des Juifs, n’était pas celle d’une restauration nationale, d’une libération politique, du retour d’une grandeur passée. Nulle nostalgie, aucune attente précise d’une réponse précise et conforme à des aspirations trop formatées, juste l’espérance nue. Espérance !

Puisse notre espérance être toujours l’espérance de ces Païens.

Et puissions-nous demeurer toujours en chemin vers Bethléem, et en montrer aussi le chemin. Amen

Quelque part, une étoile !


samedi 19 décembre 2020

Conçu du Saint Esprit et né de la vierge Marie (Luc 1:26-38) Quatrième culte de l'Avent 2020

 Luc 1

26 Le sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée du nom de Nazareth,  27 à une jeune fille accordée en mariage à un homme nommé Joseph, de la famille de David; cette jeune fille s'appelait Marie.  28 L'ange entra auprès d'elle et lui dit: « Réjouis-toi, toi qui as reçu la plus grande des grâces, le Seigneur est avec toi.»

29 À ces mots, elle fut très troublée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.  30 L'ange lui dit: «Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. 31 Voici que tu vas être enceinte, tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. 32 Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père;  33 il régnera pour toujours sur la famille de Jacob, et son règne n'aura pas de fin.» 34 Marie dit à l'ange : « Comment cela se fera-t-il puisque je n'ai approché aucun homme ? » 35 L'ange lui répondit: «L'Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre; c'est pourquoi celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu. 36 Et voici que Élisabeth, ta parente, est elle aussi enceinte d'un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, elle qu'on appelait la stérile, 37 car rien n'est impossible à Dieu.»

38 Marie dit alors: «Je suis l'esclave du Seigneur. Que tout se passe pour moi comme tu me l'as dit!» Et l'ange la quitta.

Prédication

            Chaque fois que ce texte arrive dans la liste des lectures du dimanche, c’est la même question qui se pose de nouveau. Cette question d’ailleurs se pose aussi lorsque nous confessons la foi chrétienne en récitant le Symbole des Apôtres qui affirme, s’agissant de Jésus Christ, qu’il est notre Seigneur, qu’il a été conçu du Saint Esprit et qu’il est né de la vierge Marie.

            Cette question qui se pose est très simple, et d’ailleurs, la voici : « Crois-tu cela ? C’est un peu familier de la poser en tu ; mais la confession de foi est en je… Crois-tu que Jésus Christ, ton Seigneur, a été conçu du Saint Esprit et qu’il est né de la vierge Marie ?

            Sous cette forme, la question est peut-être trop personnelle pour que nous y répondions au cours du culte. Donnons-lui une forme un peu plus neutre : Qu’est-ce que croire, qu’est-ce que cela signifie, de croire que Jésus Christ a été conçu du Saint Esprit et est né de la vierge Marie ? Nous allons tâcher de répondre à cette question en reprenant les quelques versets de Luc qui sont proposés à notre lecture et à notre méditation.

            1.  Croire Jésus Christ conçu du Saint Esprit et né de la Vierge Marie, c’est d’abord croire. Croire, c’est un verbe ; en disant que c’est un verbe nous pensons à Rudolf Bultmann (1884-1976), théologien allemand important du XXe siècle, dont l’ouvrage majeur a pour titre en allemand Glauben und Verstehen, deux verbes, titre traduit en français par Foi et compréhension, qui sont deux substantifs. Les traducteurs français font assez souvent cela, rendre des verbes conjugués par des noms communs. En traduisant la pensée et la foi en noms plutôt qu’en verbes, ils la rendent plus saisissable. Mais la foi n’est pas quelque chose qui peut être figé dans des énoncés ni saisi. Il n’y a pas de foi si ce n’est croire, l’activité de croire, croire, questionner, répondre et agir.

           2.  Par ordre d’apparition dans le texte, l’ange est le premier qui agit. Il agit d’ailleurs d’une manière assez cavalière, il s’invite, il salue, il proclame… En tant qu’ange, il est parole de Dieu. N’oublions jamais que dans la tradition qui est la nôtre, et nous sommes en cela héritiers des Hébreux, la parole de Dieu dit ce qu’elle fait et fait ce qu’elle dit, toujours. 

            a.      Il faudrait que nous ayons une conjugaison spéciale de nos verbes qui servirait à dire le passé, l’avenir et le présent de ce que l’ange dit à Marie. Cette conjugaison particulière du verbe nous permettrait de mieux percevoir – percevoir pourtant sans la saisir – cette parole. Ce que l’ange dit à Marie, c’est que la plus grande des grâces lui a été faite, lui est faite et lui sera faite, et que le Seigneur a été, sera et est avec elle.
          b.     L’ange annonce, et l’ange aussi explique. Encore que, peut-être, le verbe expliquer ne soit pas le plus adapté : il n’y a rien à expliquer… L’ange accompagne, c’est plus juste. Marie s’étonne – qui ne s’étonnerait pas ? – et l’ange accompagne Marie qui s’étonne.

                       i.  « L’esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre », ça n’est pas une explication. Ces événements-là ne s’expliquent pas. Ils se vivent seulement. On peut bien entendu mettre des mots sur ces événements, mais ce sont de simples et pauvres mots qui aident un peu à recevoir ce qui advient, en ne le craignant pas trop.

                     ii.     Ce que sont aussi, dans la bouche de l’ange, les mots qui affirment que « Rien n’est impossible à Dieu. » Ils sont aussi de pauvres mots, prononcés dans l’intimité profonde d’une conversation qui ne devient pour nous audible et visible que par l’indiscrétion d’un grand auteur. Tous ces mots sont dits et tout ce qui est dit par ces mots s’accomplit en même temps,  car il en est ainsi de l’ange qui est la parole de Dieu. Et aussi vrai que qui veut faire l’ange fait la bête, ces mots ne peuvent être entendu que dans l’intimité, dans cette intimité même que l’ange vient rompre et habiter avec de s’en aller tout comme il est venu, sans tambour ni trompette.

             3.     Par ordre d’apparition dans le texte, Marie. Nous savons tous la place que Marie occupe dans l’histoire de la chrétienté, celle d’un exemple érigé parfois en modèle superlatif de la femme, celle à laquelle les protestants ne sont pas censés croire, alors que Luther l’appelait Mère de Dieu…

            a.      Croire que Jésus Christ a été conçu du Saint Esprit et est né de la vierge Marie, c’est prendre acte et toujours maintenir la simplicité et la discrétion de Marie, certes visitée par l’ange Gabriel, mais avant tout, et après tout, une toute jeune femme dans un monde masculin.

            b.     C’est aussi s’étonner d’abord en silence, même si l’on est extrêmement troublée à l’intérieur. C’est aussi demander qu’on vous explique – c'est-à-dire avoir l’audace de demander des explications à l’ange de Dieu, c'est-à-dire à Dieu lui-même.

            c.      Dieu là-dessus n’est pas toujours un très bon pédagogue… et c’est parce que Dieu essaie de parler avec les humains, donc dans le langage des humains, qui est un langage assez limité. Annonce faite à Marie : « …tu as reçu la plus grande des grâces… », explication donnée à Marie : « L'Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre; c'est pourquoi celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu. » Une explication qui n’explique rien du tout…

                       i.     Et qui nous suggère de dire que croire que Jésus a été conçu du Saint Esprit et qu’il né de la vierge Marie, c’est un peu au moins être indulgent avec l’ange… c'est-à-dire avec Dieu

            d.     C’est aussi ne pas chercher des explications au pourquoi du comment, mais retenir dans son cœur l’incompréhensible qui advient, le vivre, et en chercher la signification et le sens, peut-être pendant des années. 

            e.      Croire enfin, à l’exemple de Marie, devant l’inexplicable – si c’était explicable, si cela pouvait être saisi, ça ne serait pas la parole de Dieu – c’est dire oui. « Je suis la servante du Seigneur » Les traducteurs hésitent à écrire esclave, alors que ce mot dit que ce que Marie croit, c'est-à-dire reçoit et va faire, ne correspond à aucun mérite et ne réclame aucune rétribution.

4.               4. Et là-dessus, l’ange la quitta. Alors Marie se retrouve seule, seule dans l’ordinaire des jours. Elle ne revendiquera jamais rien au titre de cette rencontre extraordinaire, ni au titre de sa propre élection. Elle aura vécu quelques instants secrets mis en face du temps qu’il faut pour mettre un enfant au monde et l’élever, la toute puissance de Dieu mise en face de ce qui doit être simplement accompli, une journée après l’autre, et en quoi se construisent les plus grandes bénédictions. Croire Jésus Christ conçu du Saint Esprit et né de la vierge Marie, c’est justement cela. Ce que l’apôtre Paul, pour sa part, appellera l’obéissance de la foi.  

          Jésus a été conçu du Saint Esprit et est né de la vierge Marie. Nous croyons cela, c'est à dire qu'il est en train, en nous, d'être conçu du Saint esprit et né de la vierge Marie. Nous le portons en nous, et nous le portons hors de nous, il vit en nous et il vit hors de nous, c'est notre vie qui le manifeste, nos convictions et notre engagement dans l'ordinaire des jours. Amen

samedi 12 décembre 2020

L'effacement de soi (Jean 1,6-8 et 19-28) Troisième dimanche de l'Avent

Jean 1

6 Il y eut un homme, envoyé de Dieu: son nom était Jean. 7 Il vint en témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui. 8 Il n'était pas la lumière, mais il devait rendre témoignage à la lumière. (…)

19 Et voici quel fut le témoignage de Jean lorsque, de Jérusalem, les Judéens envoyèrent vers lui des prêtres et des lévites pour lui poser la question: «Qui es-tu?» 20 Il déclara, sans aucune ambiguïté il déclara: « Moi, je ne suis pas le Christ.» 21 Et ils lui demandèrent: «Qui es-tu? Es-tu Elie?» Il répondit: «Je ne le suis pas.» - «Es-tu le Prophète?» Il répondit: «Non.» 22 Ils lui dirent alors: «Qui es-tu?... que nous apportions une réponse à ceux qui nous ont envoyés! Que dis-tu de toi-même?» 23 Il affirma: «Je suis la voix de celui qui crie dans le désert: ‹Aplanissez le chemin du Seigneur›, comme l'a dit le prophète Ésaïe.»

24 Or ceux qui avaient été envoyés étaient des Pharisiens. 25 Ils continuèrent donc à l'interroger en disant: «Si tu n'es ni le Christ, ni Elie, ni le Prophète, pourquoi baptises-tu?» 26 Jean leur répondit: «Moi, je baptise dans l'eau. Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas; 27 il vient après moi mais je ne suis même pas digne de dénouer la lanière de sa sandale.»

28 Cela se passait à Béthanie, au-delà du Jourdain, où Jean baptisait.

Prédication :

Dans le monde où vivait Jésus, le judaïsme avait revêtu bien des costumes et il montrait bien des visages. Le visage du culte sacrificiel au Temple de Jérusalem, le visage des prouesses ascétiques des hommes de Qumran, le visage des sophistications des Pharisiens, entre autres… et celui du baptisme.

Recevoir un baptême attestant une conversion éthique, c’est une forme très simple de religion. Pas de sacrifices, pas de grands textes fondateurs, ni de grands textes directeurs, le baptisme est juste une attente de la fin des temps associée à une certaine manière de vivre cette attente, c’est à peu près tout ce que nous savons du mouvement baptiste. Il a laissé quelques traces, mais il n’a laissé aucune archive. Le baptisme, qui était donc l’une des sensibilités du judaïsme, semble n’avoir pas été lui-même homogène. Les formes de l’attente, les formes du baptême, la distinction d’avec des ablutions, l’ouverture éventuelle sur l’universel… autant de baptismes différents les uns des autres. Jean le Baptiste, dont les quatre évangiles conservent la mémoire, était lui-même un leader singulier dans ce petit monde baptiste. Avec quatre évangiles, nous pourrions faire quatre portraits presque identiques les uns aux autres – nous gardons cela pour une peut-être prochaine étude biblique… Nous nous en tenons à quelques indications fournies par l’évangile de Jean. 

« 6 Il y eut un homme, envoyé de Dieu: son nom était Jean. 7 Il vint en témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui. 8 Il n'était pas la lumière, mais il devait rendre témoignage à la lumière. »

Comment peut-on rendre témoignage à la lumière ? Rendre témoignage à la lumière, ça n’est pas voir la lumière, mais la donner à voir. Mais comment un homme peut-il donner à voir la lumière qui illumine tout homme ? En recevant cette lumière et en la réémettant. Mais il ne peut pas réémettre cette lumière tout comme il l’a reçue. La lumière émise, réémise ou transmise par un corps est toujours caractéristique de ce corps. Et il n’est que le vide qui laisse passer la lumière sans la modifier. Alors, si seul le vide peut transmettre fidèlement la lumière, il nous vient à l’esprit cette prière très mystique : « Mon Dieu, accordez-moi de devenir rien » (Simone Weil). Prière qui, si Dieu se mettait à l’exaucer, disparaîtrait en même temps que celui qui la prie. Peut-être serait-ce une bénédiction pour celui qui prie cette prière, mais pour le simple croyant, quelque chose serait irrémédiablement perdu : le témoin et son témoignage. Or, Jean « vint en témoin pour rendre témoignage à la lumière… ».

            Mais comment Jean pouvait-il venir en témoin ? Comme nous le faisons souvent, nous allons juste lire et proposer quelques remarques au sujet de l’effacement du témoin, l’effacement de Jean le Baptiste.        

Dire ce qu’on n’est pas, dissiper les malentendus et résister aux tentations (effacement 1)

            Tout nouveau message est toujours d’abord confronté aux attentes de ses contemporains. Et tout nouveau messager est tenté de prendre à son avantage les figures de l’attente de ses contemporains et de se faire passer pour celui qu’il n’est pas. Lorsque les peuples sont en attente de quelque chose, il y a toujours des messies pour le leur proposer... Et même si celui qui propose le fait sans malice, le risque de malentendu ne peut jamais être totalement écarté. Qui es-tu, demande-t-on quatre fois à Jean le Baptiste ? Trois fois il dira qui il n’est pas : il n’est pas le Christ, il n’est pas Élie, il n’est pas le Prophète.

En ces trois noms nous pouvons voir trois formes différentes d’attente de la fin. Le nord de la Palestine gardait encore le souvenir du prophète Élie, un homme à la puissance extraordinaire, qui avait libéré le royaume de forces étrangères, oint des rois et qui, enlevé par un char de feu suspendu quelque part entre ciel et terre, pouvait revenir à n’importe quel instant. En Élie on imaginait une restauration politique. D’autres attendaient Le Prophète, un héraut des derniers temps et juge des peuples. D’autre encore attendaient le Christ, un roi-prêtre, maître de l’interprétation et du jugement, guérisseur et faiseur de miracles ; cette attente était peut-être la plus ardente, et la plus protéiforme de ce temps-là. Là où l’attente est forte la tentation est forte aussi. Dans le premier chapitre de l’évangile de Jean, nous voyons que le Baptiste ne cède pas à la tentation de se faire passer pour autre qu’il n’est. Il dit ce qu’il n’est pas, et il agit aussi simplement qu’il est possible, en baptisant.

C’est déjà un pas dans la direction de l’effacement, mais il ne suffit pas de dire qui l’on n’est pas ; il faut aussi dire qui l’on est.

Jean Le Baptiste, Léonard de Vinci

Dire qui l’on est (effacement 2)

Rendre témoignage à la lumière en disant soi-même qui l’on est, n’est-ce pas faire obstacle à la lumière, n’est-ce pas se rendre témoignage à soi-même ? Pour répondre à cette objection, Jean le Baptiste puise dans la tradition prophétique.

Un prophète, c’est un homme qui parle de la part de Dieu. Mais lorsque cette parole est consignée dans un livre et que ce livre commence à être reçu et diffusé, un prophète c’est le livre. Le livre pérennise la parole. En citant le prophète Ésaïe, Jean le Baptiste remet en avant la parole et s’efface lui-même devant cette parole. Jean le Baptiste n’est qu’une voix qui rappelle une autre voix qui, quatre siècles plus tôt, recommandait qu’on se prépare, contre toute attente, à une nouvelle, prochaine et libératrice intervention divine. « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur, faites droits, faites simples, ses sentiers – c’est qu’il arrive, et c’est même qu’il est là et que vous ne le savez pas… ».

Renvoyer à la parole prophétique, s’effacer devant cette voix ancienne et toujours actuelle, c’est encore une étape de l’effacement, mais est-ce un effacement suffisant pour que ce soit la lumière qui soit manifestée et reconnue ?

Le rituel (effacement 3) Le rituel participe de l’effacement

Lorsque Jean le Baptiste renvoie à la parole prophétique, c’est encore lui qui parle. Il faudrait qu’il puisse se taire. Il nous faut donc aller plus loin encore dans le parcours de l’effacement.

En plus de restituer la parole prophétique, Jean le Baptiste baptisait. Gageons qu’il avait des assistants et qu’il n’était pas le seul à baptiser ceux qui venaient vers lui. Nous ne connaissons pas le détail liturgique du baptême de Jean le Baptiste. Nous n’avons pas de formule baptismale, ni de formule d’engagement. Il nous suffit de nous rappeler que le baptême, comme tout autre rituel, peut être accompli par toutes sortes de personnes. Peu importe même de savoir réellement qui baptise, car le baptême est au fond une affaire entre celui qui reçoit le baptême et celui au nom de qui l’on baptise. Et ainsi, le baptême participe aussi de l’effacement du Baptiste, de la transparence dont nous parlons depuis tout à l’heure. Mais ça n’est pas fini.

Jean Baptiste prêchant dans le désert, Raphaël Mengs, 1760

Il est déjà là (effacement 4)

Il y a une dernière étape, dernière et ultime. Elle prend la forme d’une affirmation que fait Jean le Baptiste. « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas. »

« Il vient après moi », affirme Jean le Baptiste, ce qui ne signifie pas – ou du moins pas seulement – que Jésus arrive chronologiquement après lui. Cela signifie que le Christ est là depuis toujours, et que pour qui veut le donner à voir, il faut en passer par toutes les étapes de l’effacement par lesquelles Jean est passé…

Et cela suffira-t-il pour que la lumière soit vue ? Cela suffira-t-il pour que les auditeurs de la prédication de Jean, pour que les disciples de Jean, reconnaissent et suivent celui qui est la lumière ?

Pas tout à fait. Nous lisons encore : « Le lendemain, Jean se trouvait encore au même endroit avec deux de ses disciples. Fixant son regard sur Jésus qui marchait, il dit "Voici l’agneau de Dieu." » A ce moment, l’effacement de Jean le Baptiste devant Jésus, Fils de Dieu, lumière née de la lumière et vrai Dieu né du vrai Dieu… l’effacement de Jean le Baptiste est accompli. « Les deux disciples, l’entendant parler ainsi, suivirent Jésus. »

Agneau de Dieu, Francisco de Zurbarán, c. 1635-1640. 

Ce Christ, celui qui porte le péché du monde,… puissions-nous le voir et le suivre, puissions-nous aussi le donner à voir. Amen

samedi 5 décembre 2020

Consolation et commencement (Esaïe 40:1-11 ; Marc 1:1-8) Deuxième dimanche de l'Avent

Esaïe 40 

1  Consolez, consolez mon peuple, Dit votre Dieu. 2 Parlez au cœur de Jérusalem, et criez lui Que sa servitude est finie, Que son iniquité est expiée, Qu'elle a reçu de la main de l'Éternel Au double de tous ses péchés.

3 Une voix crie: Préparez au désert le chemin de l'Éternel, Aplanissez dans les lieux arides Une route pour notre Dieu.4 Que toute vallée soit exhaussée, Que toute montagne et toute colline soient abaissées!  Que les coteaux se changent en plaines, Et les défilés étroits en vallons ! 5 Alors la gloire de l'Éternel sera révélée, Et au même instant toute chair la verra; Car la bouche de l'Éternel a parlé.

6 Une voix dit: Crie ! -Et il répond: Que crierai -je? Toute chair est comme l'herbe, Et tout son éclat comme la fleur des champs. 7 L'herbe sèche, la fleur tombe, Quand le vent de l'Éternel souffle dessus. -Certainement le peuple est comme l'herbe: 8 L'herbe sèche, la fleur tombe; Mais la parole de notre Dieu subsiste éternellement. 

9 Monte sur une haute montagne, Sion, pour publier la bonne nouvelle; Élève avec force ta voix, Jérusalem, pour publier la bonne nouvelle; Élève ta voix, ne crains point, Dis aux villes de Juda: Voici votre Dieu ! 10 Voici, le Seigneur, l'Éternel vient avec puissance, Et de son bras il commande; Voici, le salaire est avec lui, Et les rétributions le précèdent. 11 Comme un berger, il paîtra son troupeau, Il prendra les agneaux dans ses bras, Et les portera dans son sein; Il conduira les brebis qui allaitent.

 Marc 1 

1 Commencement de l'Évangile de Jésus Christ Fils de Dieu:

2 Ainsi qu'il est écrit dans le livre du prophète Esaïe, Voici, j'envoie mon messager en avant de toi, pour préparer ton chemin. 3 Une voix crie dans le désert: Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.

4 Jean le Baptiste parut dans le désert, proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés. 5 Tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui; ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en confessant leurs péchés. 6 Jean était vêtu de poil de chameau avec une ceinture de cuir autour des reins; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. 7 Il proclamait: «Celui qui est plus fort que moi vient après moi, et je ne suis pas digne, en me courbant, de délier la lanière de ses sandales. 8 Moi, je vous ai baptisés d'eau, mais lui vous baptisera d'Esprit Saint.»

Prédication :

De ces deux extraits que nous venons de lire, nous allons conserver deux mots, un verbe, et un nom. 

Le verbe, c’est consoler, et il est à l’impératif, une forme même très insistante d’impératif hébraïque, qui dit tout à la fois l’urgence et la difficulté de la tâche. Nous pouvons même insister en disant que, s’il y en a, ceux qui répondront à cet impératif n’auront pas trop de tout leur temps, et n’auront pas non plus trop de tout ce qu’ils savent. Aggravons encore un peu le propos rajoutant qu’ils s’attellent à une tâche d’une durée infinie, et pour laquelle ils ne sont pas vraiment équipés. La langue grecque ajoute quelque chose encore au verbe consoler : qui veut consoler son prochain doit répondre à un certain appel, et doit se tenir tout proche de son prochain.

Il est bien connu qu’un train qui arrive à l’heure ne mérite pas les honneurs de l’information. Si le train déraille, c’est autre chose. S’il y a des victimes, c’est encore autre chose. Nous sommes extrêmement bien informés sur toutes sortes de catastrophes. Nous sommes aussi bien informés sur le devenir des victimes de catastrophes, sur ce qu’elles attendent des procès, sur leur indemnisations… mais le verbe consoler ne fait pas partie du vocabulaire journalistique. Ce doit être parce que ça évoque le couple mère-enfant, ou parce que ça évoque la religion… Mais ce doit être aussi parce que, toujours, le verbe consoler ne concerne en réalité que des inconsolables. La tâche est sans fin, et les consolateurs rares, ce qui fait que, dès le début du texte d’Ésaïe, l’impératif divin consolez est accompagné par un verbe dire qui est en même temps passé, présent et futur : consolez, consolez mon peuple, a dit votre Dieu, il l’a dit déjà et le dira encore !

Consolez mon peuple. Qu’est-il arrivé à ce peuple ? Nous pouvons imaginer Israël avant la déportation comme un pays de féodalité. Une royauté centralisée, des seigneurs et princes propriétaires terriens, une noblesse religieuse, et une masse de serfs et d’esclaves… L’empire babylonien, avec son intelligence propre, n’avait déporté que l’élite, et laissé sur place ceux qui travaillaient la terre. Le peuple dont parle Ésaïe est cette élite déportée, qui a perdu ses terres, ses esclaves, ses privilèges et ses jeunes enfants, sa capitale et son Temple, toutes sortes de choses irremplaçables, et ce peuple ne savait pas combien de temps durerait son exil, ni même si cet exil aurait une fin…

Consolez mon peuple, ordonne l’Éternel. Quelle consolation possible ? Les premiers versets d’Ésaïe affirment que la rétribution est finie. Ce que nous pouvons entendre de deux manières, (1) les fautes auxquelles sont attachées les horreurs de l’exil sont expiées et (2), plus important encore, l’idée même d’une correspondance entre fautes et expiation est finie.

Une parole qui se contenterait d’affirmer que Dieu remet les compteurs à zéro ne pourrait apporter aucune consolation, tout juste un soulagement, jusqu’à ce qu’un événement particulier ne vienne rappeler que le grand chef comptable divin a repris ses activités… et ça serait un recommencement, une répétition.

Cela peut donc être une consolation que d’affirmer que tout ce malheur qui est arrivé à Israël n’avait au fond rien à voir avec toutes sortes de péchés, mais n’était que ce qui arrive à un fétu de paille balayé par tumultueux torrent de l’histoire. Affirmer cependant qu’il n’y a plus de rétribution, ça ne peut pas être tout ; si du paysage de la foi l’on dégage les mérites et les punitions, que reste-t-il ?

Dans le prophète Ésaïe, là où nous lisons aujourd’hui, nous osons dire que, de la rétribution, en bien comme en mal, il ne reste rien. Ce qui permet de repérer, par deux fois, autre chose. Au premier verset, le verbe dire n’est pas simplement au présent. Dieu parle, c’est entendu, mais nous pouvons entendre d’avantage que le présent ; c'est-à-dire qu’il a parlé, qu’il parle et qu’il parlera, c'est-à-dire aussi qu’il a agi, qu’il agit et qu’il agira. Et donc que rien de ce qui est arrivé, qui arrive ou arrivera ne correspondra à une récompense ou à une punition divine, ce qui signifie que rien ne sera étranger à Dieu, tout court. Le bien qui nous arrive et le mal qui nous arrive, ne correspondent ni à une punition ni à une récompense, et ne sont pas du tout étrangers à Dieu.

Mais cette idée est extrêmement dérangeante. Elle laisse la foi en Dieu extrêmement démunie, aussi seule que la foi seule. Au point que, peut-être, à cet instant, celui qui veut encore croire en Dieu se dit que, finalement, rétributions négative et positive, c’était plus simple. C’était effectivement plus simple, un peu comme être esclaves en Égypte était plus simple qu’être libre dans le désert… Allons-nous faire machine arrière ? Allons-nous nous contenter d’une répétition, de recommencer ? 

Il y a quelques minutes, nous annoncions une méditation en deux temps, sur le verbe consoler d’abord puis le mot commencement. Comme il est écrit « commencement de l’Évangile de Jésus Christ Fils de Dieu », et ce premier verset de l’évangile de Marc peut être compris comme le signal comme quoi le verset suivant, et les versets suivants jusqu’à la fin du 16ème chapitre sont l’Évangile de Jésus Christ Fils de Dieu. Mais il possible aussi de considérer que le premier verset de Marc est en fait le titre de tout l’ouvrage. A partir de Marc 1:2 et jusqu’à Marc 16:8, ça n’est que le commencement.

Dans les quelques versets de Marc que nous commentons, si étroitement liés au 40ème chapitre du prophète Ésaïe, nous pouvons trouver tout ce que nous avons dit déjà de la consolation ; et nous pouvons trouver aussi, dans les deux textes, le commandement de défricher, d’aplanir, et de rendre simple et droits, le chemin du Seigneur. Qu’est-ce à dire ? Peut-être est-ce à dire qu’un commencement n’est pas un recommencement, et que, pour éviter justement qu’un commencement ne soit un recommencement il faut défricher, aplanir… faire du ménage, éliminer les ronces du mérite, les lianes de la rétribution, aplanir les sommets de la spiritualité et combler les abîmes du soi-disant silence de Dieu. Ce que fait Jésus, ce qu’il enseigne à faire, tout le temps que dure le récit de Marc, et tant que dure et durera la lecture du récit de Marc.

Et après ? Lorsque nous arrivons au matin de Pâques, dans l’évangile de Marc, les femmes vont au tombeau, le trouvent vide, rencontrent des anges qui les envoient vers les disciples. Mais elles s’enfuient, sous l’effet de la peur, n’ayant rien dit à personne. Comment sait-on qu’il y a une suite, si les seuls témoins que le texte mentionne se taisent à jamais ? D’autres mains que celle de Marc, prolongeant celle de Marc, ont répondu à cette question en rajoutant des récits d’apparitions du  ressuscité, et des récits d’envoi en mission des Apôtres. Et ainsi le commencement est accompli.

Mais lorsque les femmes quittent la scène du tombeau en emportant, et en ensevelissant, avec elles l’annonce de la résurrection, le commencement reste un commencement ouvert. Et c’est au lecteur qui n’a pourtant que le commencement de l’Évangile, qu’il appartient de continuer l’Évangile, en paroles de liberté et en actes marqués par la grâce. Nous empruntons pour finir quelques mots à La règle de Reuilly : « Il nous faut non seulement, aimer l’Évangile, contempler l’Évangile, apprendre l’Évangile, vivre l’Évangile, souffrir l’Évangile, mais encore, avec notre chair et notre sang, continuer l’Évangile. » 

Amen